LE CLIMAT DU MEXIQUE ET LES CULTURES QU IL COMPORTE
Le Mexique est aujourd'hui parmi les peuples civilisés ce qu'on appelle une non-valeur. Excepté par la production des mines d'argent, qui fournissent à l'orfèvrerie une matière première qu'autrement elle payerait plus cher, c'est une nation inutile au reste du genre humain. Un si complet effacement n'a sa raison d'ôtre que dans des circonstances passagères. Il serait dans la nature des choses que le Mexique jouât un rôle sur la scène du monde; il suffirait que ses habitants pn eussent la volonté et qu'ils fussent Oi ganisés de manière à faire valoir les dons que leur a prodigués la Providence. C'est ce que je vais essayer d'établir par un examen rapide des avantages qui lui ont été départis : je signalerai ainsi son climat, en nommant les principales cultures qui s'y sont adaptées, sa richesse minérale et sa situation géographique.
La majeure partie du territoire qui reste au Mexique, depuis qu'il a été tant diminué par les Américains du Nord, est comprise dans cette ré-
gion distribuée également à la droite et à la gauche de la ligne de l'équateur, limitée au nord et au midi par les tropiques, à laquelle jadis on avait donné le nom de zone torride, parce qu'on supposait que, par l'ardeur de sa température, elle était à peu près inhabitable pour l'homme. Cette zone, en effet, lorsque les terres y sont peu élevées au-dessus du niveau de l'Océan, présente, à côté d'une végétation luxuriante, une telle chaleur que l'homme de race blanche n'y résiste pas à un labeur pénible, et que pour y vivre il est dans la nécessité de s'enfermer dans l'inaction, de s'abriter presque constamment entre d'épaisses murailles et de faire exécuter tout travail de force, particuHèrement celui qui se doit accomplir à la face du soleil, par une race mieux constituée pour en affronter les rayons dévoranls. Encore dans les îles, le voisinage de la mer tempère de diverses façons l'influence brûlante du roi des astres. Lorsqu'au contraire la superficie des terres se présente sur les vastes proportions d'un continent, la chaleur sévit dans la plénitude de sa redoutable puissance, à moins d'une configuration particulière que la Providence s'est plu à accorder au territoire mexicain dans une mesure qu'on pourrait appeler de la prédilection : je veux dire à moins d'une grande altitiide\ Plus est prononcée l'altitude d'un pays, plus sa température moyenne s'abaisse , tout comme s'il
1. C'est le mot par lequel s'indique l'élévation du sol au-dessus du niveau de la mer, idéalement prolongée sur toute l'étendue du globe terrestre,
s'éloignait del'équateur pour se rapprocher du pôle, à ce point que, si l'altitude devient extrêmement considérable, on rencontre, sous la Ligne même, les glaces éternelles et une température moyenne à peu près pareille à celle de l'Islande ou du Groenland.
La grande masse du territoire mexicain, au lieu de ne présenter qu'un petit relief par rapport au niveau de la mer, comme les rives du Niger ou du Sénégal en Afrique, ou comme celles de l'Amazone dans l'Amérique du Sud, constitue un plateau exhaussé, que sur chacun de ses flancs un plan incliné, à pente relativement rapide, rattache au rivage de l'Océan, ici l'Atlantique, là le Pacifique. Ce n'est pas le moindre privilège du plateau mexicain que de se tenir dans les hauteurs qui sont le plus favorables pour que la race européenne y prospère, s'y entoure des cultures qu'elle aime et des industries où elle excelle, et y vive dans des conditions propices pour sa santé et pour l'exercice de ses facultés en tout genre. C'est grâce à ces avantages qu'avant l'arrivée des Espagnols, il fut le siège d'une civilisation remarquable, sous l'autorité du prince et de l'aristocratie militaire et religieuse des Aztèques. Ce plateau mexicain est l'épanouissement de la Cordillère centrale de la chaîne des Andes. Cette Cordillère, qui sert pour ainsi dire d'épine dorsale au nouveau continent sur la prodigieuse longueur de 14 000 kilomètres, presque en ligne droite, affecte des formes diverses dans les diverses régions. Après avoir atteint sa plus grande hauteur
et sa masse la plus épaisse dans l'Amérique méridionale, elle compose entre les deux Amériques la surprenante chaussée de 2300 kilomètres de long qu'on désigne sous l'appellation assez modeste d'isthme de Panama, non sans y offrir plusieurs dépressions fortement accusées qui semblent inviter l'industrie humaine à entreprendre, en profitant de ces facilités , la jonction si désirable des deux océans. Une fois au Mexique, la grande Cordillère s'étale de manière à occuper la majeure partie de l'espace entre les deux mers, quoique cet espace aille sans cesse en s'étendant à mesure qu'on s'avance vers le nord. De là une région suspendue audessus de l'Océan, à une hauteur qui, au midi des villes de Puebla et de Mexico, dans la Mixteca, est de 1500 mètres, — c'est-à-dire la même que celle du Ballon d'Alsace, la cime culminante des Vosges, — à Puebla de 2196 mètres et à Mexico de 2274^ Au nord de Mexico, la belle ville de Guanaxuato, célèbre par les mines d'argent qu'on exploite dans son voisinage, est à l'altitude de 2084 mètres, c'està-dire sensiblement en contre-bas de la capitale; au delà de Guanaxuato, le terrain se relève de nouveau pour se rabaisser encore.
De la surface du plateau s'élancent quelques montagnes dont plusieurs dressent leur sommet jusque dans la région inhospitalière des neiges éternelles. Telles les deux au pied desquelles sont bâties, du
1. Les altitudes données ici pour Puebla, Mexico et Guanaxuato sont celles du sol de la Plaxa Mayor.
côté du midi, la belle ville de Puebla, du côté du nord la capitale, Mexico, et qui ont conservé leurs noms aztèques, l'Istaccihuatl (la femme blanche) et le Popocatepetl (montagne fumante) %• elles s'élèvent à 4786 et 5400 mètres. Tel, à une petite distance de Mexico, le Nevado de Toluca : il monte à 4621 mètres; mais, quelque colossales qu'elles soient, ces saillies du terrain ne sont que des accidents sur la grande étendue que présente le plateau. Elles sont même réunies en une zone fort resserrée : les six grandes montagnes du Mexique, à savoir les trois qui viennent d'être nommées et trois autres qui n'attirent pas moins les regards, le pic d'Orizaba, le Coffre de Perote et le volcan de Colima, sont rassemblées sur une même ligne parallèle à l'équateur, suivant le cercle de 19 degrés de latitude. Sauf la bande étroite que marquent ces cimes majestueuses, le Mexique offre un plateau se prolongeant au loin vers le nord, avec des ondulations qui n'en changent notablement l'çiltitude que sur de longues distances. D'immenses plaines, qui paraissent être les bassins desséchés d'anciens lacs, se suivent les unes les autres; elles ne sont séparées que par des collines qui ont à peine 200 ou 250 mètres au-dessus de la surface aplanie du fond. On chemine ainsi indéfiniment à la hauteur des passages du Mont-Cenis, ou du Saint -Gothard, ou du grand Saint-Bernard dans les Alpes; mais, transportées près de l'équateur,