Je rappelle que c'est un volcan qui brûle encore
ces fortes altitudes, au lieu d'être ce qu'elles sont dans les Alpes, âpres et rigoureuses à l'homme, lui deviennent bienfaisantes au contraire. Le plateau mexicain conserve sa grande élévation dans la direction du nord jusqu'au delà du cercle du tropique du Cancer. Il avait commencé à la latitude de 18 degrés; il finit à celle de 40 : total de son développement, 22 degrés, qui, à raison de 111 kilomètres l'un, font 2440 kilomètres. C'est une distance égale à celle qu'il faudrait parcourir pour aller de Lyon au cercle du même tropique, en traversant toute la Méditerranée et le grand désert africain. On voit que c'est une constitution géographique établie sur les plus vastes proportions.
Sur les deux flancs de ce long plateau, le plan incliné, qui descend jusqu'au rivage de l'un ou de l'autre océan, offre, à mesure que l'on se rapproche du niveau de la mer, des températures de plus en plus élevées. La pente est rapide, et détermine par cela même une variation très-accélérée dans le climat et dans tous les phénomènes qui dépendent de la chaleur, particulièrement dans, la végétation. Le voyageur qui descend le plan incliné, ou qui le gravit, assiste à des contrastes pittoresques et même merveilleux. Il passe en revue presque toutes les cultures et contemple, l'une à côté de l'autre à peu près, les productions qui ailleurs se répartissent sur des distances sans fin. S'il part du plateau, par exemple, il commence par traverser soit des forêts de sapins qui lui rappellent celles de l'Europe, soit des champs d'oliviers, de vigne, de blé ou de maïs en-
core plus semblables aux nôtres, entrecoupés cependant d'espaces couverts de grands cactus, végétation à l'aspect triste, que le territoire le plus aride ne rebute pas, et de beaux aloès tantôt sauvages et tantôt cultivés. En continuant sa marche, il arrive successivement à l'oranger, que les Espagnols ont multiplié extrêmement, et dont on trouve, même à Mexico, le fruit exposé en montagnes sur le marché; au coton, qui y est indigène, et dont, avant les Espagnols, les Indiens tissaient leurs vêtements et faisaient même des cuirasses résistant à la flèche; à cette variété du cactus sur laquelle s'élève l'insecte de la cochenille, production qui date aussi des Aztèques ; à la soie, dont il y a des qualités particulières au pays, produites par un insecte différent de notre bombyx; à la banane, qui est d'une si précieuse ressource pour l'alimentation publique; au café, à la canne à sucre, à l'indigo, qui sont des cultures importées, mais qui n'en réussissent pas moins admirablement ; à la liane sur laquelle on récolte la vanille, et au cacaoyer, tous deux essentiellement d'origine mexicaine, car le chocolat parfumé de vanille est un mets mexicain que Montézuma fît servir à Cortez ; enfin, à toute cette réunion de fruits à forte saveur et de plantes embaumées ou aux couleurs éclatantes, qui réclament un soleil ardent, et dont la présence est justement considérée comme le signe d'une grande richesse agricole déjà tout acquise ou aisée a acquérir.
Sous le rapport du climat et des cultures, le Mexique offre trois grandes divisions que les Espa-
gnols avaient depuis longtemps désignées par des noms caractéristiques, et qui pourraient se sousdiviser elles-mêmes presque à l'infini, soit en raison des altitudes successives, soit par l'effet de plusieurs circonstances, et notamment de la diversité des expositions. La première de ces trois zones, appelée la Terre-Chaude {T terra Caliente), part du littoral et s'étend jusqu'à une certaine hauteur sur le plan incliné par lequel on monte au plateau. La nature végétale y est d'une puissance exubérante, par l'excès même de la température et par la présence des eaux courantes, qui s'y montrent plus qu'ailleurs. Cette zone a une végétation particulièrement active sur le versant oriental du Mexique, parce que les vents dominants, les vents alizés, arrivent de ce côté chargés de l'humidité qu'ils ont recueillie dans leur longue course sur la surface de l'Océan. Elle se distingue par les cultures connues sous le nom de tropicales. Malheureusement, sur plusieurs points, surtout dans le voisinage des ports que baigne l'océan Atlantique, elle est désolée par la fièvre jaune, dont le foyer pestilentiel est dans des marécages que l'industrie humaine réussira quelque jour à dessécher, quand elle voudra y appliquer les puissants moyens dont elle dispose aujourd'hui. Au-dessus, à mi-hauteur sur le plan incliné, s'étend la zone appelée la Terre-Tempérée {Tierra Templada), qui présente une température moyenne annuelle de 18 à 20 degrés, et où le thermomètre éprouve trèspeu de variations d'une époque à l'autre de l'année, de sorte qu'on y jouit d'un printemps perpé-
tuel. C'est une région délicieuse, dont le type le plus parfait s'offre aux environs de la ville de Xalapa, et qu'on retrouve avec ses charmes autour de la ville d'Orizaba et de celle de Ghilpancingo, oià s'était réuni le premier Congrès indépendant. Elle possède une végétation à peu .près aussi active et aussi vigoureuse que celle du littoral, sans avoir le ciel embrasé et les miasmes empestés de la plage et de la contrée qui l'avoisine. Elle est exempte de ces myriades d'insectes incommodes ou venimeux qui pullulent dans la région basse de la Terre-Chaude et y font le tourment de l'homme. On y respire l'atmosphère pure du plateau sans en subir les passagères fraîcheurs et l'air vif, dangereux aux poitrines délicates. La zone tempérée est un paradis terrestre, quand l'eau y abonde, comme à Xalapa et dans quelques autres districts, où les glaciers éternels de quelques montagnes, telles que le pic d'Orizaba et le Coffre de Perote, se chargent d'en fournir aux sources toute l'année.
Au-dessus de la zone tempérée se déploie la Terre-Froide {Tierra Fria), ainsi nommée en raison de l'analogie que des colons venus de l'Andalousie durent lui trouver, sur une partie de son développement, avec le climat assez cru des Castilles; mais les Français, les Anglais et les Allemands, transportés au Mexique dans la Terre-Froide, s'y jugent à peu près partout en un climat fort doux. La température moyenne de Mexico et d'une bonne portion du plateau est de 17 degrés ; c'est seulement un peu moins que celle de Naples et de la Sicile, et c'est celle des
trois mois de l'été à Paris. D'une saison à l'autre, les variations, comme partout entre les tropiques, y sont bien moindres que dans les parties les plus tempérées et les plus belles de l'Europe. Pendant la saison qu'on n'y saurait appeler l'hiver que par une extension excessive des termes du dictionnaire, la chaleur moyenne du jour, à Mexico, est encore de 13 à 14 degrés, et en été le thermomètre, à l'ombre, ne dépasse pas 26 degrés.
A la faveur d'une pareille constitution physique, les cultures les plus variées peuvent être et sont en effet réunies, je ne dirai pas seulement dans les diverses provinces d'un même pays, mais dans les environs d'une même ville. Quatre bassins, échelonnés à des altitudes fort inégales, environnent la capitale du Mexique. Le premier, qui comprend la vallée de Toluca, a 2600 mètres d'élévation au-dessus de la mer; le second, ou la vallée de ïenochtillan (Mexico), 2274 mètres; le troisième, ou la vallée d'Actopan, 1966 mètres, et le quatrième, la vallée d'Istla, 981 mètres de hauteur. Ces quatre bassins diffèrent au moins autant par le climat et les productions du sol que par leur élévation au-dessus de l'Océan. Le quatrième, qui est le moins élevé, est propre à la culture de la canne à sucre, le troisième à celle du coton, le second à la culture du blé d'Europe, et le premier, celui de Toluca, se distingue par des plantations d'agave ou aloès mexicain, qui étaient les vignobles des Indiens-Aztèques, et qui fournissent la boisson fermentée dont s'abreuvent encore la plupart des Mexicains. Si donc le Mexique
avait ce qu'il est bien loin de posséder aujourd'hui, mais ce qu'il aura nécessairement un jour, en fait de communications intérieures, quelque chose de semblable à ce qu'on rencontre dans les moindres États de la fédération américaine du Nord, il y suffirait d'un petit nombre d'heures pour voir défiler sous ses yeux toutes les cultures comme les climats les plus divers. Sur une distance comme celle de Paris à Orléans et même de moitié, on passerait du blé à la canne à sucre, du peuplier et du frêne au palmier, au cyprès gigantesque \ à cette multitude d'arbres à feuillage toujours vert qui sont propres aux pays les plus chauds de la terre. Supposez au Mexique un seul chemin de fer, un chemin qui sera construit dès que l'ordre y renaîtra, celui de la Vera-Cruz à Acapulco par Mexico, en un trajet d'une heure ou deux, en se dirigeant de Mexico sur Acapulco, d'une végétation assez analogue à celle des environs de Paris, on sera arrivé aux plantes qui frappent les regards dans l'île de Cuba ou à Saint-Domingue, car de Mexico à Cuernavaca, oii les sucreries prospèrent, il n'y a guère plus loin que de Paris à Fontainebleau. Indépendamment des phénomènes que déterminent çà et là des expositions exceptionnellement favorables, l'extrême variété du tableau que le règne végétal déploie sous les yeux du voyageur est accrue encore par l'élasticité particulière que paraît avoir au Mexique, au milieu des circonstances propres au pays, le tempérament
] , De l'espèce cupressus disHcha.
des plantes, de celles même qui, comme la canne à sucre, sont supposées très-délicates. Cette riche culture, qui y est assez développée, et qui pourrait l'être bien davantage, s'y rencontre à des altitudes très-différentes. Elle commence dans la plaine même du littoral, et elle continue avec toute sa fécondité jusqu'à la hauteur de 1000 mètres; elle réussit même, dans les vallées qu'une exposition favorable abrite contre les vents du nord, à 1500 mètres et plus haut encore. C'est ainsi que dans le Michoacan on trouve des sucreries florissantes aux environs de Valladolid, par une altitude de plus de 1800 mètres, et les plantations de sucre de Rio Verde, situées au nord de Guanaxuato, sont à plus de 2000 mètres ; mais le vallon qu'occupent ces dernières est étroit et creux ; les montagnes, dressées comme des murailles à pic, y réverbèrent les rayons du soleil à ce point que la chaleur y est insupportable. Enfin, il est prouvé par le testament de Fernand Cortez que de son temps il y avait des sucreries dans la vallée même de Mexico. Rien que par cet article, l'agriculture mexicaine, bien dirigée et bien desservie, aurait un brillant avenir.
Il n'existe probablement pas sur la terre entière un autre pays dont la configuration soit aussi particulière et aussi avantageuse. En Europe, les terrains élevés qui se présentent sous la forme de grandes plaines sont à peu près constamment entre 400 et 800 mètres d'altitude. Le plateau des Castilles est à 700 mètres environ. En France, le plateau des départements du centre, d'où surgissent
le mont Dore, le Puy-de-Dôme et le Cantal, a la même élévation à peu près. Le plateau de la Bavière est à 500 mètres. Les plateaux des Castilles ou du centre de la France, et à plus forte raison celui de la Bavière, n'ont pas ce qu'a le plateau mexicain, la mer presque immédiatement à leur pied, que dis-je, la mer? les deux grands océans. Et puis ce n'est pas en Europe qu'en descendant des plateaux vers la mer l'on peut rencontrer cette succession admirable de tous les climats et de toutes les richesses du règne végétal. Dans l'Amérique méridionale, le vaste territoire de l'ancienne république de Colombie, aujourd'hui fractionnée en trois, dont le contour, du côté de la mer, se présente sous la forme générale d'un grand demi-cercle, sur lequel vient se souder l'isthme de Panama, offre, comme le Mexique, ce caractère d'un territoire situé dans les régions équinoxiales et descendant, par gradins, d'une grande altitude jusqu'à la mer, qui là aussi est l'un et l'autre océan ; mais l'élévation des plaines y est plus grande que sur la majeure partie du plateau mexicain, et elle y est trop grande. La ville de Santa-Fé-de-Bogota est assise sur un plateau à 2625 mètres de hauteur. Caxamarca, l'ancienne résidence des Incas, qu'ont rendue célèbre les trésors attribués à Atahualpa et la catastrophe de ce prince, est à 2860 mètres. Les grandes plaines d'Antisana sont plus exhaussées encore : elles se tiennent à 4100 mètres, dépassant ainsi de 389 mètres la cime du pic de Ténériffe. Portée à la hauteur de Santa- Fé seulement, l'altitude devient un désavantage, elle
détermine un abaissement marqué de la température; paralysant ainsi la puissance de la végétation, elle empêche l'établissement d'une agriculture qui soit bien féconde, et par là même elle devient un obstacle à la marche ascendante de la richesse publique et privée et au progrès de la civilisation. Sur le plateau mexicain, on observe que, passé 2500 ou 2600 mètres, le sol cesse de recevoir, pendant l'été, la quantité de chaleur qui est nécessaire pour amener à maturité beaucoup de productions que l'homme civilisé recherche pour sa subsistance ou pour son agrément. La température moyenne de l'année reste encore supérieure à celle des pays de l'Europe où l'agriculture et le jardinage sont le plus florissants ; mais en fait de calorique la température moyenne n'est pas la seule circonstance qui détermine la réussite ou l'insuccès des cultures et fixe le système agricole convenable à une contrée. Il faut aussi prendre en grande considération la température estivale, car c'est celle qui provoque le développement de la floraison , celle qui mûrit les moissons et les fruits, celle, par conséquent, qui fait la fortune du cultivateur. Lorsqu'on a dépassé une certaine altitude, un pays situé dans la zone comprise entre les deux tropiques, a, par rapport à la production de la plupart des plantes les plus utiles, une infériorité marquée relativement aux régions plus éloignées de l'équateur, qui auraient la même température moyenne annuelle. Sur le plateau de Bogota ou sur celui d'Anahuac, l'hiver est plus doux qu'en Europe ou que dans les contrées dites à climat tem-
péré de l'Amérique, telle que celle qui s'étend de Boston ou de Chicago à la Nouvelle-Orléans ; mais aussi, à une certaine altitude, les rayons du soleil de l'été n'y sont plus de force à donner le coup de feu qu'exigent, au moment décisif, tant de graines et de fruits précieux pour l'alimentation de l'homme et pour les arts de la civilisation.
Entre le plateau mexicain et les contrées élevées de l'Amérique méridionale, il y a cette autre différence, à l'avantage de celui-là, que les plaines de l'hémisphère austral sont plutôt des vallées longitudinales enfermées entre deux branches de la Cordillère, tandis qu'au Mexique c'est le massif même de la chaîne qui forme le plateau : d'où suit que dans le sens de la largeur, c'est-à-dire perpendiculairement à l'équateur, les plaines de l'Amérique du Sud sont bornées en étendue. Elles le sont dans l'autre sens par une autre cause : le pays est déchiré par des crevasses transversales dont la profondeur va jusqu'à 1400 mètres, et qui opposent aux communications des obstacles presque insurmontables. Ainsi l'Amérique du Sud, au lieu d'un immense plateau comme celui du Mexique, présente un échiquier de petits plateaux séparés par des précipices énormes, quand ils ne le sont pas par des crêtes abruptes. Selon M. de Humboldt, ils n'auraient en moyenne que quarante lieues carrées (75 000 hectares), c'est-à-dire, la moitié de l'étendue moyenne d'un arrondissement en France. Ils forment comme des îlots isolés au milieu de l'océan aérien. L'existence de ces fentes profondes qui sil-
lonnent le continent dans les régions élevées de l'Amérique méridionale empêche les marchandises .de se déplacer et interdit aux hommes de voyager autrement qu'à cheval, ou à pied, ou sur le dos d'Indiens, pour lesquels ce labeur de bête de somme est, de nos jours encore, une profession. Dans le Mexique, au contraire, quoiqu'on y ait fort peu fait pour les routes, les voitures roulent sur un sol nivelé à grands traits par la nature, depuis Mexico jusqu'à la ville de Santa-Fé, dans la province appelée le Nouveau-Mexique, qui aujourd'hui, absorbée par les États-Unis, forme le territoire du même nom. C'est une longueur de plus de 2200 kilomètres.
Une autre supériorité du Mexique sur une partie des autres régions équinoxiales de l'Amérique, c'est le petit nombre de ses volcans et l'absence de ces violents tremblements de terre qui ailleurs viennent de temps en temps détruire les villes. Dans toute l'étendue du Mexique, on ne comptait, il y a cent ans environ, que quatre volcans encore en feu : le pic d'Orizaba, qui n'a pas fait d'éruption notable depuis trois cents ans; le Popocatepetl, qui constamment jette de la fumée, en très-petite quantité depuis une suite d'années \ et qui ne dévaste pas ses alentours; la montagne de Tustla et le volcan de Colima, qui ne paraissent pas avoir jamais causé de désastres. En septembre 1759, un phénomène sans
1. Il paraît qu'à l'époque de la conquête il en jetait beaucoup plus.
exemple fit sortir de terre, au milieu de circonstances terrifiantes, un volcan nouveau, celui de Jorullo, aujourd'hui encore enflammé, autour duquel apparurent en même temps une infinité de petits cônes qui n'ont pas cessé de fumera Aucune des cités du Mexique n'a éprouvé de ces tremblements déterre terribles, qui ont désolé et quelquefois renversé Guatimala, Lima, Caracas et d'autres centres de population de l'Amérique centrale ou de l'Amérique du Sud. Sous quelques-unes d'entre elles, assez fréquemment le sol remue; Mexico même est dans ce cas. Mais ce sont des tremblements si faibles qu'ils n'inquiètent pas les habitants. Ils n'empêchent pas de bâtir des maisons à plusieurs étages; ils obligent seulement à donner aux murs une solide assiette et à s'abstenir de l'architecture élancée, comme celle de nos cathédrales gothiques. Le bel édifice de la Mineria de Mexico, qu'on avait cherché à rendre élégant en y introduisant des colonnes légères, a bientôt menacé ruine. Les encoignures des maisons de Mexico ne sont pas toujours parfaitement d'aplomb, et une petite inclinaison, par rapport à la verticale, dans les arêtes des édifices frappe quelquefois le regard, au croisement des rues ; mais c'est à ces perturba-
] . c'est dans la province de Valladolid , à côté de belles plantations de sucre et de coton, auprès de nombreux villages peuplés d'Indiens. On aura une idée des proportions que prit l'éruption et des caractères qu'elle présenta par ce simple détail , que les toits de la ville de Queretaro, éloignée de plus de 200 kilomètres, furent couverts de cendres.
tions inoffensivps que s'arrête l'effet des agitations du sol. On ne saurait s'en tirer à meilleur marché.
Le côté faible du Mexique, ce senties cours d'eau. Ceux qu'on y voit sont des torrents qui, pendant la belle saison^ répondant, de même que dans les Antilles, à notre hiver, sont presque tous à sec. Le Rio-Bravo-del-Norte, qui est bien mieux pourvu, ne peut guère rendre de services. Autrefois en plein dans le pays, il est à la frontière depuis que les États-Unis se sont emparés du Texas, et la partie du Mexique qu'il borde est des moins peuplées. Au midi, le Guazacoalco, fleuve navigable, dont l'embouchure pourrait devenir un bon port, n'est pas davantage à la portée des provinces populeuses. Il paraît certain néanmoins que dans les temps primitifs, je veux dire à l'époque de la conquête, ses bords étaient couverts d'habitants. Le Santiago ou Tololotlan, qui débouche dans l'océan Pacifique près du port de San-Blas, rencontre des villes et baigne de grands espaces cultivés; mais il est presque une exception solitaire dans la région peuplée, au moins par l'étendue de son cours. Heureusement, pendant la saison des pluies, qui dure quatre mois de notre été, chaque jour la terre mexicaine est abondamment arrosée dans l'après-midi, et alors s'emplissent non-seulement les réservoirs naturels qui alimentent les sources, mais aussi les bassins disposés par ia prévoyance des hommes pour assurer des approvisionnements à l'agriculture, bassins qu'il serait possible de multiplier. Sur
le plateau , les ruisseaux et même les sources sont assez rares. C'est le même phénomène qui se rencontre dans un certain nombre de pays calcaires. La cause en est dans la constitution du terrain. Non qu'il soit calcaire comme certains plateaux du midi de la France, désignés communément sous le nom de causses, et oij se montrent fort peu de sources; mais il est de même fissuré. Les eaux pluviales, absorbées par le sol, descendent par d'innombrables fentes imperceptibles, de manière à aller former les cours d'eau petits ou moyens qui sourdent sur la pente des deux plans inclinés conduisant à la mer. En somme, le Mexique est un pays sec, assez souvent aride. Quelques lacs cependant y sont épars. Le plus grand est celui de Chapala, dont la surface est de plus de 300 000 hectares. C'est le double du lac de Constance, dont l'étendue est déjà peu commune. Il est situé dans la partie peuplée du plateau, non loin de l'importante ville de Guadalaxara. J'ai déjà signalé les lacs qui forment un réseau à côté de la ville de Mexico ; ils sont au nombre de cinq et portent les noms de Tezcuco, Xochimilco, Chalco, San-Cristoval et Zumpango : ils occupent ensemble une superficie de 44 000 hectares. On en compte neuf autres au nord de la ville de Zacatecas et cinq autour de Chihuahua. Malheureusement, l'eau de la plupart de ces lacs contient une proportion très-sensible de carbonate de soude, à ce point qu'on a pu y établir l'exploitation de ce sel ; mais cet avantage manufacturier est acheté par un grave inconvénient : leur eau est impropre à l'irri-
gation, qui parlout est une si précieuse ressource pour l'agriculture. Elle ne vaut rien non plus pour les usages domestiques.
Le même sel dont nous venons de parler imprègne une partie du sol du Mexique. Il monte à la surface, attiré qu'il est par la sécheresse de l'atmosphère. Il apparaît en efflorescences qui sont très-visibles à cause de leur couleur blanche. On le remarque, par exemple, dans la vallée de Mexico, sur les bords des lacs de Tezcuco, de Zumpango et de San-Gristoval, et dans une partie des plaines qui entourent la ville de Puebla. La présence de ce sel est certainement un obstacle à la culture, et même à toute sorte de végétation, et par cela même elle enlaidit et attriste le paysage.
Nulle part ce phénomène des efflorescences salines, qui repoussent le cultivateur, n'est plus prononcé que dans la Californie orientale, dans la vallée comprise entre la Sierra-Nevada et les montagnes Rocheuses. C'est un espace fort vaste, où récemment on a signalé et commencé à exploiter de riches mines d'argent , parmi lesquelles celles de Washoë ont eu, dès le premier moment, une célébrité prématurée et peut-être excessive. La salure du sol est marquée, dans celte vallée, au point d'y rendre la végétation presque impossible. Mais cette contrée a cessé de faire partie du Mexique : elle est incorporée dans l'Union de l'Amérique du Nord.
Dans l'état actuel du Mexique, il n'y a pas lieu de beaucoup se préoccuper de la présence de ces sels
toujours efflorescents , quoiqu'elle condamne une partie du territoire à une dénudation dont le regard est affligé; mais il reste bien d'autres terres, et d'excellentes, pour exercer l'industrie du cultivateur et pour produire des récoltes riches et variées dont profiteraient le travail intérieur et le commerce d'exportation.
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DE LA RICHESSE MINÉRALE DU MEXIQUE. — LE PASSÉ. ET l'avenir.
Si la surface du Mexique est fertile , si elle ouvre à l'agriculture une carrière bien plus variée que celle qui s'offre partout ailleurs à peu près, ce que, dans le langage juridique, on nomme le tréfonds, en d'autres termes les entrailles de la terre ne laissent pas que de receler aussi de riches trésors. Des mines d'argent y abondent, et le pays fournit une certaine quantité d'or qui provient presque en totalité des mines d'argent; on le retire des lingots mêmes de ce dernier métal, par l'opération connue sous le nom de départ . Depuis quelques années, le Mexique a été dépassé dans la production des métaux précieux par deux contrées, la Californie et l'Australie. La première, qui est un démembrement du Mexique même, s'est mise, à partir de 1848, à rendre, en or, une somme fort supérieure à l'or et à l'argent réunis que retire la république mexicaine, et tout nouvellement on
a commencé à y exploiter des mines d'argent qui promettent. L'Australie ne produit encore, en fait de métaux précieux , que de l'or ; et de même que la Californie, elle en donne pour une somme qui excède la production de l'argent, non-seulement dans le Mexique, mais même dans l'Amérique entière. Cependant jusqu'à 1848 le Mexique était le premier pays de la terre pour l'extraction des métaux précieux. Ce qu'il donnait des deux réunis surpassait en valeur le produit de tout le reste du nouveau continent. Si le Mexique s'est ainsi laissé ravir le premier rang, ce n'est pas la faute de la nature, c'est celle des hommes . On retrouve ici la funeste influence de la mauvaise organisation politique qui y arrête le progrès en tout genre.
Les filons d'argent du Mexique n'eurent pas, immédiatement après la conquête, la renommée de ceux du Pérou. C'est au Pérou que, peu d'années après l'audacieuse invasion des Espagnols sous la conduite des Pizarre et d'Almagro, fut découverte une mine d'argent prodigieusement riche en comparaison de tout ce que l'on connaissait en Europe, et dont le nom est employé encore pour désigner une richesse sans limites. Cette mine merveilleuse est celle de la montagne appelée le Hatun Potocchi dont par euphonie les Européens ont fait le Potosi. Il en est sorti près de 7 milliards de francs^ Sous Monté-
1. A raison de 4 grammes 1/2 par franc. On l'exploite encore aujourd'hui, mais les minerais d'une grande richesse qu'elle fournissait autrefpis sont remplacés par d'autres qui sont trèspauvres.
zuma et ses prédécesseurs, les Aztèques exploitaient quelques mines d'argent, mais ils n'étaient point assez habiles dans les arts pour s'adresser à d'autres qu'à celles qui renfermaient le métal à l'état natif. Or de telles mines se présentent assez rarement. Dans la plupart des minerais qui se traitent avec avantage, l'aspect de l'argent est entièrement voilé par son association intime avec le soufre, l'antimoine, l'arsenic et d'autres substances encore, si bien que l'œil d'une personne qui n'est pas versée dans la science n'y reconnaît pas le métal , et , ce qui est plus grave, il n'est pas aisé de le dégager en entier de ces diverses combinaisons; il en est même quelques-unes part rapport auxquelles c'est fort difficile. On sait qu'au contraire, dans les mines d'or, le métal est à l'état natif, et, disons-le en passant, cette différence explique ce phénomène constaté par l'histoire, que les Espagnols trouvèrent chez les peuples d'Amérique plus d'or que d'argent, quoique les mines d'argent soient bien plus abondantes ou, pour mieux parler, beaucoup moins pauvres en métal que les mines d'or, dans les contrées du nouveau monde où les Européens établirent et développèrent d'abord leur domination. Même dans l'empire aztèque, qui était plus avancé que tout le reste, la production de l'argent était très-bornée, quoique le plateau mexicain soit le pays le plus riche en mines de ce métal.
Au commencement du dix-huitième siècle , les mines du Mexique ne donnaient encore, en or et en argent, que 27 millions de nos francs d'aujourd'hui,
presque tout en argent. Cinquante ans après, elles étaient montées à 65. A la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième , c'était moyennement de 125 à 130 millions, dont les neuf dixièmes en argent. C'est à peine si aujourd'hui le Mexique est revenu à ce niveau, qu'il avait perdu pendant l'agitation et les désordres dont furent accompagnées les guerres de l'indépendance. Il n'en reste pas moins le principal producteur d'argent dans le monde entier. Si on laisse la Californie à part, on trouve qu'il produit à peu près les trois cinquièmes du rendement de l'Amérique entière pour les deux métaux réunis ; par rapport à l'argent isolément, sa quote-part est un peu plus forte. Le nombre des tîlons argentifères que présente le Mexique est à peu près illimité. Au nord de Mexico, et particulièrement dans la partie occidentale du pays, ces filons se multiplient. Quand on approche du golfe de Californie, toute la pente de la Cordillère est composée de roches dans la masse desquelles un peu d'argent est disséminé, et qui sont traversées par des bancs de cette autre roche dure, ordinairement d'un blanc laiteux, que les minéralogistes appellent le quartz. A cause de leur dureté, ces bancs de quartz ont résisté le plus souvent à l'action prolongée de l'air et des intempéries : c'est pourquoi ils font saillie au-dessus de la surface. Ce sont les filons argentifères, et ils contiennent l'argent de la manière suivante : ils sont parsemés de sulfures métalliques , dans le nombre desquels se trouve celui d'argent, accompagné de
combinaisons diverses caractérisées par la présence de l'antimoine, de l'arsenic ou de quelques autres corps, et dont fait aussi partie le métal précieux. C'est à ces filons que s'attaquent les mineurs, en choisissant les endroits où ils présument qu'ils sont le plus riches. Ce qui distingue les filons argentifères du Mexique, et au surplus ceux de la plupart des autres contrées de l'Amérique, c'est la grandeur de leurs dimensions beaucoup plus que la forte proportion du métal. Le filon de la Biscaïna, qu'on exploite à la mine mexicaine de Real-del-Monte, a plusieurs mètres d'épaisseur. Le filon nommé la Veta-Madre, à Guanaxuato, est ordinairement épais de 8 mètres; quelquefois il l'est de 50, et on l'a exploité sur une longueur de 13 kilomètres. Plusieurs autres filons connus ont 5, 7, 10 mètres, et par places le double. Au Pérou, selon le témoignage d'un savant naturaliste allemand, M. de Tschudi, on trouve des filons plus puissants encore que celui de Guanaxuato lui-même, là où il l'est le plus. C'est ainsi qu'à Pasco on connaît et on exploite depuis longtemps deux filons, l'un de 114, l'autre de 123 mètres d'épaisseur. Mais en général, et sauf des exceptions ordinairement restreintes à un petit espace, qui cependant ne laissent pas que de se répéter, le minerai qu'on extrait de ces filons n'a pas, même après qu'on en a rejeté les matières stériles, une teneur utile de plus de deux à trois millièmes, c'est-à-dire qu'on extrait à peine 2 ou 3 kilogrammes d'argent de 1000 kilogrammes de minerai soumis au traitement. L'immense quan-
tité de minerai que fournissent ces puissants filons permet d'arriver, même avec une aussi faible proportion, à un rendement considérable et assez fréquemment à de beaux bénéfices.
Ce qui distingue les mines d'argent du Mexique de celles du Pérou et de la plupart des autres contrées d'Amérique, c'est le caractère ou plutôt le climat des sites dans lesquels on les rencontre. La plupart des mines mexicaines se présentent dans des contrées hospitalières pour le genre humain. Il est rare qu'elles soient situées à plus de 2000 ou 2200 mètres au-dessus du niveau des mers. Les célèbres mines de Valenciana et de Rayas, près de Guanaxuato, qui, au commencement du siècle, rendaient annuellement plus que n'a jamais donné la montagne du Potosi, sont dans un climat doux, à portée d'un pays qui produit en abondance tout ce qu'il faut pour bien nourrir les mineurs et pour la subsistance des mules que l'exploitation emploie en très-grand nombre. Les mines du Pérou au contraire sont dans des régions glacées, qui touchent aux neiges éternelles. C'est ainsi que les mines de Pasco se trouvent à plus de 4000 mètres d'altitude, dans les montagnes élevées où l'Amazone prend sa source. La mine de Gualgayoc est à 4080 mètres. La célèbre mine du Potosi a été exploitée jusqu'à la hauteur du sommet du Mont-Blanc. La montagne du Potosi, des flancs de laquelle on a tiré tant de trésors, a une élévation de 4865 mètres au-dessus de la mer, et 945 au-dessus de sa propre base, ce qui fait que la moindre altitude où l'on puisse l'a-
border est encore de 3920 mètres; c'est la Sibérie sous l'Equateur; c'est même pis que la Sibérie, car le pays qui entoure le pic est aride, affreux, et, ce qui aggrave la situation des mineurs, inaccessible, faute de chemins qui seraient très-dispendieux à établir. Cette seule circonstance, de se trouver dans un climat favorisé, assure aux mines du Mexique de grandes facilités d'exploitation, et par conséquent un grand développement.
Ce fut un mineur mexicain, Barthélémy Médina, à la mémoire duquel aucun monument n'a été consacré encore, qui imagina au seizième siècle, en 1557, la méthode suivant laquelle l'exploitation de la presque totalité du minerai a continué de se faire jusqu'à ce jour. Cette méthode est celle qui est dite par amalgation à froid; elle repose sur l'emploi du mercure et de quelques ingrédients beaucoup moins chers, tels que le sel et une substance appelée dans le pays le magistral^. Elle permet d'extraire le métal des minerais pauvres sans avoir à les fondre, par conséquent sans combustible, circonstance fort heureuse dans un pays où déjà les bois n'étaient pas communs à l'époque de la conquête, et où les Espagnols les ont détruits, comme dans tous les pays à peu près où ils se sont établis. Elle présente en outre l'avantage de se prêter à une exploitation fort en grand ; mais si elle ne dévore pas de combustible, elle consomme du mercure, et en grande
1. C'est un minéral composé de sulfure de fer et de sulfure de cuivre, qu'on a préalablement calciné.
quantité. On calcule que, pour produire 1 kilogramme d'argent, on sacrifie 1 kilogramme 1/2 de cet autre métal. On voit par là que l'abondance et le bas prix du mercure sont les conditions d'une grande activité dans les mines et d'une grande production d'argent. C'est ce qui explique les réclamations incessantes que les mineurs mexicains autrefois adressaient à la cour d'Espagne, pour qu'elle leur vendît à un prix modéré le mercure dont elle avait le monopole : la majeure partie du mercure livré au marché général, et particulièrement tout celui qui allait à Mexico , provenaient de la mine d'Almaden, en Espagne, qui appartenait et appartient encore à la couronne ou à l'État*. 11 avait été fait droit à ces réclamations. A partir de 1777, le mineur mexicain payait, à Mexico, le mercure sur le pied de 5 francs le kilogramme seulement. Après l'indépendance, le gouvernement espagnol ayant mis en ferme la mine d'Almaden, le fermier en a beaucoup augmenté le prix, et jusqu'à ces derniers temps, le mercure revenait au mineur mexicain de 15 fr. 50 cent, à 17 fr. 50 cent, le kilogramme, selon l'emplacement de la mine. Cette nécessité absolue, d'avoir beaucoup de mercure pour reti-
1. Au commencement du siècle , les mines d'argent du nouveau monde absorbaient annuellement 1 350 000 kilogrammes de mercure. Celles du Mexique à elles seules en consommaient 750000. Les mines d'Europe, dont la principale de beaucoup était celle d'Almaden, en rendaient 1750 000 kilogrammes, dont 1160000 allaient en Amérique. La mine de Huanca-Velica, au Pérou, en fournissait une certaine quantité aux mines péruviennes.
rer l'argent du minerai, rend compte aussi des sollicitations des exploitants auprès des vice -rois, qui en étaient les distributeurs, et qui souvent, par une exigence criminelle, ne craignaient pas de s'en faire payer cher à eux-mêmes la répartition.
Dans les circonstances oii était placée l'industrie des mines d'argent, par le fait du monopole des mines d'Almaden, ce fut pour elle un grand bienfait que la découverte faite en Californie, il y a quinze ou vingt ans, de mines nouvelles de mercure d'une grande richesse. Les Américains du Nord, une fois les maîtres du pays, en ont fait la reconnaissance et organisé l'exploitation avec cette forte et intelligente activité qui en fait des pionniers incomparables. Ils ont été aidés, danslacréation de vastes ateliers d'extraction, par la situation des mines nouvelles dans un des plus jolis et des plus fertiles vallons de toute la Californie, à proximité de la capitale, San-Francisco. Les mines de la Nouvelle-Almaden, c'est le nom qu'on a donné à ce gisement, sont aujourd'hui en plein rapport ; elles rendent déjà autant de métal que toutes celles de l'Europe ensemble, elles le produisent dans d'excellentes conditions, et on peut croire qu'il n'y aura d'autre hmite à leur production que celle de la grandeur même des besoins des mines d'argent. Il résulte d'un excellent mémoire de M. Laur, ingénieur des mines, sur les richesses métallurgiques de la Californie, qu'on s'attend à voir bientôt le mercure offert à l'exportation à San-Francisco, à un prix de peu supérieur à
3 francs le kilogramme. Il n'en faudrait pas davantage pour donner à l'exploitation des mines d'argent du Mexique, et du nouveau monde en général, une impulsion extraordinaire. Si le Mexique adoptait enfin une organisation politique qui rétablit l'ordre, la sécurité, le respect de la propriété; si de bonnes routes et quelques chemins de fer s'y construisaient, de manière à réduire les frais de transport, qui sont exorbitants; si la législation des mines y recevait un certain nombre d'améliorations que les hommes compétents ont signalées, la production de l'argent y acquerrait bientôt les plus grandes proportions.
Au commencement du siècle, M. de Humboldt écrivait ces lignes : œ En général, l'abondance de l'argent est telle dans la chaîne des Andes, qu'en réfléchissant sur le nombre des gîtes de minerais qui sont restés intacts, ou qui n'ont été que superficiellement exploités, on serait tenté de croire que les Européens ont à peine commencé à jouir de cet inépuisable fonds de richesses que renferme le nouveau monde.... » — « L'Europe serait inondée de métaux précieux, si l'on attaquait à la fois, avec tous les moyens qu'off"re le perfectionnement de l'art du mineur, les gîtes de minerais de Bolanos, de Batopilas, de Sombrerete, du Rosario , de Pachuca , de Moran, de Zultepec, de Chihuahua, et tant d'autres qui ont joui d'une ancienne et juste célébrité. » Un autre observateur fort éclairé, venu quarante ans plus tard, M. Duport, disait : « Les gisements travaillés depuis trois siècles ne sont rien auprès de
ceux qui restent à explorer.... » — « Le temps viendra , un siècle plus tôt, un siècle plus tard, où la production de l'argent n'aura d'autres limites que celles qui lui seront imposées par la baisse toujours croissante de la valeur. » Le moment est proche où ces prédictions doivent s'accomplir, soit parce que le Mexique se sera reconstitué lui-même, soit, s'il s'y refusait ou s'il y échouait, par la conquête qu'en feraient les Américains du Nord.
Outre qu'on y retire une notable somme en or des barres d'argent, le Mexique est loin d'être dépourvu de mines d'or proprement dites, même depuis qu'il a été dépouillé de la Californie. Il en a qui paraissent étendues et riches, mais dont l'exploitation n'a jamais été poussée avec vigueur; par ce motif, elles n'ont jamais donné et ne donnent encore que des profits médiocres. Il y en a d'intéressantes dans la province d'Oaxaca, et on en a retiré quelque quantité d'or ; mais les plus remarquables mines de ce genre sont celles de la province de Sonora, que les Américains du Nord ont convoitée et dont ils ont été au moment d'obtenir le troc contre une somme de onze millions de piastres (environ 57 millions de francs) qu'ils auraient avancée au trésor mexicain dans l'embarras ^
1. Le ministre américain à Mexico, M. Corwin, avait négocié, en 1862, avec le gouvernement mexicain, un traité en vertu duquel les Etats-Unis auraient avancé au Mexique cette somme de onze millions de piastres, dont partie aurait été affectée à
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La Sonora paraît être, sous ce rapport de l'or, le prolongement de la Californie dont elle est limitrophe. Tous les voyageurs s'expriment avec admiration au sujet des beaux gisements d'alluvions aurifères qu'elle recèle. C'est M. de Humboldt qui, à la vérité, n'en parle que par ouï-dire, mais qui excellait à apprécier à leur juste valeur les renseignements qu'on lui apportait. C'est M. Duport, qui n'avait pas pénétré non plus dans la Sonora, mais qui avait recueilli , avec une grande sagacité, des informations détaillées sur les ressources métalliques de cette province. C'est M. Duflot de Mofras, qui a parcouru les pays du continent de l'Amérique du Nord baignés par l'océan Pacifique et la mer Vermeille. Le manque de bras, cause et effet tout à la fois de l'inculture à laquelle la province de Sonora est abandonnée, empêche ces beaux gîtes d'or d'être mis à profit. Mais c'est le cas de répéter ce que nous venons de dire pour les mines d'argent du Mexique : ou bien les Mexicains tireront meilleur parti de ces éléments de richesse publique et privée, ou bien ils perdront la province même, comme ils ont perdu la Californie.
payer les indemnités dues à des sujets anglais. En retour, le Mexique engageait aux États-Unis ce qui restait invendu des biens du clergé, et toutes les terres inoccupées de la république. Cette hypothèque indéfinie eût été appliquée, selon toute apparence, à la Sonora. Une première fois le sénat des États-Unis refusa de sanctionner le traité. La seconde fois, ce fut le président Lincoln qui le répudia de son propre mouvement, sans le déférer au sénat. De son côté, le gouvernement anglais avait décliné ce mode d'indemniser les sujets britanniques.
La province de Sinaloa, qui prolonge celle de Sonora dans la direction du midi, sur l'océan Pacifique, de même que la Sonora continue la Californie, offrirait aussi, selon des témoignages dignes de foi, des gisements d'or d'un grand intérêt.
SITUATION GEOGRAPHIQUE. — POSITION AVANTAGEUSE ENTRE LES DEUX REVERS DE l' ANCIEN CONTINENT, ET ENTRE LES DEUX GRANDS OCÉANS.
Le Mexique a reçu de la nature d'autres privilèges encore que ce don précieux d'une grande variété dans son climat et dans ses productions, et que ces mines d'argent qui sont sans pareilles au monde. Il a été doté d'un avantage qui peut aussi devenir une source de prospérité et de grandeur ; c'est sa position à cheval sur les deux océans. Par son rivage oriental, il est vis-à-vis de l'Europe, et son rivage occidental est sur le grand Océan, justement nommé en ces parages, pour la majeure partie de l'année du moins, le Pacifique. Par ce dernier, il peut entretenir des relations faciles avec un grand nombre de contrées productives : ce sont les populeux empire de l'Asie, l'Inde, la Chine et le Japon ; ce sont pareillement les belles colonies que, depuis un demi-siècle ou moins encore, le génie entreprenant de la race européenne a fondées
dans les archipels dont est semée l'immensité du grand Océan, ou sur les rivages naguère inhabités qu'il baigne. L'Australie et la Californie sont les deux plus éclatants produits de cette activité intelligente et énergique de la race de Japhet, et on peut prévoir la création prochaine de nouveaux établissements parmi ces îles innombrables. N'a-l-on pas vu depuis quelques années, dans ces espaces, les Marquises, les îles de la Société, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, s'ajouter au domaine de la civilisation occidentale? Parmi les anciennes colonies de l'Europe dans ces régions lointaines, la plupart ont grandi en puissance de production : Java en offre le plus bel exemple. Les Philippines, qui à elles seules pourraient constituer un empire, semblent sortir de leur immobilité séculaire. Ainsi une vie nouvelle, importée par les essaims de la race européenne, pénètre de toutes parts dans le grand Océan. Un pays aussi bien situé que l'est le Mexique, par rapport à ce bassin si vaste et si varié, ne semble-t-il pas appelé à en retirer des bénéfices considérables ?
Le temps n'est plus où un philosophe éminent, d'ordinaire très-clairvoyant dans ses pronostics, pouvait écrire qu'il fallait considérer comme presque nulle l'influence que l'Asie exercerait jamais sur le nouveau continent, et réciproquement, parce que, dans un sens au moins, la « constance des vents alizés et le grand courant de rotation, qui est constant entre les tropiques, » rendraient ces relations éternellement difficiles. Depuislejour où M. de Hum-
boldt s'exprimait ainsi , le navire à vapeur est apparu; il a successivement reçu des perfectionnements qui en ont fait un appareil merveilleux de rapidité et d'exactitude, et parfaitement satisfaisant sous le rapport de la sécurité. Grâce à cette invention, la communication accélérée entre le revers occidental de l'Amérique et l'Asie, qui semblait impossible, est devenue d'une extrême facilité.
Pour se faire une idée de l'énergie avec laquelle aujourd'hui le courant de la civilisation occidentale se précipite vers le champ que lui offraient vainement, depuis quelques siècles, l'océan Pacifique et les terres qui le bordent, on n'a qu'à se rendre compte de ce qu'était, il y a soixante ans à peine, le commerce de l'Europe ou des Etats-Unis avec l'Inde, avec la Chine ou avec les colonies environnantes, et à en comparer les proportions avec celles qu'il a acquises de nos jours. Alors la compagnie anglaise des Indes accaparait les échanges entre l'Europe, l'Inde et la Chine , et ces échanges monopolisés étaient bien médiocres. Les Etats-Unis, faibles encore et sans capitaux, y prenaient part au moyen d'un petit nombre de navires. Le Japon était fermé, Java languissait, Singapore n'existait pas. En Australie, quelques milliers de condamnés se façonnaient lentement et péniblement aux pratiques d'une vie honnête, en cultivant le sol. On n'y avait pas encore découvert le système d'exploitation territoriale qui a fait de cette colonie le principal centre de la production de la laine pour l'industrie européenne, encore moins les mines de cuivre et sur-
tout les mines d'or, qui aujourd'hui présentent une carrière illimitée à l'industrie du mineur. La Californie alors n'était peuplée que de quelques couvents de missionnaires apprenant tant bien que mal les rudiments du christianisme à quelques peuplades de pauvres Indiens. On ne soupçonnait pas qu'elle recelât les mines d'or dont la présence, subitement révélée par le hasard au génie audacieux des Américains du Nord, y a, de toutes les parties du monde, fait accourir des colons intrépides et converti les vallées désertes du Sacramento et du San Joaquin en un des foyers les plus intéressants de la civilisation occidentale.
Il résulte d'un relevé que je dois à l'obligeance d'un de nos plus habiles statisticiens, M. Chemin- Dupontès, qu'à l'origine du siècle le commerce que les peuples occidentaux, h savoir les nations européennes, et les États-Unis, faisaient avec l'Inde, la Chine, le Japon et les colonies éparses dans les îles du grand Océan, exportation et importation réunies, était de 410 millions de francs, et qu'en 1860, il était monté à 2 milliards et demi (exactement 2 milliards 477 millions), sans compter l'importalion que l'Angleterre effectue aujourd'hui en Chine, de l'opium de l'Inde, ce qui représente une valeur de 180 millions environ ^
1. Le relevé de M. Chemin-Dupontès montre, que depuis le commencement du siècle, le commerce des États-Unis avec le bassin du grand Océanj défini comme il vient d'être dit, a quadruplé (239 millions contre 59). Celui de l'Angleterre a décuplé, si l'on compte les 180 millions de francs d'opium importé en
Mais ce n'est pas seulement le besoin de commercer, ou l'appât du plus précieux des métaux, et le désir, si vif chez la plupart des peuples, d'en arracher des parcelles aux alluvions ou même aux entrailles de la terre, qui aujourd'hui attirent la race européenne des deux hémisphères dans les parages du grand Océan. A ces mobiles se joignent le sentiment que le globe terrestre est le patrimoine des fils de Japhet, et cette pensée, qu'ont hautement manifestée les grands gouvernements de l'Europe, qu'il leur appartient de s'immiscer dans les affaires des peuples de la civilisation orientale et de renverser les barrières dont ils s'obstinaient à entourer leur routine vaniteuse. Le canon de l'Europe a forcé les portes du plus populeux empire de la terre, la Chine, qui renferme un nombre d'hommes double de l'Europe entière, de Cadix et de Lisbonne à Christiania, et de Dublin à Saint-Pétersbourg, 537 millions d'âmes contre 270 ^ Les drapeaux de la France et de l'Angleterre ont flotté sur les murs de Pékin, et cette dernière campagne a laissé dans les
Chine (1960 millions contre 195), tandis que celui de la France n'a que doublé (92 millions contre 50). Il est vrai qu'en outre, par l'intermédiaire de l'Angleterre, la France a tiré des soies de la Chine pour une centaine de millions. Par le moyen des nouveaux paquebots de la compagnie des Messageries, ce commerce désormais doit se faire sous pavillon français.
1. La population de l'Europe tout entière, en y comprenant la Turquie dite d'Europe, s'élève à 270 millions; voy. la Géographie de Malte-Brun, édition Cortambert, tome VI, p. 352. Le recensement de 1852 a constaté en Chine une population de 537 millions; voy. l'article Pé-king, par M. Natalis Rondot. dans le Dictionnaire du Commerce de M. Guillaumin.
imaginations chinoises de profonds souvenirs. On est enfin autorisé à croire que l'empereur Fils du ciel ne reprendra plus cette politique d'isolement * qui a conduit le Céleste Empire à tant d'afïaiblissement et d'humiliation. Cette expédition, dont l'Europe aurait le droit d'être fière, si elle n'eût été marquée par des actes de vandalisme, a accompli un fait immense : c'est pour ne plus se relever que la muraille de la Chine est renversée. Le Japon, intimidé par le retentissement des faits d'armes de l'Angleterre et de la France en Chine, a de lui-même abaissé ses barrières, sur l'invitation qui lui en a été adressée, et il est ouvert aujourd'hui, de même que l'immense empire chinois, au pavillon et au commerce de l'Europe et des États-Unis. Il y avait déjà des années que l'Inde et les royaumes limitrophes, jusques et y compris la vallée de l'Indus et l'empire des cinq vallées, ou Pendjab, avaient été con-
1. Je ne voudrais pas que le lecteur supposât qu'en parlant de la profonde impression qu'ont reçue les imaginations chinoises pendant la dernière campagne, j'attribue un eiïet salutaire à l'acte d'intimidation qui a consisté à incendier les palais enfermés dans le parc impérial de Yuen-mien-yuen. Le sentiment de l'Europe écbirée a condamné cette violence calculée. Une déplorable circonstance a aggravé cet acte barbare : le pillage a accompagné l'incendie. Celui des deux gouvernements dont le plénipotentiaire a insisté pour l'accomplissement de ce méfait s'est donné le tort de paraître l'approuver, par cela même qu'il s'est abstenu d'en faire l'objet d'un blâme public. Plus les États européens affectent la supériorité envers les autres parties du monde, plus ils doivent être attentifs à se conduire honorablement envers elles. Dominer l'Asie par la force des armes, si l'on n'y joignait le respect des droits de l'humanité, serait se placer sur "la même ligne qu'Attila et Gengis-Khan.
quis par les armes anglaises. Ainsi la civilisation occidentale, soit qu'elle réside au Mexique ou dans l'Union américaine, soit qu'elle ait son siège dans les États dont Londres, Paris, Berlin, Vienne et Saint-Pétersbourg sont les florissantes capitales , voit devant elle en Asie des espaces infinis , qui appellent son commerce et ses hommes entreprenants.
Le cours des événements semble être guidé par une force supérieure qui tend incessamment à multiplier les points de contact et à préparer le rapprochement, la solidarité même entre l'Europe, ou, pour mieux dire, la civilisation occidentale et les diverses branches de la civilisation as atique. Les besoins de l'industrie déterminent, entre l'une et l'autre, des échanges toujours croissants. Les accidents du commerce et les perturbations de l'agriculture concourent avec les crises de la politique, ainsi qu'on va le voir, pour faire sentir à l'Occident, si orgueilleux de sa supériorité, qu'il ne peut se passer de cet extrême Orient qu'il serait porté à mépriser. Ainsi la production de la matière première d'une des plus belles industries de l'Occident, celle des soieries, a été tout d'un coup profondément atteinte en Europe par un fléau inouï dans les fastes de l'agriculture, la maladie du ver à soie, contre laquelle jusqu'à ce jour tous les efforts ont échoué. Dès lors les manufactures de l'Europe, pour se procurer ce que nos magnaneries avaient cessé d e leur fournir en suffisante quantité, ont dû s'adresser à la Chine, où la soie abonde. De là une importation énorme en Europe
des soies de l'empire chinois. Lyon, Elberfeld et Zurich ne pourraient plus vivre si la Chine ne leur venait en aide en leur livrant des soies. Mais voici un autre exemple plus saisissant encore : depuis 1861, la guerre civile ayant éclaté dans la confédération de l'Amérique du Nord, le coton, dont l'Union était le principal fournisseur, a cessé d'arriver sur les marchés de l'Europe. De là une émotion très-vive que les gouvernements eux-mêmes ont partagée; car lorsque la plus vaste des industries manufacturières, celle qui occupe la plus grande masse d'ouvriers, celle dont les produits représentent la plus forte somme d'argent, court le danger d'être paralysée, l'affaire est politique au premier chef. On a frappé à toutes les portes pour obtenir des approvisionnements de l'indispensable textile. Il a été constaté qu'à cet égard , dans l'état actuel des choses, l'Asie offrait déjà aux ateliers de nos contrées des ressources inespérées, qui deviendraient presque indéGnies, moyennant l'entreprise de divers travaux publics, lignes ferrées et ouvrages d'irrigation. Dans l'Inde et dans le sud de la Chine, une innombrable population s'habille de tissus de coton; donc, déjà la production du coton y est extrêmement grande. Les cotons del'Asie, surtout ceux de l'Inde anglaise, sont entrés subitement dans la consommation des fabriques européennes, et même de celles du nord de l'Union américaine. Un ensemble de travaux publics, chemins de fer, routes et canalisations, destinés soit à en faciliter le transport, soit à en répandre et perfectionner la cul-
ture dans l'Inde, est en cours d'exécution et se poursuit avec la vigueur persévérante qui est propre à la nation anglaise. Il n'y a pas de bonnes raisons pour penser que la Chine ne fournirait pas aussi d'importantes quantités de coton brut à l'industrie européenne, si elle en était sollicitée.
Ces exportations nouvelles et imprévues des soies et des cotons de l'Asie vers l'Europe appellent naturellement une contre-partie : on voit et on verra de plus en plus se développer l'importation en Asie, des marchandises non-seulement des États qui lui empruntent ses matières premières, mais même des autres parties de ]a civilisation occidentale. Voilà donc des liens puissants qui s'établissent entre l'Asie et les pays où la race européenne est fixée. Ce ne sont pas les seuls. Les relations entre les grands empires asiatiques, qui bordent le bassin du grand Océan , et les régions occupées dans les deux hémisphères par la civilisation énergique et active à laquelle nous appartenons, sont en voie de s'étendre par un autre côté, qui n'est pas le moins important ni le moins curieux.
Le manque de bras s'est fait sentir dans la plupart des colonies à sucre, à la suite de l'émancipation des noirs, parce que, dans la majeure partie de ces possessions, beaucoup d'esclaves émancipés avaient profité de leur liberté pour abandonner le travail des sucreries. Dans leur extrême embarras, les colons ont fixé leurs regards sur l'Asie méridionale et ont remarqué que ces régions si populeuses offraient à des prix modiques une main-d'œuvre
surabondante. On a d'abord puisé dans l'Inde, qui, sans la moindre gêne, a pu donner, sous le nom de coulis, les travailleurs nécessaires pour remplacer les noirs. De l'Inde, on est passé bientôt à la Chine, qui présente en cela des ressources bien plus vastes, car la population de la Chine est triple de celle de l'Inde tout entière*. L'Asie se présente donc maintenant comme un inépuisable marché de maind'œuvre, et, il faut le dire à l'honneur de notre temps, de travail libre, car l'Asiatique hindou ou chinois, qui émigré à destination des colonies, le fait en vertu d'un marché librement débattu, limité à un nombre d'années qui n'a rien d'excessif, et la condition qui lui est faite n'est point celle de l'esclave. Une fois ce mouvement commencé à l'instigation des entrepreneurs d'émigration, les Chinois, qui sont les plus industrieux des Asiatiques, l'ont spontanément continué. Ils sont venus d'eux-mêmes chercher du travail dans certaines contrées où la rareté des bras leur avait été signalée. Ils sont accourus en Californie, où ils sont maintenant au nombre de 35 000 ^ presque tous adonnés au lavage des alluvions aurifères. En Australie, l'industrie de l'or a exercé sur eux la même puissance d'attraction. Dans ces deux pays, ils donnent l'exem-
1. D'après la Géographie de Malte-Brun, édition Cortambert (tome III, p. 487), les pays de l'Inde possédés par l'Angleterre ou soumis à son patronage ont une population totale de 174 millions, celle de la Chine étant de 537 millions.
2. Le recensement des États-Unis de 1860 a constaté en Galifornie la présence de 34919 Chinois.
pie de l'amour du travail, de l'économie et de l'obéissance aux lois. Si les gouvernements et les populations des régions que dessert le grand Océan les accueillaient avec bienveillance , ce qui, disonsle avec regret , n'a pas été le cas en Californie ni en Australie , il n'y aurait pas de limites à la multitude qui quitterait la Chine pour venir ainsi se mêler au courant de la civilisation occidentale dans tous ces parages. Aucun pays n'en pourrait profiter plus que le Mexique, s'il le voulait. C'est un sujet sur lequel nous reviendrons quand nous traiterons de la population *.
Enfin au Mexique, par un autre privilège, les deux océans se trouvent fort rapprochés l'un de l'autre. La largeur du continent vers Tehuantepec, au midi de la Vera-Cruz, se réduit à 220 kilomètres. Si l'on veut passer par Mexico, après avoir débarqué à la Vera-Cruz, pour sedirigersur Acapulco,quiest au pied de l'autre versant, le trajet (toujours à vol d'oiseau) n'est encore que de 550 kilomètres, à peu près la distance de Paris à Bordeaux. Plus au nord, par Durango, l'intervalle devient de 1000 kilomètres. Parmi les directions nombreuses suivant lesquelles on a projeté de traverser la chaussée, longue de 2300 kilomètres, qui unit le massif de l'Amérique méridionale à celui de l'Amérique septentrionale, et qu'on appelle l'isthme de Panama, le passage par le Guazacoalco et Tehuantepec est le plus septentrional de tous, le plus à por-