ETATS ET TERRITOIRES
Habitants
par kilM.'ar.
Aguascalientes.
Veracruz. . . .
Colima
Oaxaca
San Luis Polosi Guerrero . . .
Zacatecas . . .
Tabasco ....
iXuevo Léon . .
Tepic
ETATS ET TEKKITOIRES
Chiapas ....
Durango ....
Yucatan ....
Sinaloa
Tamaulipas . .
Campêche . . .
Coahuila. . .
Chihuahua. . .
Sonora . .
Basse-Californie.
Habitants par
Au point de vue ethnographique, la population du Mexique n'est pas homogène. Elle peut être divisée en trois groupes principaux, à savoir :
1° Groupe européen;
2° Groupe métis;
3° Groupe autochtone.
De plus, il existe encore des représentants de la race noire, d'autres de la race jaune viennent d'arriver. Mais ce ne sont que des quantités négligeables.
Approximativement, la proportion des blancs s'élève à 20 pour 100, celle des métis à 40 pour 100 et celle des Indiens également à 40 pour 100. Mais, il faut le répéter, ce ne sont là que des évaluations conjecturales.
En réalité, les éléments ethniques de la nation mexicaine sont sinij)les. Il reste à les examiner.
LES liLANCS
A partir de 1521, et dès que le récit des exploits de Fernand Cortez et de ses compagnons parvint à la cour de Charles-Quint et dans la péninsule Ibérique, un courant d'émigration se forma et se dirigea vers la région conquise, appelée la Nouvelle-Espagne. Celle-ci, dont les richesses étaient fort exagérées, ne tarda pas à attirer, comme le Pérou, toutes les cupidités.
Les parents et amis des conquistadores, les fonctionnaires, les marchands, artisans, mineurs, agriculteurs et aventuriers, arrivant d'Espagne, amenèrent peu de femmes. Les plus fortunés épousèrent des fdles de l'aristocratie indigène et de jeunes métisses de la première génération ; les autres, des Indiennes.
Ce premier noyau fut grossi constamment, pendant les trois siècles du régime colonial, par des apports de race blanche, apports rendus considérables de par leur continuité, et composés surtout d'hommes faits, célibataires.
L'élément ethnique, dit européen, provenait de toutes les régions espagnoles. Les Castillans, les Andalous et les Estramaduriens, d'abord en tête (1), furent vite dépassés par les Basques des trois provinces et de la Navarre, les Montaheses de la région de Santander, les Asturiens et les Galiciens, c'est-à-dire par ceux partant de la longue chaîne montagneuse du nord de l'Espagne, prolongement des Pyrénées, et l'un des plus grands réservoirs d'hommes alimentant l'émigration dans le Nouveau Monde.
Les Aragonais comptaient pour peu ; les Catalans furent moins nombreux que ne pourrait le faire croire leur esprit d'entreprise, car la Méditerranée et l'Orient les hypnotisèrent longtemps.
Les Canariens, ou Islenos, envoyèrent un contingent apprécié
(1) Fernand Cortez était de Medellin, en Estraraadure.
dans les terres chaudes et tempérées ; mais ce furent toujours les Andalous qui donnèrent le ton.
Après l'installation, à Mexico, d'un nouvel ordre de choses, la Société coloniale naissante reçut l'apport de l'ancienne aristocratie indigène. Les Tlataones ou seigneurs féodaux et héréditaires, que les Espagnols appelaient « Caciques », — mot provenant des Antilles — qui voulurent conserver un rang et des biens, demandèrent le baptême et prirent les nom et prénoms de leur parrain ; ils abandonnèrent, non sans peine, la polygamie, offrirent leurs fdles aux Espagnols, et leurs fils, instruits par des religieux, recherchèrent les premières métisses.
Pour sa part, Fernand Cortez, aussi habile administrateur et fin politique que grand capitaine, s'attacha la noblesse alliée et appela à lui l'aristocratie des vaincus. A la première, il accorda des récompenses, et, à la seconde, des compensations. Il s'occupa avec persistance de leur hispanifîcation, et leur fit distribuer des emplois, des dotations et des titres, cela, autant que possible, d'accord avec les lois castillanes.
Ainsi, le fils de l'empereur Moctezuma reçut une seigneurie, comprise dans Mexico, et fut nommé inspecteur des ateliers indiens. Il surveillait et animait les anciens sujets de son père, occupés à reconstruire la capitale. Il accompagna Fernand Cortez, avec d'autres caciques, dans un voyage en Europe, et fut présenté, par le conquérant, à Charles-Quint (1). Il eut des descendants qui épousèrent des Espagnoles, et l'un d'eux devint vice-roi de la Nouvelle-Espagne (2).
Quatre filles de Moctezuma — elles avaient été dotées par les soins de Fernand Cortez — épousèrent des Européens.
De nos jours, la parenté avec l'infortuné souverain aztèque est revendiquée, à Madrid, par des membres de lagrandesse, et donne encore droit, à Mexico, à des pensions de l'Etat.
(1) Durant leur séjour en Ksp.igne, le fils de Moctezuma et les caciques se perfectionnèrent Hans le castillan, et furent somptueusement habillés aux frais du monarque. Dès lors, ils adoptèrent les modes de la Cour.
(2) José S.irmiento Valladares. comte de Mocteuhzoma y Tula, enira à Mexico, le 18 décembre 169". Il a<lministra convenablement le pays, jusqu'au 4 novembre 1701, et retourna dans la péninsule. Ses héritiers portent le titre de ducs et sont grands d'Espagne.
Autres faits instructifs :
Le noble et infortuné Cuahutemoc, dernier chef de l'empire aztèque, après la perte du trône et la torture subie, avait été baptisé et était devenu le « vicaire » de Fernand Cortez, pour le gouvernement des Indiens. Sa fin dramatique l'a empêché de laisser une famille qui se serait hispanifiée. Mais, sa veuve, l'impératrice, fort belle personne et qui conserva longtemps ses attraits, dit Bernai Diaz del Castillo, épousa un Castillan, avec qui elle fit bon ménage.
Fernando de Alva Cortez, un des historiens de la conquête, était un prince de la famille des Ixtlitlscohiltl, qui avait régné a Mexico et à Teotihuacan. Il avait changé son nom aztèque pour un autre composé avec celui du conquérant.
Charles-Quint autorisa les mariages entre Espagnols et fdles de caciques, et, aussi entre caciques et Espagnoles. Aussi, les collèges pour indigènes nobles, fondés par les ordres religieux, disparurent-ils promptement, les grandes familles indiennes ayant été absorbées par la société créole.
Depuis cette époque, toute famille indienne qui s'est élevée a été immédiatement comme aspirée par la nouvelle classe dirigeante, composée uniquement de blancs purs ou métissés (1).
Depuis, des unions innombrables d'Espagnols, voire d'Espagnoles, venus d'Europe ou nés dans le pays, avec des métisses et métis, souvent bien pourvus, ont encore infiltré du sang indien dans la race blanche (2).
L'émigration des péninsulaires vers le Mexique fut activée par les découvertes et l'exploitation des mines d'argent, qui éveillaient les convoitises. Cette émigration se ralentissait pendant les guerres
(1) Un exemple : Benito Ju.irez, Indien Zapotèque, hispanifîé par l'instruction et l'éducation, et l'une dos figures du Nouveau Monde, devient avocat et l'un des chefs d'un parti politique. Il épouse alors une femme appartenant à la classe « décente » (dirigeante), et dont la mère était Italienne. A leur tour, ses enfants se marient : le fils, avec une Française, les cinq filles, avec trois Espagnols, un Mexicain et un Cubain. Puis ses petilsenfants s'allient tous avec des blancs. Si Juarez avait vécu aussi longtemps que certains hommes de sa génération, il aurait vu sa descendance transformée dans un sang nouveau.
(2) Il faut être connaisseur pour distinguer les traces du sang indien; celles-ci disparaissent dès le second croisement, tandis que, pour les noirs, les stigmates persistent au troisième croisement, et que, pour les Mogols, le bridement des yeux existe encore au septième.
de la monarchie espagnole contre la Hollande, la France et l'Angleterre, et reprenait activement, durant les périodes de paix. Sous la maison d'Autriche, elle fut gênée parla piraterie des flibustiers européens croisant dans la mer des Antilles. L'établissement de la maison de Bourbon, à Madrid, lui fut très favorable.
L'esprit de clocher dont tous les émigrants étaient imbus, les portait à s'entr'aider et à former des sortes de clans. Les Basques se distinguaient par leur esprit de solidarité.
On donnera une idée de l'importance de l'élément ethnique fourni par la mère patrie, en rappelant que, en 1811, lors de l'insurrection, le nombre des péninsulaires s'élevait à 70000.
Les Européens, fort goûtés des femmes créoles, recherchaient les unions profitables. Ceux de caractère vulgaire et de basse origine, ne parvenant pas à la fortune, se contentaient de femmes métisses, ou prenaient des concubines indiennes. Peu retournaient en Espagne; la lenteur des communications et les fatigues du voyage étaient alors rebutantes. Du reste, les péninsulaires qui, après fortune faite ou par devoir, quittaient le pays, y laissaient presque toujours de la progéniture.
Tous les enfants nés des péninsulaires, même ceux nés d'une mère venue d'Europe, devenaient hij'os d cl pais (lils du pays), c'est-à-dire que, tout en restant fidèles au roi et en obéissant à son représentant, le vice-roi, ils appartenaient à une population nouvelle, ayant un esprit particulier et des aspirations spéciales. Chez ces créoles, les coutumes et les mœurs espagnoles se trouvaient modifiées par certaines influences et traditions provenant des indigènes, du climat, du milieu et de l'infusion d'un peu de sang indien; de plus, le castillan était parlé avec un accent doux et caressant qui n'existait pas de l'autre côté de l'Atlantique.
Mû par le patriotisme étroit et le protectionnisme à outrance de l'époque, le Conseil des Indes prohiba toujours l'entrée des étrangers dans les colonies espagnoles (1).
(1) Dans les premiers temps de la découverte faite par Christophe Colomb, les Espagnols upparlcnant aux provinces de la couronne de Castillc prëtendaienl avoir seuls le droit d'exploiter le Nouveau Monde. Ils voulaient en exclure, non seulement toutes les nations d'Europe, mais encore les Espagnols appartenant à la couronne d'Aragon. Ils se basaient sur ce point que l'expédition de découverte avait été organisée aux frais et par
Mais, sur ce point comme sur bien d'autres, la loi ne fut pas toujours rigoureusement observée. Il vint en Amérique un certain nombre de gens, nés hors de la péninsule, voire hors des possessions royales. C'est ainsi que l'ingénieur fameux, Enrique Martinez qui, dès le commencement du xvii'' siècle, s'occupa de mettre Mexico à l'abri des inondations, et a laissé une réputation qui survivra longtemps, était un Français appelé Henri Martin, dont le nom fut castillanisé. Péninsulaires et créoles le considéraient comme un compatriote. D'autres étrangers, Italiens, Flamands, Suisses ou Wallons, venus comme prêtres, officiers, techniciens, employés et aventuriers, s'établirent dans le pays. Des naufragés et des prisonniers de guerre, traités avec humanité, y restèrent également.
A noter que la Nouvelle-Espagne eut comme vice-rois, au xviii' siècle, un Français, le marquis de Croix, et un Italien, Branciforte. D'autre part, un Français, nommé Laborde, créa au Mexique quantité d'entreprises minières, et y fut ce qu'on appellerait aujourd'hui le « Roi de l'argent ». Il modifia son nom en Borda, et eut des enfants. Un autre Français, appelé Miramon, fut fonctionnaire et laissa des descendants; un de ses petits-fils, le général Miguel Miramon, acquit une grande notoriété par ses talents et sa fin tragique.
Au commencement du xix" siècle, un certain nombre d'étran-
les soins uniques d'Isabelle, reine de Castille, et que l'époux de celle-ci, le roi Ferdinand d'Aragon, n'y avait participé en rien.
La mort d'Isabelle la Catholique et la prise de son pouvoir par Ferdinand d'Aragon, et surtout la force des choses, annulèrent les prétentions des sujets de la couronne de Castille.
Le Conseil des Indes, qui administrait les possessions espagnoles, dut admettre l'émigration, en Amérique, des sujets de la couronne d'Aragon, c'est-à-dire originaires des provinces de Navarre, d'Aragon, de Valence, des Baléares et de la Catalogne. Malheureusement, il s'opposa toujours à laisser partir des émigrants provenant des autres parties de la couronne d'Aragon, ou autrement, des royaumes de Naples, de Sicile et de Sardaigne. Même sous Charles-Quint et ses successeurs de la maison d'Autriche, les sujets espagnols des Pays-Bas, du Milanais et de la Franche-Comté n'obtinrent pas la permission de passer au Nouveau-Monde. Seulement, de 1580 à 1040, le Portugal se trouvant réuni, l'émigration portugaise fut tolérée. Ainsi, la colonisation de l'Amérique semblait réservée aux seuls habitants de la Péninsule ibérique.
Cette opposition du Conseil des Indes fut un grand malheur pour l'Amérique espagnole. En elPet, les Italiens eussent pu lui fournir ce que l'Espagne n'envoyait guère : des agriculteurs; et les Français de la Franche-Comté et des Pays-Wallons, ainsi que les Flamands des Pays-Bas, des artisans et des colons en quantité. L'émigration italienne, aujourd'hui si recherchée, vient à l'appui de notre opinion.
gers participaient à la vie publique. D'aucuns, comme le Sicilien Filisola, étaient officiers dans les milices royales, et le curé Hidalgo, en organisant, à Guadalajara, sa grande armée d'insurgés, réclama, pour commander son artillerie, le concours d'un ingénieur français nommé Fléchier, qui travaillait dans la région (1).
Bref, sous le régime colonial, si les étrangers n'émigraient pas ouvertement au Mexique, on peut dire qu'ils pouvaient s'y glisser et y restei".
Un antagonisme, né au lendemain de la conquête, entre créoles et Européens, persista près de trois siècles, et d'autant plus que ceux-ci monopolisaient les meilleurs emplois et s'arrogeaient une supériorité morale. Après avoir déclaré les Indiens menores (mineurs) et s'être qualifiés eux-mêmes Gente de rnzon, c'est-à-dire gens possédant seuls la raison, les péninsulaires tendaient à considérer les créoles comme des êtres un peu inférieurs, vu que, à l'exemple des indigènes, ils étaient nés dans le pays. Ce préjugé, accepté par la Cour de Madrid, était indéracinable. Du reste, à la même époque, il existait également dans les Amériques anglaise et française. On sera surpris d'apprendre qu'en arrivant au Canada, les Français s'affirmaient supérieurs à ceux de leurs compatriotes nés sur les bords du Saint-Laurent.
Cet antagonisme entre Espagnols créoles et européens contribua fort à faire éclater la guerre de l'Indépendance, en 1810, et fut alors cause du massacre de milliers de péninsulaires.
Les apports de blancs ne s'arrêtèrent pas après la séparation, en 1821, du Mexique et de la mère patrie. Au contraire, ils reprirent sous une autre forme. EfTectivement, l'émigration européenne apparut, d'abord faible, puis plus accentuée. Les Espagnols, qui continuèrent leur mouvement, — ralenti par un bannissement incomplet et passager, — les Français, les Anglais, les Allemands, les Italiens et les Nord-Américains apportèrent, d'une façon suivie, des éléments inestimables.
Ici, on ne saurait omettre que les troupes nord-américaines, qui, en 1846 et 1847. occn|)èrpnt <livorses régions sejitentrionales
(1) Carlos Maria IBustamente.
et centrales du Mexique, ainsi que le corps expéditionnaire français et ses auxiliaires belges et austro-hongrois, qui séjournèrent dans la plus grande partie du pays, durant la longue période de l'Intervention, ont laissé derrière eux quantité de déserteurs et des traces ethniques de leur passage, les Français surtout, qui sympathisaient avec la population.
En majorité, les étrangers font souche, et leurs fils acceptent avec empressement la nationalité mexicaine que la constitution leur concède, de par la naissance sur le sol de la République. C'est que, au Mexique, — il en est de même dans tout le Nouveau Monde, — les enfants des étrangers s'identifient instinctivement au peuple au milieu duquel ils sont nés, et dont ils adoptent la langue, les mœurs et l'esprit. Cette identification, due à une influence territoriale et locale, est encore favorisée par la largeur de l'Atlantique. Durant la guerre contre l'Intervention, quantité de fils de Français luttèrent, les armes à la main, contre la France. Ceux qui tombèrent au pouvoir du corps expéditionnaire protestaient de leur patriotisme mexicain. Plusieurs se distinguèrent par d'éclatants services (I).
Le phénomène s'étend même à la descendance des Nord-Américains. Le voisinage des Etats-Unis ne contrebalance pas l'influence du milieu. Les enfants d'un Nord-Américain et d'une Mexicaine se déclarent presque toujours Mexicains et le sont en effet.
Finalement, ne voulant pas se réclamer de leur pays d'origine, et étant favorisés par une législation éclairée, les fils d'étrangers font partie intégrante de la nation.
Donc, la race blanche est alimentée, et tout porte à croire que l'émigration européenne ira la fortifiant en l'avenir.
(1) Albert Hans : La Guerre du Mexique selon les Mexicains, P;iris, 1899.
LES METIS
Tandis que, décimés par des épidémies épouvantables, — la variole notamment, — les indigènes diminuaient, une race, celle des métis, apparaissait. Son origine est la suivante :
Les conquérants, n'ayant pas amené de compagnes avec eux, en prirent parmi les Indiennes. On sait que Fernand Cortez en choisit une, dofïa Marina, native du Coatzacoalcos, qui lui fut d'un immense secours, comme interprète et conseil.
Des femmes, offertes par des alliés et considérées comme butin de guerre, furent distribuées aux soldats. Un de ceux-ci. Bernai Diaz del Castillo, dans son livre immortel, raconte que les hommes se plaignaient de recevoir des Indiennes usées, tandis que les officiers gardaient pour eux les plus jeunes et les plus jolies. Il ajoute que des femmes enlevées et réclamées refusaient de retourner avec leurs premiers maîtres, en déclarant, d'accord avec Cortez, qu'elles étaient devenues chrétiennes. Mais la vérité, selon le chroniqueur, est que ces Sabines préféraient de beaucoup « leurs Espagnols ».
Le camp des envahisseurs vit promptement naître des enfants métis, et Fernand Cortez eut de dona Marina un fils, Martin Cortez, torturé et décapité injustement en 1567.
Une fois le régime colonial établi, la nouvelle race se multiplia sans arrêt. Les maîtres espagnols et leurs majordomes voyaient dans les femmes des Indiens, comme les planteurs dans les négresses, une sorte de cheptel. Il faut aussi tenir compte des amours ancillaires. Au reste, le potentiel de procréation de la race blanche, conquérante, ojjulente et dominatrice, était très élevé.
II est à remarquer que les croisements de l'Indien avec la femme blanche ont été presque aussi rares que ceux du nègre avec l'Européenne, et que ce sont le blanc et l'Indienne qui ont créé la race mixte.
D'abord, les métis, mal vus, furent traités en gens inférieurs. Leur situation était à peu près celle des Half-Cast de l'Indoustan anglais et des métis franco-annamites de l'Indo-Chine. Mais la Nouvelle-Espagne, — en principe colonie d'exploitation, — devenant colonie de peuplement, les gens de sang-mêlé devinrent très utiles et fournirent, surtout aux mines, une main-d'œuvre intelligente et à bon marché.
Un des premiers vice-rois ordonna de recueillir les enfants abandonnés de la nouvelle race, et de leur donner une instruction castillane et chrétienne. Un autre gouvernant, le marquis de Mancera, décrit les métis comme partie importante du peuple et fait leur éloge (1).
Dès 1588, Philippe II enjoignit de leur conférer les ordres. Admis dans le clergé, ils surent y tenir un rang.
La race mixte a reçu des renforts de l'extérieur. Outre les quelques centaines d'Indiens hispanifiés que Cortez d'abord, Panfdo de Narvaez ensuite, et Garibay après eux, amenèrent des Antilles au moment de la conquête, beaucoup de sang-mèlés, stimulés par la découverte des mines, quittèrent Cuba, Puerto l\ico, Saint-Domingue et la Jamaïque (2), pour aller s'établir en Nouvelle- Espagne. Même les mineurs de la partie espagnole de Saint- Domingue l'abandonnèrent en masse, et vinrent travailler sur les gisements de Guanajuato, nouvellement découverts.
En 1804, les métis, au nombre de 1300000 (3), montraient un caractère passionné et inquiet; ils avaient une tendance à s'élever au-dessus de la qualité de serviteurs et dissimulaient mal leur jalousie contre les Européens et les créoles ; ils s'employaient principalement au travail des mines, aux transports et à la petite industrie. Enfin, ils envahissaient les professions libérales et se montraient avides de savoir et ambitieux de richesses et de pouvoir (4).
Un développement de l'histoire des métis serait superflu. Tou-
(1) JustO SiEURA.
(2) La Jamaïque, d'abord colonie espagnole, fut enlevée par les Anglais, en 1658. Une partie de ses habitants quittèrent l'île et passèrent en Nouvelle-Espagne, avec leurs esclaves.