‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 15 sur 65 · HUMBOLDT · texte numérisé non relu

HUMBOLDT

(4) G. Raigosa.

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tefois, on doit rappeler qu'ils ont fourni de bons soldats aux vicerois, soit dans les escadrons de Presidiales, chargés de refouler les Indiens bravos du Nord, soit dans les gardes-côtes, ayant pour mission de protéger le littoral contre les corsaires hollandais, français et analais. Ils ont même constitué le fond des contine^ents envoyés pour défendre les Florides, la Jamaïque, Cuba, Puerto Rico et Saint-Domingue.

Les cavaliers qui luttèrent si longtemps et si vaillamment contre les boucaniers et flibustiers français de Saint-Domingue, étaient des métis mexicains et non des Espagnols d'Europe, comme nos pères l'ont répété.

Plus que l'Indien et autant que le blanc, les métis ont le sentiment du patriotisme. Au commencement du xix® siècle, Humboldt a raconté qu'après le traité de Versailles, donnant la vie nationale aux Etats-Unis, les métis lui disaient ouvertement : « Nous ne sommes pas Espagnols, mais Américains (1). » Aussi, la race mixte prit-elle une part active aux luttes pour l'indépendance et procura aux insurgés quantité de chefs, dont Morelos, qui montra les qualités d'un grand capitaine. Plus tard, elle supporta le poids principal des guerres contre les Nord-Américains, au Texas, et durant les années 1846-1847, puis contre l'Intervention française, de 1862 à 1867. Les blancs exigeaient des grades et des avantages; les Indiens ne marchaient que contraints et forcés; les métis, eux, constituaient les cadres inférieurs, se montraient tenaces et formaient le nerf des forces militaires (2).

Les métis ont les cheveux noirs et les attaches des mains et des pieds d'une grande finesse; ils parlent le castillan, recherchent l'instruction, sont intelligents et ont des aptitudes pour les arts. Jadis, ils n'aimaient pas les Espagnols; ils dédaignent les Indiens; ils ont les goûts et la mentalité de l'Européen et préfèrent la vie

(i) Sous le régime colonial. « Mexic.iin » servnit à désigner les indigènes. Les créoles étaient appelé» « Américains w et les Espagnol» n Européens ». Ces derniers recevaient le sobriquet de « Gacliupines », remontant à la conquêle, et signifiant « hommes à souliers D. Ces dénominations persistèrent Jusqu'en 1821. L'Indépendance proclamée, le nom de Nouvelle-Espagne, qui tombait déjà en désuétude, fut remplacé par celui d'Empire mexicain, ensuite, par celui de République mexicaine, et la nouvelle nation, en entier, s'appela : <t les Mexicains ».

(2) Albert Uans.

des cités à celle des champs; ils se consacrent au commerce et à l'industrie et font d'excellents ouvriers.

Leur type n'est pas uniforme. C'est que le métissage se continue sur tous les points du territoire, et que le mélange des sangs blanc et indien donne des résultats dissemblables, les races indigènes différant entre elles, au point de vue de la teinte, des traits et de la rareté du poil barbu.

Dans le Yucatan, les métis d'Espagnols et de Mayas sont l'une des plus belles races du Nouveau-Monde, par les femmes surtout. Mais, malgré de nouveaux croisements avec les blancs, le type indien se conserve de génération en génération (1). Le métis d'Espagnol et de Zapotèque est plus près du blanc que celui de l'Espagnol et de l'Aztèque. Bref, il est impossible de fixer le degré de métissage des sujets. Les uns pourraient être, au besoin, qualifiés Européens, les autres, ayant à peine quelques gouttes de sang blanc, pourraient être confondus avec les Indiens.

Une autre complication réside dans les innombrables cas d'atavisme, qui reproduisent, chez les enfants, des traits et une nuance provenant d'aïeux parfois éloignés. Ces cas d'atavisme, « saltos atras », sauts en arrière, sont opposés, toujours victorieusement, au mari jaloux qui doute de la vertu de son épouse.

La difficulté de caractériser la race mixte est encore augmentée par la résorption, en cours, des éléments ethniques fournis par l'Afrique, durant le régime colonial.

Les nègres ne représentent qu'une fraction faible de la population. Ils ont d'abord été amenés dans les mines, puis dans les Terres Chaudes du golfe et de la région de Cuernavaca, pour y faire un travail que les Indiens ne pouvaient donner. Ils ont été également, dans la capitale, domestiques et ouvriers boulangers. Il en arriva également à Acapulco et dans quelques jiorts du Pacifique, comme San Blas, par la voie du Panama. Ils se montraient cruels envers les Indiens et très turbulents.

Parfois, leurs désordres furent durement réprimés. Sous la Maison d'Autriche, à Mexico, le tribunal de la « Real Audiencia »,

(1) Désiré Chaknay.

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pour l'exemple, en fit pendre vingt d'un coup, avec quatre négresses par-dessus le marché.

Dans la province de Veracruz, il y eut des esclaves marrons, qui, vers 1699, groupés, firent résistance, en un lieu inaccessible et bien choisi, situé non loin de la route de Mexico, au Golfe (1). 11 fallut envoyer de la troupe contre eux et admettre leurs offres de capitulation.

Par un recensement qui eut lieu en 1747, pour la capitale, il est établi que celle-ci comptait alors 40000 familles de métis, de mulâtres et de nègres.

Pour les gens de couleur, l'esclavage ne disparut qu'en 1821, lors de la proclamation de l'Indépendance. La traite avait été supprimée en 1817.

On aperçoit encore des individus chez lesquels domine évidemment le sang noir; mais, à coup sûr, il n'existe pas deux nègres de race pure dans la descendance des anciens esclaves. Les quelques noirs qu'on rencontre viennent du sud des Etats-Unis, des Antilles, de Cuba et de la Jamaïque; ils sont occupés, dans les Terres Chaudes, sur les chantiers et dans les ateliers des chemins de fer. D'autres, venus de la colonie anglaise de Belize, sont employés à des travaux publics dans le Yucatan et le nouveau territoire de Quintana Roo. Les hauts plateaux ne leur conviennent pas. Ils sont aussi bruyants et aussi peu maniables que leurs devanciers.

Les esclaves arrivant d'Afrique étant en majorité des mâles, il y eut immédiatement des croisements avec les Indiennes; ces croisements ont fourni les Zambos, si connus dans la région de Cuernavaca. D'autres croi.sements entre blancs et négresses ont fourni des mulâtres. Et les alliances entre blancs, métis, mulâtres, Zambos et Indiens ont produit des combinaisons à l'infini.

La fusion de tous ces éléments ethniques est très avancée. Et, dans les terres basses de l'Etat de Veracruz, il en est résulté une population acclimatée, hispanifiée, et ayant le tour d'esprit spécial et des coutumes qu'on retrouve dans les pays tropicaux. Ce sont les

(1| Un village existe près de là, aux eavirons de Cordoba, et s'appelle encore San f.orenzo de los negros. Au reste, la ville de Cordoba doit son origine à un poste militaire établi pour surveiller les travailleurs noirs de In région veracruzaine.

Jarochos. Ils ont tenacement combattu, dans leur région, les troupes nord-américaine et française.

Aux métis, on peut ajouter, ainsi que le font certains auteurs, les indigènes vivant habituellement dans les centres de population. Ceux-ci parlent le castillan, subissent l'influence de l'esprit moderne, s'associent à la nation, commencent à produire et à consommer, et diffèrent ainsi des Indiens vivant isolés dans les villages et parlant des dialectes anciens.

Quant aux subdivisions de la race mixte, elles ne peuvent être fixées, même approximativement. Le recensement n'enregistre pas les nuances de la peau et les différences de type. La tâche serait difficile.

Déjà, il en était un peu ainsi sous le régime colonial. Les recensements alors opérés, et qui divisaient la population en blancs, métis, noirs et Indiens, étaient surtout faussés en ce qui concerne les trois premières catégories.

Le préjugé de couleur engageait beaucoup de gens de peau trop brune à se faire classer, non parmi les métis ou les mulâtres, mais bien parmi les créoles blancs. Les recenseurs y prêtaient la main, par complaisance ou par intérêt.

Il n'y a pas longtemps, on a vu les fonctionnaires espagnols de Cuba porter, moyennant finance, des sang-mêlés sur les listes des Castillans. En y mettant le prix, un mulâtre aurait pu se faire inscrire parmi les « hidalgos au sang bleu » si les registres avaient compris cette soi-disant aristocratie.

De cet acabit étaient les recenseurs de la Nouvelle-Espagne. Pour eux, l'once d'or avait des propriétés de blanchiment.

Et La Fontaine qui a dit :

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir,

aurait pu, aux jugements de Cour, ajouter les qualifications des recensements espagnols.

Heureusement, les appréciations, au point de vue ethnographique, n'ont jamais tiré à conséquence, et, en pratique, c'est l'éducation, le langage, la situation sociale et le mode de vie qui servent à classer l'individu.

POITL.VTION ET COLONISATION '.)'.)

Au surplus, le préjugé de couleur, qui n'a jamais été aussi vif dans l'Amérique espagnole que dans l'Amérique anglaise, est très atténué chez les Mexicains. Les gens de teint foncé sont désignés sous l'épithète de « triguenos ». Pour parler de l'un d'eux avec ironie, on dit : « Un tel, c'est un Indien! » Et, dans le peuple, on accentue avec une moquerie triviale : « Le nègre un tel. » Ce sont là les derniers vestiges des préjugés anciens.

Naturellement, un côté mystérieux et secret de la fusion des éléments ethniques échappe à l'observation, mais il ressort des faits que la race mixte s'accroît rapidement, grâce aux rapports incessants et simultanés des blancs et des Indiens.

En somme, les métis ont fait leurs preuves et tendent à devenir la majorité du peuple. Le chef de l'Etat ne néglige pas de le faire constater à l'occasion. Lorsque, par exemple, un ministre plénipotentiaire d'Espagne présente ses lettres de créance, en audience solennelle, au Palais National, il rajipelle, cela coule de source, l'origine espagnole de la nation mexicaine; mais alors, habituellement, le président Porfirio Diaz lui répond que le fait est vrai en partie. Les mots en partie indiquent bien que, tout en étant flatté de la parenté européenne, on n'entend pas renier les aïeux indigènes.

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