PÉRIODES
MONNAIES d'or
monnaies d'akgent
totaux
Période coloniale :
Millions de pesos
Millions de pesos
Millions de pesos
De 1537 à 1731 ....
De 1732 à 1771 ....
De 1772 à 1821 ....
Indépendance :
De 1821 iy 1823 ....
De 1824 au 30 juin 1902
1 Totaux
En conservant ici à la piastre la valeur qu'elle comportait quand le rapport entre les deux métaux monétaires était de 15 1/2, on verrait ressortir à près de vingt milliards de francs la valeur de l'argent que le Mexique, depuis le xvi" siècle, a extrait de ses riiontagnes, converti en espèces et mis en circulation (1). C'est presque le tiers de la production totale des deux mondes (63 milliards de francs, au pair, de 1493 à 1902).
Et si l'on supposait toutes ces piastres juxtaposées, de manière à former comme un long ruban, il y aurait là de quoi ceindre trois ou quatre fois la sphère terrestre.
Aussi bien, c'est la vocation de la piastre mexicaine que de faire le tour du monde. Elle a su conquérir le don d'ubiquité et en tout lieu, en tout pavs. elle a toujours été la bienvenue.
Si, de leur côté, les économistes, même les plus favorables à l'expansion de l'or, n'ont jamais refusé leur estime et leur confiance à la piastre mexicaine, c'est que cette honnête monnaie ne promet que ce qu'elle est sûre de tenir et que, pour fiiirc son chemin icibas, elle ne' sollicite la protection de personne. A qui sait lire, elle dit son nom, elle dit son âge, elle dit son poids, elle dit son titre... et cela suffit. Moins sincère est le tlialer levantin, le tlialor de Marie- Thérèse où, pour flatter les préjugés de sa lointaine clientèle, les graveurs de Vienne et de Kremnitz inscrivent encore, après plus de cent vingt ans, un millésime devenu mensonger (1780) et ne laissent même pas s'efTacer, sur le front de l'impératrice-reine, la malencontreuse hachure qu'y dessina jadis l'acier fissuré d'un poin-
(1) L.1 seule Monnaie de Mexico, d'après un tableau dressé par son directeur, a
frappé, depuis le xvi« siècle, pour près de deux milliards et demi de piastres de
monnaies d'argent, savoir, en chiffres ronds :
Millions de piastres.
Jusqu'en 1731 (type Macuquina] "64 8
De 1732 à 1771 (type à colonnes) 431 9
De 1772 à 1821 (type au buste) 884 5
Total pour la période coloniale . . 2 081 2
Premier Empire (Ilurbide) 1822 et 1823 8 6
République, de 1824 à 1862 86 7
Régence et Second Empire [Maxiuiilien? de 1863 \ 1867 ... 20 9
République, de 1868 au 30 juin 1901 216 8
Total général 2 414 2
çon. L'aigle mexicain ne connaît pas ces vains artifices. L'empreinte officielle n'a pour but, sur la piastre, que de certifier la présence d'une quantité déterminée de métal fin. Et c'est ainsi que, sous toutes les longitudes, on la voit passer librement de la main blanche des Européens dans la main brune des nègres ou dans la main cuivrée des Chinois.
Les uns se bornent à la faire sonner, pour s'assurer qu'elle est de bon aloi; d'autres prennent leur balance et la pèsent. A Canton, les commerçants indigènes ont l'étrange habitude d'y insculpter leur marque (planche III, fig. 4); une pièce qui a passé par vingt comptoirs différents porte vingt estampilles dont chacune est comme un endossement, mais qui, peu à peu, se superposent, se confondent et rendent l'effigie méconnaissable. Il arrive même que, sous ces chocs répétés, la pièce se creuse et forme cuvette (planche III, fig. 5 et 6). Les chopped dollars, comme on les appelle, ne laissent pas que de perdre, en se défigurant ainsi, un peu de leur valeur primitive.
Une certaine plus-value s'attache, au contraire, aux piastres mexicaines qui, à raison de leur date ou de leur provenance, sont présumées aurifères. Les Chinois ont longtemps trié les pièces originaires de Guadalajara, de Durango et d'Oaxaca, parce qu'elles contenaient d'ordinaire, comme les anciens écus français de cinq francs, une appréciable proportion d'or. On ne songeait pas à les affiner pour en tirer ces deux sous d'or cachés dans l'argent; mais il y avait là comme une garantie supplémentaire pour le porteur, et la pièce faisait prime.
MONNAIES. CHANGE ET BANQlES 91
Pour les pays que la nature avait pourvus d'abondantes mines d'argent, et qui avaient appris de longue date à les exploiter, la dépréciation de ce métal, à la fin du xix" siècle, a été une grave épreuve. Qu'aurait pensé l'homme d'Etat mexicain à qui l'on aurait osé dire, il y a trente ans, que, d'une génération à l'autre, la valeur de la piastre exprimée en or allait baisser de 60 pour 100 et plus? Il aurait cru que l'on se moquait; ou bien, s'il avait pris cet oracle au sérieux, il aurait vu son pays voué à une ruine irrémédiable. La baisse de l'argent n'est que trop réelle; elle s'accentue encore sous nos yeux, et il faudrait un singulier optimisme pour ne pas la croire définitive. Cependant le Mexique est en voie de prospérité, et les difficultés financières qui ne lui ont pas été épargnées, même dans ces derniers temps, semblent aujourd'hui toucher à leur terme.
Nous venons de dire que la valeur de la piastre avait baissé de plus de 60 pour 100 (de plus de 63 p. 100, si on compare la cote de janvier 1903 à celles d'il y a trente-cinq ou quarante ans). Il serait trop long de détailler ici toutes les variations successives du change mexicain (1). Les causes purement commerciales qui font, au jour le jour, osciller sur un marché quelconque le cours d'une monnaie étrangère sont maintenant bien peu de chose auprès des énormes dépréciations du métal blanc, et il suffira de rappeler ici, sommairement, ce qu'a été, depuis un demi-siècle, le cours moyen annuel des lingots sur le marché de Londres, qui règle tous les autres.
Tel est l'objet du tableau qui va suivre et que nous avons tenu à faire remonter jusqu'au milieu du dernier siècle, pour opposer une période de fixité relative, 1851-1872, à la période de rapide déchéance qui commence en 1873 :
(1) Le change se cote en pence pour le <■ Londres », en francs pour le « Paris » et en marks pour « l'Allemagne ».
Le change sur New York est coté à tant pour cent de prime pour 100 dollars.
VABIATIONS ANNUELLES DE L " OUNCE STANDAnD" d'aRGENT A LONDRES (1)