‹ Le Mexique au début du 20e siècleChapitre 14 sur 39 · ir · texte numérisé non relu

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(1) L'otiiice standard^ dont la cote angl;iis<' donne le prix en pence, consiste en 31 gr. 1 d'argent au titre légal, soit 925 millièmes de fin et 75 d'alliage.

La cote correspondant an pair bimétallique {\b'^) serait 60 '^'* •

MOiNNAIES, CHANGE ET BANQUES 'jy

En novembre et décembre 1902, on a vu la cote anglaise tomber au-dessous de 22 pence. En 1904, la guerre qui vient de mettre aux prises la Russie et le Japon a accentué la hausse qui s'était déjà manifestée en 1903. Mais, même au taux de 27 pence, la piastre ne vaut guère plus de 2 francs.

Par la baisse violente dont le tableau ci-dessus donne la mesure, le Mexique se trouvait doublement atteint dans sa production minière et dans ses relations commerciales. La piastre représentait de moins en moins d'or, à mesure que l'étalon d'or étendait ses conquêtes. L'étalon monétaire, argent ou or, est caractérisé, comme on le sait, par deux conditions essentielles : frappe libre et force libératoire illimitée. L'or, en Angleterre, jouit de ce double privilège, et en jouit seul depuis 18 IG. 11 en est de même dans une partie de l'immense empire colonial des Anglais. L'Union latine (France, Italie, Suisse, Belgique et Grèce) s'était constituée, au contraire, sur la base du double étalon, tel qu'il résultait de la loi française du 17 germinal an XI; mais, dès 1873, il avait fallu prendre des mesures restrictives pour empêcher l'invasion de celui des deux métaux dont la dépréciation commençait; et, depuis 1878, il n'a plus été frappé à Paris une seule pièce blanche de cinq francs, bien que tous les écus existants conservent leur puissance libératoire. Plus tard, l'Autriche-IIongrie, la Russie, le Japon, l'Inde anglaise, les Etats-Unis, le Siam, ont également transformé leurs systèmes monétaires; et, aujourd'hui, l'étalon d'argent, s'il règne encore sur une partie de l'Asie, ne conserve plus, en Amérique même, qu'une clientèle limitée. Le commerce extérieur de la République mexicaine se trouve donc presque intégralement affecté par la croissante discordance du métal blanc et du métal jaune.

Sur les effets économiques d'une monnaie aussi dépréciée, on a vu se produire, au début de la crise, des opinions assez contradictoires.

Si, l'argent baissant de 50 pour 100, tous les prix payables en argent devaient immédiatement doubler, l'équilibre antérieur ne serait guère troublé pour les exportateurs de marchandises, qui verraient monter à la fois de 100 pour 100 leurs prix de revient et

leurs prix de vente. Mais, par une sorte d'inertie, dont les causes sont tout à la fois économiques et psychologiques, les transactions intérieures et le taux des salaires, notamment, tardent plus que le trafic international à s'adapter au nouvel état de choses. De là, une excitation possible pour l'exportation dont les bénéfices ont chance de se trouver temporairement accrus. Tôt ou tard, le nivellement se fait. A un moment donné, la monnaie dépréciée ne trouve plus sur le marché intérieur aucune compensation aux pertes qu'elle éprouve dès qu'elle franchit la frontière (1). Et le pays, qui souffre de cette dépréciation des produits exportés, souffre encore davantage de l'instabilité qui, d'un jour à l'autre, au gré de mille circonstances, peut relever le change ou le faire fléchir, trompant les calculs des uns, poussant les autres aux spéculations téméraires. Comme on ne sait pas, lorsqu'on vend ou lorsqu'on achète, ce que vaudra, au jour des règlements de compte, l'unité monétaire qu'on aura à recevoir ou à livrer, tout devient problématique, tout devient aléatoire, et les bénéfices réguliers de l'industrie ou du négoce ne sont plus rien à côté des différences qui peuvent résulter, pour chacun, de la hausse ou de la baisse momentanées de ce métal blanc dont le sort a cessé d'être lié à celui du métal jaune. C'est surtout l'expérience de cette désastreuse instabilité qui a déjà décidé tant d'Etats à prendre pour base de leur législation monétaire l'étalon d'or et qui, un jour ou ] l'autre, imposera une évolution analogue aux peuples que l'importance de leurs mines d'argent font encore hésiter.

Rien de plus concluant, à cet égard, que le rapport dans lequel le comte Matsukata Masayoshi expliquait et justifiait naguère la réforme à laquelle il a eu l'honneur de présider. Avec l'étalon d'argent, le Japon, il y a quelques années, éprouvait les mêmes malaises que le Mexique aujourd'hui :

(1) Ce que professent à cet égard les économistes, le Mexique en fait visiblement l'expérience. Les journaux du pays ne sont que l'écho du monde des affaires quand ils constatent que, si la baisse de l'argent a pu agir, au début, comme une prime à l'exportation, il n'en est plus de même aujourd'hui, à beaucoup près. Réduction des prix de vente à l'étranger, augmentation du coût de production au Mexique, renchérissement de la main-d'œuvre..., ainsi se résument, à l'heure actuelle, pour ceux qui en sont les témoins, les effets de la dépréciation de la piastre.

« Nous désespérions, dit l'ancien ministre des Finances, de voir le commerce intérieur et extérieur se développer normalement : le commerce avec l'étranger, en particulier, devenait de plus en plus un champ de spéculation monétaire... Comme la dépréciation de l'argent augmentait toujours et qu'on ne voyait plus de limite à ses fluctuations, les prix des marchandises ne cessaient de monter, les dépenses de l'Etat augmentaient; une perturbation générale se produisait dans l'économie nationale.

« Une fois la réforme accomplie, les bons effets n'ont pas tardé à se manifester. Les rapports entre créancier et débiteur ont été moins sujets à des changements brusques et imprévus ; les affaires sont devenues plus sûres; le crédit s'est amélioré; les prix se sont régularisés; leurs variations procèdent maintenant de raisons naturelles, abondance ou rareté des récoltes, etc., et l'amplitude s'en est sensiblement réduite... Rien n'arrête plus le développement du commerce et de l'industrie. » D'autre part, les capitalistes des pays à étalon d'or, en Europe et en Amérique, se montraient plus disposés à envoyer leurs capitaux au Japon et une politique imprudente a seule pu compromettre de si précieux résiiltnts. N'est-ce pas là un exemple instructif?

Le Mexique aura tout avantage à faire au moins un pas dans cette direction. Sa fidélité à l'étalon d'argent menaçait de lui rendre la vie très difficile, malgré tous les éléments de prospérité qui cherchent leur voie. L'industrie minière, elle-même, serait bien inspirée de ne plus combattre une réforme dont la réalisation ne peut être qu'une question de temps.

Pour montrer la vitalité de cette industrie, trop prompte à s'alarmer, il suffit de faire voir que l'avilissement même du métal blanc n'a pas empêché la production de tripler depuis un quart de siècle.

C'est ce dont témoigne le tableau suivant dont les éléments ont été puisés aux sources officielles :

LE MEXIQUE AU DEBUT DU XXe SIECLE

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