LA LOI DES CAD HE S
La loi organique du i""^ juillet 1901 fixe les cadres de l'armée; elle en règle l'organisation et la mobilisation. C'est un véritable modèle en la matière ; elle fait le plus grand honneur au général Porfirio Diaz et à ses collaborateurs.
Elle pose nettement le principe que l'armée permanente du pied de paix doit posséder les éléments nécessaires pour encadrer et mobiliser un effectif triple.
Pour la répartition des troupes et leur commandement, le territoire de la République est divisé en dix zones militaires, trois commandements militaires et neuf circonscriptions (jefaturas) d'arme. (Décret du 9 septembre 1901.)
L'armée permanente comprend :
Le personnel en service actif; Les officiers en disponibilité ; Le personnel de complément.
Elle se divise en :
Etat-Major général (Plana mayor), cor[)s tactiques, corps techniques, corps et services spéciaux.
Les corps tactiques ou armes sont : l'infanterie, la cavalerie, les troupes d'artillerie et du génie.
Les corps techniques sont : l'état-major, les artilleurs constructeurs, les ingénieurs constructeurs.
Les corps et services spéciaux sont : le service de santé, les invalides, l'administration et la justice militaire, la gendarmerie de l'armée, les dépôts d'officiers et de troupe, le personnel des zones et des commandements militaires, du Palais national, des écoles, etc.
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L'armée est administrée et commandée par le ministre de la Guerre et de la Marine, délégué du Président, généralissime.
VÈlat -Major général comprend : 8 généraux de division, 50 généraux de brigade et 50 brigadieres. Ces derniers peuvent commander des bataillons, des régiments ou des brigades. Les généraux non pourvus de commandement de troupes sont chargés de missions spéciales ou sont en disponibilité.
V Infanterie a un effectif budgétaire de 18000 hommes environ, répartis en 28 bataillons à 4 compagnies, 4 bataillons cadres, 2 compagnies régionales.
Chaque bataillon a un état-major d'officiers supérieurs nombreux : un colonel, un lieutenant-colonel, un major.
La compagnie comprend neuf officiers et environ cent quarante hommes de troupe.
On remarquera la proportion très élevée des officiers. Les inconvénients qui en résultent sont compensés par l'avantage que l'on trouve à avoir les cadres nécessaires à la mobilisation, sans charger outre mesure le budget de la guerre, ni augmenter sans nécessité les effectifs permanents.
L'infanterie est armée du fusil Maûser de 7 millimètres.
Les fantassins sont endurants, sobres, rompus à la fatigue, capables de fournir les marches les plus pénibles, soit sous le soleil de la zone torride, soit sous les pluies prolongées de la saison estivale.
Quelques morceaux de viande séchée, avec un peu de piment et des galettes ou tortilles de maïs, que les femmes préparent en arrivant au cantonnement, peuvent suffire à leur subsistance. Ils marchent de préférence avec une simple semelle de cuir qu'ils attachent avec des lanières et qu'ils confectionnent eux-mêmes. Le service des transports et des vivres se trouve singulièrement simplifié pour de pareilles troupes, ce qui permet aux colonnes une extrême mobilité (1).
(1) Les conditions d'alimentation et d'habillement des troupes se sont coiisidér.ibleraenl améliorées depuis plusieurs années. La nourriture est préparée dans les cuisines
Le service du couchage est également réduit à sa plus simple expression : une natte et une couverte composent d'ordinaire tout le mobilier du soldat.
Pendant la guerre de l'Intervention française, les soldats mexicains, quoique médiocrement armés, à peine instruits, enrôlés souvent par contrainte, manquant parfois de cohésion et d'élan, mais indifférents aux souffrances physiques, fermes dcA'ant le danger, stoïques devant la mort, ont montré une réelle valeur militaire. Lorsqu'ils étaient commandés par des chefs énergiques, ils ont donné la mesure de ce que l'on pouvait attendre des qualités naturelles de leur race.
Pendant les sièges de Puehla et de Oaxaca en particulier, comme dans maintes rencontres, les vieux régiments français ont trouvé devant eux des adversaires auxquels ils rendirent hommage.
La Cavalerie comprend sept mille hommes, répartis en quatorze régiments à quatre escadrons.
L'état-major d'im régiment comprend un colonel, un lieutenant-colonel, un major. Les escadrons ont un effectif de huit officiers et d'environ cent cavaliers.
La cavalerie mexicaine est remontée en chevaux généralement de petite taille, mais nerveux et résistants; ils se contentent d'une faible ration de maïs et de paille de maïs (zacate) qui se trouvent partout dans le pays, ce qui facilite singulièrement, de même que pour l'infanterie, le service des transports et des subsistances.
Ces petits chevaux, robustes et frustes, ne réclament pas de soins minutieux; ils sont habitués à vivre au grand air, sans écuries, ni hangars. Au cantonnement du soir, on les lâche dans les enceintes ou corralcs qui dépendent des grandes haciendas. Ils dédaignent le pansage et se reposent en se roulant et s'ébrouant à leur aise. La corne des pieds est sèche; aussi est-il rare qu'on soit
des bataillons, sous la surveillance d'un officier. L'ordinaire du soldat consiste en : une ration de café et de pain le matin; une ration de riz, de viande et de haricots à midi ; une ration de café et de haricots le soir.
L'habillement a été régularisé dans tons ses détails par un règlement de 1898. Aussi les troupes mexicaines ne le cèdent en rien, comme tenue et équipement, à celles des meilleures armées.
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obligé de les ferrer, et on évite la plupart des maladies qui en résultent. D'ailleurs, une grande vigilance est apportée aux soins à leur donner. Le cheval mexicain est adroit de ses membres, passe partout ; bien que moins élégant de formes, il a beaucoup des qualités du cheval arabe.
Les chevaux se trouvent, très nombreux, en liberté dans les grandes estancias de ganado ; de caractère doux, leur dressage n'est ni long, ni compliqué. Une cavalerie fatiguée peut se remonter avec facilité en changeant ses chevaux sur son passage et sans ralentir sa marche.
Le cavalier mexicain, souple et nerveux, de taille moyenne adaptée à celle de sa monture, a les qualités de ces infatigables gauchos légendaires de l'Amérique du Sud. Il est cavalier de naissance, pour ainsi dire, et son instruction équestre n'est pas à faire; il est, en général, de race métisse, résumant souvent l'élégance de ses aïeux espagnols et la capacité de résistance de ses ancêtres indiens. Il est armé du sabre et du mousqueton. Ce n'est pas un cavalier de choc, encore qu'il sache se bien comporter dans la mêlée à l'arme blanche, mais il est incomparable dans le service d'exploration et de guérilla.
La Gendarmerie est ime troupe de police qui se rattache à l'arme de la cavalerie. Elle est recrutée, en majeure partie, avec d'anciens cavaliers rengagés, ayant une certaine instruction. Son elfoctif du temps de paix n'est que d'une centaine d'hommes; elle doit être notablement renforcée en temps de guerre et répartie entre les divers quartiers généraux.
Le corps des Rurales a été créé par Juarcz, au lendemain de la guerre de l'Intervention française. Avec les guérilleros de profession, incapables de se soumettre à une discipline rigide, on forma des troupes spéciales chargées de la protection des campagnes(l).
Ces hommes, presque tous coureurs de route et ennemis de la paix publique, se transformèrent ainsi en une excellente gendar-
(1) Alberl Haks. La Guerre du Mexique selon les Hexicains.
merie rurale. Ils sont équipés en vêtemcnls de cuir à la mode du pays, bien armés et bien montés, et s'entretiennent à leurs frais avec une solde relativement élevée. Leur effectif est d'environ cent cinquante officiers et mille deux cents cavaliers.
L'Artillerie compte environ cent cinquante officiers et mille sept cents hommes de choix, répartis en deux régiments d'artillerie montée, un régiment de montagne, un régiment à cheval, une compagnie de mitrailleuses et un escadron de canons de petit calibre à tir rapide.
Chaque régiment d'artillerie est à quatre batteries de six pièces.
L'escadron de canons de petit calibre à tir rapide est destiné à accompagner la cavalerie. Son effectif est de cent cinquante hommes environ et seize pièces.
La compagnie de mitrailleuses doit fournir des détachements à l'infanterie chargée de certaines missions spéciales; elle compte une centaine d'hommes et vingt-quatre mitrailleuses.
Le matériel d'artillerie, système de Bange, a été progressivement transformé et remplacé par des pièces modernes et à tir rapide.
Les troupes du Génie forment un bataillon d'environ six cents hommes.
Le Corps d'Etat-Major se recrute parmi les officiers du Collège militaire ayant suivi le cours d'application et passé un examen spécial. Les élèves du Collège militaire affectés au service d'état-niajor sortent avec le grade de lieutenant ou de capitaine en second, et constituent une élite remar([uable d'officiers.
Tous sont en état de parler français ou anglais.
Le Service des transports dépend de l'Etat-Major; il ne comprend en temps de paix qu'un escadron du train d'une soixantaine d'hommes.
Si réduits que soient les impedimenta, les vivres, etc., que les colonnes de troupe traînent derrière elles, ce faible effectif ne suffirait évidemment pas à assurer le service des convois militaires,
mais le pays offre de nombreuses ressources de transports commerciaux parfaitement organisés, soit par mulets de charge, soit par de grandes voitures capables de porter des chargements considérables(l).
Outre le train qui dépend de l'État-Major, et le train d'artillerie, chaque bataillon d'infanterie, chaque régiment de cavalerie disposent, d'ailleurs, des moyens de transports indispensables pour les vivres et les bagages.
Quant aux grands mouvements de troupes et de matériel, ils se font par chemin de fer; un réseau ferré d'environ 15 000 kilomètres permet les rapides concentrations sur tous les points où elles deviendraient utiles.
La Garde présidentielle compte cinquante cavaliers du grade de sergent de première classe; ils reçoivent l'instruction nécessaire pour exercer, en cas de guerre, les fonctions de sous-lieutenant dans les corps de troupe.
(1) L'organisation de ces convois est des plus intéressantes. Un groupe, ou partida, se compose d'un nombre variable de voitures, en général dix à douze, chacune attelée de dix, douze et jusquà vingt-quatre petites mules.
Un seul arrière, à cheval sur une mule de derrière, suffit à diriger ces longs attelages sur des roules qui ne sont souvent que de larges pistes mal entretenues. Les mules de tète, choisies parmi les plus intelligentes, sondent le sol dans les passages difficiles. Un majordome et deux aides à cheval galopent le long des convois. Us excitent les bêles du fouet et de la voix, et l'on est émerveillé de l'ardeur avec laquelle elles enlèvent au galop ces lourdes voitures, lorsqu'il faut franchir les passages difficiles qui coupent les routes.
Une jument, la caponcra du troupeau, conduite en main et qui n'est jamais montée, suit la parlida; elle porte une clochette; elle est singulièrement affectionnée par les mules; celles qui sont haut le pied ou momentanément non attelées, ne se séparent pas d'elle; elles se disputent au contraire à qui en sera plus rapprochée.
Le soir, la parlida campe en formant le cor/a/, c'est-à-dire en formant un cercle, les Toitures les unes derrière les autres, le timon de lune appuyé sur l'arrière de la précédente.
Les bètes sont désharnachées, laissées en liberté dans l'intérieur du cercle.
l'our les conduire à labreuvoir, un cavalier mène en main la caponera et toutes les mules suivent sans qu'on ait à s'en inquiéter. La provende, paille hachée, orge ou maïs, leur est donnée sur de longues bandes de toile formant auge.
Le lendemain, au départ, le majordome enlrc dans le corral, fait un appel de fouet. Les mules se lèvent, se groupent instinctivement par camarades d'attelages et restent en place en attendant d'être attelées, ce qui est rapidement fait.
C'est ainsi qu'une douzaine d'arrieros conducteurs et trois ou quatre cavaliers suffisent à conduire de longs convois, dont le chargement exigerait six ou huit lois plus de voitures du type des voilures militaires en usage dans les armées européennes, et un effectif de près de deux cents hommes.
Les vieilles routines gagneraient souvent à s'assouplir, à l'exemple des méthodes et des mœurs du Nouveau Monde.
Le Corps des artilleurs constructeurs est chargé de la construction, de la réparation, de la conservation et du perfectionnement du matériel de guerre. Il dirige :
La Maestrance, chargée de la construction des équipages ;
La Fabrique cTnrmes nationale, chargée de la fabrication et de la réparation des armes portatives et des cartouches;
La Fonderie nationale, chargée de la réparation des bouches à feu et de la fabrication des projectiles;
La Poudrerie nationale, (une fabrique de poudre sans fumée est en voie de création).
Les Magasins généraux de l'artillerie.
Le Corps des ingénieurs-constructeurs est chargé de la construction et de l'entretien des casernes et édifices militaires, du service des chemins de fer, des ponts et des télégraphes.
Le Service de santé comprend les médecins, les pharmaciens et les vétérinaires.
Le personnel médical se recrute parmi les élèves de l'Ecole de Médecine militaire et de l'Hôpital d'instruction annexe, et parmi les médecins et pharmaciens civils, après examen.
Les vétérinaires proviennent de l'École vétérinaire.
Les hôpitaux militaires sont remarquablement organisés; ils ont été réparés et agrandis ; leur matériel perfectionné correspond à tous les progrès de la science médicale moderne.
Le Service vétérinaire est également bien organisé; chaque régiment de cavalerie et d'artillerie doit entretenir, chaque année, un élève pensionné à l'Ecole vétérinaire.
Le Corps national des invalides, commandé par un général ou colonel et réparti en deux compagnies, reçoit tous les officiers et soldats mutilés ou infirmes, et les anciens soldats âgés de plus de soixante ans et n'ayant pas de famille.
Le Dépôt d'officiers comprend tous les officiers en disponibilité à la disposition immédiate du ministre; ils serviront à encadrer les
formations de guerre. Ce dépôt est appelé à disparaître promptement.
Les Dépots de remplacement reçoivent les contingents fournis par les Etats de la Fédération pour couvrir les déficits du recrutement; ils sont placés sous la surveillance des chefs de zones militaires. Les recrues sont instruites par un cadre d'officiers désignés par le ministre.
L'organisation des Services administratifs est le côté faible de l'armée mexicaine. — L'ancien corps militaire a été supprimé et ses attributions sont confiées à une section de la Trésorerie générale; les payeurs des corps de troupe et services dépendent du ministre des Finances. Ce procédé permet une surveillance plus directe et plus efficace des fonds et de leur emploi régulier; mais il entraînerait de grandes difficultés dans la mobilisation des services administratifs en campagne.
La Justice militaire est une des institutions pour l'amélioration de laquelle le général Porfirio Diaz a montré le plus d'intérêt. La réforme du Code militaire a eu tous ses soins.
L'administration de la .Justice militaire comprend en temps de paix :
La Cour suprême de justice militaire, composée de huit généraux membres et de trois généraux surnuméraires, et jouant le rôle de Cour de cassation ;
Deux Cours de Justice (primera sala et segunda sala) qui remplissent le rôle de Conseils de revision;
Des Conseils de guerre dont le personnel permanent ne comprend que le Parquet.
Les magistrats de carrière ont rang d'officiers.