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LA LOI DE RECRUTEMENT

Les bases fondamentales de la constitution d'une armée sont les lois de Recrutement et la loi des Cadres.

On entend par lois de Recrutement, l'ensemble des dispositions législatives qui règlent les obligations militaires des citoyens et la formation des effectifs.

La loi des Cadres repartit les effectifs entre les unités qui constituent l'armée.

Le principe essentiel, inscrit ou sous-entendu dans la constitution d'un Etat à forme démocratique, est l'obligation du service militaire personnel. A l'égalité des droits doit correspondre nécessairement l'égalité des charges. Mais l'application intégrale de ce principe est toujours difficile; elle l'est davantage dans une nation à traditions aristocratiques, surtout lorsque la société est partagée en castes aussi tranchées qu'au Mexique et que les hautes classes répugnent à la promiscuité de la caserne avec des hommes de races tenues pour inférieures.

Toutes les législations, qui édictent l'obligation du service militaire personnel, ont d'ailleurs jugé nécessaire d'en atténuer les charges par l'octroi de dispenses sous une forme quelconque; d'autres ont admis le principe de la conscription et du remplacement (c'était l'ancienne loi française de 1832).

Certains pays, comme l'Angleterre, dans la législation de laquelle se retrouve cependant le principe, jamais appliqué d'ail-

leurs, du service personnel, recrutent leur armée par engagements volontaires avec primes d'argent. Les troupes ainsi formées ont souvent fait preuve de très grande valeur et d'un remarquable dévouement au devoir. C'est que le métier des armes surexcite les plus honorables vertus; il exerce une réelle attraction sur les hommes de nature ardente, généreuse, aventureuse; pour d'autres, dépourvus de ressources matérielles, libres d'entraves et de devoirs sociaux, doués d'une santé résistante et de tempérament solide, c'est un métier facile à apprendre, et qu'ennoblit, en définitive, l'esprit de sacrifice.

Un peuple, qui a le souci de sa dignité et de son indépendance, ne saurait cependant remettre entre les mains de salariés la sauvegarde de ses foyers et l'honneur de son drapeau. Les troupes mercenaires, dont le recrutement, d'ailleurs, est parfois difficile et dont l'entretien est onéreux, ne présentent pas de garanties suffisantes pour assurer la sécurité des frontières de la Patrie et pour maintenir l'ordre intérieur.

Ces devoirs ne peuvent être bien remplis que par une armée nationale.

Lorsque les hommes d'Etat du Mexique eurent à s'occuper dé la réorganisation de l'armée, le problème à résoudre était complexe. Le principe du service personnel, obligatoire pour tous les citoyens, s'imposait d'autant plus que le pays venait de traverser la crise douloureuse d'une agression étrangère. L'expérience des guerres civiles avait, d'autre part, surabondamment démontré le danger que présentait la leva ou recrutement forcé des soldats.

Il fallait cependant tenir compte des habitudes et des préjugés du pays; au Mexique, les jeunes gens des classes supérieures ne peuvent être facilement astreints au rude service du fantassin et au contact avec les Indiens, serfs ou peones d'haciendas, que n'a point encore émancipés soit l'instruction, soit l'usage des droits politiques, dont ils n'ont aucune conscience.

Le service dans les corps de cavalerie s'adapte mieux aux mœurs du pays, et le service dans les armes spéciales qui exige une certaine supériorité de culture, présente moins de difficultés.

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Enfin, il s'agissait aussi d'utiliser les énergies d'une quantité de gens qui, depuis de longues années, n'avaient vécu que de la guerre et qui, ne pouvant s'astreindre à aucun genre de vie régulier, constituaient un réel danger pour la sécurité publique.

Le problème du recrutement fut sagement résolu par un ensemble de prescriptions législatives assez souples pour se modeler sur l'état social du pays. Le principe de l'obligation du service militaire fut virtuellement reconnu, mais, en fait, l'application en fut réservée :

D'après la loi nouvelle, l'armée mexicaine se recrute par engagements volontaires de trois à cinq ans, avec faculté de rengagements.

Le contingent ainsi obtenu pouvant être insuffisant, chaque État fédéré doit alimenter, par voie de conscription, des dépôts de remplacement dans lesquels on puise, suivant les besoins, pour combler les déficits. Mais la conscription ne porte que sur certaines catégories. En sont exempts, les pères de famille, les étudiants, les négociants, les fonctionnaires, les employés, les prêtres, les médecins, les avocats, etc. Autrement dit, en temps ordinaire, la charge du service militaire ne porte que sur les classes inférieures de la nation ; mais les troupes de réserve sont en voie d'organisation, et on peut, avec raison, compter à un moment de danger sur le patriotisme et sur l'éducation virile de la jeunesse.

La loi sur les réserves est promulguée, et, dès maintenant, le nombre des officiers actifs serait suffisant pour encadrer les levées nationales; ils seraient d'ailleurs secondés par des cadres d'officiers et de sous-officiers de réserve, qui se constituent progressivement.

Sur pied de paix, exception faite pour les corps d'élite dont les éléments .sont choisis, le recrutement se fait, pour la majeure partie, par engagements volontaires de gens sans travail; on incorpore aussi, plus ou moins volontairement, beaucoup d'individus qui, en état de vagabondage, seraient dangereux pour la société.

L'influence d'une discipline rigoureuse, qui ne leur laisse guère de loisirs, le bien-être relatif dont ils jouissent, la sécurité de la subsistance quotidienne, améliorent naturellement la moralité de ces soldats.

La servitude militaire ne saurait beaucoup leur peser, d'autant plus qu'il leur est permis, comme à certaines troupes coloniales indigènes des autres pays, de conserver leurs femmes auprès d'eux (1).

Les Écoles militaires.

« L'armée mexicaine doit posséder, a déclaré le Président, un corps d'officiers intelligents, instruits, inflexibles sur le point d'honneur, élevés à l'école du patriotisme et possédant toutes les ressources intellectuelles, matérielles et morales que les progrès incessants de l'art de la guerre exigent des armées modernes, et sans lesquelles le plus pur civisme et le courage le plus impétueux courent le risque de se briser devant la science plus grande et la discipline meilleure de l'adversaire. »

Le Gouvernement a donc apporté la plus constante sollicitude au développement des écoles militaires.

Celles-ci comprennent : le Collège militaire de Chapultepec, l'Ecole de Médecine et de Pharmacie militaires, l'Ecole vétérinaire et de Maréchalerie, l'Académie de Musique militaire, l'Ecole de Tir de San Lazaro.

Le Collège militaire de Chapultepec peut être honorablement cité à côté des meilleures écoles militaires des autres pays. Les élèves y sont admis à seize ans, sur la présentation de leurs parents, sous la condition de posséder une bonne instruction primaire et d'avoir les aptitudes physiques nécessaires. Les élèves contractent un engagement qui varie de durée suivant la carrière qu'ils désirent suivre.

Le Collège comprend deux grandes divisions : dans la première sont placés les élèves officiers de l'infanterie, de la cavalerie et de

(1) Ces compagnes du soldiit arrivent, en général, à la caserne, à une heure fixée dans la soirée; elles préparent et partagent le repas du soir; elles y passent la nuit et en sortent, le matin, avec une parfaite exactitude. Elles suivent les bataillons aux manœuvres et en campagne, et ne sont jamais encombrantes. Aussi sobres et aussi endurantes que le solilat lui-même, on les voit fournir les plus longues marches, portant allègrement le fardeau de leurs enfants et les menus ustensiles du ménage. Cette coutume est dans les mœurs; on ne pourrait songer à la modifier.

l'artillerie; dans la deuxième, ceux qui se destinent à l'État-Major, au Génie et aux corps techniques des artilleurs et ingénieursconstructeurs. La durée de l'engagement est de quatre ans pour les premiers et de six ans pour les seconds. Les élèves reçoivent une excellente instruction secondaire parallèlement à l'instruction militaire.

L'effectif total des élèves est d'environ trois cents, fournissant, chaque année, environ cinquante sous-lieutenants pour les corps tactiques et vingt officiers pour les corps techniques (1).

Le Corps d'officiers.

Le corps d'officiers de l'armée mexicaine présente maintenant toutes les garanties nécessaires d'instruction générale et professionnelle et de qualités morales.

Dans chaque corps de troupe fonctionne un tribunal d'honneur.

Les officiers proviennent soit du Collège militaire, soit des rangs de la troupe.

Les dillérentes positions de l'officier sont : en service armé, en commission (ou hors cadre), en disponibilité, en réserve.

Les officiers en commission ou hors cadre sont les attachés militaires des légations à l'étranger, les officiers détachés au Ministère de la Guerre, dans les tribunaux militaires et dans les différents services.

Les officiers en disponibilité sont à la disposition immédiate du ministre, prêts à être employés suivant les besoins.

Les officiers en réserve comprennent les officiers en congé et tous ceux qui, après avoir accompli leur temps réglementaire de service actif, ont sollicité leur passage dans la réserve.

Les pensions de retraite sont relativement élevées : la moitié du traitement actif après vingt ans de service; les deux tiers, après

(1) Le président de la République lient à honncui-, chaque année, de présider luimême la distribution des récompenses aux élèves de l'Ecole militaire et de leur adresser de chaudes paroles de patriotisme, en leur rappelant quels sont leurs devoirs dans la carrière qu'ils vont suivre.

vingt-cinq ans; les trois quarts, après trente ans. Le traitement entier est maintenu après trente-cinq ans de service.

L'avancement a été longtemps ralenti par la présence, à la tète de l'armée, des vétérans de la guerre de l'Intervention française. Cette situation s'améliore de jour en jour par des mises à la retraite d'office, appliquées avec une prudente attention. Les lois actuelles fixent d'ailleurs une limite d'âge.

En cas de guerre, les officiers en retraite doivent reprendre du service. Ils sont renforcés par un corps d'officiers de réserve de création récente.

C'est en 1901 qu'a été promulguée la loi créant des souslieutenants de réserve. La jeunesse mexicaine l'a bien accueillie; les étudiants de toutes les Ecoles supérieures y ont répondu avec enthousiasme, en suivant des cours théoriques et pratiques et en sollicitant le premier grade d'officier subalterne. Des Académies pour officiers de réserve, sorte d'Ecoles d'instruction temporaires, dirigées par des officiers d'état-major et par des ingénieurs militaires, seront successivement créées.

Les services militaires, en temps de paix et en temps de guerre, sont récompensés par la décoration du Mérito niilitar.

Des EfiFectifs.

Théoriquement, l'effectif rationnel d'une armée sur le pied de paix doit être calculé sur la proportion de 1 pour 100 de la population du pays, et l'effectif du pied de guerre, comprenant les hommes valides ou instruits de vingt à quarante-cinq ans, doit être environ le triple de l'effectif de paix.

La population du Mexique étant supérieure à 14 millions d'âmes, elle devrait pouvoir supporter un effectif de 140000 hommes présents sous les armes et avoir un effectif mobilisable de 400000 hommes.

La proportion de l'effectif de paix est beaucoup moindre. Cet effectif est seulement de 3 500 officiers, 31000 hommes et 11000 chevaux.

Lorsque les lois nouvelles auront produit leur effet, on compte

que dix classes de réserves fourniront environ 250000 hommes et dix autres classes plus anciennes, constituant une armée territoriale, environ 200000 hommes; de sorte que l'on peut évaluer à prés de 500000 hommes le chiffre total des forces mobilisables.

La prospérité soutenue des finances mexicaines rend facile l'entretien de l'effectif de paix, sagement réduit à un minimum, et qui, d'après les projets établis, ne doit pas dépasser quarante à cinquante mille hommes; mais il a été, en outre, possible de créer un matériel de guerre important, d'acheter à l'étranger les armes et les mimitions nécessaires, et de commencer la construction d'établissements de fabrication qui permettront au pays de se suffire à lui-même.

De plus, une sorte de trésor de guerre se constitue et s'augmente d'année en année, grâce à l'excédent prudemment ménagé des recettes budgétaires; ce trésor s'élevait, en 1901, à environ 32 millions de piastres.

Le budget de la guerre a été de Ki millions de piastres environ pour l'exercice 1901-1902.

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