M.VUI.\ K
La marine mexicaine relève du Ministère de la Guerre.
Elle a été jusqu'ici assez négligée, tous les efforts s'étant portés sur la reconstitution de l'armée de terre. Mais le président Porfirio Diaz, conscient de la solidité de l'outil que nous venons de décrire rapidement, songe maintenant au développement de la flotte.
Celle-ci ne comprend, à l'heure actuelle, que les bâtiments suivants :
Dans le Golfe : la corvette école Zaragoza, construite par les Forges et Chantiers de la Méditerranée, déplaçant 1 200 tonnes et armée de dix canons modernes;
Deux canonnières : Indcpendencia et Liberlad;
Deux canonnières-transports : Veraciuz et Tampico;
Deux garde-phares : Donato Guerra et Melchior Ocampo;
La corvette école Yucatan, et quelques remorqueurs, gabares, pontons, etc.
Dans le Pacifique : une canonnière Deinocrata; un transport Oaxaca. (Deux canonnières-transports, destinées au Pacifique, sont actuellement en construction en Italie.)
Ce ne sont certainement pas des forces suffisantes pour défendre plusieurs milliers de kilomètres de côtes. Les dépenses nécessitées par la création des arsenaux ou des flottes sont toujours fort lourdes et écrasent les budgets des puissances maritimes; cependant la situation du Mexique sur les deux plus grands océans du globe, à proximité du futur canal interocéanique, lui crée des obligations, onéreuses mais inéluctables, s'il veut faire respecter son pavillon. A quoi servirait d'avoir des ports florissants si le premier croiseur venu pouvait paralyser leur trafic? L'artillerie de côte ne saurait
interdire les blocus; une défense mobile de torpilleurs, de gardecôtes et de submersibles sera plus efficace que les forts les mieux armés. Il importe de la créer.
Il importe non moins de favoriser le développement d'une flotte marchande, qui constitue la réserve nécessaire des flottes de guerre. Si rien ne vient entraver le développement normal du commerce national, il est hors de doute que la marine prendra l'essor correspondant à la prospérité économique du pays; mais de longues années sont encore nécessaires. Il faut que l'outillage industriel se complète, que le réseau des voies de transport intérieur s'achève, que les capitaux s'intéressent aux grandes entreprises maritimes.
Le Gouvernement se rend compte de la situation, et il a déjà promulgué une loi d'organisation de la marine, du 15 juin 1900, dont voici les grandes lignes :
La flotte comprend le personnel et le matériel.
Le personnel se divise en corps combattants, corps techniques, troupes de marine.
Les Corps combattants comprennent :
1" Le coips des officiers de vaisseau formant une hiérarchie particulière au sommet de laquelle est un contre-amiral.
2° Les officiers mariniers et les marins.
Les marins proviennent de l'Ecole des Mariniers ou des engagés volontaires pour trois ans dans la marine.
Les Corps techniques comprennent les ingénieurs de la marine, les mécaniciens, le service de santé, les services administratifs.
Les Troupes de marine comprennent de l'infanterie, de l'artillerie et des marins torpilleurs, encadrés par des officiers de l'armée de terre.
Le Collège naval forme des officiers de marine, des ingénieurs et des mécaniciens.
Les Écoles de mariniers forment des spécialités pour le service à bord et à leire.
Les Écoles de maistrance instruisent des ouvriers et des chefs d'atelier pour le service des arsenaux et des navires.
\JÉcnle navale, bien pourvue, et un arsenal ont été installés
à Veracruz, dans l'ancienne forteresse maritime de San Juan d'Ulûa.
La flotte de guerre sera composée de :
8 corvettes ou canonnières modernes, (4 dans le Golfe, 4 dans le Pacifique) déplaçant de 800 à 1000 tonnes, filant 16 à 18 nœuds, avec un équipage de 200 à 250 hommes chacune et armées d'un petit nombre de canons de gros calibre;
2 torpilleurs, un sur chaque front de mer;
6 avisos à vapeur : 3 dans le Golfe, 3 dans le Pacifique;
2 navires-écoles pour mariniers; le voilier Yucatan dans le Golfe, la canonnière Democrata, dans le Pacifique;
3 pontons : 2 dans le Golfe, 1 dans le Pacifique.
Le navire-école Zaragoza, ayant à bord 32 aspirants de 2* classe, restera dans le Golfe.
On peut regretter de ne pas voir dans cette liste au moins un submersible, bâtiment d'avenir, plus redoutable que le torpilleur et plus efficace dans la défensive.
Les nouveaux navires prévus par la loi du 15 juin 1900 ont été construits aux Etats-Unis ou sont en construction sur les chantiers italiens.
Enfin, les efforts du Gouvernement se sont également portés sur l'amélioration des ports de commerce, dont la prospérité est intimement liée au développement de la marine de guerre.
Le nouveau port de Veracruz, récemment inauguré, protégé par de grandes digues, éclairé par des phares puissants, pourvu de quais de plus de 3000 mètres de développement où les plus grands paquebots peuvent accoster, est une superbe manifestation de cette activité.
Aucune fortification sérieuse n'en défend encore l'accès.
ARMÉE ET MARIXE