RESUME
Telle est l'œuvre considérable de défense nationale édifiée par le président Porfirio Diaz.
De récentes expéditions, menées à bien, contre les Yaquis delà Sonora et les Mayas rebelles du Yucatan, — opérations de longue haleine, — ont démontré la valeur de la nouvelle armée.
Il faudrait analyser les multiples règlements secondaires pour montrer quelle somme de travail a été fournie et avec quelle remarquable compétence, quelle sage attention, l'activité du Gouvernement s'est portée sur tous les détails de l'organisation militaire.
Les bases en ont été posées avec une sûreté, une prudence, une prévoyance, qui sont à admirer. La République mexicaine doit en être fière. Ses amis saluent avec joie ce magnifique relèvement national.
On ne doit jamais l'oublier! — Quelle que soit la confiance que lui donnent sa situation géographique, la disposition ou la force de ses frontières, son éloignement de voisins dangereux, aucun peuple ne peut se croire à l'abri de la guerre.
Malheur aux faibles! a-t-on dit; trois fois malheur s'ils détiennent |)ar héritage ou à force de labeur quelque bien enviable! Malheur à la nation qui prétend s'alléger de son fardeau militaire! Un jour viendra où, faible et désarmée, elle sera attaquée et vaincue, démembrée et conquise. Alors, dans le désastre, son indépendance nationale sombrera avec sa fortune.
Donc, quelque lourde que paraisse la charge des dépenses que des économistes à courte vue ont qualifiées à tort d'improductives, un peuple qui se refuserait aux sacrifices nécessaires se condamnerait de lui-môme à périr. Les dépenses militaires sont
plus qu'une prime d'assurance à payer pour la conservation des biens possédés; elles sont la base essentielle et la condition de tout développement normal dans la vitalité d'une nation.
Au moment des invasions barbares des temps anciens, les Gallo-Romains, affaiblis par le luxe et par les jouissances de la paix, ne savaient plus tenir une épée et fuyaient devant une poignée de Germains. Ce fut la fin de la Gaule.
L'Egypte, « la vieille terre sacrée du Nil », est depuis longtemps esclave; « l'Inde, avec ses 300 millions d'habitants, est devenue serve de corps et d'âme » ; la Chine, avec ses 400 millions d'hommes, est contrainte de subir périodiquement la loi de quelques milliers d'étrangers venant de l'autre extrémité du Monde.
C'est ce que rappelait, avec une grande autorité, le président Roosevelt, des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, dans une récente allocution. Il ne suffit donc pas, disait-il, « qu'une nation atteigne le plus haut degré de richesse et de culture » ; il ne lui suffit pas d'être a Venise opulente » ou « Florence lettrée », il lui faut rester apte au combat.
« Une nation qui s'est habituée à des conditions de vie facile et isolée et qui ne conserve pas ses aptitudes guerrières, est condamnée à s'abaisser, un jour ou l'autre, devant d'autres nations qui n'ont pas perdu leurs qualités viriles
« L'Armée et la Marine sont les boucliers que chaque nation doit savoir porter, si elle veut remplir son devoir parmi les nations de la terre. »
Telles sont les hautes pensées exprimées par le président de la grande République américaine, et qui ont inspiré également le président de la République mexicaine, animés tous deux du même esprit patriotique de libéralisme et de progrès.
Le Mexique est désormais capable de faire respecter ses droits et aussi de « remplir son devoir parmi les nations de la terre. »
Général NIOX.
M. D'ESTOURNELLES DE CONSTANT
Ministre pïénipoientiairCf Député de la Sart/ie, Membre de la Cour permanente d'Arbitrage international de La Haye.
Les relations extérieures d'un pou[)lc nous donnent la mesure de sa véritable situation intérieure : dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es. La diplomatie elle-même ne saurait nous dissimuler la vérité; elle devient transparente; elle est un symptôme évident de faiblesse ou de force, selon qu'elle est bavarde et inactive ou vigilante et informée. Et par là même son action devient de jour en jour j)lus importante.
Quoi de plus utile, en effet, que le rôle bien compris du représentant d'un pays d'avenir à l'étranger. Il est à la fois une instruction et une vigie. 11 dresse discrètement un inventaire des principales manifestations de la vie étrangère auxquelles il assiste; il signale à son Gouvernement les exemples qu'il convient de suivre ou d'éviter. Nul mieux que lui ne ])eut contribuer à l'éveil d'une émulation nationale. Mais il est autre chose encore : un conciliateur. Il fera justice de l'école vieillie qui s'attarde à douter de tout, et s'imagine que le fin du fin, le secret des chancelleries consiste à se dérober, à n'emprunter aux Metternich et aux Talleyrand que leurs formules les ])lus négatives, boutades que la médiocrité transforme en axiomes. Il ne craindra pas de se compromettre, même de « faire du zèle », ])our être utile; il admettra que, pour servir sa patrie, point n'est besoin de nuire à celle des autres; il comprendra qu'on n'évite ])as les « affaires » en se bouchant les
yeux et les oreilles. Contrairement, par exemple, à beaucoup de ses collègues européens, que la crainte erronée d'une concurrence trouble dans leur quiétude et leurs préjugés, il ne combattra l'arbitrage que pour le rendre inutile; il empêchera les conflits de naître, à force de prévoyance et, souvent aussi, de courage, car il aura parfois à modérer l'action de son Gouvernement, lequel ne lui saura pas toujours gré de ses bons conseils. Et si le conflit est inévitable, alors, considérant la guerre comme un expédient toujours douteux, il appellera lui-même à son aide les arbitres et non les armées.
Ainsi le diplomate de l'ancienne école, le diplomate beau joueur, qui galamment risquait sa fortune et celle des nations sur un coup de dé, n'existe plus. Le diplomate de l'avenir sera oblige, quel que soit son tempérament, de concilier ou de passer la main à la justice internationale.
Mais le conflit est exceptionnel. L'observation, voilà la règle, et c'est le devoir quotidien. Chaque jour, le diplomate s'instruit de l'expérience et des progrès de l'étranger au jHofit de son pays; mais, en même temps, il instruit l'étranger, il l'édifie, il lui révèle, par sa propre curiosité, comme par le bienfait de ses interventions, la vitalité de la nation qu'il représente. Double service.
C'est à ce titre que le concours des diplomates mexicains est apprécié en Europe; ils ne se bornent pas à nous emprunter des connaissances; ils nous en apportent. Ils participent à la circulation générale des idées.
Comment en serait-il autrement? Quel pays, si ce n'est la France, est aussi favorisé que le Mexique? Pour qui la nature a-t-elle été plus prodigue de bienfaits que pour ce jeune État, dont les côtes, baignées par deux Océans, contemplent l'Orient et l'Occident, dont les frontières s'ouvrent sur le nord et sur le sud, ou plutôt sur les deux grandes races qui se partagent le Nouveau Monde, la race latine et celle qu'on nomme, on ne sait trop pourquoi, anglosaxonne? Avec ses hauts plateaux, véritables sanatoriums, sa nature restée presque vierge, ses habitants laborieux et intelligents, son passé précolombien, peu connu (comme était le passé de l'Egypte, il y a cent ans), mais plein de surprises que la science soupçonne, le Mexique est un trait d'union dans le monde, un point de fusion
bienfaisant, où tous les éléments de richesse affluent des quatre points cardinaux.
Comment un tel pays se désintéresserait-il de ses relations extérieures et comment ne chercherions-nous pas, nous étrangers, à en connaître le développement d'autant plus significatif qu'il est plus récent?
Cette floraison économique, agricole et industrielle du Mexique, dont, en France, nous suivons avec tant de sympathie l'épanouissement depuis plusieurs années, a pu nous apparaître d'abord comme une menace. Le Mexique produisant lui-même les marchandises que nous lui vendions, n'allait-il pas devenir, avec tout le reste de l'Amérique, un concurrent au lieu d'un client, et cesser de nous acheter nos produits pour consommer ou vendre les siens?
Certes, bien des changements sont inévitables dans cette évolution générale, mais gardons-nous de ne considérer que le revers de la médaille : en développant sa puissance de production, le Mexique développe sa faculté d'achat et, s'il peut se passer de bien des articles que nous lui vendions, en revanche, il nous demande des produits de luxe qu'il appréciait moins au])aravant. Ainsi, tout se nivelle avec le progrès, et le Mexique reste un territoire ami pour les produits français comme pour les Français eux-mêmes. Et là encore, il est manifeste que sa diplomatie, en Europe, ne manque pas une occasion de s'instruire. Elle ne juge pas aveuglément un pays d'après ses victoires ou ses défaites matérielles, mais sur le rayonnement de ses idées et de sa production.
On rencontrera peu de diplomates mexicains qui n'aient étudié de près la France et contribué, dans leur pays, à lui créer des sympathies. Et ces sympathies favorisent la bonne entente entre deux Républiques que leurs institutions réunissent et que le même esprit anime. On l'a bien vu à la conférence de La Haye, où la dij)lomatie de la France et celle du Mexique n'ont pas cessé de tendre au même but et de chercher en commun la solution de ce grandiose problème posé devant l'humanité : organiser la justice et la paix internationales.
Les relations extérieures du Mexique sont plus récentes encore que son indépendance. L'indépendance remonte à moins d'un siècle, à 1821, au lendemain des victoires rcm])ortécs par les troupes créoles d'Iturbide sur une insurrection qui durait depuis ])lus de dix ans. Mais, par la suite, que d'obstacles, que de vicissitudes, que de périls et de tragédies arrêtèrent la croissance de ce beau pays jusqu'au jour où, sa liberté assurée, il put organiser normalement, avec son développement intérieur, sa représentation à l'étranger.
Cette crise transitoire était inévitable, elle fut à certains égards salutaire. La colonisation espagnole n'avait pas demandé moins de trois siècles pour préparer l'évolution civilisatrice du Mexique; cinquante-cinq années ont suffi, mais cinquante-cinq années de luttes et de sacrifices, pour que cette évolution s'épanouisse dans la liberté. La souffrance est l'indispensable épreuve de toute énergie, de toute force morale, individuelle ou nationale.
De 1821 jusqu'à 1876, le Mexique a souffert autant que vécu; ces années troublées comptent à peine pour sa jeune diplomatie, et cependant quelle place elles occupent dans son histoire !
Songez que l'indépendance du Mexique survient dans les conditions les plus ingrates; elle coïncide avec l'un des pires mouvements de réaction que l'Europe ait jamais subi.
Tandis que les ])euples et les poètes, encore animés du grand souffle de la Révolution française, acclamaient, malgré tout, l'insurrection grecque. Napoléon l" meurt h Sainte-Hélène, et les plus puissants des Gouvernements monarchiques s'unissent pour contracter entre eux cette assurance mutuelle décorée du nom de « Sainte-Alliance ».
La Sainte-Alliance n'était naturellement pas favorable à des insurgés, quels qu'ils fussent. Il est vrai qu'elle nepouvait pousser le
respect de l'ordre et de l'autorité jusqu'à s'opposer à l'insurrection de la Grèce contre le sultan ; prendre le parti de l'infidèle contre les chrétiens; la contradiction eût été trop criante, du moins à cette époque; car, depuis lors, l'Europe n'a pas montré tant de scrupules; ses Gouvernements « les mieux pensants » n'ont pas hésité à donner la main à l'agresseur musulman, à lui fournir des armes, des instructeurs, des conseils et de l'argent pour écraser les opprimés. Mais si, par attachement à certains principes, comme aussi aux intérêts que l'on connaît, l'Europe de 1821 ne pouvait protéger le Grand Turc, elle n'avait aucun motif, en revanche, pour encourager la Révolution en Amérique; à l'exception du Cabinet de Londres, dont il sera parlé plus loin, on conçoit aisément avec quels sentiments peu sympathiques furent accueillis par les Cabinets de Paris, de Saint-Pétersbourg, de Vienne, cette répercussion tardive et lointaine des sinistres bouleversements dont ils commençaient à peine h se remettre, et dont ils avaient |)our principale préoccupation d'effacer le souvenir redouté.
Partout des ferments dangereux continuaient à s'agiter; les foyers d'insubordination, loin de s'éteindre, se rallumaient, et non pas en Grèce seulement !
Pour ne |)arler que de l'Espagne, là, le succès du parti libéral était menaçant ; le Gouvernement royal français s'était chargé d'y couper court et de remettre, les armes à la main, les choses en bon ordre, c'est-à-dire de rétablir le pouvoir absolu de Ferdinand VII. Si ces colonies espagnoles d'Amérique eussent été moins éloignées et l'Europe moins ignorante de ce qui s'y passait, peut-être les Etats européens auraient-ils décidé d'y rétablir également le bon ordre... comme dans la métropole. Mais l'Amérique était trop loin.
Cependant l'intempestive entrée du jeune Mexique dans le concert des nations n'en devait être que plus froidement accueillie, et elle n'a fini par être acceptée que grâce, pour une large part, a l'indifférence et à l'éloignemcnt de la vieille Europe.
Les premières manifestations extérieures du nouvel Etat, cela va de soi, furent ses elTorts pour obtenir autre chose qu'une existence précaire, la reconnaissance oiricielle des autres Gouvernements.
Là était la didiculté.
Le premier Etat qui reconnut la nation mexicaine, comme libre et indépendante, fut le Saint-Siège, mais après des négociations laborieuses, menées à Home par le chanoine Francisco Pablo Vazquez, nommé, en 1825, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près le Pape Pie VIII, par le général Guadalupe Victoria, premier jirésident de la République mexicaine.
Naturellement, l'ambassade d'Espagne ne manqua pas de contrarier les efforts du chanoine Vazquez; elle essaya de le gagner en lui faisant donner un évèché in partibus, mais le prêtre patriote ne se laissa pas séduire ; il refusa tout avantage particulier et, le 8 novembre 1830, sollicita ses passeports. La droiture, le savoir et la constance du représentant mexicain finirent par triompher; Pie VIII étant mort, sur ces entrefaites, son successeur, Grégoire XVI, plaça les intérêts de l'Eglise au-dessus de toute autre considération, et reconnut l'indépendance du Mexique.
En conséquence, le haut clergé espagnol, disparu aA'ec la domination de la mère patrie, fut remplacé par des prélats diocésains proposés par le Gouvernement républicain. Le chanoine Francisco Pablo Vazquez, nommé évêque de Puebla, fut consacré à Rome et retourna à Mexico, où il consacra lui-même la plupart de ses collègues, car il ne restait plus dans le pays un seul évêque ancien.
Les relations avec le Saint-Siège durèrent jusqu'à l'entrée du président Juarez à Mexico, en 1851. L'application des lois de réforme, la saisie des biens du clergé, l'exil des prélats militants, entraînèrent une rupture inévitable. Même, Maximilien, durant son règne éphémère, ne put céder aux exigences de Pie IX.
Depuis 1870, le Saint-Siège n'est plus un Etat; il se borne à envoyer, de temps à autre, au Mexique, des délégués apostoliques qui tranchent les litiges pendants entre les membres du clergé, ou font des enquêtes sur des questions dont la Cour Pontificale se réserve la solution. Les délégués apostoliques sont toujours reçus courtoisement, mais aucune négociation n'a été entamée avec eux, au sujet d'un concordat.
Comme aux Etats-Unis, au Brésil et à Cuba, où les catholiques ont fondé, sous le régime de la liberté, des églises florissantes, l'Eglise, au Mexique, est entièrement séparée de l'Etat.
L'établissement de relations avec l'Espagne était la pierre d'achoppement. Il exista longtemps, au Mexique, des loyalistes qui regrettaient le régime colonial. D'autre part, les Espagnols restés dans le pays, après le départ des troupes expéditionnaires, ne désespéraient pas du retour à l'ancien état de choses. Le roi Ferdinand VII rêvait de reconquérir les anciennes possessions d'Amérique ; d'accord en cela avec ses sujets, y compris les libéraux, car les Cortcs de Cadix avaient caressé la même idée. Au surplus, de son ancien emj)ire colonial, il restait encore à l'Espagne : Cuba, Puerto Rico et les Philip|)ines, magnifiques possessions antérieurement dépendantes de la vice-royauté du Mexique. Et précisément, l'île de Cuba, située à l'entrée du Golfe mexicain, avait pour chef-lieu La Havane, qui comj)tait un grand nombre d'émigrés nourrissant l'espoir de rentrer triomphalement au Mexique.
Le Cabinet de Madrid fut entraîné à tenter une expédition. En 1829, le général Barradas, avec une division, débarqua à Tampico, dans le but <le soulever les partisans de l'Espagne et de rétablir l'autorité de Ferdinand VII. Mais l'expédition, préparée par des officiers aussi ignorants que présomj)tueux, échoua misérablement. Les troupes espagnoles, dé|)ourvues de cavalerie et de moyens de transport, se trouvèrent condamnées à l'immobilité, puis attaquées, bloquées et durent capituler.
Alors, les sujets espagnols furent expulsés en 1827. Mais cette impolitique mesure d'expulsion, incomplètement appliquée, fut rapportée sept ans après.
Finalement, en 183."), le Gouvernement de Madrid ouvrit les yeux. La régente Marie-Christine, veuve de Ferdinand VII, reconnut la République mexicaine par la conclusion d'un traité signé par Calatrava, chef du Ministère esj)agnol. Quinze ans s'étaient écoulés depuis la proclamation de l'Indépendance.
Toutefois, longtemps encore, la défiance régna chez les Mexicains et le regret chez les Espagnols. La retraite du Gouvernement de Madrid, dès le début de la guerre entreprise par Napoléon III, en 1862, et les années écoulées, atténuèrent ce fâcheux état d'âme des deux peuples.
Les relations sont devenues affectueuses à partir de 1896, après
la perte, par l'Espagne, de Cuba, de Puerto Rico et des Philippines, à la suite de la victoire des Etats-Unis. Durant cette lutte entre les Nord-Américains et les Espagnols, l'immense majorité des Mexicains, comme celle des autres peuples hispano-américains, ne pouvait se montrer sans crime infidèle à la mère patrie. Le Mexique se trouva dans une situation particulièrement délicate. Le président Porfirio Diaz, tout en observant une stricte neutralité, trouva moyen de ne pas mécontenter ses puissants voisins du Nord, et de mériter la gratitude des Espagnols. Tant il est vrai f[ue le véritable esprit de conciliation peut faire des miracles.
Au commencement de 1903, un traité d'arbitrage a été passé entre l'Espagne et le Mexique. En vertu de ce traité, les différends futurs des deux pays seront soumis au jugement arbitral d'un chef d'Etat américain et, en cas d'appel de l'un d'eux, à la cour de La Haye.
Aujourd'hui, les relations entre le Mexique et l'Espagne sont empreintes de la plus entière cordialité, filiale d'une part, maternelle de l'autre.
Parmi les Etats membres de la Sainte-Alliance, il en fut un, l'Angleterre, cjui refusa de s'associer à la restauration de l'absolutisme de Ferdinand VII, en Espagne, décidée, en 1823, au Congrès de Vérone, et prit nettement position en faveur des colonies espagnoles émancipées.
Canning, chef du Cabinet anglais, fit reconnaître les nouvelles Républiques américaines, et explir|ua sa conduite dans un discours célèbre : « J'ai cherché une compensation dans l'autre hémisphère pour que, si la France s'empare de l'Espagne, elle ne puisse, au moins, s'emparer des Indes occidentales. J'ai donc appelé à la vie le Nouveau Monde pour rétablir l'écpiilibre dans l'Ancien. »
La reconnaissance de l'indépendance du Mexique par le Cabinet de Saint-James, et le traité d'amitié, de commerce et de navigation, qui suivit, amenèrent sur le sol mexicain les premiers capitaux étrangers qui s'appliquèrent d'abord à l'exploitation des mines. Depuis cette époque, les relations entre le Mexique et l'Angleterre n'ont subi qu'un à-coup. Les Anglais rompirent avec le président
Juarez, sans toutefois s'associer à l'entreprise de Napoléon III. Cepentlant, ils reconnurent le Gouvernement de l'empereur Maximilien, et, après la chute de ce dernier, le jnésident Juarez ne cherclia pas à reprendre les bons rapports d'autrefois.
Cette situation dura jusqu'en 1884, épocpie où les Gouvernements do Londres et de Mexico signèrent des préliminaires assurant la reprise des relations diplomatiques. Ces préliminaires furent suivis d'un traité d'amitié, de commerce et de navigation, conclu le 27 novembre 1888.
Malgré tout, des froissements survenaient souvent à propos des contestations relatives aux limites, mal définies, de la colonie anglaise de Belize, et des ventes d'armes et de munitions que des sujets britanniques de cette colonie faisaient aux Mayas soulevés du Yucatan; les Mexicains se plaignaient hautement de l'appui donné par les Anglais aux rebelles. Heureusement, grâce à la prudence du président Porfirio Diaz et à l'habileté de son ministre des Affaires étrangères, M. Ignacio Mariscal, les choses ne s'envenimèrent point trop, et un traité, passé le 8 juillet 1893, fixa équitablement les limites de la colonie anglaise de Belize et entrava le commerce des armes. Grâce à ce traité, le Gouvernement de Mexico put préparer en toute sécurité une expédition qui mit fin à l'existence du petit État fondé par les Mayas rebelles, et qui permit, en 1902, de constituer le territoire fédéral de Quintana Uoo. Depuis 1893, aucun nuage n'est survenu entre les deux pays.
L'esprit de la Sainte-Alliance et les tendances politiques du Congrès de Vérone (1823) se manifestèrent nettement dans l'attitude de la France vis-à-vis du Mexique.
Pour les Bourbons, le mouvement national dirigé par Iturbide était le résultat d'une sédition militaire, et l'établissement, par celui-ci, d'un empire à Mexico, une usurpation. Iturbide devenait une sorte de « Buonaparte » de petite envergure. Charles X, monté sur le trône en 182'» et obligé, par les réclamations des commerçants français, d'entamer des relations officielles avec le Mexique, chercha un subterfuge en faisant nommer des consuls et agents commerciaux i)ar des fonctionnaires subalternes. Il pensait ainsi
éviter les reproches de Ferdinand VII et des alliés, mais le Gouvernement mexicain refusa de recevoir le premier consul général qui se présenta sans titres, en bonne et due forme. Charles X dut céder et nommer des consuls en la manière accoutumée, ce qui entraîna la reconnaissance de la République.
Après la Révolution de 1830, le roi Louis-Philippe établit des relations diplomatiques régulières et envoya une légation à Mexico, puis, en 1838, rompit avec le Gouvernement mexicain qui résistait à des réclamations exagérées. L'état de guerre s'ensuivit. Une escadre française se présenta devant Veracruz, bombarda la forteresse de San Juan de Ulùa, qui fut occupée par des troupes de débarquement. Le Mexique dut subir la loi du plus fort. De nos jours, pareil conflit serait, à coup sûr, évité; la cause, insignifiante en ellemême, serait soumise à un tribunal d'arbitrage.
Les relations renouées, par suite d'un arrangement, demeurèrent cordiales, jusqu'en 1861. A cette époque. Napoléon III entama les préliminaires de son intervention. Les conventions conclues avec le Gouvernement du président Juarez, dites de « la Soledad » furent violées, et les hostilités commencèrent, sans déclaration de guerre préalable, par l'entrée en action des forces expéditionnaires françaises. Cette politique avait pour seule excuse le souci de créer dans l'Amérique Centrale et Méridionale un contre-poids au développement de l'influence des Nord-Américains dans le monde.
On sait comment la déplorable guerre du Mexique se termina tragiquement, en 1867, par le retrait de l'intervention et l'exécution de l'empereur Maximilien.
Des années devaient s'écouler avant la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays. La France était sous le coup d'un échec, et le Mexique ne pouvait oublier l'agression subie. Néanmoins, les Français n'eurent point à souffrir des ressentiments de la nation mexicaine; ils furent respectés et protégés dans leur personne et leurs biens. Le Mexique se borna à nommer en France des agents commerciaux.
Toutefois, cet état de choses ne pouvait se prolonger, car, en dépit des événements, les sympathies de la nation mexicaine pour la France redevenaient ardentes comme auparavant. Les deux
peuples ne demandaient qu'à oublier l'erreur de Napoléon III : rôve dont le tragique réveil fut exempt de rancunes; tous deux avaient trop de motifs pour répudier les mauvais souvenirs de la politique impériale, et, du jour où la République fut déclarée à Paris, aucune trace des hostilités anciennes ne devait subsister d'un pays à l'autre.
Un accord nouveau résulta de négociations officieuses prudemment menées. Les deux pays s'interdirent, réciproquement, toute réclamation pour les préjudices causés. Les griefs furent eflacés; le passé oublié. Cette réconciliation fut scellée par un instrument diplomatique, le 29 novembre 1880, et parachevée par un traité d'amitié, de commerce et de navigation, signé le 29 novembre 1886.
Finalement, le Mexique qui n'avait pu être invité à prendre part à rEx|)osition Universelle de Paris en 1878, a pris aux Expositions Universelles de 1889 et de 1900 une part brillante, et qui fut pour un grand nombre d'Européens une inoubliable révélation de ses ressources dans le présent et dans l'avenir.
Non seulement le Mexique entra clans la vie libre sans rencontrer d'amis clans l'Europe continentale, mais aussi sans pouvoir s'appuyer sur sa voisine, encore trop faible, la Hcpublicjue des États-Unis. Des écrivains mexicains en ont fait la remarque, non sans amertume. Il était naturel pourtant que les Etats-Unis évitassent, à leurs débuts, de se mettre trop d'adversaires Européens sur les bras. Cependant, à l'effet de contrarier les projets de l'Espagne et de la Sainte-Alliance en Amérique, le ministre anglais Canning demanda, en août 1823, au représentant des Etats-Unis accrédité à Londres, si son Gouvernement consentirait à marcher d'accord avec l'Angleterre, et à faire une déclaration contre toute tentative hostile à l'indépendance des anciennes colonies espagnoles.
Cette proposition, à peine transmise, fut acceptée avec empressement, et, le 4 décembre suivant, le président J. Monroë fit la déclaration célèbre, à lac|uelle son nom est resté attaché, se résumant ainsi :
« Les Etats-Unis d'Améri([ue considéreraient comme une manifestation de sentiments hostiles envers eux et dangereuse pour leur repos et leur sécurité, toutes tentatives faites par les puissances alliées (la Sainte-Alliance) pour étendre leur domination sur une partie quelconque du Nouveau Continent, ainsi c[ue toute intervention cjui aurait pour objet de supprimer les nouveaux Etats ayant proclamé et maintenu leur indépendance, ou influer en c|uek|ue manière sur leur destinée. »
Après cette déclaration, base de la future doctrine Monroë, la réserve des États-Unis cessa, et ils reconnurent le Mexique au même titre cjue les autres puissances hispano-américaines.
Néanmoins, les relations entre les deux pays se tendirent lors de l'insurrection texienne, et furent interrompues par la guerre de 1845-47. Les États-Unis, obéissant à la loi naturelle qui les
avait fait partir des bords de l'Atlantique pour marcher constamment vers l'ouest, annexèrent, en premier lieu, le Texas, puis les vastes territoires du Nouveau Mexique et de la Californie, tous enlevés au Mexique. Ils franchirent la chaîne des montagnes Rocheuses, comme ils avaient antérieurement franchi les monts Alleghanys et le Mississipi, et s'établirent solidement sur l'océan Pacifique.
Ratifiée par le traité de Guadalupe Hidalgo (2 février 1848), la perte de ces territoires, que les États-Unis ont constitués en puissantes unités, ne fut point pour la République mexicaine un désastre irréparable, comme on l'a répété à tort. A l'époque de leur cession, ces territoires n'étaient guère parcourus que par des tribus de sauvages; les maigres établissements de civilisés, disséminés sur d'immenses étendues, comptaient à peine 100 000 âmes, et, mal défendus contre les Indiens bravos, allaient s'amoindrissant constamment, au grand dommage de la civilisation.
Sans prétendre justifier l'agression des Etats-Unis, il faut bien admettre pourtant qu'ils ont peuplé et merveilleusement transformé les régions par eux annexées. Au reste, la découverte de mines d'or en Californie, qui attira rapidement dans cette contrée plus de 100 000 émigrants d'origine européenne et nordaméricaine, y aurait fait naître un mouvement séparatiste, devant lequel le Gouvernement de Mexico, alors appauvri, affaibli et sans moyens de communications, se serait trouvé plus impuissant encore que devant l'insurrection du Texas.
D'autre part, comment le Mexique aurait-il pu empêcher les Mormons de s'installer près du Grand Lac salé, et de créer miraculeusement l'Utah? Cette région qui, au temps des vice-rois, n'avait pas même reçu de missionnaires, était alors à peine connue et séparée des ferres peuplées i)ar de vastes espaces désertiques, infranchissables pour des colonnes militaires. Les Etats-Unis ne sont pas i)arvenus à dissoudre la colonie mormone, — devenue promptement un peu[)le, — et ont dû compter avec elle. Le Mexique n'aurait pas mieux réussi.
Après ces conflits douloureux, les relations entre les deux Etats redevinrent normales. Le Cabinet de Washington accorda ses
sympathies au parti libéral, et, particulièrement, au Gouvernement du président Juarez. Ces sympathies s'accentuèrent encore, lorsque Napoléon III tenta d'établir un empire au Mexique.
Le Gouvernement du président Juarez, ayant perdu successivement Puebla, Mexico, les villes principales et la plus grande partie du pays, se vit réduit aux abois et se réfugia à Paso del Norte, sur la frontière nord-américaine; mais il ne cessa d'être soutenu moralement et encouragé ouvertement par les Etats-Unis, alors en proie à la grande guerre civile dite de « Sécession » et, partant, dans l'impossibilité d'intervenir militairement.
Quant au Gouvernement de l'empereur Maximilien, il fut reconnu par les puissances européennes et par deux Etats américains : le Guatemala et le Brésil; toutefois, en dépit de tous ses efforts, il ne put entamer de rapports officiels avec le Cabinet de ^^'ashington. Et c'est après la guerre de Sécession c[ue Napoléon III, renonçant comme on sait à l'intervention française, détermina la chute de l'empereur Maximilien et le triomphe final du président Juarez.
Depuis cette époque (1867), les deux Républiques américaines sont restées en excellents termes, et leurs rapports économiques se sont prodigieusement développés, grâce surtout aux voies ferrées. Les capitaux nord-américains sont venus en abondance au Mexique, et les produits mexicains ont trouvé leur meilleur débouché aux Etats-Unis.
Dans ses rapports diplomatiques avec ses puissants voisins du Nord, le président Porfirio Diaz a toujours montré un tact supérieur; il s'est tenu à égale distance du danger d'une rupture ou d'un rapprochement trop étroit. Ajoutons qu'il a trouvé, dans les présidents Cleveland, Mac-Kinley et Roosevelt, des hommes dominés par l'esprit d'équité et avec lesquels un commerce d'amitié était facile. La conduite politique du président Porfirio Diaz envers les Etats-Unis restera, pour ses successeurs, un modèle à imiter.
Enfin, toutes les questions litigieuses ont été réglées à l'amiable, avec justice. En 1902, les deux pays ont donné au monde un grand exemple, en soumettant à la Cour d'arbitrage de La Haye l'affaire dite des « Fonds pieux de Californie », affaire irritante, sur laquelle les Cabinets de Washington et de Mexico ne pou-
valent s'entendre, et que la Cour d'arbitrage a réglée définitivement. Cette innovation fut d'autant plus remarquable qu'elle constitua une juste et salutaire leçon à l'adresse des Gouvernements européens, encore ouvertement réfractaires, à cette époque, à l'idée de justice internationale. Ils avaient consenti, sans doute, en 1899, non sans résistance, à créer la Cour de La Haye ; mais cette initiative leur avait suffi, et ils manifestaient par l'obstination la moins équivoque leur volonté tacite de ne jamais faire usage du nouveau tribunal. Ainsi la jeune institution, germe d'une politique rénovatrice pour le monde, était menacée de mort par la mauvaise volonté des Gouvernements européens. — La décision des deux Républiques américaines mit fin à ce « boycottage », et c'est par elles que la Cour de La Haye fut sauvée.
Ce fait ne doit jamais être oublié; il est à l'honneur du Nouveau Monde et jette un jour bien significatif sur l'état d'esprit rétrograde de la vieille Europe.
Et c'est po.urquoi il faut reconnaître que, si la concurrence matérielle américaine est un danger, elle peut aussi moralement et finalement être un bienfait.
Par le traité du 30 juillet 1842, l'Autriche avait réglé, comme les autres puissances européennes, ses relations avec le Mexique; mais ces relations sont bien loin d'être définitives. Au contraire, elles semblent irrémédiablement compromises en I8()7, après l'exécution de l'empereur Maximilien.
Le président Juarez envisage pourtant l'avenir sans trouble; un nouvel isolement semble menacer le Mexique; n'importe, il attendra que les dispositions de l'Europe se modifient.
La Prusse, puis la Confédération de l'Allemagne du Nord et aussi l'Empire allemand sont naturellement peu enclins à partager les ressentiments des Cabinets de Vienne et de Paris. L'accord du 4 mai 1869, par lequel le comte de Bismarck rétablit les relations entre l'Allemagne et le Mexique, n'est autre chose qu'un coup droit porté à la politique de Napoléon III, un moyen de souligner publiquement son échec.
L'Italie suivit l'exemple delà Prusse, dès le 17 décembre 1869. Enfin, la Bavière et les autres Etats de l'Allemagne du Sud, entrés dans l'Empire allemand en 1870, se trouvèrent, par ce fait, en relation avec la République mexicaine.
Le Portugal et la Belgique tardèrent davantage. Ils renouèrent, le premier le 28 octobre 1879, la seconde le 20 novembre 1879, la Suède et la Norvège le 21 juillet 1885. L'Autriche-Hongrie persista longtemps dans son abstention : l'exécution de l'empereur Maximilien était encore trop récente.
Heureusement, des hommes dévoués et persévérants parvinrent à aplanir les difficultés. Parmi ces hommes, il convient de citer le prince de Khevenhuller-Metsch, ancien officier de cavalerie dans la légion autrichienne, lié avec le président Porfirio Diaz, dont il avait été autrefois le prisonnier.
Avec constance, le prince de Khevenhuller-Metsch s'attacha à
éclairer l'empereur François-Joseph, les arcliiducs et le comte de Goluchowski, chargé des affaires extérieures de la monarchie austro-hongroise, sur le caractère du président Porfirio Diaz et sur la situation florissante du Mexique.
Des pourparlers furent entamés et, en mars 1901, le prince Egon de Furstemberg, secrétaire d'ambassade et envoyé confidentiel du Gouvernement austro-hongrois, et M. Ignacio Mariscal, ministre des Affaires étrangères du Mexique, tous deux munis de pouvoirs spéciaux, convinrent que, simultanément, seraient installées, à Vienne, une légation mexicaine et, à Mexico, une légation austro-hongroise. Cet accord a passé dans les faits acquis le 27 juin suivant.
Le comte Hohenwart de Gerlaschtein, nouveau ministre d'Autriche-IIongrie, arrivé à Mexico le 31 août, présenta ses lettres de créance en audience solennelle, le 9 septembre. Dans son allocution, il annonça au président Porfirio Diaz que l'empereur François-Joseph, comme marque de son estime et de ses sentiments cordiaux, l'avait fait Grand' Croix de l'ordre de Saint-Étienne. Et, le 17 septembre, une convention fut passée, entre les deux Gouvernements, pour accorder réciproquement à leurs nationaux le traitement de la nation la plus favorisée.
La reprise des relations diplomatiques entre l'Autriche-Hongrie et le Mexique, en 1901, a effacé les dernières traces du passé et a produit un effet considérable dans les deux mondes.
II va de soi que les Républiques hispano-américaines avaient plus ou moins réglé vis-à-vis du Mexique leur conduite sur celle des Etats-Unis. Cependant ce n'est qu'après la chute de Maximilien que leurs sympathies s'affirmèrent pour la nouvelle République. Certaines d'entre elles envoyèrent des missions féliciter Juarès. Le Guatemala lui-même, après s'être montré le plus hésitant, revint à résipiscence et conclut un traité le 1"'' juillet 1872. Malgré tout, avec ces Etats, le Mexique séparé par d'énormes distances, n'entretenait point de rapports commerciaux. Forcément, les relations restaient intermittentes, lorsque, en 1902, lors du Congrès pan-américain si intéressant, tenu à Mexico, un besoin
(le rapprochement plus étroit avec les membres de la grande famille hispano-américaine se fit sentir.
Toutes les Républicpies du Nouveau Monde constituèrent des légations, et certaines d'entre elles, comme l'Uruguay et le Paraguay, entrèrent ainsi, et pour la première fois, en relations diplomatitiques directes avec le Mexique.
Rappelons que, le 20 mai 1902, l'occupation nord-américaine ayant pris fin à Cuba, et cette île s'étant constituée en République, elle fut reconnue comme Etat indépendant, le 9 juin suivant, par le Mexique, et que des relations cordiales s'établirent aussitôt entre les deux pays.
Ajoutons aussi que, lors du blocus des côtes vénézuéliennes, en 1903, par les escadres anglaise, allemande et italienne, le président Porfirio Diaz, saisissant l'occasion, seconda la politique du président Roosevelt, en faisant présenter par son pays, et au même titre que d'autres puissances, une réclamation fondée sur un prêt autrefois consenti par le Mexique pour aider Bolivar à consolider l'indépendance du Venezuela. Ajoutons que les réclamations mexicaines furent admises.
Ce n'est pas seulement en Europe et en Amérique que le Mexique entend exercer son action : riverain de l'océan Pacifique, il a voulu établir, ou plutôt rétablir des relations avec le Japon. Ce buta été atteint d'autant plus facilement que la République mexicaine, héritière de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, se présenta sans la prétention d'imposer ses conditions. Le président Porfirio Diaz eut soin de traiter le Japon d'égal à égal, rendant pleine justice à la rapidité de ses progrès, à ses ressources, à son avenir. Cette politique aboutit au traité d'amitié, de commerce et de navigation, passé, le 20 avril 1893, avec le Japon, traité dont l'application se poursuit dans des sentiments de sympathie mutuelle, très dignes de remarque à l'époque actuelle.
Quant à la Chine, tout en y écoulant la plus grande partie de sa frappe d'argent, le Mexique n'y entretenait, jusqu'à ces dernières années, que des rapports consulaires. Mais l'arrivée, sur le sol de la République, de nombreux immigrants chinois, le développe-
RELATIONS EXTKRIEURES 313
ment des intérêts et le réveil du colosse asiatique ont incité les deux pays à terminer des négociations qui traînaient en longueur, et, le 14 décembre 1899, ils ont conclu un traité d'amitié, de navigation et de commerce.
Indiquons en passant le particulier intérêt de cet accord auquel nul Etat des Nouveaux Mondes ne saurait rester indifférent, car il constitue une expérience hardie, devant laquelle beaucouj) d'autres ont reculé. Contrairement à ce que font les États-Unis et l'Australie, par exemple, le Mexique ne ferme pas ses portes aux travailleurs chinois. Quelles seront les conséquences économiques, politiques, sociales de cette tolérance? Les immigrants seront-ils pour les Mexicains im secours ou un danger? Très grave problème auquel l'ouverture du canal interocéanique et la multiplication des relations entre la Chine, l'Amérique et l'Europe donnent une actualité chaque jour renaissante.
En 1903, et comme pour souligner ce mouvement général d'organisation des relations avec le Mexique, la Perse a envoyé au président Porfirio Diaz un représentant revêtu du caractère d'ambassadeur. Le chef de l'Etat mexicain a chargé son ministre à Paris, M. Sébastian de Mier, d'aller rendre cette visite à Téhéran ; un traité d'amitié avec la Perse est venu s'ajouter ainsi à la liste des précédentes conventions.
Ainsi s'affirme dans la politique étrangère ce caractère si remarquable de la constitution géographique du Mexique que nous avons déjà signalé. La jeune Hépublique ne néglige rien pour établir à travers l'Océan de bonnes relations avec la vieille Europe, mais elle n'oublie pas non plus, de l'autre côté du Pacifique, le monde jaune; elle évite de l'indisposer, et reste fidèle à son rôle d'intermédiaire, de trait d'union. L'Europe n'a pas été si clairvoyante!
Le deuxième Congrès pan-américain, réuni à Mexico, à la fin de 1901, clôtura ses travaux le 31 janvier 1902. Tous les États des deux Amériques y prirent part. Le seul compte rendu de cet important Congrès mériterait une étude spéciale.
Ce Congrès a fait avancer, dans le domaine de la j)ratique, le principe de la solution pacifique des controverses internationales. Il ne s'en est pas tenu là. Il a consenti unanimement à ce que le Tribunal arbitral, établi à La Haye, résolût tous les difTérends suscités entre les Etats américains par suite de réclamations de particuliers sollicitant une indemnité pécuniaire. Comme ce sont là, tout au moins dans le Nouveau Monde, les cas les plus fréquents des désaccords internationaux, l'importance de la décision devient capitale.
Une fois cette résolution en vigueur, les plaintes et revendications, qui, le plus souvent, surexcitent l'esprit des Gouvernements et des peuples et enveniment leurs relations, seront réglées pour ainsi dire automatiquement et sans trouble. C'est là une initiative du plus haut intérêt et un exemple décisif : exemple dont l'Europe, on l'a vu, avait grand besoin et que l'Amérique sera fière un jour de lui avoir donné.
De plus, le Congrès, toujours à l'unanimité, a adhéré aux principes proclamés par la Conférence de la Paix, et, à cet effet, a autorisé les Gouvernements des Etats-Unis et du Mexique, représentés à la Cour d'Arbitrage, à engager les négociations nécessaires pour faire adhérer, aux conventions de 1899, celles des puissances du Nouveau Monde qui n'avaient pas été appelées à les préparer et à les signer.
Par ce moyen, tous les Etats hispano-américains obtiendront l'avantage de compter efficacement sur le haut Tribunal interna-
tional établi dans la capitale des Pays-Bas, au cas où ils voudraient lui soumettre leurs différends.
Au sujet de l'extradition des criminels, de l'échange de publications officielles, scientifiques et littéraires, de l'exercice des professions libérales, des brevets d'invention et marques de fabrique, de la propriété littéraire et artistique, le Congrès a établi des conventions qui sanctionnent les principes les plus libéraux et les plus salutaires.
D'autre part, le Congrès a recommandé l'établissement d'une banque pan-américaine; il a reconnu la nécessité de la création d'une commission archéologique, afin d'encourager l'heureuse et généreuse initiative de ce cadre de combat ; il a signalé l'utilité d'organiser une conférence douanière chargée d'étudier les mesures tendant à faciliter les échanges entre toutes les nations du Nouveau Monde. Il a également réclamé la construction d'un chemin de fer qui, mettant à profit des voies ferrées déjà existantes, traverserait tout le continent de rextrème nord à l'extrême sud.
Les questions politiques d'union, d'alliance, de limitation des armements ont été étudiées, et on peut dire que le Congrès de Mexico a posé les assises des projets grandioses qui commencent à prendre forme, notamment celles du traité entre le Chili et la République Argentine, traité qui non seulement établit le principe de l'arbitrage universel et obligatoire et celui de la limitation des dépenses navales, mais qui est le germe d'une véritable fédération sud-américaine. C'est là ce qu'un Européen ne saurait trop méditer. — Dans notre vieux continent, à de rares exceptions près, les Congrès politicjues ne s'assemblent que pour discuter des questions spéciales, limitées. Seul, le Congrès de La Haye avait un objet plus vaste, comme la Conférence du Travail à Berlin ; mais de ces deux Congrès l'un faillit échouer, l'autre échoua complètement. En Amérique, au contraire, les Etats ont compris la nécessité de tenir de vastes réunions périodiques, comme une association tient chaque année son Assemblée générale. Le Congrès de Mexico rappelle nos Etats généraux, précurseurs de l'organisation parlementaire; et c'est un incalculable progrès de voir les nations discuter elles-mêmes leurs intérêts, leurs droits, leur devoirs, ouvertement; substituer aux intrigues gouvernementales et aux passions particulières la
lumière dun débat contradictoire, où les intérêts de la collectivité apparaissent à tous les yeux, en même temps que l'urgence des concessions mutuelles, des sacrifices et des efforts communs nécessaires pour défendre ces intérêts.
En Amérique, c'est l'association des peuples qui s'organise. En Europe, c'est l'anarchie qui se perpétue.
Finalement, le Congrès pan-américain a pro]>osé des mesures de police sanitaire, maritime et internationale, dictées par l'expérience. En outre, il a Aoté d'importantes déclarations sur les droits des étrangers et émis des vœux pour obtenir des codes complets de droit international, public et privé, ainsi qu'une législation qui, sanctionnée, régirait les deux Amériques. Il a même établi les bases d'une commission chargée d'élaborer la législation tant désirée et de la soumettre à l'examen des Gouvernements. En un mot, il a poussé à la conversion en droit de ce qui n'est encore qu'une doctrine, plus ou moins respectée et invoquée.
Quant au rôle joué parle Gouvernement mexicain dans le Congrès pan-américain de 1901, son ministre des Affaires étrangères, M. Ignacio Mariscal, l'a résumé comme suit :
(( Dépourvu d'intérêts égoïstes, n'ayant d'autre but, d'autre aspiration que celle de voir triompher les efforts élevés de la Conférence pour le bien et pour l'honneur des nations américaines, le Mexique a travaillé avec ardeur, par l'entremise de sa délégation, à l'effet de mettre d'accord les membres du Congrès sur les ]>rincipales questions débattues. Cet accord a régné et a produit, sur le champ, les fruits les plus heureux. Le Mexique se déclare satisfait; il n'attendait pas de meilleure récompense de ses travaux (l). »
En résumé, le Congrès pan-américain, dont on ne dira jamais
(1) Il va de soi que les travaux du Congrès ne purent se poursuivre sans incidents. Ainsi les Péruviens y avaient apporté leurs revendications contre les Chiliens, et ces derniers, ainsi que les Argentins, des colères et des jalousies. Mais l'esprit de conciliation finit par dominer. Et, faisant allusion à ces dissentiments, M. Ignacio Mariscal, dans son discours de clôture, emprunta la formule anglaise : All's wcll that ends ifell.
Et cela atteste l'immense progrès et la force des idées nouvelles, puisqu'elles finissent par s'imposer sous ce climat ardent à des peuples rivaux ou hier encore belligérants, que l'on pouvait juger irréconciliables, alors qu'ils sont divisés, en effet, autant et plus peutêtre que les Etats européens, par des difficultés de voisinage, des souvenirs sanglants, des antagonismes ardents.
trop que l'Europe a eu le grand tort de se désintéresser, a donné des résultats considérables : il a posé et mis à l'ordre du jour des nations les questions dont les peuples réclament le plus ardemment la prompte solution; il a servi puissamment la cause de l'arbitrage, (L qui a pour but, suivant les paroles mêmes de M. Ignacio Mariscal, d'arriver à rendre moins fréquent le recours à la force, recours qui, bien qu'il soit considéré comme absurde et barbare, chez les peuples civilisés, lorsqu'il s'agit de simples individus, et qu'il ait été qualifié de jugement de Dieu au Moyen Age, est, par malheur, encore en usage pour régler les différends entre les nations ». Rien à ajouter à ce noble langage, si ce n'est qu'il devrait inspirer tous les hommes d'Etat européens, et que c'est un grand honneur pour le Mexique de leur fournir un tel modèle.
Actuellement, le Mexique entretient des relations d'amitié avec les puissances suivantes :
En Europe : Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Pays-Bas, Italie, Norvège, Portugal, Roumanie, Russie, Serbie, Suède et Suisse;
En Amérique : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa-Rica, Cuba, Dominicaine, Equateur, Etats-Unis, Guatemala, Haïti, Honduras, Nicaragua, Paraguay, Salvador, Uruguay et Venezuela ;
En Asie : Chine, Japon et Perse.
Avec le Canada, des rapports ont été entamés, mais purement commerciaux.
Les seuls Etats avec lesquels la République mexicaine ne soit pas encore entrée en rapport, sont : en Europe, la Bulgarie, le Monténégro et la Turquie; en Asie, la Corée et le Siam; en Afrique, l'Abyssinie et le Maroc.
II est évident que le Mexique n'a pas grand intérêt à nouer des relations suivies avec l'Abyssinie et le Maroc, très éloignés et semi-barbares, mais il est à souhaiter qu'il entre en communication avec les autres.
On objectera que la Bulgarie est vassale du sultan. Elle n'en était pas moins représentée au Congrès de La Haye.
Relativement au Monténégro, quoique pauvre et resserré dans ses montagnes, il n'y a aucune raison pour que son héroïque petit peuple ne reçoive pas, de la nation mexicaine, une marque d'estime comme celle qu'il a déjà reçue de nombreux Etats.
La Turquie, qui n'est plus guère européenne, n'en reste pas moins un vaste empire. Il est bon que le Mexique y soit représenté comme les autres Etats civilisés et puisse faire entendre, lui
aussi, ses protestations en faveur de la justice et de l'humanité opprimée. Là encore il est permis d'espérer que les protestations américaines, en faveur du progrès, sauront se faire entendre mieux que les représentations timides et contradictoires de l'Europe, paralysée par SCS divisions et son aveuglement.
Sont représentés au Mexique :
Les Etats-Unis par un ambassadeur; l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autrichc-Hongrie, l'Espagne, la France, l'Italie, la Belgique, le Chili, Cuba, le Japon, Guatemala et les Républiques de l'Amérique Centrale, |)ar des ministres plénipotentiaires; la Russie par un chargé d'afl'aires, tous installés à demeure dans la capitale; le Portugal, la Suéde et la Norvège, l'Argentine, le Pérou et la Chine ont des ministres plénipotentiaires accrédités à la fois au Mexique et aux Etats-Unis, mais résidant d'ordinaire à Washington. La pluj)art des Etats européens de second ordre, comme la Suisse, sont représentés par des consuls généraux et des consuls.
Le corps diplomatique mexicain à l'étranger se compose d'un ambassadeur accrédité à Washington, et de ministres plénipotentiaires accrédités à Londres, à Paris, à La Haye, — pour la Belgique et la Hollande, — à Berlin, — pour l'Allemagne et la Russie, — à Vienne, à Rome, à Madrid, — pour l'Espagne et le Portugal, — à La Havane, à Guatemala, — pour toutes les Républiques de l'Amérique Centrale, — à Buenos Aires, — pour l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay, — à Santiago, — pour le Chili, la Bolivie et le Pérou, — et enfin, à Tokio. Cette distribution sera perfectionnée. En effet, on s'explique que le chef de la légation de Madrid soit également chargé de représenter la République à Lisbonne, les rapports avec le Portugal étant peu importants et la |)éninsule formant un tout géographique; mais la présence d'un plénipotentiaire à Saint-Pétersbourg est indiquée. L'Empire russe constitue un ensemble formidable, et ses côtes orientales sont baignées, comme les mexicaines, par l'océan Pacifique.
On désire au moins un chargé d'affaires ou un ministre pour les pays Scandinaves : Suède, Norvège et Danemark. Ces trois pays, représentant une des parties les plus vigoureuses et les plus saines
chi corps européen, sont appelés par leur union à un rôle considérable et bienfaisant qu'on ne soupçonne pas.
Dans le même ordre d'idées, la création d'une légation permanente à Pékin s'impose, les rapports avec l'Empire du Milieu étant appelés à se multiplier.
A la suite du Congrès pan-américain, le Gouvernement mexicain, par réciprocité, a envoyé deux légations dans le Sud-Amérique : l'une, pour les Etats de l'Atlantique, dont certains sont en pleine prospérité, comme le Brésil et l'Argentine; l'autre, pour les Etats du Pacifique, lesquels, particulièrement le Chili et le Pérou, recherchent l'amitié du Mexique.
Une autre légation deviendra utile pour les trois Républiques émancipées par Bolivar, — le Venezuela, la Colombie et l'Equateur, — aussitôt que le canal de Panama sera ouvert; et il est inutile d'insister sur les développements que prendront les relations extérieures du Mexique, le jour prochain où les deux océans qui baignent ses côtes seront reliés parle canal, où se croiseront continuellement les flottes marchandes du monde entier.
La transformation en ambassade de la légation à Washington a été dictée par l'importance toujours croissante des relations économiques et politiques entre les deux pays. Ainsi, le représentant de la République mexicaine aux Etats-Unis marche de pair avec les ambassadeurs des grandes puissances européennes. On l'a remarcjué lors du voyage du prince Henri de Prusse dans l'Amérique du Nord.
La loi du 13 mai 1891 , qui détermine avec toute la précision possible les affaires appartenant à chaque Ministère, assigne à celui des Affaires étrangères les attributions ci-après : relations avec les nations étrangères, traités internationaux, conservation de tous les documents diplomatiques et des cartes géographiques marquant les frontières de la République, légations, consulats, naturalisations, statistique des étrangers, extraditions, légalisations des signatures, nominations et démissions des secrétaires d'Etat, Grand-Sceau de la Nation, Archives générales et cérémonial.
Le Ministère est dirigé par un secrétaire d'Etat et par un soussecrétaire d'Etat (officiai mayor), placé sous ses ordres et autorisé à signer, le cas échéant, les décisions ministérielles. Ces deux fonctionnaires communiquent, soit directement, au moyen d'ordres verbaux, soit par l'intermédiaire d'un employé spécialement chargé d'enregistrer les ordres écrits, avec les cinq sections qui expédient les affaires n'offrant pas de difficultés exceptionnelles, ainsi que les communications et les ordres de service.
Quant aux travaux du Ministère, ils sont distribués entre cinq sections : la première est chargée des affaires diplomatiques d'Amérique, d'Asie et d'Océanie; la deuxième, de celles d'Europe; la troisième, du service consulaire; la quatrième, de la chancellerie; la cinquième, des archives et de la bibliothèque. Chaque section est dirigée par un chef ayant sous ses ordres un nombre suffisant d'employés. L'avancement du personnel est basé sur l'aptitude démontrée, et, à égalité, sur l'ancienneté.
Les Archives générales et publiques de la Nation, considérées comme une section du Ministère des Affaires étrangères, renferment des documents qui remontent aux premiers temps du régime colonial, ainsi que des imprimés et des manuscrits qui, moyennant les précautions d'usage, sont librement consultés par les érudits; des
copies peuvent même être délivrées, le cas échéant. Tout auteur étranger, qui obtient la propriété littéraire d'un ouvrage, est tenu d'en remettre un exemplaire aux Archives de la Nation.
Pour l'exercice 1901-1902, les dépenses du budget des Affaires étrangères se montaient à 671 963 piastres (1 613 000 francs).
En 1900, les bureaux du Ministère ont été transférés, de l'aile sud du Palais national, dans un vaste et bel hôtel, situé au centre de Mexico, et qui a été aménagé et meublé avec goût.
Les attributions du corps diplomatique mexicain ont été réglementées par une loi du 10 juin 1896, laquelle n'a reçu qu'une modification importante, la création du titre d'ambassadeur.
Les personnels diplomatique et consulaire se sont grandement améliorés, depuis l'avènement du président Porfîrio Diaz. A jirésent, légations et consulats ne sont plus donnés à titre de récompense, comme dans beaucoup d'autres pays, à des politiciens, ni offerts, à titre de compensation, à des personnages influents qu'on veut éloigner du pays.
Au contraire, le personnel mexicain est recruté régulièrement. On dit même que bientôt il ne comptera que des fonctionnaires de la « carrière », ce qui serait tomber d'un excès dans l'autre. Le jour où la carrière ne serait pas renouvelée par l'afflux de quelques éléments nouveaux (en nombre assez raisonnable pour lui laisser un cours et un aboutissement normal), elle dégénérerait bien vite en une étroite coterie, où les succès de salon tiendraient lieu de mérite et l'ignorance décorée remplacerait l'activité. Les chefs des légations en Europe ont été choisis parmi des hommes de mérite, lettrés, capables de tenir leur rang dans les capitales et près les cours du 'Vieux Monde.
Naturellement, le poste diplomatique le plus important est celui de Washington. Depuis le président Benito Juarez, ce poste a toujours été occupé par des hommes de valeur, tels : MM. Matias Romero, Ignacio Mariscal et Manuel Aspiroz, qui ont été vus avec sympathie par le Gouvernement et les citoyens nord-américains.
Le service consulaire est régi par la loi du 12 février 1834, modifiée plusieurs fois et, en dernier lieu, le 16 septembre 1871. La
hiérarchie comprend les grades de consul général, de consul et de vice-consul.
Les attributions de tous les agents du service consulaire ont un caractère essentiellement commercial; elles ont par conséquent de nombreux points de contact avec le Ministère des Finances; c'est assez dire que les fonctions principales [des consuls mexicains à l'étranger sont d'examiner et de viser les factures consulaires et les manifestes des marchandises importées au Mexique, et que ces fonctionnaires sont aussi chargés du visa des passeports, du mouvement maritime, etc.
Le Mexique a accrédité des consuls généraux siégeant, entre autres villes, à Hambourg, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Valparaiso, Sanlo Domingo, Guayaquil, Barcelone, New York, San Francisco, Paris, Liverpool, Montréal, Gènes, Lima, Lisbonne, Stockholm, Genève et Caracas. Enfin, le corps consulaire mexicain, qui, en 187(),à l'arrivée au pouvoir du président Porfirio Diaz, avait seulement cin([uarjte-cinq consuls et vice-consuls à l'étranger, en comptait, au début de 1904, deux cent treize. A la fin de 1903, on annonçait la création d'un consulat général en Russie, et on réclamait la création de postes consulaires en Chine et au Japon. L'élément étranger est remplacé peu à peu par des fonctionnaires de nationalité mexicaine.
Les consuls étrangers ayant l'exequatur au Mexique, qui, en 1876, étaient au nombre de trente-six, montaient, au commencement de IQO'i, à deux cent seize. Ces augmentations rapides de postes consulaires mexicains, à l'étranger, et de postes consulaires étrangers, au Mexique, sont éloquentes.
La stabilité ministérielle et les choix heureux du président Porfirio Diaz ont eu d'aussi bons résultats au point de vue de la politique extérieure, qu'au point de vue de la politique intérieure. Ainsi s'expliquent en grande partie l'ordre et la méthode qui caractérisent les actes du Gouvernement mexicain, M. Ignacio Mariscal est resté à la tête du Ministère des Affaires étrangères depuis 1884. Déjà, de 1871 à 1877 et de 1880 à 1884, M. Ignacio Mariscal, comme ministre du président Juarez, avait dirigé ce Ministère. Il a eu l'insigne
honneur de renouer les relations diplomatiques entre le Mexique et presque tous les Etats du Vieux Monde. Il est difficile de commenter ici, comme il conviendrait, les actes de cet homme d'Etat, qui n'a pas cessé d'aider le président Porfirio Diaz à résoudre les difficultés accumulées sous son administration, pendant plus d'un quart de siècle.
Le traité intervenu entre le Mexique et le Guatemala, qui a délimité définitivement les frontières des deux Républiques, suffirait seul pour assurera M. Ignacio Mariscal la gratitude de ses concitoyens. Historien, littérateur, possédant admirablement l'anglais et le français, sa réputation de droiture est établie jusqu'en Europe; son rôle au Congrès pan-américain et le tact dont il a toujours fait preuve l'ont mis au premier rang parmi les hommes d'Etat du Nouveau Monde. Son nom restera intimement lié à l'histoire des relations extérieures de son pays.
Telles sont les étapes successives de l'entrée définitive du Mexique dans ce qu'on appelle le « concert des puissances » et de son inscription aux différents protocoles des chancelleries. Gardonsnous dégrossir la portée de ces progrès; car il en est d'autres plus considérables et d'un tout autre ordre que le Cabinet de Mexico est en train de réaliser.
De même (|ue nous avons vu les Gouvernements de Mexico et de Washington donner à l'Europe un exemple, depuis lors plusieurs fois suivi, en s'adressant à la juridiction de La Haye, de même nous pourrions montrer le Mexique, foyer de concentration, d'union, pour ne pas dire de fédération, entre les Républiques américaines. Et n'est-ce pas encore un sujet de réflexion et d'édification pour nous que de voir ces ébauches d'organisation pacifique et même de désarmement, considérées dans notre Vieux Monde comme des rêves et réalisées dans le Nouveau?
De tels progrès, une évolution si considérable, sont pourtant à peu près ignorés en Europe. Cette ignorance de la marche des choses et du temps est, elle-même, un symptôme bien frappant de l'anarchie européenne.
Combien grande est la différence entre l'état actuel des relations internationales du Mexique et celui d'autrefois.
Il fut un temps peu éloigné où, dans la République mexicaine, un consul étranger se croyait une puissance, un Ministre plénipotentiaire semblait omnipotent, et tous abusaient de leur situation pour s'immiscer dans les affaires intérieures du pays. Et cela s'est vu trop souvent, non seulement au Mexique mais ailleurs. Nombre de complications internationales ont pour origines d'abusives ingérences consulaires ou diplomatiques. II est vrai que la période dont il s'agit, qui s'étend de 1825 à 1868, fut si troublée que les puissances étrangères avaient pris pour règle de recon-
naître comme légal tout Gouvernement établi dans la ville de Mexico. La possession de la capitale constituait un titre suffisant, mais indispensable à l'établissement de relations diplomatiques. Et, en somme, les ])uissances ne ]>ouvaient guère agir autrement. Comment aurait-elles pu juger de la valeur des droits que s'arrogeaient les auteurs de pronunciamientos et les chefs de mouvements révolutionnaires?
En comparant le ton autoritaire et dédaigneux des diplomates étrangers, pendant cette époque douloureuse, avec l'attitude digne et correcte qu'ils observent aujourd'hui, on comprend mieux tout ce que le Mexique a gagné en considération dans les deux Mondes. C'est que, depuis plus d'une génération, la nation mexicaine vit en paix, tient ses engagements, si onéreux qu'ils soient, se livre à des travaux féconds et règle ses rapports sur des principes d'équité et au moyen de lois claires et de conventions honorables.
A présent, libre de préoccupations extérieures, sûr de l'estime et du respect de ses voisins comme des peuples éloignés, le Mexique peut, en toute quiétude, poursuivre son œuvre de progrès et préparer ses destinées futures.
D'ESTOURNELLES DE CoNSTANT.
CONCLUSION CxÉNÉRALE
K. LRVASSEUR
Membre de l'IiistUill.
Il reste à résumer, en quelques pages, l'exposé magistral que chacun des collaborateurs a fait d'une des parties de l'œuvre administrative et économique réalisée au Mexique durant ces trente dernières années, et à faire ressortir, par le rapprochement des résultats, la pensée d'ensemble qui a inspiré la conduite du Gouvernement du président Porfirio Diaz.
M. Sébastian de Mier, ministre plénipotentiaire du Mexique à Paris et ancien commissaire général de cet Etat à l'Exposition universelle de 1900, avait, ainsi que nous l'avons dit dans l'Introduction générale, conçu l'idée de faire, pour le commencement du xx" siècle, une œuvre analogue à celle qu'Alexandre de Humboldt avait produite au commencement du xix", sous le titre d'Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne , et par laquelle il a, en quelque sorte, révélé le Mexique au monde européen. M. Sébastian de Mier a formé le faisceau de sa collaboration en «'adressant à des hommes éminents dans chaque spécialité; il a eu le mérite, non seulement de s'assurer de leur concours et de celui des auxiliaires nécessaires à l'exécution (1), mais aussi de
(1) A côté des noms des rédacteurs qui ont signé les chapitres, nous nous faisons un devoir de signaler ceux de M. Marcel Chariot, secrétaire de la présidence de la Chambre des députés et secrétaire de M. Léon Bourgeois, de M. Georges Voguet, chef adjoint du Cabinet du ministre des Travaux publics, ancien secrétaire de M. Camille Krantz, et aussi de remercier M. Elisée Reclus qui a dressé les cartes insérées dans les deux volumes, particulièrement la Carte politique et physique, laquelle, en son genre, est une œuvre de grande valeur.
Nous devons un souvenir et un regret à M. Gustave Baz, premier secrétaire de la
fournir à des travaux, qui ont exigé plusieurs années, tous les documents officiels, et de prêter à tous les lumières de son expérience. Humboldt a pu composer son grand ouvrage dans le pays même et décrire ce qu'il voyait. Si les rédacteurs du Mexique au début du xx° siècle n'ont pas eu cet avantage, ils ont trouvé, en compensation, une plus grande abondance de matériaux administratifs, économiques et statistiques.
Leur œuvre sera un des monuments de l'histoire du Mexique ; la présente conclusion en est la dernière pierre.
légation mexicaine, dont nous avons mis à contribution la vaste érudition; il est mort en mars 1904, avant l'achèvement de l'ouvrage.
Nous devons surtout nos remerciements à M. Albert Hans qui. sous la direction de M. Sébastian de Mier, a fait, avec une infatigable activité, l'office de secrétaire de la rédaction, en se chargeant des rapports avec les rédacteurs et en revisant toules les épreuves. M. Albert Hans, ancien commissaire adjoint du Mexique à l'Exposition universelle de 1900 était, par sa connaissance approfondie de la langue, de la géographie, de l'histoire et des institutions du pays, tout désigné pour collaborer à cette œuvre.