DIVISION DU TRAVAIL
Ce sujet se divise naturellement en trois parties : La première comprend l'étude des phénomènes qui se produisent au moment du passage des régions inférieures dans les régions supérieures de l'atmosphère, et réciproquement.
La seconde s'applique à la connaissance des modifications qu'éprouve l'organisme dans les premiers temps du séjour sur les hauteurs.
La troisième a trait aux particularités que présente l'homme qui vit d'une manière permanente à des niveaux élevés, qu'il y soit né, ou qu'il y habite seulement depuis un temps déjà éloigné.
Cette division s'étend à ce qui est encore la santé et à ce qui concerne la maladie. Elle envisage l'homme malade et l'homme sain dans leurs migrations à des hauteurs différentes. Elle englobe, en un mot, tout ce qui est relatif aux altitudes considérées dans leurs rapports avec la vie.
A ces différents points de vue, comme la pression atmosphérique n'est pas l'élément unique, et qu'il y a un en-
semble de circonstances diverses agissant en même temps, il s'ensuit que les ascensions aérostatiques, et plus encore l'application du vide faite d'une manière permanente ou passai^èi-c, au moyen d'appareils, sur l'habitant du niveau des mers, ne peuvent rendre compte qu'incomplètement et des inlluences inhérentes aux conditions habituelles de la vie sur les altitudes, et de ce qui se produit lorsque le corps ne subit pas passivement les effets d'une élévation progressive. Je signale immédiatement ce l'ait afin de ne pas être oblige d'y revenir.
Phénomènes qui se prodiiisenl au moment du passage des régions inférieures dans les régions supérieures de l'atmosphère, et réciproquement.
Les documents que nous possédons à cet égard ne se rapportent, en ce qui concerne le Mexique, qu'aux ascensions faites, à différentes époques, sur les pics élevés de cette contrée : l'Orizaba, cinq mille deux cent quatrevingt-quinze mètres ; l'iztaczihuatl, cinq mille deux cent sept mètres; le Popocatepetl, cinq mille quatre cent vingt-' trois mètres. Encore faut-il ajouter que les relations des premiers explorateurs ne nous apprennent presque rien sur ce sujet. Telles sont celles de Diego Ordaz, 1519 ; des soldats de Cortès, 1520; de Francisco Montano etMesa, 1522 ; du relig-ieux franciscain, le père Sahagun, 1529 ; de Sonneschmidt , 1772; de Juan Antonio Alzate , 1781, etc., etc., etc. Ce n'est qu'à une époqne plus rapprochée de nous que quelques voyageurs prirent l'utile $ soin de noter les impressions qu'ils éprouvaient en franchissant les montagnes.
Le 27 avril 1827^ MM. William et Frédéric Glennie font l'ascension du Popocatepetl. A partir de la limite des
pins, c'est-à-dire à trois mille huit cent vingt-trois nriètres au-dessus du niveau de la mer, à trois mille neuf cent quatre-vingts mùtres d'après MM. de Montserrat, Dolfus et Pavie, l'air, disent ces auteurs, est si léger que c'est à peine si l'on peut respirer. L'action de monter, et la diminution de pression atmosphérique, occasionnent tant de fatigue qu'on ne peut faire quinze ou vingt pas sans être forcé de se reposer. A mesure que l'on avance, cette fatigue augmente, il s'y joint des douleurs aux genoux, et alors l'arrêt devient nécessaire tous les huit ou dix pas.
A cinq mille cent quarante-neuf mètres d'élévation, à la base du pico del Frayle, des douleurs de tête et des envies de vomir commencent à se faire sentir d'une manière violente. Quintana, domestique de l'expédition, ressent surtout ces effets, ce que l'on attribue à ce qu'il a fumé toute la journée, et l'on en conclut que fumer beaucoup à ces hauteurs est aussi pernicieux que de faire ùsage des alcools. Ce Mexicain tombe subitement dans un état presque syncopal, se plaignant d'une lassitude extrême et de maux de tête horribles. Il lui est impossible d'aller plus loin, et au retour on constate que sa céphalalgie persiste, qu'il a le pouls très-agité, de la fièvre, etc.
En s'élevant encore, les douleurs de tête, des genoux, la difficulté de respirer, les nausées deviennent insupportables, et forcent de s'arrêter à chaque instant.
En novembre 1827, M. Berbeck monte au Popocatepetl, mais on a peu de renseignements sur cette ascen-
sion, et iious n'y trouvons pas un mot de ce qui nous intéresse.
Le 24 mai 1833, MM. Frédéric Gerolt et le baron Gros constatent qu'au ranclio de Zacapepelo, situé à trois mille cinq cent vingt-cinq mètres de hauteur absolue, l'air est assez raréfié pour rendre la respiration très-fatigante * Survient une elFroyable tempête qui empêche d'aller au delà de la base du pico del Frayle, et déjà les Indiens qui accompagnaient les explorateurs étaient restés en arrière, accablés par la fatigue, et les yeux irrités par la blancheur resplendissante de la neige.
Rien de ce qui est relatif à notre sujet dans l'expédition plus heureuse qui fut entreprise par ces mêmes savants, plus M. Egerton, le 29 avril 1834.
En 1838, le 29 août, Enrique Galeotti franchit l'Orizaba avec deux naturalistes belges, et il ne dit que ceci : « On sentait bien la raréfaction de l'air en arrivant près du sommet, mais elle nous gênait peu, ce qui tenait sans doute à notre jeune âge. »
En janvier 1857, une commission scientifique est envoyée pour explorer l'Iztaczihuatl et le Popocatepetl, par les soins de M. Siliceo, alors ministre de l'intérieur.
Jusqu'à la Cruz, limite des neiges éternelles, quatre mille trois cents mètres, pas d'observations. En ce point, le 21 janvier, vers huit heures et demie du matin, on met pied à terre, et l'expédition se compose alors d'un Mexicain, D. Saturnino Ferez de Tlamanalco, qui est en tête, et de MM. Sonntag et Laveirière, qui le suivent, ré-
glaiit leur marche sur la sienne, parce que, dans cette circonstance, tout mouvement désordonné occasionne une fatigue plus grande et une perte correspondante de forces. En allant à pas égal et lent, la respiration s'exécute avec régularité et s'active d'une manière incroyable. Viennent ensuite deux élèves, l'un de l'école d'agriculture, l'autre de l'école de médecine de Mexico, MM. Salazar et Ochoa, le tout précédé de beaucoup d'un majordome, Arnold, et d'un guide, Angel, qui, comme les Indiens, sautent et franchissent les terrains les plus escarpés avec une agilité et une légèreté extraordinaires, sans en paraître autrement incommodés.
MM. Salazar et Ochoa éprouvent bientôt une suffocation telle qu'ils sont obligés de s'arrêter et de s'asseoir.
A mesure qu'on avance, D. Saturnino conserve sou pas et semble même marcher avec plus d'assurance ; mais son visage est pâle, ses lèvres bleuâtres, sa bouche contractée, et tout indique que chez lui la respiration s'exécute avec la plus grande peine.
M. Laveirière est couvert de sueur, et sa respiration est si courte, si précipitée qu'il semble sur le point de rendre ses poumons.
M. Sonntag commence à se plaindre de douleurs au cœur qui augmentent sa difficulté de respirer.
On monte encore, et un repos de une minute ou deux pris de temps en temps, donne un bénéfice réel en ce sens que plus la respiration est complète, moins on perd de force.
Celui qui est le plus à plaindre est M. Sonntag, dont le cœur est hypertrophié d'ancienne date, et qui est sujet aux palpitations. Il lui semble que plus il s'élèw, plus cet organe augmente de volume. Ses poumons oppressés ne fonctionnent que d'une manière très-incomplète, et sa circulation est tout à fait imparfaite. La couleur naturelle de son visage a fait place à des nuances plombées, et tout en lui révèle une souffrance qu'il s'eflbrce en vain de . vaincre. Ses paupières sont enflées, lourdes, et l'on voit poindre l'écume à l'extrémité de ses lèvres.
Arrivée au cratère à une heure et demie de l'aprèsmidi. Sous l'influence du repos, la peau, humide d'abord, se sèche bientôt, elle se ride, se resserre, se crispe, et devient comme pulvérulente. Il semble que le moment est venu de se réconforter, et les vivres apportés par les Indiens sont distribués. Le vin, l'aguardiente, en même temps qu'ils exciteront l'estomac, stimuleront sans doute l'organisme et aideront à résister au froid pénétrant qui se fait sentir; mais, loin d'en agir ainsi, c'est un effet contraire qu'ils produisent; leur action, à ces hauteurs, débilite au lieu de fortifier ; en passant par la gorge ils brûlent les tissus qu'ils baignent. Le majordome, arrivé le premier, et qui s'est livré à des libations répétées, ne peut recouvrer son activité habituelle ; il reste couché, il est pâle, défait ; incapable de prononcer une seule parole, il l'est bien plus encore de remplir son office.
M. Sonntag souffre beaucoup de sa douleur de poitrine, • etc'estàpeines'ila lecouragedeprendrequelquesaliments.
M. Laveirière est très-abattu ; les quelques gorgées de vin qu'il absorbe ne font qu'augmenter la soif qui le dévore ; les aliments lui répugnent, et il ne se sent pas le moindre appétit, bien que lui, comme ses compagnons, n'aient pris qu'un peu de café le matin avant le départ. Craignant de se laisser dominer par la faiblesse qui l'envahit de plus en plus, il se couvre d'un vêtement chaud et mange de la neige, qui le rafraîchit à l'intérieur.
A quatre heures et demie, apparition de MM. Salazar et Ochoa, qui sont parvenus à vaincre leurs souffrances et tous les obstacles qu'augmentait encore le vent qui soufflait depuis deux heures.
La situation de M. Sonntag s'aggrave par moments ; il éprouve des douleurs très-vives dans la tête et au cœur.
A la nuit, on se réunit dans la grotte du Mort, Cueva del Muerto, ainsi nommée parce qu'un Indien y mourut subitement ; on se serre l'un contre l'autre pour se réchauffer ; chacun semble bientôt plongé dans un engourdissement profond ; le silence n'est interrompu que par des soupirs plaintifs. (Cependant, au dehors, les Indiens ont conservé leur vivacité ; on entend leurs refrains monotones qu'ils ne cessent qu'aune heure très^avancée pour dormir à la belle étoile sur un Ut de roches.
Cette nuit, dit M. Laveirière, fut la plus cruelle de ma vie. Une soif ardente m'empêchait de dormir ; j'avais la tête brûlante et les membres glacés. De plus, un malaise général augmenté par les émanations sulfureuses, m'agaçait les nerfs à tel point que j'étais à chaque instant obligé
de changer de position. Mon pouls marquait cent vingt pulsations à la minute. Dès l'aurore, jc m'empressai de quitter notre refuge, j'allai sur le bord oriental du cratère, me gorger de glace pour calmer ma soif, et bientôt j'y fus rejoint par mes compagnons, dont le sommeil agité n'avait pu réparer leurs forces, et qui étaient tous abattus.
En juin 1857, le capitaine en second des ingénieurs, D. Lorenzo Ferez Castro, monte aussi au sommet du Popocatepetl, et descend dans le cratère. Il a avec lui plusieurs compagnons, et, à partir du rancho de la Nieve, chacun constate que la vigueur s'éteint, que la lassitude se produit. La respiration manque à chaque pas ; on enfonce de quatre décimètres au moins dans la neige, et ceci augmente encore la fatigue. La parole met hors d'haleine, et l'on est forcé de cheminer en silence ; la différence des forces fait que l'on s'avance à des distances inégales. A l'arrivée au cratère, des maux de tête et des nausées se font sentir.
Enfin, en avril 1865, MM. A. Dolfus, E. de Montserrat et P. Pavie entreprennent de nouveau l'ascension du même volcan, et voici comment ces voyageurs rendent compte de leurs impressions :
« A cent mètres environ des neiges éternelles, on commence à éprouver une grande difficulté à respirer; les poumons sont oppressés, et chaque pas, chaque mouvement du corps vous rend presque haletant ; on est forcé des s'arrêter tous les vingt pas pour reprendre haleine, et
il est certaines constitutions qui ne peuvent supporter le malaise, assez faible du reste, que l'on ressent.
« La réverbération du soleil sur la neige est intense, et il est prudent de se munir de verres colorés et de voiles pour ne pas ajouter à la fatigue et à l'essoufflement les vertiges que vous donnerait sans aucun doute cet immense linceul de neige qui vous entoure.
« Nous avons pu observer, d'ailleurs, qu'on a beaucoup exagéré les souffrances physiques inhérentes à une pareille ascension ; il n'a pas été question pour nous d'hémorrhagie d'aucune sorte, et les vêtements que nous portions, appropriés au climat et par conséquent assez lourds, ne nous ont point paru un fardeau trop pesant; nous avons pu transporter quelques instruments, légers, il est vrai, sans en être autrement incommodés.
« Les Indiens, habitués à cette ascension , peuvent porter un arrobe, onze kilogr., et ils montent très-rapidement,
H A peine étions-nous arrivés au sommet du volcan, que la difficulté de respiration qui nous accablait cessa de se faire sentir, et nos poumons n'étaient plus oppressés dès que nous demeurions au repos. Cependant nous avons pu tous observer une certaine exaltation, qui augmenta, chez quelques-uns d'entre nous, au point de leur donner un violent mal de tête; cette exaltation peut se comparer presque à un léger état d'ivresse : le sang circule avec rapidité, et on peut compter près de cent pulsations par minute. Nous croyons qu'il serait très-irapru-
dent, à ce momcnt-k\, de faire usage des boissons alcooliques, qui semblent devoir vous réconforter dans un milieu dont la température est si basse, et qui ne feraient qu'augmenter outre mesure cet état d'excitation. » Archives de la Commission scientifique du Mexique^ tome II, 2" livraison.
On voit que dans tous ces récits, chacun s'est efforcé de nous rapporter l'histoire discordante de ses sensations bien plutôt que des observations exactes. C'est l'analogue de ce qu'ont fait l'Anglais Moorcroft, le capitaine Web, le lieutenant Gérard, dans l'Himalaya; MM. Bonpland, Boussingault , le colonel Hall, etc., au Cliimborazo; MM. Bary, de Tilly, Atkins, Martins, Bravais, etc., au Mont-Blanc ; Breschet, Becquerel, au Saint-Bernard, etc. Cependant il résulte en dernière analyse de l'ensemble de ces données, que sur les montagnes du Mexique comme dans les Andes, l'Himalaya, les Alpes, il est un certain nombre de phénomènes dont l'explication est "toute naturelle, et qui se produisent d'une manière constante lors de l'ascension à des hauteurs considérables.
Ainsi : la respiration est difficile , elle s'accompagne d'oppression, il faut s'arrêter souvent pour reprendre haleine....
Ceci est la conséquence de toute série d'efforts, et la
preuve en est que quand on monte lentement, d'un pas
égal, oubien surtout lorsque l'on s'arrête quelque temps, la
fonction respiratoire, tout en restant plus active, n'en est
pas moins régulière, exempte de suffocation, d'anhélation,
ainsi que l'ont constaté tous les explorateurs dont nous venons de parler. Par suite de la diminution de pression, de la raréfacûon de l'air, le besoin se fait sentir de respirer fréquemment ou profondément, mais la gêne ne se produit que lorsqu'on franchit avec une certaine rapidité des endroits difficiles, escarpés.
Il en est de même de la circulation... A partir d'un certain niveau le nombre des pulsations s'accroît toujours, mais ici aussi, tandis qu'au repos relatif ou absolu les battements du cœur sont à peine perceptibles, à une allure un peu rapide dans des endroits où les obstacles se multiplient, ils deviennent violents, tumultueux, et peuvent aller jusqu'à donner lieu à de la douleur , à de l'anxiété précordiale.
Sur-activité de la respiration, sur- activité de la circulation, voilà déjà un double élément de faiblesse, de fatigue, d'abattement ; si l'on y joint la contraction permanente des muscles en général, nécessaire pour le maintien de l'équilibre sur un sol inégal, sur la neige, sur le bord des ravins, des précipices, etc., et surtout celle des muscles des jambes qui se lie à toute action de monter, on comprendra comment une lassitude plus ou moins grande ne peut ne pas se produire dans de pareilles conditions : les genoux sont brisés, les membres sont endoloris, etc., etc.
Ce n'est pas tout Le sang circule avec rapidité, et il
en résulte d'abord une sorte d'excitation notée déjà par de Saussure au Mont-Blanc ; mais, que la dépression baro-
métrique continue, et les fluides faisant effort contre les parois des vaisseaux, il y a tendance à la congestion cérébrale et même à l'apoplexie, comme l'a éprouvé Moorcroft au col du Gliôt. On souffre de la tête, le corps est pesant, on a des envies de dormir, et si l'on s'arrête pour prévenir les effets de l'hypérémie du cerveau, le sang peut refluer au cœur et menacer de syncope.
Comme conséquence de l'hypérémie cérébrale, viennent ensuite les nausées, les vomissements, le malaise d'estomac augmenté peut-être un peu par la distension gazeuse de cet organe et des intestins , accrue sous la pression décroissante de l'atmosphère.
Enfin, en raison de la sécheresse de l'air jointe à la diminution de pression atmosphérique, les perspirations pulmonaires et cutanées sont très-actives ; il en résulte que les sécrétions internes se réduisent, que la bouche se sèche, que l'appétit baisse, et que la soif, exaspérée par les incessantes déperditions de la peau, exige l'ingestion de boissons aqueuses qu'une absorption rapide fait passer dans le sang, et qui se dissipent presque immédiatement par la surface cutanée. D'autre part, comme par suite de ces mêmes conditions atmosphériques, l'évaporation est très-rapide, ainsi que nous venons de le dire, et que la sueur, à peine produite, disparaît bien vite malgré la marche, à plus forte raison au repos, il s'ensuit que par l'effet de la soustraction de calorique qui est inhérente à cette évaporation, la sensation du froid qui augmente avec l'ascension, devient plus intense' encore. Telle est l'expli-
cation ilc tous les phénomènes notés dans les descriptions précédentes.
L'injection de la face et des conjonctives, les vertiges éprouvés par MM. Bonpland et de Humboldt au Chimborazo, proviennent de la réverbération du soleil par les neiges, et pour prévenir ces accidents, il suffit de faire usage de verre colorés, de voiles verts, etc.
J'aurai tout dit si s'ajoute : 1° que sur les hauteurs, l'alcool est pernicieux , pour ce motif surtout, qu'il détourne à son profit l'action comburante de l'oxygène apporté par la respiration, et dont la quantité est déjà si amoindrie qu'il est nécessaire d'y suppléer par une suractivité de la fonction ; 2" que la réplétion de l'estomac par les aliments, y est nuisible en ce sens qu'elle comprime la cavité thoracique et gêne le jeu des poumons qui ont besoin, en ces lieux, de conserver toute leur liberté.
Tous ces phénomènes sont évidemment plus ou moins prononcés, et se déclarent à une élévation plus ou moins considérable, suivant les conditions physiques de chacun, les dispositions individuelles et les circonstances de l'ascension. Tel n'éprouve qu'un malaise léger, tandis que tel autre est bientôt arrêté par des souffrances insupportables, ainsi que nous l'avons vu. Il faut, pour franchir les grandes élévations, une certaine vigueur corporelle, et surtout l'intégrité des organes respiratoire et circulatoire. Nous savons les accidents éprouvés par M. Sonntag, qui était atteint d'une ancienne hypertrophie du cœur. Puis, l'habitude vient se mettre de la partie ; les hommes qui
ont le plus exercô leurs muscles sont aussi les derniers à ressentir la fatigue locale des montagnes. Les Indiens qui se livrent sur le Popocatepetl au transport du soufre, font plusieurs fois par jour le trajet du rancho de Tlamacas, trois raille huit cent quatre-vingt-dix-sept mètres de hauteur, où sont situés les fourneaux d'exploitation, au sommet du volcan, c'est-à-dire mille cinq cent vingt-six mètres, et ils ne paraissent pas en être autrement incommodés. Il en est de même de ceux qui conduisent à Mexico la neige, la glace qu'ils vont chercher sur les hauteurs de riztaczihualt et à la base du pico del Frayle.
Mais, jusqu'ici, il n'a guère été question que de ce que l'on a nommé mal des montagnes, qui ne se fait sentir qu'à la limite des neiges perpétuelles, quelle qu'en soit la hauteur absolue, et où l'on parvient d'habitude, dans les voyages d'exploration, à cheval ou à mulet. Examinons ce qui se passe au-dessous de cette ligne, lorsque l'on s'élève progressivement d'un niveau inférieur à un niveau supérieur, et réciproquement.
En quittant Vera-Cruz pour se rendre sur les hauts plateaux, on traverse d'abord un pays dont le sol est sablonneux, aride, brûlé, et où l'on ne rencontre çà et là que quelques arbres des tropiques, chétifs, rabougris, parmi lesquels se perdent de distance en distance de pauvres hameaux, de misérables cases en roseaux qui soutiennent une toiture aux feuilles de palmier. C'est une partie de la terre chaude proprement dite, dont le niveau est à peu près le même que celui de l'Océan, car, sur un trajet de
quatre-vingts kilomètres environ, de Vera-Cruz à la base du Chiquihuite, il n'y a guère qu'une dilFérence de trois à quatre cents mètres, et ces légères élévations ne doivent pas nous occuper.
Laissons cette contrée dont il a déjà été question, oiî la race se flétrit, dégénère, s'éteint, et oii, au milieu des sables sans vie, des marais sans fin, semble sans cesse régner un souffle de mort.
Franchissons le Chiquihuite aux calcaires jaunâtres, et, en passant par Gordova, neuf cent trois mètres de hauteur, arrivons à Orizaba, qui est situé à mille deux cent cinquante mètres environ au-dessus du niveau de la mer.
Voici le souvenir que nous a laissé cette ascension, et ce que nous en extrayons de nos notes :
« Le spectacle qui se déroule à nos regards a sur notre esprit une influence des plus heureuses ; nous oublions bien vite l'horrible paysage, les mamelons secs et dénudés de la zone où la Tejeria, la Soledad, Camaron, Paso- * Ancho, Paso del Macho, viennent tour à tour attrister la vue par leur aspect sombre et désert. Nous atteignons, sans presque nous en douter, une hauteur de plus de mille mètres, par des chemins en pente douce, creusés dans la montagne calcaire, et bordés de tous côtés de bananiers, de caféiers, d'orangers, et enfin de mille plantes qui étalent au soleil leurs fleurs diverses, aussi originales par leur forme que brillantes par leur éclat. C'est plaisir à voir les oiseaux au riche plumage, les papillons aux couleurs les plus tendres et les plus éblouis-
santés, voltiger tour h. tour des capricieuses orchidées qui s'alimentent au suc d'une séve étrangère, sur les sapotécs, les myrtacées, les anonacées, etc., qui confondent leur feuillage toujours vert. C'est merveille d'entendre ces oiseaux moqueurs, le cenzontle, le cuitlacoche, dont le premier, le roi des chanteurs d'Amérique, imite tour à tour le sifflement du merle, le miaulement du chat sauvage, le cri de l'aigle et du faucon, le hurlement du coyote, le gémissement de la chouette et du hibou, tandis que le second, perché sur une liane au-dessus des cascades, semble, en sifflant, s'enivrer du murmure des eaux. C'est charmant enfin, de voir ces admirables légions de perroquets qui se perdent, en chantant, au milieu des lataniers dont les palmes gigantesques et luisantes s'inclinent jusqu'à terre; à travers les cocotiers qui balancent, sur leurs troncs élevés, leurs larges éventails, et livrent au souffle de la brise leurs colliers de fruits verts; parmi les arbres à soie qui laissent échapper les flocons blancs de leurs gousses entr'ouvertes.
(( On s'avance d'un pas réglé, et, à la dépression des jours passés succède bientôt une sorte d'excitation produite par la marche comme par l'action d'un air plus vif, moins chaud, moins embrasé ; le pouls qui s'est relevé est devenu plus fréquent ; la respiration est plus ample, plus accélérée ; on se sent la poitrine à l'aise et comme débarrassée d'un poids incommode. La peau, pâle, décolorée, et comme macérée par la transpiration, se couvre encore de sueur, mais une teinte rosée se répand à sa sur-
face eL de lé^^crs picotcmcnls s'y font sentir par place. Les muscles agissent avec énergie, la pensée est libre, la digestion puissante. »
A Orizaba, on est dans la région des nuages, il y pleut presque constamment et l'hygromètre y marque souvent quatre-vingt-dix à quatre-vingt-quinze degrés, quand il n'atteint pas son maximum de saturation. D'un autre côté, la température, qui arrive jusqu'à vingt-deux degrés Réaumur aux mois d'avril et de mai, y est de dix-huit degrés en moyenne pendant toute l'année : de sorte qu'on est soumis dans cette ville, ainsi que dans toute la zone oiî elle se trouve, sauf des différences d'exposition, à l'action à peu près continuelle d'un air chaud et humide.
Nous examinerons plus loin les conséquences qui en résultent pour l'organisme dans ses divers états; mais, dès à présent, je puis dire que l'atmosphère cesse de présenter à cette élévation, qui est portée à mille deux cent soixante-dix-neuf mètres par MM. Dolfus, de Montserrat et Pavie, les qualités que l'on rencontre à la limite intermédiaire que nous venons de traverser.
D' Orizaba, à la base des cumbrès d'Acultzingo, le niveau change de quatre cent quatre-vingt-onze mètres. En effet, d'après MM. Dolfus, de Montserrat et Pavie, Orizaba étant à mille deux cent soixante-dix-neuf mètres au-dessus du niveau de la mer, Tecamalucan se trouve à mille quatre cent deux, et Acultzingo à mille sept cent soixantedix, un peu plus haut que ïehuacan. Nous ne remarquons rien de particulier en traversant rapidement cette
vallée de Ircute-deux kilomètres de luny, resserrée entre des montagnes calcaires, et parcourues par de nombreux ruisseaux qui arrosent de luxuriantes végétations. On y marche sur les tnfs diluviens, et Ton y rencontre l'orge le maïs, les haricots, les pois, les fèves, les radis, les choux, le cresson, le pourpier, les piments, et une foule de végétaux, comme l'aristoloche fétide que l'on emploie en décoction pour laver les ulcères, ou en alcoolé et en infusion contre les fièvres intermittentes ; comme le ricin qui a une hauteur de deux à trois mètres, et qui étale le long des routes ses larges feuilles à huit ou neuf divisions palmées; comme le datura arborescens qui exhale le soir de ses blanches corolles une odeur des plus suaves, et que l'on trouve dans les jardins au milieu des roses, de la délicate mentzelia, de la solvita fulgens dont les fleurs cramoisies ont tant d'éclat; comme Yanim sanguinwn dont le suc brûle et corrode la peau; comme le tabac, la patate douce, la tomate, la capillaire du Mexique, le lycopodium selacjo^ le bromelia pingiiis, le chajote, de la famille des cucurbitacées, décrit par Schwartz, botaniste allemand, sous le nom de sechium edule, etc. , etc.
De la base des cumbrès jusqu'aux hauts plateaux, il y a sept cent trente-deux mètres. C'est une série de lacets dont l'inclinaison est plus ou moins prononcée, coupés par moitié à peu près, à Puente Colorado dont la hauteur est de deux mille deux cent seize mètres, et formés de calcaires grisâtres, gris-jaunâtres, bleuâtres, brunâtres, degrés, de schistes argileux, de grauAvackes (Dolfus, de
Montserrat et Pavie). Ici, en franchissant l'espace de seize kilomètres qui sépare Acultzingo de la Canada, les effets de la raréfaction de l'air sont plus prononcés que lors de la première ascension : la respiration s'accélère davantage, mais chacun monte encore sans être forcé de s'arrêter. Nous avons vu les zouaves et les chasseurs à pied grimper des pics élevés, en dehors des routes tracées, à peu près comme s'ils avaient été en rase campagne, sur les bords de l'Océan. C'était lors du combat des Cumbrès, quand l'armée de Saragoza nous barrait le passage, et garnissait au loin les mamelons qui furent escaladés en un instant. Cependant, en mettant de côté ces conditions où il faut toujours tenir compte de l'enivrement du combat, on s'aperçoit que l'haleine est plus courte; le pouls, en même temps, est plus fréquent, et surviennent de légères palpitations qui sont très-incommodes. D'un autre côté, l'air est devenu plus sec, on's'élève progressivement audessus de la ligne des nuages, et c'est à peine si la peau s'humecte encore malgré la marche ; la soif est plus vive, la chaleur n'est plus accablante, mais déjà la fatigue se fait plus fortement sentir : il y a un sentiment de courbature général, et les jambes sont rompues.
Après avoir franchi les trente-huit lacets que décrit la route des premières cumbrès à Puente Colorado, de l'aguardiente absorbé par des soldats les laisse pendant douze heures dans un état d'ivresse impossible à décrire, et dont je ne les tire qu'avec la plus grande peine. C'étaient des masses inertes, à la figure congestionnée, aux
yeux hagards, aux lèvres bleuâtres, et qui ne faisaient plus entendre que quelques sourds grognements. Leurs forces motrices et sensitives paraissaient complètement anéanties. D'autre part, un capitaine du 93" de ligne, nouvellement arrivé de France, M. de P., est frappé subitement d'hémiplégie de tout le côté droit, sans perte de connaissance; il ne peut plus coordonner ni les lettres, ni les mots, et je suis obligé de le renvoyer bientôt en France. Ailleurs il y a delà douleur de tête, les carotides battent, les oreilles tintent, des bâillements se produisent, et ces phénomènes sont d'autant plus prononcés que l'on approche davantage des hauts plateaux oii un sous-lieutenant du i "bataiUon de chasseurs àpied, M. L. de la P., est encore atteint subitement de paralysie, avec perte de connaissance cette fois, en même temps qu'un chasseur du même bataillon. Je ne parle pas pour le moment des congestions diverses, des saignements du nez, des gencives, des bronches, des hématuries, etc. , qui s'offrirent ensuite à notre observation : il en sera question dans le chapitre suivant.
De la canada d'istapa à Puebla, nous faisons, comme nous l'avons vu, des pauses prolongées à Palmar, Quechoulac, Acazingo, San Bartholo, Amozoc. Pendant ce temps, l'organisme de tous s'adapte progressivement au milieu nouveau dans lequel il se trouve, et c'est à peine si, après le siège de Puebla, il est permis de constater une légère exagération dans le fonctionnement habituel des appareils à cette hauteur, lorsque le corps expéditionnaire
en marche sur Mexico, franchit le Rio-Frio. Jamais je n'avais vu, en France, en Afrique, en Crimée, si peu de soldats s'arrêter en route et ne pas suivre leur régiment. {Gazette hebdomadaire du 11 décembre 1863.)
Arrivé au Rio-Frio, le temps et mes occupations me le permettant, le désir me prend de pousser plus loin mon ascension, afin de me rendre compte des effets que j'en éprouverais, et je me dirige vers les neiges éternelles sans aller plus loin cependant que la végétation arborescente dont la limite est à trois mille neuf cent quatre-vingts mètres au-dessus du niveau de la mer.
Voici ce que j'écrivais à cet égard dans la Gazette lieb-r domadaire du 22 avril 1864 :
« A ce point auquel je suis arrivé dans une ascension que je fis avec M. le docteur Laval, le 5 juin 1863, lors de mon passage au Rio-Frio, les arbres, élancés à des hauteurs prodigieuses, croisent leurs cimes et forment un berceau comme une galerie sans fin. Par intervalles, à droite ou à gauche, le voile de ces arbres semble se déchirer pour laisser voir, dans des éclaircies lumineuses, des tapis de verdure oii les laurinées se mêlent aux magnoliacées, aux grossulariées, etc., etc.. Ici ce sont des pins, des sapins renversés par les ^ents ou tombés de vétusté ; là, de grands chênes ont été frappés par la foudre; ailleurs on aperçoit des pans énormes de rochers porphyriques suspendus aux flancs des montagnes ou se précipitant dans des ravins profonds; partout la nature bouleversée offre un spectacle étrange par les contrastes qu'il pré-
sente, et c'est à peine si, à cette hauteur déjà, on aperçoit encore quelques cases dont les habitants arrivent cependant ù un âge assez avancé.
« Nous marchions toujours, franchissant pic sur pic, et, malgré la rapidité de notre course sur un terrain sans cesse glissant, aucune sueur n'inondait notre corps, nous éprouvions au contraire un véritable sentiment de fraîcheur. Notre bouche et notre gorge étaient sèches; nous avions les jarrets brisés; notre respiration était haletante, précipitée, profonde, souvent entrecoupée ; notre pouls, petit, donnait cent vingt-huit pulsations à la minute. Tous ces phénomènes se calmaient, se régularisaient au repos, et nous n'éprouvâmes point de céphalalgie, de dispositions nauséeuses, etc.. , etc. ; nous étions en proie à une véritable excitation, mais rien de plus.
«A notre retour au camp, à minuit, nous avions voyagé pendant treize heures, sans interruption pour ainsi dire, et sans avoir ni bu ni mangé. Nous étions, on le comprend, tellement fatigués que c'est à peine si nous pûmes prendre alors quelques aliments, ce qui ne nous empêcha pas de nous remettre en route à quatre heures du matin pour Mexico. »
Plus tard, nous entreprîmes une nouvelle expédition dans la sierra du Nuevo-Leon, et en voici la relation telle que je la fis alors, et telle qu'elle est insérée dans les Mémoires de niédecine militaire ûe \d. fin de l'année 1866 :
«Nous rentrons d'une longue et pénible expédition faite, sous le commandement du général Douay, dans la
sierra du Nuevo-Leon. Nous nous sommes avancés àtravers les montagnes et les rochers, jusqu'à Galeana, véritable nid d'aigle perché à deux mille quatre cents mètres au moins au-dessus du niveau de la mer, dans un enfoncement de terrain qui ne permet guère d'apercevoir cette cité que quand on est dessus, et où l'on arrive par une pente considérable depuis le canon del Guachichil. C'était plaisir h voir comment nous gravissions les sommets les plus escarpés, traînant nos chevaux par la bride. Notre teint était animé, notre circulation rapide, et, quand on avait franchi un mamelon, il fallait se reposer un peu pour reprendre haleine, pour laisser se calmer l'essoufflement, et pour permettre aux mouvements précipités et fatigants du thorax de s'apaiser, de se régulariser. Pas un soldat, fantassin ou cavalier, ne resta en route.
« Ouverte, comme toutes les villes mexicaines, Galeana est semée de jardins et de champs d'orge, d'avoine, etc., arrosés par des cours d'eau qui descendent des hauteurs voisines, et qu'on utilise pour les irrigations. C'est en somme une triste bourgade de trois à quatre mille âmes, aux maisons délabrées, n'offrant aucune ressource. Le seul monument qui l'enrichisse est une pauvre église d'architecture gothique. On y trouve des sources d'eau douce et d'eau sulfureuse qui coulent à côté l'une de l'autre et qui semblent sortir des mêmes profondeurs. Aux environs on rencontre de l'albâtre gypseux du plus bel aspect, et qui sert à former des clôtures. La température y est froide l'hiver, pendant lequel il tombe souvent de la
neige ; les pluies y sont assez abondantes. Les pins, les sapins des forêts voisines sont employés aux constructions. Nulle industrie, nul commerce du reste dans ce coin de terre qui est on ne peut mieux approprié pour servir de refuge aux bandits. Patrie d'Escobedo, de Martinez, etc., Galeana, oiî les Français arrivaient pour la première fois, était devenue déserte à notre approche ; la population, chargée de ses effets les plus précieux, avait gagné les montagnes d'alentour pour ne pas assister à une occupation passagère, et par sympathie pour ceux que nous poursuivions. Les habitations étaient abandonnées, et force me fut de faire enfoncer les portes de l'une d'elles par les sapeurs du génie pour y abriter mes malades, après avoir parlementé en vain avec le curé, qui était resté presque seul gardien de la localité, et qui ne voulut pas m'ouvrir un gîte convenable. Les magasins étaient presque à sec, et les tiendas vides, même de ces eaux-de-vie du pays, aguardiente, mescal, que l'on trouve d'ordinaire dans les plus modestes villages. En revanche il y avait des troupeaux de porcs énormes, des volailles en grand nombre, dont nos soldats firent un massacre général, tandis qu'on allait dans les ranchos voisins à la recherche des bestiaux, des chevaux, à la taille petite, au sabot résistant, qui furent vendus sur la place publique, en même temps que les mules et les mulets de prise.
«Avant d'entrer dans Galeana, nous avions fait un temps d'arrêt sur la rive nord d'une vaste pièce d'eau qui l'avoisine à l'ouest ; le gouverneur militaire qui venait de quit-
ter la ville, à midi, et qui se trouvait sur la rive opposée avec deux de ses mozos (domestiques), tira sur nous un coup de fusil : ce fut le seul que nous entendîmes de l'expédition. Arrivés dans la place, nous y faisons séjour, et'le général qui nous commande, le général Douay, qu'on ne peut connaître sans l'aimer, fractionne sa division en trois colonnes : l'une reste à Galeana, l'autre se dirige sur Pablito, et nous-mêmes prenons la route de San Pedro Iturbide, autre nid de brigands, oii l'on pénètre après avoir traversé d'abord de vastes et belles cultures, qui cessent dès qu'on ne rencontre plus d'eau. En cet endroit commencent des terrains arides, couverts de broussailles, d'yuccas qui fatiguent par leur éternelle uniformité, et nous descendons dans des gorges profondes, foulant souvent aux pieds des tas de pierres écroulées, surmontées sur plusieurs points d'une croix en bois plantée à la hâte, et indiquant le théâtre de quelque meurtre.
« San Pedro Iturbide ne se compose que d'une cinquantaine d'habitations dont quelques-unes offrent assez de confortable, entre autres celle de la Peïïa, dont la fille, fiancée, disait-on, deMartinez, était cachée entre deux matelas lorsque l'on pénétra chez elle. Une église inachevée s'élève solitairement sur la place de ce petit et pauvre endroit, qui servait cependant d'entrepôt aux bandes des Chinacos. l^es cases regorgeaient de maïs, de sel, de frijoles, de cuirs, etc. ; et par la menace on parvint à connaître le lieu où, à l'annonce de notre venue, on avait transporté tout récemment les munitions de guerre. C'é-
tait à douze oti quinze kilomètres cle lu, clans la montagne, d'où l'on rapporta un grand nombre de caisses de poudre de fabrication américaine.
San Pedro Iturbide est à quelques centaines de mètres plus bas que Galeana; il est traversé par un arroyo (ruisseau) qui porte son nom, et dont Teau, assez bonne, fournit aux besoins des habitants, qui, ici comme à Galeana, étaient presque tous partis à notre approche. Le cadre qui entoure ce pueblo est formé de rochers aux reflets fauves et rosés, et par des montagnes d'une hauteur prodigieuse oii çà et là on aperçoit au milieu d'un maigre gazon quelques arbres chétifs et rabougris.
Presque au sortir de San Pedro l'aspect change : on s'engage dans des ravins immenses, bordés de chaque côté par des pics élevés qui revêtent miUe formes à mesure que les rayons du soleil glissent sur leur tête, et par des colhnes recouvertes d'une luxuriante végétation qui nous rappelle celle du Chiquihuite. Ce sont déjà les géants de la forêt que nous admirions naguère, et dont les rameaux s'entrelacent avec les lianes et les lichens pour produire de délicieux ombrages. Tout embaume dans ces défilés, dans ces déchirements souterrains oii notre colonne, nécessairement légère, puisqu'elle était appelée à des marches rapides à travers des pays impossibles, était souvent obligée de se frayer un chemin à coups de pioche.
Nous arrivons au ranclio de las Anaguas. Ici, ù l'air
sec des altitudes, a succédé une température chaude et
humide ; nous sommes dans les nuages comme nous
étions, il y a quatre ans déjà, à Orizaba ; notre corps se couvre de sueur, notre bouche s'imprègne d'une humidité à laquelle elle n'était plus habituée ; les mouvements de la respiration comme de la circulation se ralentissent, et je constate sur trente hommes que le nombre d'inspirations à la minute n'est que de dix-huit, celui des pulsations s'élevant à soixante-treize, tandis que dans des expérience? que je faisais en traversant le canon del Guachichil, avant d'arriver à Galeana, au sommet du col qui y conduit, je trouvais vingt-deux inspirations et quatrevingt-trois pulsations dans le même temps et sur les mêmes sujets.
Le lendemain, le général Douay ayant donné rendezvous au général Jeanningros, qui venait d'arriver à Linarès, nous allons à mi-chemin, et nous rencontrons la colonne qui était partie de Monterey, à Cianegas, autre rancho oîi nous déjeunons. Le sol, dans ces parages, est tellement fertile, que nous avons compté jusqu'à huit cents grains sur un seul épi de maïs. Partout le pays est couvert d'un vaste manteau de verdure; mais, malgré le charme que nous éprouvons au milieu de cette nature en fête, l'atmosphère nous pèse, l'air nous semble lourd, et c'est presque avec joie que nous regagnons Galeana pour redescendre à Potosi, riche hacienda des hauts plateaux, à cheval sur plusieurs routes, et d'oîi les bandes d'Escobedo , de Martinez , composées , pour la plus grande partie, de gens sans aveu, d'esprits inquiets, remuants, passionnés, etc., dirigeaient leurs opérations
sur le trajet qui conduit de San Luis de Potosi à Saltillo.
Potosi a des sources abondantes qui s'échappent d'un monticule sur lequel on a élevé une chapelle. Elles servent à arroser une vaste étendue de terrain qui présente de splendides cultures. Avec l'eau sur les hauts plateaux, le désert se transforme en oasis-oîi, à côté de la vigne, des chênes, des peupliers, etc. , on trouve de magnifiques lauriers-roses, de superbes orangers qui fournissent des fruits excellents, ainsi qu'on le remarque à l'hacienda de Pathos sur la route de Parras, et à Parras même, dont les places sont de délicieux tapis de verdure et de fleurs, oii des bassins, des fontaines entretiennent sans cesse une douché fraîcheur. Puis, avec la sécheresse, à ces horizons si beaux en succèdent rapidement d'autres d'une affreuse monotonie; rien ne vient plus réjouir ni la vue ni l'esprit, si ce n'est le tableau des montagnes qui revêtent les aspects les plus bizarres, et qui, par la direction tantôt horizontale, tantôt verticale des couches qui les forment, indiquent à quels terribles bouleversements le sol partout a dû être en proie. Les espaces qu'elles circonscrivent dans leurs divisions infinies sont d'une uniformité désespérante, et c'est un triste spectacle que de voir les troupeaux étiques qui les parcourent, et qui, s'acharnant après les quelques maigres broussailles épineuses qu'on y rencontre, n'en tirent cependant qu'une pauvre pâture. En plusieurs endroits, leur terrain, miné par des rongeurs que l'on appelle ici chiens de prairie, offre sur de vastes
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étendues une couleui* blanchâtre, et la lumière, dans ses caprices, y produit les elTcts de mirage les plus surprenants, comme nous en avons été témoins à las Animas, près de Salado, et surtout en arrivant au rancho d'Edionda, où l'illusion fut tellement grande, que le lendemain les soldats étaient persuadés qu'ils avaient à traverser un immense lac.
C'est au milieu de ces espaces plats, resserrés entre les chaînes dénudées de la Cordillère des Andes, et qui s'allongent indéfiniment, que de Potosi à Saltillo on rencontre quelques pauvres ranchos, comme ceux de Guadalupe, de Navidad, d'Edionda, oih les cases, bâties en adobes, fourmillent de rats, de souris, de toute espèce d'insectes, et oiî languit dans une malpropreté insigne une rare population que dévore le typhus, et qui porte au moral comme au physique le cachet de la plus profonde misère. Ces ranchos sont alimentés par des norias qui servent à abreuver les bestiaux et qui fournissent à quelques irrigations. Nous avons donc trouvé de l'eau, souvent mauvaise, il est vrai, sur tout notre parcours, et ce n'est que pour les grandes haltes qu'on fut obligé d'en transporter à dos de mulets. D un autre côté, l'administration a su pourvoir à tous lesbesoins, et presque toujours les soldats ont mangé du pain. Les animaux ont été un peu moins heureux ; plusieurs fois on fut obligé de leur distribuer du maïs en guise de paille, et cette nourriture, qui les échauffait, a déterminé chez beaucoup des coliques, des entérites; un de mes chevaux a succombé à cette dernière affection.
Le climat et la fatigue aidant , d'autres ont eu des fourbures, des coups de sang, etc., etc.
Le 22 mai nous rentrions à Sallillo, après avoir traversé le rancho d' Agua-Nueva , aboutissant des routes de Galeana, de San Luis de Potosi, de Parras, et tour à tour ravagé par d'innombrables passagers ; le défilé de la Angostura, creusé par des barrancas profondes, et célèbre dans les annales de la guerre américaine ; Buena-Yista, où l'on aime à se reposer de l'aspect sablonneux du chemin en contemplant les champs cultivés qui entourent de toute part les bâtiments de l'hacienda qui porte ce nom.
Ainsi se terminait notre expédition, et si nous avions rencontré sur notre route ces rongeurs dont il a été question plus haut que les anciens Mexicains nommaient itzcuintli, et qui transforment en villages souterrains les endroits où ils creusent leurs terriers ; des lapins , des lièvres au poil clair qui se levaient sous les pieds de nos chevaux, et que les indigènes ne mangent pas parce qu'ils prétendent que ces herbivores ne se nourrissent que de la viande des animaux morts ; des armadilles , des chevreuils, des serpents, entre autres de magnifiques serpents à sonnettes, etc., etc., en revanche nous n'avions pas aperçu une seule fois l'ennemi, qui se retirait à mèsure que nous avancions, et que nous ne pouvions poursuivre indéfiniment. Cependant, à défaut de combats, cette expédition n'avait pas été sans résultats ; eUé avait au moins eu celui de détruire les approvisionnements et les moyens de défense des dissidents, ce qui était plus
important que la perte de quelques hommes dont la mon eût été bientôt comblée par de nouvelles levées, faites, selon l'habitude, de gré ou de force, sur les péons des ranchos, des haciendas qui sont sans cesse à la merci des bandes qui viennent les rançonner, les dépouiUer, etc.
Pendant cette marche dont on se figure les peines et les difficultés, je n'ai eu aucun décès, comme, du reste, depuis mon départ de San Luis de Potosi, il y a quatre mois de cela. Les maladies ont été des fièvres intermittentes, rémittentes, contractées sur les points oii mille irrigations baignent les plantations ; des diarrhées, des dyssenteries , nées sous l'influence des eaux habituellement de mauvaise qualité, et par l'usage immodéré de la viande de porc ; des embarras gastriques biheux qui disparaissaient du jour au lendemain à l'aide d'une dose d'ipéca; quelques bronchites dues au refroidissement nocturne, etc.
J'avais, avant le départ, organisé l'ambulance de manière à pouvoir la fractionner, et les malades n'ont jamais manqué de rien. Ils étaient portés en cacolets, en litières, et je ne les faisais marcher que quand, dans les sentiers tortueux et pierreux suspendus au-dessus d'effroyables précipices, ils eussent été, sur les mulets, exposés aux plus terribles accidents.
Aujourd'hui, à Saltillo, on la température est extrêmement élevée, avec une sécheresse très-grande, et oii j'ai repris le service de l'hôpital en attendant de nouveaux voyages, les affections qui dominent sont encore les em-
barras gastriques bilieux, les diarrhées, les dysseuteries, presque toutes compliquées de phénomènes bilieux, comme les autres maladies, à tel point qu'il n'est guère d'entrants auxquels je ne sois obhgé d'administrer tout d'abord un vomitif. A cet égard je ne puis trop dire combien toutes ces affections guérissent vite et bien lorsqu'elles sont prises au début, tandis que le contraire a lieu lorsqu'elles ont déjà un certain degré d'ancienneté ; les lésions peuvent bien alors disparaître, mais la nutrition ne se fait plus, les aliments passent dans les intestins sans être digérés, il n'y a pas de réaction, le malade se nourrit de sa propre substance, et il ne se relève qu'avec les plus grandes difficultés. Sur les hauts plateaux du Mexique, on devrait faire connaître, par un ordre du jour de l'armée, l'importance qu'il y a à ne pas négliger les maladies quelles qu'elles soient, et alors il n'arriverait pas ce que je viens d'observer chez un maréchal des logis chef du de chasseurs de France, qui, par excès de zèle, par crainte des reproches , etc. , a traîné pendant toute l'expédition dernière avec une dyssenterie grave sans la déclarer, et qui m'est arrivé il y a quelques jours dans le plus fâcheux état, dont je n'espère guère pouvoir le tirer. On en serait quitte pour plus d'entrées peut-être à l'hôpital, mais le nombre des journées de traitement serait moins grand, les hommes reprendraient plus tôt leur service, et la mortalité, comme les non-valeurs, en diminueraient considérablement.
Dans ces derniers temps j'ai observé quelques cohques
sèches ; j'ai eu aussi plusieurs cholérines, des fièvres bilieuses, des ictères assez rebelles, quelques congestions du foie, deux cas de phthisie pulmonaire, dont l'un avait pris au début une marche galopante, etc., etc., le tout sans mortalité jusqu'à présent.
lies enfants de la ville m'ont présenté de la variole, des coqueluches, du croup, des diarrhées tenant surtout à la dentition ; d'autres ont une fièvre violente, avec douleur vive à l'estomac, et le tout se termine en vingt-quatre heures par d'abondants vomissements bilieux. Les femmes ont d'interminables séries d'accidents nerveux qui tiennent beaucoup à leur genre de vie, et qui se rattachent à la chlorose, à l'hystérie. »
Cet exposé fait voir encore les effets de l'ascension, et de plus il montre ce qui se produit à la descente des hauts plateaux. Sous ce dernier point de vue, ce sont les mêmes phénomènes que nous avons éprouvés lorsqu'à la Un de l'expédition, au mois de janvier 1867, nous avons quitté les altitudes pour les terres dites tempérées. Puis, l'humidité venant de moins en moins joindre son influence à celle de la hauteur et de la chaleur, nous avons ressenti progressivement toutes les conséquences d'un air chaud et sec comparativement, tempéré par une certaine élévation au-dessus du niveau de la mer. Les actes de la vie se font alors avec plus d'expansion, il y a plus d'harmonie, plus de régularité dans les fonctions, plus d'entrain, plus d'animation, et il est une zone, celle qui est située entre Cordova, neuf cent trois mètres au-dessus du niveau de
la mer, et, lo rotrero, six cent (|iuu'cintc mètres de liauteur environ, oîi nous avons joui d'un véritable bien-être rela-lif en montant comme en descendant.
Dans cette région, le type indien s'est conserve avec toute sa pureté. Les habitants des villages, avec leur costume original, leurs mœurs à part, leur langage primitif, y ont un aspect de force et de santé cjui ne laisse rien à désirer. C'est plaisir à les voir sur le marché de Cordova vendre les ananas, la canne à sucre, le caft', la vanille, tlilxochitl des anciens Mexicains, en un-mot, tous les produits de leurs champs c[u'ils cultivent eux-mêmes, et qu'ils savent au besoin défendre, les armes à la main, contre les bandes de voleurs qui existent partout au Mexicjue. Ils sont vêtns de blanc, et les femmes portent des chemises brodées qui rappeUent la gandoura des Arabes ; ils sont agiles, alertes, et d'une très-grande propreté dan^ leur mise, en même temps que d'un ordre parfait dans leurs affaires. Ils ne s'unissent qu'entre eux, et les enfants, robustes, solides, héritent de toutes les qualités de leurs parents, dont le sang n'a point encore été corrompu par toutes ces funestes maladies qui assiègent aujourd'hui l'humanité. Étrangers aux révolutions, ils ne demandent qu'à vivre calmes et paisibles dans leurs belles campagnes, où l'Européen lui-même prospère, et où il prospérerait plus encore avec une hygiène mieux entendue, en desséchant les marais, en opérant d'une manière bien comprise des défrichements, des déboisements, etc., etc., là où la végétation par trop abondante entretient encore une hu-
midité plus grande, dont il est possible de diminuer les effets.
Cette zone est à peu près celle où, à l'autre extrémité du Mexique, dans le nord, s'élève la cité très-florissante de Monterey. Dans cette ville, oîi les étrangers affluent, nos soldats ont toujours joui d'un état sanitaire extrêmement satisfaisant. Le blanc venu d'Europe s'y porte bien, parvient sans souffrance à une vieillesse avancée, et ses enfants comme ses petits-enfants n'y dégénèrent pas.
Nous avons envisagé maintenant, d'une manière assez •complète, ce me semble, les effets qui se produisent sur l'homme sain au moment du passage des régions inférieures dans les régions supérieures de l'atmosphère, et réciproquement; il nous reste, pour terminer ce chapitre, à examiner ce qui se passe chez l'homme malade dans les mêmes conditions.
A une élévation considérable, comme sur les hautes montagnes, au-dessus de la limite des neiges éternelles, l'ascension a une action plutôt déprimante que fortifiante, par suite de la fatigue, des efforts trop violents qu'elle nécessite ; mais, à une hauteur moindre, il n'en est plus ainsi, et la perturbation qui se produit alors suffit parfois pour amener une modification heureuse dans certains états morbides : les mouvements respiratoire et circulatoire s'activent dans une certaine mesure, le travail d'absorption augmente sous l'influence de l'exercice, les fonctions de la peau deviennent plus vives, et cet ensemble de phôno-
mènes produit des perturbations, des excitations, des dérivations, qui conviennent aux anémiques, aux dyspepsiques et aux individus qui souffrent d'affections inflammatoires légères et chroniques.
En revanche, toute ascension un peu prolongée est préjudiciable aux sujets atteints de maladies du cœur, de poitrine, comme à ceux qui sont prédisposés aux congestions, aux hémorrhagies. J'ai déjà cité de funestes exemples à cet égard, et mes lettres onze et douze à M. le baron Larrey, en renferment bien d'autres que je signalerai en parlant des évacuations de malades qui me furent faites, à diverses époques, des terres chaudes et des terres tempérées sur les hauts plateaux.
Au retour, s'il est brusque, suivant la hauteur à laquelle on s'est élevé, ou bien il y a de la fatigue, de la prostration qui fait qu'à la sur-activité des appareils succède un ralentissement de leurs fonctions ; ou bien l'excitation se prolonge et les malades en conservent pendant quelque temps le bénéfice d'une respiration parfaite, d'une dérivation puissante à la peau, d'une nutrition exceptionnelle.
Ce qui conviendrait aux pléthoriques d'une part, si l'on n'avait pas à craindre pour eux les résultats premiers de la montée, est très-avantageux dans l'autre cas, aux anémiques peu irritables, aux' cachectiques, etc., etc.
Si, après l'ascension, le séjour se continue sur les hauteurs, alors, suivant la station, se montrent des phénomènes particuliers que nous examinerons bientôt, et nous
dirons cii môme temps les effets qui se s^^nt produits sur les malades que nous avons ramenés lors de l'évacuation du nord du Mexique jusqu'aux bords du golfe de ce nom, pour les embarquer.
Modifications qu'éprouve l'organisme dans les premiers temps du séjour sur les hauteurs.
Dans les premiers temps de son séjour sur les hauteurs, riiomme éprouve des modifications qui varient suivant la station à laquelle il s'élève.
A, son passage du niveau de l'Océan à une hauteur de sept à huit cents mètres, nous avons vu les phénomènes qui se produisaient, et ces phénomènes se continuent sans qu'on en ait autrement conscience que par le sentiment de bien-être qui en résulte. L'acclimatement se fait sans difficulté, sans aucune secousse. Il n'y a rien à noter qu'une influence heureuse au point de vue de l'activité, de la régularité des fonctions, et de l'ensemble des actes de la vie organique.
A quelques centaines de mètres plus haut, dans la région des nuages, une lutte s'établit entre les besoins instinctifs de l'individu et l'action débilitante de l'humidité jointe à l'élévation que la légère diminution de chaleur avec le niveau inférieur ne peut contre-balancer. Il y a encore effort de l'organisme pour suppléer par l'expansion,
par la rapidité de ses manifestations, à la perte d'élasticité, de pesanteur de l'air ; mais, bientôt, la respiration se ralentit, le pouls devient moins vif, moins fréquent, et les contractions du cœur perdent de leur force. Il s'établit un calme relatif qui peut paraître agréable au premier abord, surtout lorsque l'on descend des hauts plateaux, mais qui ne tarde pas à produire des effets fâcheux que ne peut compenser la plus grande facilité d'absorption de l'oxygène par l'interposition de la vapeur aqueuse dans l'atmosphère. L'air, comme nous l'avons dit, semble lourd quoique plus léger ; la peau passe à un état de moiteur incommode et permanente ; elle laisse s'accumuler dans les vaisseaux périphériques une partie des fluides qu'elle est chargée d'éliminer; la circulation capillaire devient languissante et favorise les hypérémies passives des organes ; il y a tendance à un état d'affaissement général considérable, et voici ce que j'écrivais à cet égard, dès le mois de juillet 1862, à propos des fusilier? marins qui étaient des premiers arrivés dans ces régions :
« Presque tous sont dans un état d'atonie, .d'affaissement tel, qu'il est, quoiqu'on fasse, à peu près impossible de les en tirer. . . La circulation ne s'exécute plus, et il arrive ainsi que de véritables escarres gangréneuses se montrent sur différents points du corps, principalement aux extrémités. Lettre Y à M. le baron Larrey. »
Les hommes de F armée de terre résistèrent plus longtemps , en raison des conditions meilleures dans lesquelles ils se trouvaient au point de vue de l'administration de l'ordinaire,
de l'habitude du bivouac, etc., etc., et cependant, au mois de novembre 1862, je m'exprimais déjà en ces termes sur leur compte dans ma neuvième lettre à M. le baron Larrey :
« Depuis le 24 du mois de septembre, le nombre de mes blessés étant considérablement diminué, et l'hôpital San José regorgeant de malades, la Concordia a été ouverte aux fiévreux.
« Je \ais -vous donner un aperçu des affections qui s'y présentent, et je commencerai par celles qui fournissent le plus de victimes à la mort.
« Les hommes qui en sont atteints arrivent à ma visite dans un état d'abattement, de prostration extrêmes; ils ont la démarche lente, le faciès abattu, l'air morne et triste ; leur corps est amaigri; ils présentent quelque chose de terne dans les yeux, qui sont injectés, recouverts souvent d'une légère couche de mucosité transparente, et ce sont là des signes de mauvais augure qui suffisent pour m'inspirer les plus vives inquiétudes.
« Atravers la teinte bistrée, blanc-grisâtre, quelquefois ardoisé pâle de la peau, on aperçoit des arborisations qui donnent un coloris plus ou moins prononcé aux pommettes, et qui se dessinent aux membres, sur la poitrine, sur l'abdomen, et surtout au creux epigastrique, sous forme de vergetures granitées, d'une apparence bleuâtre, noirâtre même.
L'enveloppe cutanée est sèche, rugueuse et parsemée d'écaillés furfuracées. Quelquefois on observe de la bouf-
fissure il 1.1 lace, aux extrémités inférieures; des épancliements dans le ventre, dans les plèvres, dans le péricarde.
Les lèvres sont d'un rouge sombre, et il en est de même des gencives, qui ne sont pas ramollies, mais dont le bord alvéolaire offre ordinairement un liséré violacé.
La langue est aussi d'un rouge plus ou moins vif; elle est dépouillée de son épitliélium; ses papilles sont à nu; elle est recouverte d'une substance blanchâtre, lamelleuse, assez résistante, et qui n'est probablement que de la matière épitliéliale décomposée. Cette matière reste bornée à la langue, ou bien elle s'étend à la cavité buccale dans son entier et jusqu'au pharynx, oii l'on observe de tous côtés une injection très-prononcée, et qui revêt parfois une teinte noire-bleuâtre.
L'haleine n'est pas mauvaise, si ce n'est à une période un peu avancée; la soif est assez vive; le malade n'a d'appétence pour rien , non par dégoût, mais par apathie, par indifférence, et plus encore par un sentiment instinctif. Quand il mange, en effet, -les aliments ne passent qu'avec difficulté; ils s'arrêtent à la gorge, symptôme funeste, et des vomissements se produisent, ou bien surviennent des gargouillements abdominaux bientôt suivis de selles liquides, mal liées, jaune-blanchâtre, ressemblant à de la bouillie à moitié cuite. Quelquefois ces selles ont une nuance verdâtre, d'autres fois elles sont rouge-noirâtre et comme briquetées ; ailleurs elles présentent des substances nutritives non élaborées, et toujours elles exhalent une odeur
forte, parfois repoussante. Les boissons elles-mêmes augmentent leur nombre ; elles sont alors claires, et dans ce cas il arrive d'y rencontrer des débris épithéliaux semblables à ceux dont il a été question pour la langue, la bouche et le pharynx. Il est même des circonstances oii elles sont réellement putrilagineuses, et l'on comprend, ce que démontre du reste la nécropsie, qu'à un certain degré, l'arrêt de la circulation puisse déterminer une gangrène à la surface de l'intestin, comme elle le fait à la peau.
Ces évacuations, assez abondantes, se font involontairement chez certains sujets qui sont pris subitement d'envie d'aller à la selle, et qui vont sous eux sans avoir eu ni la 'force ni le temps de se retenir. Il n'y a pas d'épreintes, pas de faux besoins, la diète les diminue de nombre sans les arrêter; ce n'est pas toujours une diarrhée, ce n'est jamais une dyssenterie, c'est souvent un flux secondaire qui est sous la dépendance de l'état général et des stases sanguines qui se montrent dans l'intestin.
Le foie, la rate, soumis à la percussion, paraissent souvent diminués de volume. Les urines sont limpides, transparentes, quelquefois rougeâtres, albumineuses.
Le pouls est petit, faible ; les mouvements du cœur à peine perceptibles à la palpation. Cet organe, ainsi que les gros vaisseaux font entendre, dans les cas assez avancés, des bruits de souffle intermittents et continus.
La puissance calorifique semble sur le point de s'éteindre, les extrémités sont froides.
La respiration est ralentie comme la circulation, le
murmure vésiculaire diminue, disparaîtà la base des poumons.
Le sujet ne se plaint pas, seulement il éprouve parfois un peu de céphalalgie , quelques étourdissements , quelques tintements d'oreille , de la courbature , des brisements dans les membres , dans les jointures ; mais, le plus souvent il semble ne ressentir aucune souffrance, et il arrive qu'il meurt presque subitement sans avoir poussé le moindre gémissement. Le système nerveux qui anime et coordonne les \àscères n'est pas le seul frappé d'impuissance, les mouvements sont lents, paresseux, et la sensibilité tant générale que spéciale est aussi émoussée. Il est curieux et pénible à la fois, de voir* de pauvres soldats enveloppés dans leurs couvertures, et restant des heures entières dans la même position. On dirait qu'ils ne parlent qu'à regret, et le moindre effort augmente leur fatigue, leur faiblesse. C'est l'image d'une stupéfaction générale de tous les éléments organiques, qui éteint les aptitudes fonctionnelles des molécules élémentaires comme celles des tissus et des appareils.
La mort arrive lentement ou brusquement, comme nous l'avons dit, par une aggravation indéfinie de la cause par les effets, et les quelques observations suivantes vont donner une idée des lésions anatomiques que l'on rencontre alors...
Le Corre, chasseur à pied au 1" bataillon, entré à l'hôpital le 8 octobre, mort le S novembre à quatre heures du matin, autopsie faite le lendemain matin.
AmaigTissement considérable de tout le corps, vergetiirçs granitées à la base de la poitrine et à l'ôpigastre; parois du ventre affaissées.
Poumons crépitants, perméables à l'air, congestionnés à la base.
Un peu de sérosité dams le péricarde. Cœur petit, violacé, noirâtre, revenu sur lui-même. Son tissu est ferme et présente une coloration foncée, ses cavités renferment un peu de sang fluide, noirâtre.
Coloration rouge, très-intense de la langue, de la bouche, du pharynx et de la partie supérieure de l'œsophage, l'épithelium est partout détruit, et la muqueuse est recouverte en ces différents points d'une matière blanchâtre, lamelleuse, qui est disséminée sous forme d'îlots et qui s'enlève facilement sous le scalpel.
L'estomac paraît revenu sur lui-même ; ses replis sont très-saillants ; sa coloration qui est d'un rouge foncé au niveau de la petite courbure, est ardoisée, bleuâtre, légèrement teinte par la bile dans le grand cul-de-sac.
Le duodénum est aussi coloré par la bile, et, dans le reste de son étendue, l'intestin grêle présente une injection d'autant plus prononcée qu'on approche davantage du cœcum. Elle est surtout marquée au niveau des valvules conniventes. La muqueuse n'offre aucune altération de consistance, et, en la détachant de la tunique musculeuse, elle laisse apercevoir par transparence des arborisations vasculaires plus ou moins prononcées.
Le gros intestin offre une coloration d'un rouge foncé
dans sa première et dans sa dernière partie où elle revêt une apparence lie de vin. Au milieu, il est parsemé d'arborisations rougeâtres tranchant sur le fond général qui est blanc-grisâtre. La nmqueuse est recouverte d'une matière épaisse, gluante, légèrement teinte de sang , qui s'enlève avec le scalpel sous forme de bouillie, mais elle ne laisse voir aucune ulcération.
Le foie, d'un rouge noirâtre foncé, a dix-huit centimètres de hauteur sur vingt-huit de largeur; il pèse un kil. cent cinquante gr. Son tissu est foncé en couleur, le doigt le pénètre facilement, et, à la coupe, il s'en écoule un sang fluide, noirâtre. La bile est rouge-noirâtre, épaisse ; la vésicule en renferme quarante gr.
La rate est lie de vin ; sa hauteur est de onze centimètres, sa largeur huit ; elle pèse cent gr. ; son tissu est résistant, rouge-noirâtre foncé.
Les reins sont congestionnés. La substance tubuleuse et la substance corticale présentent une coloration à peu près uniforme.
La vessie est remplie aux trois quarts d'une urine claire, jaune-rougsâtre; ses parois, blanches à l'extérieur, sont à l'intérieur d'une couleur rouge au niveau du bas-fond, et légèrement bleuâtre au sommet. La muqueuse, sans être ramollie, se détache assez facilement de la tunique musculcusc . Il n'y a pas de sérosité dans le péritoine. 11 n'y en a pas non plus dans la cavité de l'arachnoïde ; les vaisseaux de la pie-mère sont injectés ; léger piqueté de la substance blanche ; un peu de diminution de cousis-
tance do la matière cérébrale ; rien dans les ventricules.
Daydé, Joseph-Adolphe, sergent au 1" bataillon de chasseurs à pied, entré à l'hôpital le 28 septembre 1862, mort le 22 octobre, autopsie vingt-quatre heures après le décès.
Même aspect extérieur que chez Le Corre. Semblable réflexion à propos de la poitrine ; il n'existe de particulier que des adhérences pleurales anciennes.
Il n'y a pas de sérosité dans le péricarde. Le cœur est rempU de sang fluide, noirâtre, son tissu est flasque.
Intestin grêle comme précédemment ; gros intestin gris-bleuâtre dans toute sou étendue.
Foie d'un rouge-pâle à l'intérieur comme à l'extérieur; pas d'altérations organiques; poids neuf cents grammes, hauteur vingt-six centimètres, largeur seize ; quatre-vingts grammes de bile verdâtre.
Rate d'une teinte lilas, hauteur onze centimètres, largeur neuf, poids quatre-vingt grammes.
Reins d'une couleur rosée plus prononcée dans la substance tubuleuse que dans la substance corticale.
Pas d'injection de la vessie qui est remplie d'urine limpide, transparente et presque incolore.
Cerveau sans diminution de consistance. Le reste comme plus haut.
Leguen, Yves, chasseur à pied au i" bataillon, entré à l'hôpital le 1" octobre 1862, mort le 25 du même mois, autopsie le 26 à trois heures du soir.
Amaigrissement extrême ; yeux caves, bordés de noir ;
teinte bleuâtre des pommettes ; cyanose du ventre, de la poitrine, des extrémités, et ces phénomènes existaient déjà pendant la vie.
Poumons gris-ardoisé, crépitants, perméables à l'air.
Cœur flasque, violacé, renfermant du sang fluide, noirâtre, à l'intérieur.
Quelques arborisations rouges, et un léger piqueté noirâtre au niveau du grand cul-de-sac de l'estomac.
La muqueuse de l'intestin grêle est d'une couleur rosée plus vive, plus foncée sur certains points que sur d'autres.
Le gros intestin présente une injection en plaques au voisinage du cœcum. La muqueuse offre sur le reste de son étendue une coloration d'un blanc-grisâtre. Au niveau de rS iliaque et du rectum, elle est entamée par quelques ulcérations superficielles ; on dirait qu'elle a été résorbée.
Le foie est de couleur lie de vin foncée, sa hauteur est de vingt-neuf centimètres, sa largeur de vingt- deux, son poids de un kil., trois-cent-soixante-dix grammes. Bile jaune-noirâtre, poids quarante grammes.
Rate noirâtre, tissu normal, hauteur douze centimètres, largeur huit, poids cent-dix grammes.
Reins légèrement congestionnés.
Vessie gonflée, distendue par une urine claire et limpide.
Injection des vaisseaux de la pie-mère, léger piqueté de la substance blanche, consistance normale de la matière cérébrale.
Chez Bazin, Adolphe, fusilier au 99" de ligne, chez Galot Joseph , caporal au 2° régiment d'infanterie de marine, chez Laville, François, fusilier au 99^ de ligne, etc., ce sont toujours les mêmes altérations : des congestions passives visibles aussi bien à l'extérieur que dans l'intérieur des viscères , de l'intestin dont la muqueuse a disparu en certains points , et qui dans d'autres présente des débris épithéliaux qui s'enlèvent sous l'influence d'un filet d'eau.
Chez Som de Dougé, Pierre , chasseur au 1" bataillon, la muqueuse du gros intestin, ardoisée, bleuâtre, est parsemée d'un nombre considérable de ces petites ulcérations dont nous venons de parler. Leur fond, formé par la tunique musculeuse , est blanchâtre et tranche sur la couleur du pourtour. Vers le cœcum on en trouve un groupe d'une dizaine, assez rapprochées l'une de l'autre, dont les bords sont d'un rouge vif, et le fond recouvert d'une matière jaune, noirâtre, gangréneuse, qui s'enlève facilement.
Chez Puech, grenadier au 99*^ de ligne , ce sont de véritables escarres que l'on rencontre à la surface du gros intestin ; mais, on n'y observe ni ces altérations de parois, ni cet aspect boursoufflé, fongueux, iii en un mot aucun de ces phénomènes qui sont propres à la dyssenterie gangréneuse.
Ce qui domine partout, comme on le voit, c'est la prostration, l'atonie, la faiblesse, l'arrêt de la circulation, etc. , avec toutes leurs conséquences.
Voilà l'état clans lequel se présentaient les hommes peu de temps après notre arrivée à Orizaba , alors qu'ils n'avaient encore que quelques mois de séjour dans cette localité, ou dans la zone où elle se trouve. Je veux bien que beaucoup de sujets, avant d'arriver à cette extrémité, aient eu des maladies antérieures ayant agi comme causes débilitantes; mais beaucoup aussi n'avaient rien éprouvé de semblable. Je veux bien rattacher nombre de ces états à des diarrhées chroniques , mais dans nombre de cas il n'avait existé et n'existait réellement pas de diarrhée ; le traitement employé ordinairement dans cette affection était complètement impuissant alors, tandis que le régime, les stimulants, les toniques, étaient seuls capables de produire quelques résultats avantageux. Je veux bien tenir compte de l'alimentation , des fatigues, des émotions morales, des voyages dans les terres chaudes, etc., etc., mais je ne puis ne pas faire une part et une large part au climat. Ce climat, quand son action se prolonge , a une influence mauvaise sur l'homme sain comme sur l'homme malade, ainsi que nous venons de pouvoir nous en convaincre, et ainsi qu'on le verra surtout dans le chapitre suivant. On s'y habitue sans doute , et même sans beaucoup s'en apercevoir, mais c'est au détriment de l'individu et de sa race. Je ne parle que d'après les faits qui sont plus probants que toutes les théories. Je ne disconviens pas qu'à Jalapa qui est déjà plus élevée qu'Orizaba, puisque sa hauteur est de mille trois cent quatre-vingtdix mètres au-dessus du niveau de la mer, et que cette
ville jouit d'une exposition toute exceptionnelle sur le flanc du Macuiltepec, on ne puisse se bien porter, de raôme surtout qu'à Tehuacan dont la hauteur est de mille six cent quarante-huit mètres ; mais, de part et d'autre, on commence déjà à s'élever au-dessus de la région des nuages, et par conséquent l'humidité est déjà moins grande en ces points, de sorte que ceci ne détruit en rien ce que j'ai dit.
Après le passage des Gumbrès , à une élévation de deux mille mètres au moins, la scène change, et ce sont des phénomènes opposés à ceux que nous rencontrions naguère qui se montrent maintenant. Il y a encore lutte, mais lutte en sens inverse ; c'est-à-dire que les appareils tendent à s'adapter aux conditions de sécheresse et de raréfaction de l'air, sans qu'il vienne s'y joindre un obstacle, une impossibilité insurmontable. Les fonctions qui sont encore calmes au repos, reprennent leur élan sous l'influence de la moindre excitation. La respiration, précipitée par moments, dans les marches, dans les travaux, etc., se ralentit ensuite et se suspend même comme si les poumons fatigués avaient besoin d'un temps d'arrêt pour fournir encore à de nouveaux efforts. Les battements du pouls, du cœur, présentent des alternations non moins remarquables, et, au lieu de congestions passives ce sont maintenant des hypérémies actives qui tendent à se produire. J'ai cité des cas de congestion, d'apoplexie, qui se sont déclarés lors de l'ascension à cette hauteur. J'ai vu encore, entre autres faits, celui d'un jeune vétérinaire
frappé subitement d'hémiplégie, sans perte de connaissance, en arrivant brusquement de Vera-Cruz à Mexico, en 1865, etc., etc. Je dois ajouter que pendant les premiers temps du séjour sur les altitudes, ces tendances congestionnelles, hémorrhagiques se continuent du côté du cerveau, comme du côté des poumons, des intestins, etc., et ceci d'autant plus qu'il existe déjà du côté de ces organes, une cause qui y appelle par elle-même l'afflux sanguin, comme une bronchite , une diarrhée par exemple. Dans ce dernier cas on trouve du sang presque pur dans les selles , et c'est sous le nom de diarrhées sanguines que je désignais ces diarrhées dans ma correspondance de décembre 1862 , alors que j'étais à Palmar avec un effectif de trois mille cinq cents hommes environ, qui me donnèrent dans le mois, troiscentun malades entrés à l'ambulance, dont un mourut d'une fièvre typhoïde contractée à Orizaba, un autre d'une hémorrhagie des méninges rachidiennes, le troisième d'une dyssenterie devenue hémorrhagique à l'arrivée sur les hauts plateaux.
Un simple mouvement fébrile suffit dans ces conjonctures pour donner lieu à des congestions du côté des poumons. C'est ainsi qu'à propos des fièvres intermittentes, j'écrivais à M. le baron Larrey :
« Comme j'ai eu l'honneur de vous le faire remarquer dans ma précédente lettre , les fièvres intermittentes contractées à Orizaba et dans les terres chaudes, ont de la tendance à s'éteindre sur les hauts plateaux. Toutes celles qui ont été soumises ici à mon observation, et elles sont
au nombre de quatre-vingts, n'ont, pour ainsi dire , réclamé que quelques doses de sulfate de quinine pour disparaître, et le plus souvent sans récidive. Mais, ce que j'ai noté de particulier, ce sont des congestions pulmonaires liées à ces fièvres, et qui suivent en quelque sorte les phases de l'accès, commençant avec eux" et disparaissant presque en même temps. Cette complication exige parfois que l'on recoure à des applications de ventouses sur la poitrine, en même temps que l'on administre l' antipériodique. A cet égard, je citerai principalement un sous-lieutenant du 95" de ligne, M. P., qui m'a offert un cas très-remarquable de ce genre. Il venait de la canada et était atteint d'une fièvre rémittente pendant les paroxysmes de laquelle se déclaraient des phénomènes de congestion pulmonaire, qui ne disparaissaient pas complètement, mais qui diminuaient beaucoup lors des rémissions. Cet officier guérit rapidement sous l'influence du sulfate de quinine et de quelques ventouses scarifiées sur la poitrine. » {Lettre XI. Décembre 1862.)
Le 4 janvier au soir, à Quechoulac, je reçois un caporal du 2" des zouaves nommé Loth. Ce jeune homme fort, d'un tempérament sanguin, a été pris tout d'un coup dans la région des ueins, d'une douleur assez vive se propageant le long des uretères jusqu'aux testicules, et s'accompagnant de pissement de sang qui donne aux urines une coloration rouge-clair. C'est la première fois que pareil accident se présente et les urines ont toujours été normales. Il n'y a pas de fièvre. Je fais appliquer six ven-
touses scarifiées loco dolenli, et le lendemain, plus de douleur; les urines, jaunes, claires, limpides, ne renferment plus d'albumine. (Lettre XII.)
A la môme époque, un soldat du 2'' de zouaves, Pothon, 32 ans, constitution forte, tempérament sanguin, éprouve presque subitement une douleur assez intense dans l'hypocondre droit, augmentant par la pression, s' accompagnant de tiraillements dans l'épaule correspondante et dan s la région lombaire ; la respiration est laborieuse, le foie déborde les fausses côtes d'un travers de doigt; avec cela je constate que la langue est nette, il y a de la céphalalgie, des vomissements formés de matières bilieuses vertes; les selles sont irrégulières et les évacuations sont sanguinolentes. Le malade est très-abattu, mais le pouls n'a pas augmenté de fréquence et la température du corps n'est pas élevée.
Deux applications de ventouses scarifiées, et deux doses vomitives d'ipéca sufflsent pour faire disparaître rapidement cei état que je ne puis considérer que comme se rattachant à une hypérémie active du foie. {Lettre XII.)
Dans ma lettre XIII, je dis : Les congestions hépatiques sont encore à l'ordre du jour, et le plus souvent elles me sont envoyées comme des pneumônies, en raison sans doute de l'oppression, de la gêne de la respiration qui les accompagne; mais il y a augmentation de volume du foie, douleur dans la région de cet organe, dans l'épaule correspondante ; la fièvre manque et il en est de même des phénomènes stéthoscopiques. Ainsi :
Henry, Valentin, sergent au 2° régiment du génie, 27 ans, bonne constitution, tempérament lyraphaticosanguin, entre à l'ambulance de Queclioulac le 15 janvier.
Ce sous-officier n'a jamais été malade en France. Au Mexique, dans le commencement de décembre dernier, à son arrivée sur les hauts plateaux, il a eu une hémorragie intestinale dont je me suis rendu rapidement maître à l'ambulance de Palmar. Depuis cette époque il s'est toujours bien porté et n'a pas interrompu un instant son service.
Le 13 janvier, à la suite d'une marche assez longue, il éprouve un sentiment de gêne dans l'épaule droite, le lendemain cette gêne augmente, et il se sent de plus la respiration embarrassée.
Le 15, en même temps que la gêne persiste à l'épaule droite, je constate une douleur hépatique qui augmente à la pression, et qui existe surtout au niveau du lobe gauche du foie. La percussion au niveau de l'épigastre indique en ce point une matité manifeste et étendue. L'organe ne dépasse pas les fausses côtes, mais il remonte en haut jusqu'à deux travers de doigt du mamelon.
Il n'y a aucun râle dans la poitrine qui ne présente qu'une absence du bruit respiratoire, à la base, du côté droit.
Langue blanche, saburrale, pas d'appétit, bouche amère, soif assez vive, nausées, selles normales, urines jaunâtres, claires.
Il n'y a pas de fièvre, le pouls est naturel, la chaleur
normale, tête lourde, sommeil un peu troublé. Ce qui est le plus pénible, c'est la gêne de la respiratiqn. De temps en temps Henry semble comme en proie à des accès de suffocation, et il fait des efforts involontaires pour remplir d'air sa poitrine oppressée.
Prescr., diète; lim. ; ipéca deux grammes; six ventouses scarifiées à la région hépatique; cataplasme.
Le 16. II y a eu en abondance des vomissements bilieux qui ont énormément soulagé le malade. L'oppression est beaucoup moindre, la respiration plus facile ; la langue est débarrassée en partie de son enduit, la bouche est moins mauvaise, la soif moins vive. Il n'existe plus de nausées, mais l'appétit n'est pas encore revenu.
La douleur hépatique est moindre, mais le foie reste engorgé, l'épigastre tuméfié.
Deux selles verdâtres, demi-liquides, dans les vingtquatre heures. Urines abondantes, claires et limpides.
Presc, diète; lim.; trois ventouses scarifiées à la région hépatique; cataplasmes.
Le il. Le malade n'éprouve plus de gêne que quand il respire fortement. Le volume du foie a beaucoup diminué, la langue est encore un peu chargée, l'appétit ne se rétablit pas.
Presc, nouvelle dose d'ipéca, deux grammes.
Le 18. A la suite de nouveaux vomissements bilieux abondants, tout est rentré dans l'ordre, et le malade se trouve parfaitement bien, l'appétit commence, il n'y a plus de matité à l'épigastre, et cette matité remonte en haut à
l'endroit où la perpendiculaire abaissée du mamelon coupe la sixième côte, pour la ligne mammaire; sur la ligne axillaire la limite supérieure correspond h la huitième, et près de la colonne vertébrale à la onzième.
L'étendue de cet ouvrage ne me permet pas de multi^: plier les exemples, et je ne ferai non plus que signaler les hémorragies des gencives, du nez, des bronches quenous observâmes alors, les rapportant comme aujourd'hui aux effets de l'altitude. {Lettres XI et XII.)
Ce qu'il y a d'important à étudier maintenant, c'est l'influence de cette même altitude sur les maladies contractées à des niveaux inférieurs.
Nous avons déjà vu ce qu'il en était pour les fièvres intermittentes, et peu de temps après mon arrivée à Palmar, je demandais de faire monter sur les hauts plateaux tous les individus qui, séjournant à Orizaba, voyaientleurs maladies se perpétuer, s'^ternt^r, se reproduire sans cesse. Outre l'améHoration quej 'observais moi-même dans ces affections, j'avais encore, pour motif d'en agir ainsi, l'opinion répandue dans le pays, qu'on ne guérit des fièvres en particulier, que quand on a franchi les cumbrès.
Cependant, il ne faut pas perdre de vue la crise que l'homme a à traverser pour se mettre en rapport avec le milieu nouveau dans lequel il arrive, et qui est plus sensible ici que lorsqu'il s'élève à des hauteurs moindres. Pour surmonter cette crise, pour ne pas succomber à la peine, il a besoin, même à l'état sain, d'une certaine force de résistance vitale, et, quand cette force lui manque.
quand il est dtVjà malade, l'adynamie tend bientôt à se mettre de la partie. C'est ainsi que j'écrivais de Quechoulac à M. le baron Larrey :
« Il est quelques individus faibles , délicats, qui tombent dans une sorte de langueur dont ils sortent avec peine. A la moindre maladie, sous l'influence d'un simple embarras gastrique, par exemple, la langue se sèche bien vite, les dents s'encroûtent de fuliginosités, la stupeur, la prostration font de rapides progrès. »
Ces phénomènes se montrent aussi chez les sujets forts, robustes, mais alors ce n'est qu'à la suite d'une fièvre intense qui a eu une durée de plusieurs jours. Il semble, dans ce cas, que les efforts de la réaction ont épuisé l'organisme qui tombe ainsi dans la prostration, la faiblesse, etc. C'est là un phénomène bien ciirieux que nous constations dans le principe, sans nous en rendre compte, avant d'avoir porté notre, attention sur le fonctionnement physiologique des appareils sur les altitudes, et avant de nous être expliqué les conséquences d'une activité organique poussée jusqu'à la sur-activité. Nous développerons cette pensée dans la suite, et pour le moment, je vais me borner, par un exemple, à donner une idée de ces faits, tels que je les ai recueillis à cette époque.
Souladié, .Jean, cavalier de première classe, au 5' escadron du train des équipages, 6" compagnie, vingt-cinq ans, constitution forte, tempérament sanguin, n'a eu qu'une pleurésie en France, à l'époque de Tadolescence, n'a jamais été malade au Mexique, oii il est depuis bientôt
un an. Entré à l'ambulance de Quechoulac le 24 janvier
11 a été pris le 22 du même mois, à la suite d'une marche un peu longue^ d'un grand mal de tête suivi de frissons violents, avec courbature générale.
Le 23. Mêmes symptômes avec crachements de sang, perte complète d'appétit, soif vive, constipation.
Le 24. La face est rouge, vultueuse, le regard vif, les pupilles contractées, les yeux brillants, injectés, céphalalgie frontale intense, sommeil pénible, intelligence nette, parole facile, voix bonne, sentiment général de CQurbature.
Bouche sèche, soif vive, langue rouge, inappétence.
Ventre un'peu tendu, pas de selles depuis trois jours; miction facile, urines rougeâtres, peu abondantes.
Pouls à cent huit, plein, fort, vibrant, sans dureté, peau chaude et sèche.
Respiration précipitée, inspirations courtes, au nombre de vingt-neuf à la minute.
Prescription : diète, limon., sulfate de soude, quarantecinq grammes.
Le 2S. Cinq selles abondantes à la suite du purgatif. Ventre souple et mou, quelques borborygmes et quelques gargouillements dans l'une et l'autre fosse iliaque, sans douleur. Urines toujours rares et rouges, sans albumine.
Mêmes phénomènes fébriles que la veille," sans symptômes particuhers du côté des poumons. La céphalalgie est un peu moindre.
Prescription : fliète, limon., trois pots ; compresses sédatives sur le front.
Le 26. La nuit a été calme, le malade a même un peu dormi. Le pouls, à cent, est moins plein, moins fort; la respiration est toujours très-accélérée. Le teint et le regard sont moins animés, et ce dernier a même quelque chose d'atone. La peau est toujours chaude et sèche.
Les narines sont sèches, les lèvres fendillées, teintes de sang ; les gencives sont entourées d'une matière blanchâtre formant liséré, la langue est racornie, ventre souple.€t mou, urines un peu plus claires et un peu plus abondantes, une selle semi-liquide dans les vingt-quatre heures.
* Prescription : bouillon, limon., 3 pots ; compresses sédatives sur le front.
Le 27. Prostration considérable; le pouls, mou, est tombé à soixante-douze, respiration fatigante mais ralentie, dix-neuf inspirations, état de stupeur prononcé, langue parcheminée, jaune-noirâtre. Rien du côté du ventre, il n'y a plus de céphalalgie. Le malade semble inerte, insensible.
Prescription : panade, limon, vineuse, vin de quinquina, €ent vingt-cinq grammes.
Le 28. Les phénomènes d'adynamie persistent, sans qu'il y ait la moindre tache sur le corps, sans que l'on constate du côté du ventre quoi que ce soit se rapportant à notre fièvre typhoïde d'Europe.
Prescription : bouillons, panades, limon, vineuse, vin de quinquina, frictions stimulantes.
Les 29, 30, etc. Sous l'influence du régime, des toniques, des stimulants, le malade parvient à sortir de son état d'abattement, de prostration, de stupeur, d'adynamie en un mot, mais sa convalescence est longue.
Comment caractériser cette maladie? J'observais, à la même époque, des cas à peu près semblables chez Leblatier, fusilier au de ligne ; chez Crière, du 2" régiment de chasseurs d'Afrique ; chez Moisans, grenadier au 93" de ligne ; chez Eral, également grenadier au 9S de ligne ; chez Bèges, ouvrier d'administration, etc., etc. ;-et tout en en rapportant les observations complètes dans ma Lettre XIV à M. le baron Larrey, je désignais ces affections sous le nom de fièvres continues à forme typhoïde, à forme adynamique. C'est tout ce que je pouvais faire alors, et il est évident maintenent pour moi que ces états, comme les précédents, se rattachent à la même cause. C'est ce qui m'a fait dire plus tard, en parlant des influences débilitantes nombreuses inhérentes aux altitudes : • .
« Si à ces influences multiples dont je viens de parler, vient se joindre encore une complication morbide, les phénomènes varient alors suivant le degré de résistance vitale de chacun : mais, en général, les réactions, on le comprend, ne sont ni intenses ni de longue durée, en raison des efforts nécessaires en pareil cas, efforts qui «puisent encore par eux-mêmes, et qui font rapidement
tomber l'organisme dans une prostration, une faiblesse et une stupeur d'où il a d'autant plus de peine à se tirer que l'atteinte a été plus profonde et la lutte plus difficile. » [De la respiration sur les hauts plateaux du Mexique. Mémoires de médecine militaire, année 1866.)
Je ne fais, pour le moment, qu'effleurer cette question, qui doit être traitée à fond dans le chapitre suivant, où nous verrons que, malgré l'acclimatement, les cas de ce genre ne sont pas rares.
J'ajoutais ensuite dans la même Lettre XIV : « Les diarrhées , les dyssenteries contractées dans les terres chaudes et à Orizaba guérissent bien, mais à condition qu'elles soient encore récentes, et que, comme pour les fièvres, l'individu soit bien constitué et non par trop affaibli. »
Plus tard, nous fîmes les mêmes remarques, et à cet égard, je ne puis mieux faire que de citer ce que j'ai relaté dans le tome XVII, 3' série, des Mémoires de médecine militaire (octobre 1866) , relativement à l'influence des altitudes sur les fièvres intermittentes, les diarrhées et les dyssenteries contractées dans les terres chaudes du Mexique: « Le bataillon d'Afrique venant d'Cajaca^, où il n'avait pas de malades, s'est embarqué à Vera-Cruz le 14 juin 1865. Débarqué à Tampico le 16 du même mois, il est forcé de séjourner dans cette ville jusqu'au 23, et, dès le 18, un homme de la division montée meurt à I hôpital du vomito. C'était le premier cas de l'année, et sur six soldats qui sont ensuite atteints de cette maladie,
il en succombe deux dans les journées du 24 et du 25.
Parti de Tampico le 23, le bataillon, dans ses cinq jours de marche à travers des marécages, des lagunes et des savanes, perd trois hommes, deux d'insolation et un de delirium tremens.
Le 28 , arrivée à Tanquasnequi , misérable pueblito composé de trente à quarante huttes indiennes, et situé sur le bord du Tamesin ; le terrain, à perte de vue, est plat, sans accidents ni sinuosités appréciables ; l'altitude ne diffère guère de celle de la côte que de cinquante mètres au plus. Le sol, presque partout inculte, est couvert d'herbes, de bruyères, de broussailles et de quelques touffes d'arbres ; il forme, au moment des pluies d'août, de vastes marais ; les dépressions qu'il présente se remplissent d'eau, et il en résulte des arroyos se déversant les uns dans les autres, sans écoulement possible vu l'absence
absolue de pentes.
Le Tamesin, d'un courant assez rapide, coule entre deux rives, présentant presque partout un escarpement perpendiculaire d'une moyenne environ de six mètres de hauteur. Le fleuve est poissonneux, excepté au moment des fortes pluies, pendant lesquelles ses eaux grossissent, débordent sur quelques points, charrient de fortes quantités d'herbes et de troncs déracinés.
Pendant juillet et août, presque pas de vents ; des semaines entières se passent sans un souffle de brise appréciable. Le soleil est naturellement presque perpendiculaire, et le ciel, impitoyablement serein, ne se couvre
qu'une heure au plus, avant les pluies, des nuages qui les apportaient.
Impossible de se mouvoir à cause de la forte chaleur, du manque absolu de lieux propices à des campements provisoires, et de moyens de transport.
Le bataillon, fort de six cents combattants environ, s'installe dès le jour de son arrivée. Il était impossible de laisser les hommes sous la petite tente, et il fallut les répartir dans les cases, sous les hangars, pendant qu'ils construisaient des gourbis qui furent prêts d'ailleurs en quelques jours.
L'ambulance, presque vide alors, est placée dans deux cases.
Les soldats reçoivent la ration journalière de vin ; l'ordinaire fournit du café trois fois par jour; distribution quotidienne d'eau-de-vie prise avec le café au réveil ; on mange presque tous les jours du rôti ; les hommes prennent du poisson en abondance, on fait venir des légumes de Tampico.
Au IS juillet, il n'y a que vingt malades à l'ambulance; mais dans la deuxième quinzaine du mois, ce chiffre monte à quarante, et serait porté à quatre-vingts si les locaux permettaient de les recevoir tous ; il en reste une partie dans les gourbis ; la moyenne des hommes se présentant journellement à la visite du médecin du bataillon est de cent environ.
Vers la fin de juillet, trois militaires meurent de fièvre pernicieuse ; ce sont de vieux ivrognes comme ceux qui
ont été enlevés par le vomito à Tampico et en route par l'insolation.
Dans la première quinzaine d'août, il y a un décès tous les deux jours; les fièvres paludéennes augmentent encore, mais jusque-là les diarrhées, les dyssenteries sont peu nombreuses, et ne commencent à sévir fortement que vers le 15 du même mois.
ILétait resté un dépôt de cinquante hommes à Tampico ; ils rejoignent le bataillon vers le 10 août, et cinq ou six d'entre eux succombent rapidement à des accès perni-
cieux.
Les pluies inondent la plaine dans les premiers jours d'août ; la colonne est bloquée par les eaux ; les dyssenteries prennent de l'intensité, et M. l'aide-major Hoffmann succombe, le 13, à cette maladie.
Dès le 14 août, un décès par jour, souvent deux, deux cents hommes à la visite ; un grand nombre ne s'y présentent pas quoique malades ; souvent il n'y a pas cinquante chasseurs capables de prendre les armes. Vers la fin d'août on ne trouve plus de quoi former le poste de police. Tout le bataillon est atteint, officiers comme soldats. Ce sont les fièvres intermittentes qui régnent en même temps que les diarrhées et les dyssenteries qu'elles compliquent souvent.
L'artillerie, le génie, le train, les infirmiers, les ouvriers d'administpation qui font partie de la colonne du Tamaulipas subissent le même sort que le bataillon.
Dans un pareil état de choses, il était urgent de tirer
au plus tôt ces troupes diverses d'un endroit où les indigènes eux-mêmes ne peuvent vivre, surtout pendant la mauvaise saison , et où elles menaçaient de s'éteindre. Dès qu'il eut connaissance des faits, M. le général Douay, justement ému, s'empressa d'envoyer sur les lieux un bataillon du 3" de zouaves et un escadron du 12"= de chasseurs de France, pour opérer un vériteble sauvetage de toute la colonne.
Le 1" septembre, cette colonne se met en route ; le Tamesin est passé, on campe à Tantayouquita autour de la redoute. Deux décès.
Le 2, on s'arrête au milieu des marécages, au parage de Palo-Blanco, on l'on arrive à onze heures du soir, et oîi, pendant la nuit, on est obligé de se déplacer, les hommes ayant un pied d'eau sous leur tente.
Le 3, au parage de Minita ou du Jaguar, six décès dont deux en route.
Le 4, au Nopal, longue journée sous un soleil écrasant, sans eau, quatre décès dont deux en route. Le S, à la Cruz, pas de décès.
Le 6, à las Animas, un décès.
Le 7, id. deux décès.
Le 8, à Chamal, un décès.
Le 9, deux décès à Santa Barbara, lejouroùles zouaves culbutèrent les bandes de Mendez.
A partir de Chamal, l'altitude devient plus considérable^. Santa Barbara est dans la vallée de ce nom, au milieu des marais. On y fait séjour ; le 10, deux décès.
Le 11, à la Casuela, pas de décès.
Le 12, à los Galitos, on monte sur les hauts plateaux, trois décès.
Le 13, arrivée à Tula de Tamaulipas, un décès.
Tula est tout à fait sur les hauts plateaux. L'entonnoir au fond duquel se trouve cette ville est encore fort élevé ; à l'ouest on voit une chaîne d'assez hautes collines, à l'est quelques croupes moins élevées, au sud les derniers contre-forts de la Huasteca. Une rivière peu considérable n'y fournit pas d'eau potable, que l'on est obligé d'aller chercher à deux kilomètres de là oii l'on rencontre quelques sources. Un vent souvent violent y souffle presque constamment, surtout vers le soir. La vallée est ouverte de tous les côtés.
On avait envoyé, le 26 août, une trentaine des plus malades de Tanquasnequi à Tampico, et vingt-cinq d'entre eux succombèrent dans les premiers jours.
A l'arrivée à ïula, M. le médecin-major Lévy, que • j'avais dirigé sur ce point après la mort d'Hoffmann, y prend la direction de l'ambulance.
Déjà une première évacuation avait été faite, d'après mes recommandations, sur San Luis de Potosi, oii j'ai traité successivement presque tout le bataillon d'Afrique, un grand nombre d'artilleurs, de soldats du train, du génie, d'infirmiers militaires, d'ouvriers d'administration qui faisaient partie de la colonne, et des chasseurs de France, des zouaves qui, quoique n'ayant fait que passer
dans les terres chaudes, y avaient néanmoins contracté les germes de maladies graves.
Cette première évacuation est arrivée le 22 septembre à San Luis de Potosi ; quatre des malades qu'elle comprenait étaient dans un si mauvais état que, craignant pour leur vie, on leur avait fait doubler la dernière étape, et que tous succombèrent à la dyssenterie qui, chez deux, était devenue hémorrhagique, l'un le 23 septembre, deux le 23 du même mois, et le quatrième le 3 novembre.
Elle se composait de la manière suivante :
Bataillon d'Afrique 61
Zouaves ^2
Chasseurs de France "12
B° d'artillerie 4
Train des équipages 3
Train d'artillerie 6
Génie 'I
Infirmiers militaires. . ^
Ouvriers d'administration 4-
Total m
Le tout ainsi réparti au point de vue des maladies et des résultats :
Bataillon d'Afrique.
Fièvre quotidienne simple. 7
Id. à forme diarrhéique 3
Id. id. dyssentérique 4
Id. avec embarras gastrique bilieux ... 6
Id. avec vomissements bilieux et diarrhée. 2
Fièvre tierce simple 3
Fièvre rémittente simple 2
Id. bilieuse 3
Fièvre pernicieuse comateuse "1 Mort le 25 sept.
délirante ^
choléri forme ^
Dyssenteries aiguës ^
A reparler 36
Ucporl
Dyssenteries chroniques
Dyssenteries liéraorrhagiqiies
Diarrhée ■ •
Id. devenue dyssentérique
Cachexie plus ou moins prononcée, suile de fièvre, de
diarrhée, de dyssentevie, avec ou sans infiltration, avec
ou sans engorgement des viscères abdominaux ....
Pneumonie suppurée
Totaux
Zouaves.
Tous blessés au combat de Chamal. Chez quatre la fièvre se manifesta; trois fois sous le type tierce, une fois sous le type quotidien.
Chasseurs de France.
Fièvre quotidienne simple 5
Id. avec embarras gastrique bilieux. ... 4
Fièvre tierce 2
Blessé 1
'6 Tous dccédés: unie 23 sept.; un le 26 dumèmcmois; un le Coct.; u!i le 24 oct.; un le22nov.
2 Un décès le 2oct.
'14 Deux décès : l'un le 30 sept.; l'autre le 3 nov. -1 Mort le 23 sept.
gT Décès : 10
ri* d'artillerie.
Fièvre quotidienne simple \
Id. rémittente bilieuse 4
Dyssenterie aiguë 1
Id. chronique 1 Décès le 3 déc.
Train d'artillerie.
Fièvre quotidienne avec embarras gastrique bilieux. . . 4
M. à forme diarrhéique 4
Fièvre tierce simple \
Dyssenterie bémorrhagique \ Décès le 40 oct.
Cachexie paludéenne 2
Train des équipages.
Fièvre quotidienne simple , 2
Id. tierce simple \
Génie.
Fièvre quo'idienne simple -1
Infirmiers militaires.
Fièvre quotidienne simple \
Ouvriers d'administration.
Fièvre quotidienne simple 2
Id. pernicieuse comateuse 1
Cachexie paludéenne avec inGltration générale. ..... i Décès le 6 oct.
Ce qui fait au total :
Maladies.
Fièvre quotidienne simple 20
Id. à forme diarrhéique 4
Id. Id. dyssentérique 4-
Id. avec embarras gastro-bilieux H
Id. avec diarrhée et vomissements bilieux. . . 2
Fièvre rémittente simple 2
Id. bilieuse 4
Fièvre tierce simple 10
Fièvre pernicieuse comateuse 2
Id. délirante 1
Id. cholériforme ■!
Dyssenterie aiguë 4
Id. chronique ^
Id. devenue hémorrhagique 3
Diarrhée 2
Diarrhée devenue dyssentérique I
Cachexie paludéenne
Pneumonie suppurée '
Blessés 9
Total 404
Décès.
Fièvre pernicieuse comateuse 4
Dyssenterie chronique 6
Id. hémorrhagique 2
Cachexie paludéenne 3
PneumoDie suppurée 1
Total -13
La plupart de ces évacués, comme ceux qui nous arriveront successivement, avaient été plus ou moins atteints dens les terres chaudes d'où dataient leurs affections; chez quelques-uns, cependant, en raison delà durée d'action des miasmes morbides dans tous les pays , on constata des cas nouveaux, et l'on observa même encore des accès pernicieux, ainsi que cela s'est produit chez le capitaine Pomey, mort le 21 septembre à Tula ; chez Ledu Laurens, mort le 2S septembre à Sans Luis de Potosi ; chez Dreher (Georges), qui a succombé en février 1866 aux suites d'une cachexie profonde, mais qui avait eu dans le principe une fièvre délirante très-grave, etc., tous éprouvés déjà par des attaques violentes à Tanquasnequi.
Jusqu'au 10 octobre, époque de la deuxième évacuation, je ne reçois que des hommes ayant accompagné la première et venantpar conséquent des terres chaudes, ou bien des militaires déjà sortis de l'hôpital et qui y rentrent pour des récidives. Ce sont :
23 septembre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple, l'" atteinte 1; récidive 3 ....... 4
Id. avec embarras gastrique bilieux, atteinte. 4
Fièvre intermitt. irrégul., ilem. récidive., i
24 septembre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple récidive . . 4
Id. avec embarras gastrique bilieux. 4'° atteinte. 4
Fièvre tierce simple récidive . . 4
Cliasseurs
à cheval. Fièvre quotidienne simple 4 atteinte. 4
Id. avec embarras gastrique bilieux. idem. 4
25 septembre.
Zouaves. . Fifevre quolidieune simple récidive . 2
IJ. avec embarras gastrique bilieux, -l^atleinle. i
Chasseurs
à cheval. Fièvre quotidienne avec embarras gastrique bilieux. V'alleinle. 1
Fièvre rémittente bilieuse idem. -1
26 septembre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple récidive . . 2
Fièvre rémittente bilieuse idem. 1
Faiblesse générale, suite de fièvre intermittente récidivée. ... i
27 septembre.
: simple
à cheval. Fièvre quotidienne avec embarras gastrique bilieux, récidive . . 4
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple récidive . . 1
Chasseurs
28 septembre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple, atteinte, 1; récidive, "1 2
Id. avec embarras gastrique bilieux, récidive . . 3
Fièvre tierce simple • idem. 2
Id. avec embarras gastrique bilieux . . . . -1" atteinte. 1
Chasseurs
à cheval. Fièvre quotidienne simple récidive . . 1
Fièvre tierce avec embarras gastrique bilieux. . . . idem. 1
Faiblesse générale, suite de fièvre intermittente récidivée i
29 septembre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne à forme diarrhéique récidive . . 1
Fièvre tierce simple idem. 4
Chasseurs
à cheval. Hépatite aiguë ,|
Infirmiers. Dyssenterie aiguë -1" atteinte. -1
30 septembre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne avec embarras gastrique bilieux, récidive . . )
Id. à forme diarrhéique idem. 4
Fièvre tierce avec embarras gastrique idem. 1
Fièvre rémittente bilieuse idem. 4
Fièvre intermittente irrégulière idem. 1
Faiblesse générale, suite de fièvre intermittente récidivée. . . . i
1" octobre.
Néant.
2 octobre.
Artillerie. Dyssenlerie
Néant.
récidive
3 octobre.
-l octobre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple ; récidive - . 1
Fièvre intermitt.irrégul. avec embarras gastrique bilieux, récidive. i
• , récidive 'I
d'Afrique. Fièvre quotidienne simple reoiuivc .
Fièvre tierce simple
5 octobre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple 1"= atteinte. 4
1(1. avec embarras gastrique bilieux. idem. 'l
6 octobre.
Néant.
7 octobre.
Zouaves.. Fièvre tierce simple 4- atteinte. 4
Chasseurs . .
à cheval. Fièvre quotidienne avec embarras gastrique bilieux, récidive . . '1
8 octobre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple récidive . . 2
Id. avec embarras gastrique bilieux, -t" atteinte. 1 Fièvre intermittente irrégulière récidive . . \
Ouvriers d'administration . . Fièvre quotidiénne simple récidive . . 1
9 octobre
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple récidivée • 3
Bataillon
d'Afrique. Fièvre quotidienne simple récidivée ^ *
Ce qui fait au total du 23 septembre au 10 octobre :
Fièvre quotidienne simple 1" atteinte. 4
récidi\;p . . 21
Fièvre quotidienne avec embarras gastrique bilieux. . , 1« atteinte. 7
l'I- . . récidive . . 6
Fièvre tierce simple 1" atteinte. i
}'^- récidive . . '6
Fièvre tierce avec embarras gastrique bilieux -l^altein e. 1
Id. récidive . . 2
Fièvre intermittente irrégulière simple idem. 2
Id- avec embarras gastrique bilieux. . idem. 2
Fièvre rémittente hil'.euse idem. 3
Fièvre quoiidiunne à forme diarrhéique idem. 2
Dyssenterie aiguë atteinte. 1
Id. récidive . . 4
Faiblesse générale, suite de fièvre intermittente récidivée 3
Hépatite aiguë 4
Première atteinte, Ih; récidive, 47; total. . . 62
Je dois faire observer, à propos des premières atteintes, qu'en même temps qu'elles se manifestent chez des hommes venant des terres chaudes, on en constate aussi dans la garnison qui n'est pas sortie de San Luis de Potosi, et dans la population elle-même de cette ville. Quant aux récidives, elles offrent ceci de particulier, relativement aux lièvres^ qu'elles ont le même type, les mêmes caractères que ceux qu'elles présentaient lors des premiers accès, à Tanquasnequi, à Santa Barbara, etc. La deuxième évacuation, partie de Tula le 3 octobre, arrive à San Luis.de Potosi le 10 octobre. Elle se compose ainsi qu'il suit :
Bataillon d'Afrique ^oo
Zouaves. . 2|
Chasseurs de France 2
Artillerie 8
Train des équipages 4
Interprète militaire ^
Total 188
Le tout ainsi réparti au point de vue des maladies et de leurs résultats :
Bataillon d'Afrique.
Fièvre intermittente quotidienne simple 20
Id. ■ avec embarras gastrique bilieux. . 3
Id. à forme diarrbcique 5
Id. dyssentérique 4
Id. avec diarrhée 4
Id. avec dysseaterie 6
Fièvre tierce simple 5
Id. avec embarras gastrique bilieux 2 '
Id. à forme dyssentérique 2
Fièvre rémittente simple 4
Id. bilieuse 2
Id. typhoïde i Mort le -19 oct.
Diarrhée simple 3
Id. dyssentérique 2
Id. chronique 2
Dyssenterie aiguë 3
Id. chronique 3 Décès 2: le 42 et
le 26 nov.
Cachexie plus ou moins prononcée, suite de fièvre, de diarrhée, de dyssenterie, avec ou sans infiltration,
avec ou sans engorgement des viscères abdominaux. 73 Un mort le ISoct.
Blessé -1
Bronch'te aigué 1
Totaux 155 Décès 4
Zouaves.
Fièvre quotidienne simple 6
Id. avec embarras gastrique bilieux. . 2
Fièvre tierce à forme diarrhéique 4 *
Fièvre rémittente simple 4
Faiblesse générale, suitede fièvre intermittente récidivée. 6
Dyssenterie aiguë 2
Total 21
Artillerie.
Fièvre quotidienne simple 1
Diarrhée simple i
Dys-enterie aiguë I
Cachexie paludéenne 5
Total. ...... 8
Chasseurs à cheval.
Fièvre réraillent& bilieuse 2
Train des équipages.
Cachexie, suite de fièvre et de dyssenlerie 1
Interprète mililaire.
Fièvre peniicieuse comateuse ^
Ce qui fait au total ;
Maladies.
Fièvre intermittente quotidienne simple . 36
Id. avec embarras gastrique bilieux. 5
Id. k forme diarrbéique 5
Id. Id. dyssemérique 4
Id. avec diarrhée. . 4
Id. avec dyssenterie 6
Fièvre tierce simple ^
Id. avec embarras gastrique bilieux 2
Id. à forme diarrbéique ^
Id. II. dyssenlériqup 2
Fièvre rémittente simple ^
Id. bilieuse 6
U. typhoïde ^
Diarrhée simple ^
Id. dyssentérique
Id. chronique ^
Dyssenterie aiguë ^
Id. chronique
Faiblesse générale, suite de fièvre intermittente récidivée. ... ^6
Cachexie plus ou moins prononcée, etc "'^
Bronchite aiguë ^
Blessé ■
Total 188
Décès.
Fièvre rémittente typhoïde. • ^
Dyssenterie chronique
Cachexie pahidéenne •
Total 4
Le même jour, il y avait trente-deux autres entrées ù l'hôpital, fournies tant par les militaires qui accompagnaient l'évacuation que par ceux dont la maladie récidivait, ou qui en étaient atteints pour la première fois à San Luis de Potosi, quoique éloignés déjà des terres chaudes depuis un certain temps. Ce sont :
Bataillon d'Afrique.
Fièvre quotidienne simple rccidivée 4
Id. devenue tierce 5
Recbiite de diarrliée , \
M. de dyssenterie 2
Zouaves.
Fièvre quotidienne simple 1™ atteinte. 2
Id. tierce simple Id. 6
Id. rémittente simple Id. \
Diarrhée aiguë Id. 2
Dyssenterie aiguë Id. A
Chasseurs de France.
Fièvre quotidienne simple atteinte. i
Id. avec embarras gastrique bilieux. Id. A
Id. devenue tierce 3
Fièvre irrégulière après aroir été une première fois rémittente. . 4
Fièvre rémittente simple atteinte. -1
Dyssenterie aiguë Id. '1
'10 récidives, premières atteintes. . . Total. . . 32
Nous remarquerons que les premières atteintes, qu'elles soient ou non des réminiscences des terres chaudes, ont le caractère des affections qui régnent dans le pays même, et n'ont pas plus de gravité. Dans les rechutes, les types commencent à se transformer, les accès à s'éloigner et à devenir plus simples, plus francs, plus complets, moins rebelles.
Le séjour sur les hauts plateaux, encore peu considérable il est vrai, n'a pas jusqu'à présent beaucoup changé l'état des hommes faisant partie de l'é-vacuation et qui presque tous ont beaucoup souffert dans les terres chaudes.
Du 10 octobre au 29 du même mois, époque de l'arrivée de la troisième évacuation à San Luis de Potosi, ce sont encore des premières atteintes ou des rechutes. Je ne parle et ne parlerai, bien entendu, toujours que des hommes ayant fait partie de la colonne du Tamaulipas.
Nous avons :
il octobre .
Bataillon
(PAtrique. Fièvre quotidienne simple récidive . .
de France. Fièvre tierce simple i^ atleinle.
Train des
équipages. Fièvre quotidienne devenue tierce
Dyssenterie aiguë 4 "atteinte.
Infirmiers , .
militaires. Fièvre quotidienne simple récidive . .
■12 octobre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple • récidive . .
Id. avec embarras gastrique bilieux I'^-
Id. devenue tierce
Fièvre rémittente simple récidive. . .
Faiblesse générale suite de fièvre réciJivée
Cbasseurs de France.
Artillerie. .
Fièvre quotidienne devenue tierce • • •
13 octobre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple. atteinte.
Train des . .
équipages. Fièvre tierce simple reciane. . .
Infirmiers
militaires. Fièvre quotidienne devenue tierce
14 octobre.
Zouaves. . Fièvre quotidienne simple • • récidive. . . <
Id. avec embarras gastrique
bilieux Id-
Train des , ,, • , i
équipages. Fièvre tierce simple 1- atteinte.
Fièvre quotidienne récidivéc avec diarrhée