‹ Le Mexique considéré au point de vue médico-chirurgicalChapitre 4 sur 11 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Pendant mon séjour de plus de cinq ans au Mexique, je n'ai guère fait que passer à Vera-Cruz ; je dois par conséquent m'abstenir de parler de tout ce qui se rattache à cette localité, et je ne puis dire que quelques mots de la fièvre jaune qui, non-seulement diffère d'année en année dans le même lieu, mais qui encore présente, dans la même saison, des caractères variables selon que l'épidémie est à son début, dans sa période d'état ou à son déclin.

Il m'a semblé que cette affection avait, sinon une analogie absolue , du moins une certaine parenté avec les fièvres intermittentes, rémittentes, etc. Toutes ces maladies se confondent à tel point, au commencement et surtout à la fin de certaines épidémies, que l'on discute souvent pour savoir si l'on a affaire à un vomito ou à une fièvre palustre dans le sens que nous l'entendons. J'ai vu, à Orizaba, des hommes qui éprouvaient des phénomènes identiquement semblables à ceux qu'ils avaient ressentis à Yera-Cruz, où on les rattachait à la fièvre jaune , et qui

guérissaient par le sulfate de quinine. Partant de ce prin-

cipe , peut-être découvrira-t-on un jour un spécifique contre cet empoisonnement général qui a souvent deux périodes distinctes, laissant entre elles une sorte d'intermittence, sans que l'on puisse dire toujours si la seconde suivra nécessairement la première.

Ce qui m'a le plus frappé dans ma courte période d'observation, comme je l'écrivais à M. le président du conseil de santé, au mois d'avril 1862, ce sont les degrés, c'est la multiplicité des formes que tend à revêtir la fièvre jaune. En voici quelques exemples :

Peu après mon débarquement, j'éprouve un malaise général fébrile avec céphalalgie, barre dans les reins, embarras gastro-intestinal, etc.; je me purge immédiatement et je guéris rapidement. Etais-je sous l'influence d'une fièvre d'acclimatation ou d'une fièvre jaune? Si c'était une fièvre jaune, elle était au moins légère.

A un deuxième degré, la maladie débute de la même manière, chez le médecin en chef Lallemand, auquel je ne parviens à faire faire ce que j'avais fait moi-même que quand déjà son énergique volonté a été obligée de flécliir. En raison de sa constitution, de son tempérament, des symptômes inflammatoires qui se manifestent, d'accord avec M. Gantelme, chirurgien principal de la marine, nous insistons sur les purgatifs et nous avons recours à la saignée. Pendant vingt-quatre heures un mieux extrêmement sensible se produit, mais la deuxième période arrive, et la mort en résulte.

Mômes phénomènes de forme inflammatoire chez

M. Houchard, comptable des subsistances, auquel rien ne manque, pas môme la pratique des femmes du pays, qui font métier de soigner le vomito. La mort a malheureusement lieu cependant, et néanmoins la maladie, comme chez Lallemand, était certainement à un degré moindre que dans les cas suivants, qui ont été presque foudroyants, tout en s'annonçant avec un aspect différent,

M. l'aide-major Michaux, après plusieurs quarts de nuit passés au chevet de Lallemand, se couche un matin, persuadé qu'il a contracté la fièvre jaune. Quoique nous fassions, l'inquiétude s'empare de son esprit, son moral en est profondément affecté, il se considère tout de suite comme voué à un trépas certain, et il ne tarde pas à être en proie à des phénomènes ataxiques de toute espèce qui l'emportent rapidement.

Chez M. Ancelin, chirurgien de la marine, la raisonne cesse pas un seul instant d'exister, la confiance persiste jusqu'au dernier moment, il n'y a pas de souffrances, mais le pouls devient bien vite petit, faible, la peau tend à se refroidir, l'adynamie se prononce de plus en plus, et . chez lui comme chez M. Michaux, une fin très-prompte arrive au milieu de tous les symptômes caractéristiques de la fièvre jaune. De part et d'autre on se serait presque cru en face de certaines espèces d'accès pernicieux.

Lallemand, Houchard, étaient doués d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin ; Michaux, Ancelin, d'une constitution moins robuste, avaient un tempérament nerveux.

Que dire de ces faits? c'est que le principe morbide du vomito étant considéré le môme, subissant seulement des modifications suivant des conditions d'air, de lieu, etc., manifeste son existence dans l'économie d'une manière différente, selon la dose à laquelle il agit, et selon aussi le terrain qu'il rencontre. Mais quel est ce principe morbide? On a bien décrit, d'une manière générale, les symptômes de la fièvre jaune ; la connaissance des lésions anatomiques laisse peu à désirer ; quant à Tétiologie, il faut avouer que rien de bien sérieux n'a encore été fait jusqu'à présent à cet égard, et c'est un point qui mérite surtout d'être éclairci. C'est un miasme, on en convient généralement, qui produit la maladie en question, et ce miasme n'est probablement pas bien différent de celui qui engendre les fièvres paludéennes (i). Ce dernier a trouvé son antidode et il se peut que celui du premier en soit

(1) Lorsque, au mois d'octobre, les vents du nord habituels, vents d'ordinaire très-violents, chassent les miasmes qui s'exhalent des marais stagnants du Bajio, de la Tembladera, de la Hormiga, da rancho de la Hortaliza, d'Arjona, etc., situés autour de Vera-Cruz, alors cette ville est comparativement saine, tant sous le rapport des fièvres intermittentes que sous celui du vomito ; mais vers la fin de mars ou au commencement d'avril, quand les vents cessent, que les feux du soleil, reprenant toute leur ardeur, vierment de nouveau activer dans les marais les décompositions de matières mortes, et que les miasmes peuvent se condenser librement dans une atmosphère que rien n'agite plus, alors les maladies reparaissent avec une nouvelle intensité.

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bien voisin. En attendant qu'on le connaisse, les efforts du vulgaire, comme ceux du médecin, tendent à chasser de l'organisme le poison de la fièvre jaune, par les sueurs, les selles, le sang, etc., et c'est encore ce qu'il y a de mieux à faire, en tenant compte des indications diverses qui peuvent se présenter. Je laisse à mon ami, M. le médecin principal Fuzier, le soin d'en dire davantage sur ce sujet, et avec plus de compétence.

De Vera-Cruz, où je reste seulement du 24 mars à la fin d'avril 1862, je traverse les terres chaudes, et je m'élève rapidement sur les plateaux intermédiaires, puis sur les hauts plateaux du Mexique, que je ne quitte qu'au moment de l'évacuation de l'armée, au commencement de 1867. Pendant tout ce temps, mon attention a sans cesse été portée sur les phénomènes que présente l'organisme sous l'influence des modificateurs multiples qu'on rencontre à ces hauteurs différentes. J'ai adressé, à cet égard, un nombre considérable de lettres à mes savants et vénérés maîtres, M. Michel Lévy, M. le baron Larrey, et ce sont les faits contenus dans cette longue correspondance que je me propose aujourd'hui d'analyser, de classer, de coordonner.

Je le ferai avec tout le soin et toute l'indépendance que mérite une pareille question, qui n'a guère encore été étudiée, et qui intéresse, non-seulement la science, mais encore la vie de plusieurs millions de nos semblables.

Ce qui se passe, en effet, sur les altitudes mexicaines peut sans doute se rapporter aussi à celles de la Nouvelle-

Grenade, de la Bolivie, du Pérou ; en un mot à toutes ces régions de l'Amérique centrale et de l'Amérique méridionale, habitées par des peuples entiers, et oîi, entre autres modifications, l'air compte souvent un quart de diminution dans son poids et sa densité.

On voit dès à présent quelle est l'importance de ce sujet qui touche d'une manière directe aux sources de l'existence et au maintien de la santé. Je ne m'en dissimule pas les difficultés, et c'est pourquoi j'ai pris, en commençant mon ouvrage, la devise que la Société de géographie et de statistique, de Mexico a placée elle-même en tête de ses bulletins :

Quod si deficiant vires, audacia certe Laus erit : in magnis et voluisse sat est.

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