‹ Le Mexique considéré au point de vue médico-chirurgicalChapitre 9 sur 11 · i décembre · texte numérisé non relu

i décembre

Néant.

25 décembre.

Bataillon . • i

d'Afrique. Fièvre tierce simple, fièvre rémitt. et quotidienne antérieure. 1

26 décembre.

Bataillon

d'Afrique. Rechute de diarrhée

27 décembre.

Néant.

28 décembre.

hée

Bataillon .

d'Afrique. Fièvre quotidienne récidivée avec diarrhée

Cachexie avec engorgements viscéraux. ^ Diarrhée chronique

29, 30 ci 31 décembre.

Néant.

Ce qui fait au total du 30 octobre au 31 décembre :

Maladies.

Fièvre quotidienne simple récidivée

Id. récidivée avec diarrhée '6

Id. avec dyssenterie ^

Id. ^vec hémorrhagie intestinale. ... •

Id. avec crampes et vomissements. . . 1

Id. ivec état cachectique '10

Id. avec congestion pulmonaire .... 2 Id. devenue tierce

Fièvre tierce simple récidivée

Id. récidivée avec diarrhée ^

Id. avec état cachectique

Fièvre rémittente devenue quotidienne • . . . . 2

Id. devenue tierce ^

A reporter. 85

Itepuri.

eo

Fièvre irréguliiife devenue tierce '.

Id» récidivéc nvci^ diavriiée

Id. faiblesse générale, accès antérieurs de fièvre. .

8 \ décès.

la. laiblesse générale, accus ant. de fièvre. .

Id. fièvre intermiltenle etdiarrhée antérieure.

Première alleinte : 43. — Récidive : 140. — Total général. . . 133

Les différents corps de la colonne du Tamaulipas. les zouaves et les chasseurs qui sont allés les chercher à Tanquasnequi, nous ont ainsi présenté comme entrées à l'hôpital militaire de San Luis de Potosi :

Bataillon d'Afrique.

Entrées. Décès.

21 septembre 4 4

22 septembre (51 10 Une pneumonie suppurée.

Jusqu'au 10 octobre 4 »

40 octobre 167 4

Jusqu'au 29 octobre 23 »

29 octobre .98 43

Jusqu'au 31 décembre 106 4

Totaux. . . 463" 32

Zouaves.

Entrées. Décès

22 septembre 4 »

Jusqu'au 40 octobre 43 »

Entrées. Décès.

10 octobre "

Jusqu'au 29 octobre 3* "

Jusqu'au 31 décembre "

Total. . . 127 »

Chasseurs de France.

Entrées. Décès.

22 septembre "

Jusqu'au -10 octobre "

40 octobre ''^

Jusqu'où 31 décembre ''^^ , 1^

Total. . . 49 "»

5e d'artillerie.

Enirécs. Décès.

22 septembre *

Jusqu'au 40 octobre \ "

40 octobre • ^ "

Jusqu'au 29 octobre ''^ "

29 octobre ^ "

Jusqu'au 34 décembre. 9^ "

Total. '. 34- 4

Train d'artillerie.

Entrées.

22 septembre ^

Train des équipages.

Entrées.

22 sei'tembre ^

40 octobre

Du 10 octobre au 30 décembre 23

Total. . . 27 »

Génie.

Entrées. Décès.

22 septembre "

Jusqu'au 34 décembre 2 »^

Total. . . 3 »

Décès.

Décès.

Infirmiers militaires.

Entrées. Décès.

22 septembre j[ »

Jusqu'au 10 octobre \ »>

Jusqu'au Z\ décembre 5 »

Total. . . 7 »

Ouvriers d'administration.

Eotrées. Décès,

22 septembre 4 -1

Jusqu'au 10 octobre 1 »

Jusqu'au 31 décembre 1 1

Total. . . 6 2 Totaux des entrées : 716. — Des décès : 37.

Interprèle militaire: 2=718.

Comme maladies :

Premières

alteinles.

RécidîTq^

Id.

avec embarras gastro-inteïtinal

Id.

avec diarrhée et vomissements.

Id.

avec crampes et vomissements.

Id.

devenue tierce

Id.

récidivée avec dyssenterie . .

Id.

récidivée avec diarrhée. . . .

Id.

Id.

Id. dyssentérique . , . .

Id.

Id. Id. accès an-

Id.

avec hémorrhagie intestinale.

Id.

Id.

avec congestion pulmonaire. .

Id.

Id.

Id.

avec embarras gastro-intestinal. .

Id.

Id.

Id.

avec diarrhée

A reporter. 61

Premières

atteintes. RccidWes.

Report.

Fièvre tierce simple rccidivée avec diarrhée. . .

Id. Id. avec état cachectique.". .

Id. avec embarras gastro-intestinal.

Id. après avoir élé rémittente . . .

Id. devenue tierce

Id. avec état cachectique

norvpiiQp avpr jiffiiihlissertiont

lu. liCLVCUSu UlCU U 11(1 1 U 11 ODCUJUli t

Id. avec diarrhée

Id. avec faiblesse générale, accès anté-

Id. ■! " atteinte, accès antérieurs de fièvre. .

Id. héraorrhagique, accès antérieurs de

Id. avec arthrite du genou , amputa-

Totaux. . . 288 283 447 = 718.

Comme décès :

Fièvre rémitlente typhoïde ~

1(1. dyssentérique 3

Id. nerveuse avec affaiblissement profond ^

Fièvre pernicieuse comateuse ^

Dyssenterie clironique 8

Id. héniorrliagiquc -

Id. arthrite purulente du genou, abcès de la cuisse, amputation

au tiers supérieur

Diarrhée chronique ^

Cachexie 8

Pneumonie suppurée ^

Total 32

On remarquera que si les zouaves et les chasseurs de France qui n'avaient pas séjourné dans les terres chaudes, ont offert néanmoins des cas nombreux de fièvre, de diarrhée, de dyssenterie, d'un autre côté ils n'ont fourni aucun décès.

Tandis que des zouaves et des chasseurs de France ont présenté leurs premières atteintes sur les hauts plateaux, ce fait a été infiniment plus rare pour les hommes du bataillon, du train, de l'artillerie, etc., qui avaient fait partie de la colonne du Tamaulipas.

Chez les zouaves et les chasseurs à cheval, l'imprégna • tion étant moins profonde, la constitution moins affaibUe, la résistance vitale plus grande, les rechutes se sont continuées moins longtemps, et ont perdu plus rapidement leur caractère de gravité que chez les soldats du bataillon d'Afrique, du train, de l'artillerie, etc.

Le chiffre sept cent dix-huit cité plus haut n'exprime pas celui des individus, plusieurs d'entre eux étant entrés

à l'hôpital à différentes reprises pour des rechutes. Ce que l'on peut dire, c'est qu'il n'est peut-être pas dix hommes de la colonne du ïamaulipas qui n'aient été éprouvés d'une manière quelconque, tandis que pour les zouaves et les chasseurs à cheval, il y en a eu un environ sur cinq ou six.

En janvier, le bataillon étant retourné à Tula plus tôt que je ne l'aurais désiré et que je n'en avais manifesté l'opportunité, il eut encore des rechutes de fièvre, de diarrhée, etc., dans ses excursions du côté de Victoria, de Tantayouquita, etc. Il avait laissé à San Luis de Potosi ses cachectiques qui fournirent trois nouveaux décès, jusqu'au 6 février 1866, époque de mon départ pour l'expédition du Nord. .,>^

A cette date, les morts connues officiellement se montaient, pour ce bataillon d'Afrique, depuis son arrivée à Tampico, à cent cinquante-neuf :

A Tampico 41

Tanquasnequi 20

Tula -18

San Luis de Polosi 3b

Queretaro '10

Mesico 2

Route de Tanquasnequi à Tuln !21

Route de Tula à San Luis de Potosi 3

A l'ennemi (pour mémoire) 5

Autres 4

TolaL ... 459

Je suis convaincu qu'aujourd'hui Queretaro et Mexico en ont fourni un nombre beaucoup plus considérable. A San Luis même, depuis mon départ, la mortalité ne s'est

pas arrêtée. « J'ai eu quatre décès, m'écrivait M. le docteur Farine à la date du 16 mars, et ce ne sera pas tout. Il est encore des hommes atteints de nombreux abcès critiques, de vastes escarres au sacrum, de diarrhées intarissables, etc., qui succomberont fatalement. »

Le bataillon d'Afrique ayant de nouveau quitté Tula au commencement de février, pour venir se joindre, à Matehuala, à la colonne de M. le général Douay, se trouve aujourd'hui, mars 1866, à Saltillo, et ses conditions sont bonnes.

11 résulte de cet exposé, relativement aux fièvres :

r Que tout en ne se montrant plus guère que chez des hommes qui en avaient déjà été atteints à Tampico, à Tanquasnequi, à Santa Barbara, etc., elles conservaient dans le principe leur type et leurs caractères ;

2° Que les accès devenaient ensuite moins graves, plus complets, plus franchement intermittents dans les récidives, qui furent nombreuses, mais qui s'éloignèrent de plus en plus;

3° Que tout cachet de perniciosité disparaissait au fur et à mesure de la prolongation du séjour sur les hauts plateaux;

4° Que la congestion de la rate ne faisait pas défaut aux accès, mais que les attaques nouvelles n'entraînaient plus d'engorgements viscéraux ;

S° Que souvent, au début, les accès se manifestaient sous forme diarrhéique, dyssentérique, et n'en guérissaient

pas moins, comme les autres accès, à l'aide de quelques doses de sulfate de quinine;

6" Que ces fièvres intermittentes à forme diarrhéique, dyssentérique, surtout les dernières, lorsqu'elles s'accompagnaient d'un état bilieux général, avec coloration jaune de la peau, des conjonctives, pouvaient simuler, jusqu'à un certain point, la fièvre jaune, mais guérissaient encore sous l'influence du sulfate de quinine aidé de l'ipéca;

7° Que les phénomènes bilieuf , entre autres les vomissements violents qui compliquaient les fièvres à l'origine, devenaient de plus en plus rares ;

8° Qu'il en était de même pour les phénomènes de congestion pulmonaire et cérébrale, liés assez souvent aux accès;

9° Que la cachexie que les rechutes laissaient après elles n'était pas plus grande ni de plus longue durée qu'elle ne l'aurait été au niveau des mers, et qu'elle s'améliorait assez rapideipent sous l'influence de l'hydrothérapie, d'un régime tonique approprié ;

10° Que lorsque cette cachexie était profonde et qu'elle existait à l'arrivée, l'économie, en lutte avec des conditions nouvelles, s'épuisait alors en efforts impuissants pour se mettre en équilibre avec ces conditions et pour sortir de son anéantissement ;

11° Que, dans ce dernier cas, la ' convalescence était longue et difficile , par défaut de force et de réaction nécessaires pour combattre la faiblesse en môme temps que les effets de l'acclimatement.

Relativement aux diarrhées et aux dyssenteries :

1° Que quand ces affections étaient récentes , chez des individus bien constitués, non affaibhs déjà , elles gHérissaient bien ;

2° Qu'alors la réaction qu'elles suscitaient était atténuée par l'influence première du climat des altitudes considéré d'une manière générale ;

3° Que, dans des conditions opposées, cette réaction faisait défaut; que les selles pouvaient bien changer de nature, diminuer de nombre , etc. , mais que l'organisme restait dans la langueur, que la nutrition devenait impossible, que l'anémie se prononçait de plus en plus, et que les sujets succombaient dans le marasme le plus complet alors qu'à l'autopsie on trouvait souvent l'intestin cicatrisé ou en voie de cicatrisation ;

4° Que, dans plusieurs cas, des diarrhées simples devenaient des diarrhées dyssentériques, de véritables diarrhées sanguines, et des dyssenteries simples , des dyssenteries hémorrhagiques ;

S" Qu'à leur arrivée, les diarrhées , les dyssenteries étaient pour la plupart accompagnées , comme les fièvres, de phénomènes bilieux ;

6° Que dans les rechutes, qui furent plus rares que pour les fièvres , les complications du côté du foie manquaient d'habitude;

7° Que dans les diarrhées, comme dans les dyssenteries aiguës, les pilules de Segond, l'ipéca à dose vomitive

d'abord, puis à dose fractionnée, nous rendaient d'incontestables services ;

8" Que dans les diarrhées comme dans les dyssenteries chroniques, il fallait insister sur le régime, qui devait être composé, de potages, d'œufs, de viande de facile digestion, et donner en même temps des toniques opiacés, comme le vin de cannelle, le vin de quinquina et même le fer. Un peu de sous-nitrate de bismuth, pris dans les premières cuillerées de potage, était aussi alors d'une grande utilité, et cette médication simple , unie à des frictions excitantes à la surface du corps , à une hygiène bien en- 'tendue, suffisait dans la plupart des cas à la guérison, quand elle était encore possible.

D'oii l'on peut conclure :

1" Que les fièvres intermittentes se troùvent mieux que les diarrhées et les dyssenteries contractées dans les terres chaudes du Mexique, du séjour des hauts plateaux ;

2» Que les fièvres intermittentes, les diarrhées et les dyssenteries contractées dans les terres chaudes du Mexique, éprouvent une amélioration réelle de leur transport sur les hauteurs, lorsqu'elles sont encore à l'état aigu et que les forces du sujet ne sont pas sensiblement affaiblies ;

3° Que le contraire a lieu lorsque ces afi"ections revêtent déjà un caractère chronique, et ceci d'autant plus que l'état cachectique est déjà plus prononcé.

A différentes époques, nous reçûmes sur les hauts plateaux des fièvres intermittentes, des diarrhées, des dyssenteries, venant d'Acapulco, de Mazatlan, des régions voi-

sincs de Matamoros, etc., et toujours nous observâmes les mômes phénomènes, de sorte que les conclusions qu'on vient de lire peuvent être considérées comme l'expression d'une vérité absolue.

Une remarque à faire ici, c'est que toutes les évacuations s'étant toujours faites de bas en haut, il est arrivé sur les altitudes un nombre considérable de malades dont une partie au moins a succombé, sur ces mêmes altitudes, aux affections graves qu'ils y apportaient des niveaux inférieurs. C'est ainsi que si la statistique veut, à propos de la mortalité du corps expéditionnaire , dresser des états comparatifs pour les terres chaudes , les terres tempérées et les terres froides, elle trouvera nécessairement pour ces dernières des chifiFres incapables de rendre compte des influences climatologiques diverses qu'on y rencontre. C'est là un fait important qu'il est indispensable de ne point perdre de vue, si l'on ne veut commettre de regrettables erreurs.

En première ligne, comme essentiellement malsaines et mortifères, il faut placer les terres chaudes. Nous avons vu ce qu'il en était pour le Tamaulipas, et il n'en est pas autrement pour toutes les rives de l'Atlantique et du Pacifique où le sol crayeux, argileux, sablonneux, est parcouru dans tous les sens par des rivières, des ruisseaux, des lacs, des lagunes, et surtout par des marais alimentés par les torrents qui se précipitent des hauteurs voisines.

Eu quittant les plaines marécageuses qui s'étendent le

long des côtes, où règne une chaleur excessive , tempérée d'octobre en mars par de forts vents du nord , qui amènent tout à coup des régions polaires, sans aucune transition, des courants d'air glacial, on s'élève rapidement dans des contrées où la végétation est à tel point luxuriante, que c'est à peine si les centres de population parviennent à interrompre les immenses bosquets oii les feuilles des arbres, qui sont énormes et extrêmement variés, meurent pour renaître sans cesse, où des forêts de chênes, de storax, de chines, de melastomes et de cèdres couvrent le flanc des montagnes , où les plus belles fleurs émaillent la terre, où les fruits sont en nombre et en espèces infinies, où le maïs, la canne à sucre, le cacao, etc., acquièrent des proportions incroyables , où les palmiers, les bananiers protègent de leur ombre ou renversent de leur souffle les pauvres cabanes des Indiens, etc., etc.

Il y a ici en trop ce qui manque sur les hauts plateaux, où le défaut de plantations , en plusieurs points , laisse à l'atmosphère toute sa sécheresse, en même temps qu'il écarte les extrêmes de froid et de chaleur pour donner une plus grande violence aux courants atmosphériques, etc., etc.

Ici, c'est une sécheresse trop grande qui, jointe à la

diminution de pression atmosphérique, rend l'évaporation

continuellement très-active ; là, c'est une chaleur humide,

par suite des pluies qui régnent presque toute l'année ;

mais qui est surtout marquée lorsque l'on arrive dans la

région des nuages, où, sous son influence, les fièvres

intermittentes se développent, en môme temps que les diarrhées, les dyssenterics, les maladies du foie sévissent sur une vaste échelle.

x\u-dessus de la région des nuages, il y a ù tenir compte de l'activité fonctionnelle, de la sécheresse de Tair, et môme de l'élévation de température , comme nous le verrons , sans oubher d'autres conditions sur lesquelles nous aurons à nous expliquer, et qui, presque toutes, peuvent ôtre modifiées, sinon neutralisées complètement. Au-dessous de cette région, les affections palustres qu'on rencontre sont susceptibles de diminuer beaucoup , ainsi que je l'ai dit, par des déboisements, des dessèchements bien entendus, bien compris. On n'a jamais songé à envoyer des malades des hauts plateaux à Orizaba, et c'est à Cordova, un peu trop haut encore, que l'on avait établi un dépôt de convalescents pour les hommes du régiment étranger qui ne devaient pas être renvoyés en France.

A la descente des haitts plateaux, les maladies du cœur, des bronches, des poumons, en dehors de la phthisie, et encore de la phthisie à un certain degré, éprouvent une amélioration réelle , en même temps que les affections en firénéral, tendent de moins en moins à revêtir un cachet typhoïde, adynamiquc. C'est ce que j'ai remarqué lors de l'évacuation de 1867. Mais en même temps j'observais que les fiévreux deMazallan, de Guaymas, etc., dont l'état s'était un peu amélioré sur les altitudes, ressentaient une influence mauvaise du séjour à Orizaba. Les hommes, au sortir des hôpitaux de San José, de San Bartholo , et en-

voyés au dépôt de convalescents que nous avions établi a l'ancien hôpital de la Concordia, étaient presque aussitôt en proie à des récidives, en mêrae temps que les diarrhées et les dyssenteries en emportaient un grand nombre. Nous étions menacés de voir reparaître les états cachectiques de 1 862 ; mais heureusement , le mouvement se continuant rapidement, on quitta bientôt cette ville pour aller s'embarquer.

Coup d'œil relatif aux. migrations , mouvements , établissements , mœurs , coutumes , etc. , des premières tribus indiennes sur l'Anahuac; fondation de Mexico, etc., etc.

Avant d'aborder la troisième partie, qui me fournira la matière du deuxième volume, et qui comprendra tout ce qui a rapport à la physiologie, à l'hygiène, à la patholologie, etc., etc., des hauts plateaux, il me paraît intéressant de jeter un coup d'œil sur les migrations, les mouvements, les étabUssements, etc., des tribus indiennes au Mexique.

Antérieurement aux Toltèques, qui furent les Pelasges de cette contrée, il est probable, comme le dit de Humboldt, que d'autres tribus y apparurent au Nord : par exemple les Olmecas, les Cuitlatecas, les Zacatecas, les Tarascas et les Otomites, qui ne se composaient, à l'ori- . sine, que de chasseurs indépendants, vivant sans chefs dans de^ grottes, et qui ne commencèrent à se livrer à l'agriculture que vers le xv' siècle, moment oii ils élevèrent des villes, dont on retrouve encore des traces sur plusieurs points du Mexique, oii leurs rares descendants se

livrent spécialement aujourd'hui à la fabrication des tissus de laine. Leur nom est, dit-on, une figure tirée de leur vie errante et de leur manière de se couper les cheveux [otli, chemin, et tomitl^ cheveux).

Quoiqu'il en soit, les Toltèques, en mexicain toltecatles ou naturels de ToUan, dans l'Amérique méridionale, sont les premiers émigrants sur lesquels on possède quelques renseignements exacts. Expulsés de leur patrie, Hueliuetlapallan, nous avons dit quand et comment ils arrivèrent, après cent vingt-quatre ans de marche vers le sud, à Tollan ou Tula, la plus antique cité de l'Anahuac, métropole de leur nation, résidence de leurs rois, qui furent au nombre de huit, et dont le premier commença à régner en 667 de l'ère vulgaire.

Les Toltèques, qui jouissaient d'une civilisation avancée, prospérèrent pendant quatre cents ans, d'après Prescott, et c'est vers 10S2 qu'en proie aux maladies, à la famine qu'engendrait le manque de pluies, ils se virent forcés, pour échapper à toutes les calamités qui les décimaient, de se disperser dans le Yucatan, le Guatemala, et dans la vallée de Mexico elle-même, du côté de Cholula, de Tlaximaloyan, etc., etc. Torquemada rappelle à cet égard d'antiques peintures hiéroglyphiques qui représentent un géant formidable étouffant entre ses bras les Toltèques au milieu d'une fête oii ils se réjouissaient, et un enfant dont la tête était atteinte d'une pourriture qui leur communiquait la contagion.

Plus d'un siècle après les Toltèques, en 1170, vinrent

les Chichimèques, dont le nom, au dire de Torquemada, tire son origine de techiclùmani ou suceurs, parce qu'ils auraient eu l'habitude de sucer le sang des animaux dont ils s'emparaient, Béthancourt prétend au contraire que ce nom, dérivé de chichime^ chien, leur aurait été donné en signe de mépris par les peuplades qu'ils rencontrèrent. D'autres enfin croient que Chichimèquc vient de c/izc/<w72e, chien, et can lieu, lieu des chiens. Dans tous les cas, le pays originaire des Chichimèques est considéré comme étant Amaquemecan, dont on ignore la situation, de même que l'on est incertain sur les causes qui déterminèrent ces émigrants a quitter leur patrie.

Arrivés dans la vallée de Mexico à l'état demi-sauvage, ils trouvèrent à Cliapultepec et à Coyoacan les restes des Toltèques, avec lesquels ils fii-ent alliance, et qui leur apprirent à aimer le maïs et d'autres fruits, à cultiver la terre, à extraire et à fondre les métaux, à travailler la pierre, à filer et à tisser le coton, à se vêtir, à se loger, etc., etc. Ils s'établirent d'abord à Tenayuca, à seize milles vers le nord de l'endroit ovi s'éleva ensuite Mexico. Sous leur quatrième roi, Quinatzin, dont le cadavre fut ouvert et enduit, après extraction des entrailles, d'une préparation aromatique destinée à le préserver de la corruption, ils transférèrent leur capitale à Texcoco, oîi elle resta jusqu'à la conquête espagnole.

Suivis de près, dans leurs migrations, par les Acolhuis, dont je vais bientôt parler, les Cliicliimèques s'unirent à ces derniers de manière à ne plus former qu'une seule nation

qui prit le nom d'Acolhua, et leur royaume lut appelé Acolhuacan.

Cependant une certaine partie des Chichimcques resta à l'état sauvage ; elle se retira, avec ce qui survivait d'Otomites, au nord de Mexico, d'où, pendant plusieurs années, leurs descendants inquiétèrent les conquérants espagnols.

Huit ans après les Chicliimèques, en 1178, arrivèrent surl'Analiuac sept tribus que l'on appelle Nahuatlecas, nom dérivé (Ïa7iahuac, qui ne signifie pas péninsule, comme le prétend Guerra, mais dont l'étymologie est atl^ eau, et nahuac^ autour, c'est-à-dire lieu autour de l'eau. C'est ainsi que dans le principe on désignait la vallée de Mexico. Cette dénomination s'étendit dans la suite au territoire formé par l'empire des Aztèques, par les royaumes d' Acolhuacan, duMichoacan, par les républiques de Tlaxcala, de Cholula, d'Huexotzinco ; puis elle comprit tous les hauts plateaux, comme cela a encore lieu aujourd'hui.

Les sept tribus dont nous venons de parler se succédèrent dans l'ordre suivant : les Xochimilcos d'abord, ensuite les Chalcos, puis les Tepanecos, les Acolhuis, les Tlahuicos, les Tlaxcaltecos et enfin les Aztecos ou Mexi cains.

Ces sept tribus faisaient partie d'une même nation, puisque toutes parlaient le même idiome, l'idiome aztèque. Toutes émigrèrent de l'Amérique septentrionale ou Aztlan, le pays des hérons, pi.paraît avoir été leur patrie commune. Elles se dirigèrent au sud l'une après l'autre, et,

parties du niveau des mers, elles vinrent se fixer en grande majorité sur les hauts plateaux, oii elles prospérèrent, et 011, selon tous les historiens, elles étaient dans un état des plus florissants lors de l'arrivée de Cortès.

Elles reçurent leur nom, comme l'observe Clavijero, des villes qu'elles fondèrent et oii elles s'établirent.

Les Xochimilcos élevèrent Xochimilco, mot qui vient de xochilt^ fleur, et de milli^ terrain, c'est-à-dire lieu des champs de fleurs. Cette cité, située sur les bords du lac de ce nom, était anciennement, après Mexico et Texcoco, la plus importante de la vallée de Mexico. Cortès dit que sa population était considérable, ses temples nombreux, ses édifices magnifiques, et ses jardins flottants ou chinampas d'une beauté remarquable.

Les Xochimilcos opposèrent d'abord une résistance sérieuse aux Espagnols lors du siège de Mexico, et plus tard ils se joignirent à eux.

Les Chalcos bâtirent Chalco, dont j'ai déjà parlé, et dont le nom vient de chalchihuitl^ qui signifie pierre fine (Clavijero, de Humboldt) .

Après l'expédition périlleuse d'Itztapalapan, oii les Espagnols faillirent être engloutis ; après la soumission de Mizcuic et d'Otumba, Cortès, apprenant- que les Chalcos voulaient se réunir à lui, mais qu'ils n'osaient le faire par crainte de la garnison mexicaine qui se trouvait dans leur place, leur envoya Sandoval, qui battit l'ennemi aux portes de la ville, oii il entra en triomphe,«»t dont les habitants devinrent dans la suite de fidèles alliés des conquérants.

Les Tepanecos fondèrent d'abord Tepan, dérivé de tell, pierre, lieu pierreux. Ils élevèrent ensuite Azcapotzalco {azcatl, fourrai, et potzalli, taupinière), puis ils firent la conquête du royaume d'Acolliuacan, et devinrent ainsi une puissance considérable subjuguée à son tour, et 14215, par les armées réunies des Mexicains et de l'ancienne famille royale de Texcoco, Le territoire tepan èque fut dès lors démembré, et le roi mexicain Itscoalt en retint une partie, tandis qu'avec l'autre il forma le royaume de Tlacopan {tlacotli, esclave) aujourd'hui Tacuba, à l'ouest de Mexico, dont Cortès s'empara après résistance, au commencement de 1521,

Les Acolhuis arrivèrent, comme je l'ai dit, au pays des Chichimèques, sous leur premier roi Xolotl. Ils venaient de la terre deTeo-Acolliuacan. ■

Prescott considère la tribu des Acolhuis comme la plus importante, avec la tribu aztèque, de toutes celles qui suivirent les Chichimèques. Nous savons commentées derniers se fondirent avec elle pour former le royaume d'Acolhuacan, dont Texcoco devint la capitale.

Cette ville de Texcoco, dont Prescott n'hésite pas à traduire le nom par place of détention, était l'Athènes de l'Anahuac. Elle ouvrit pacifiquement ses portes à Cortès avant la destruction de Mexico, et elle fut son point d'appui pendant le siège de cette capitale. Le royaume d'Acolhuacan se trouvait alors considérablement réduit par suite des conquêtes faites par les Mexicains.

Les Tlahuicos occupèrent un vaste district commençant

aux montagnes méridionales de la vallée, et s'étendant à soixante milles vers le sud.

Ce territoire s'appelait Tlahuican, de tlahuitl, et can, lieu du cinabre, du vermillon. Il fut indépendant jusqu'à Itzcoatl, qui en soumit la majeure partie à la domination de Mexico. Sa capitale était Quauhnalmac, aujourd'hui Cuernavaca, à quarante milles au sud de Mexico.

Les Tlaxcaltecos s'établirent d'abord àPoyautlau, sur la rive orientale de lac Texcoco, entre la capitale de ce nom et le village de Cliimaluacan. Expulsés parles autres tribus, ils furent obligés de se diviser : les uns se rendirent à Tolantzinco, à Cuaucliinanco, et ils perdirent leur nom; la majeure partie passa par Cholula et alla fonder Tlaxcala, de tlaxcalli, lieu du pain, de la tortille.

Par leur valeur et leur esprit guerrier, les Tlaxcaltèques étendirent en ce point leurs possessions, dont ils formèrent quatre cantons, et ces cantons, gouvernés chacun par un chef, plus un sénat de nobles, constituèrent la fameuse république de Tlaxcala, qui eut dans la suite des démêlés fréquents avec ses voisins, surtout avec les Aztèques, contre lesquels elle soutint une sanglante lutte sousMontezuma II.

Les secours efficaces que les Tlaxcaltèques prêtèrent à Cortès pendant la guerre de la conquête ont rendu leur nom célèbre, et procurèrent à leur territoire, sous la domination espagnole, beaucoup de privilèges ainsi qu'une apparence de liberté. Disons en passant que les Tlaxcal-

tèques cultivaient la cochenille et que la cochenille de Tlaxcala était alors très-estimée.

Les Aztèques, enfln, n'arrivèrent qu'en 1196 dans la valléedei\lexico(deIIuraboldt,J?ssmMY.,t. 1, p. 347). Ce sont les Mexicains proprement dits qu forment encore la majeure partie de la population indienne de l'Anahuac. Ils s'étaient séparés des autres tribus à Chicomoztoc {cliicome, sept, et oztotl ou oztoc, cavernes) Ueu des sept ca- " vernes, situé, d'après Clavijero, à vingt milles au sud de Zacatecas.

Rien n'est intéressant comme le récit de leurs pérégrinations avant d'arriver au lieu où ils s'étabHrent définitivement. On les voit s'avancer sous les ordres de leur dieu, Huitzilopochtli, le dieu des dieux, qui sait ménager leur courage, leur patience, en les forçant cà s'arrêter dès qu'il comprend que la confiance, la lassitude s'emparent de leur corps, de leur esprit. C'est ordinairement alors dans un lieu fertile qu'il leur fait faire la halte, et ils ne manquent guère à lui élever en ce point un temple ou cou. Lorsque l'heure de se remettre en marche lui paraît favorable, ce même dieu leur dit par la voix de ses prêtres : « Allons, Mexicains, vous êtes près de votre destinée {caza achitonca tou nenemica Mexialt). Je suis chargé de vous conduire; c'est à moi que sont confiés l'arc, la flèche et le bouclier; je suis celui qui doit vous guider, vous faire vivre, et vous protéger par ma valeur et mon pouvoir; ayez confiance en moi, car seul je connais l'avenir; je ne ferai la guerre que pour em'plir ma demeure

demcrandcs , d'or et de pierres précieuses ; elle sera cuinnio d'un cristal transparent qui enchantera la vue par la variété de ses couleurs, et on y trouvera en abondance le maïs, le cacao et le coton. » Chacun alors obéissait ; les hommes miirs et les lemmes conduisaient les bagages, prenaient soin des enfants et des vieillards, tandis que les jeunes gens tuaient le cerf, le lapin, le lièvre, le rat, le serpent, les oiseaux, pour subvenir à la nourriture de tous. La tribu transportait toujours avec elle du maïs et d'autres plantes utiles qu'elle semait en tous lieux, dès que son chef lui permettait un instant de repos. Dans cette marche, qui se distingue par un esprit civilisateur et pacifique, les Aztèques laissaient partout, comme trace de leur passage, des champs cultivés, des habitations, -des édifices.

Je ne décrirai pas tous les endroits qu'ils traversèrent depuis leur départ jusqu'à leur arrivée sur les rives du grand lac, où ils errèrent pendant plusieurs années. On en trouve un récit très-bien fait dans Clavijero, t. I, p. 68, 69, 70 : je dirai seulement que, dès qu'ils furent réunis à Temazcatitlan, situé près de la ville actuelle de Mexico, deux de leurs prêtres, teomamaxques ou conducteurs des dieux, Axoloa et Cuauhcoatl, furent chargés, toujours d'après les ordres de Huitzilopoclitli, de chercher un endroit pour y fixer la résidence de la peuplade.

Les deux prêtres se mirent en route à travers les roseaux et les joncs qui obstruaient les bords du lac Texcoco, et ils arrivèrent sur un espace étroit de terre ferme, qui

était entouré partout d'une eau limpide et transparente; ils restèrent longtemps à contempler ce spectacle, et tout d'un coup l'un d'eux disparut dans la profondeur de l'onde, tandis que l'autre retournait raconter ce fait au peuple consterné. Maisbientôt Axoloa reparut et dit : « Ne craignez rien, Mexicains... Ce que l'on vous a appris est vrai; je me suis précipité au milieu des eaux parce que j'y avais aperçu ïlaloc, le seigneur delà terre, qui m'a parlé en ces termes : Que mon fils chéri, Huitzilopoclitli, soit le bienvenu ici avec sa tribu ; répétez à tous les Mexicains ses compagnons qu'en ce lieu est l'endroit qu'ils doivent occuper et oii ils verront grandir et se multiplier leurs générations. »

Les Mexicains, émerveillés, se livrèrent alors à toutes sortes de réjouissances; ils allèrent tous visiter le lieu de l'événement, où ils aperçurent sur un nopal sortant de la fente d'un rocher un aigle aux ailes déployées qui dévorait un serpent. C'était là le signe qui leur avait été assigné par l'oracle, comme terme de leur voyage. Le nopal, l'aigle et le serpent devinrent leur emblème, et le rocher, considéré comme divin, fat le point de départ de la fondation de Mexico, appelé dans le principe Tenochtitlan, de telt^ pierre, et nochtli^ nopal. Cette fondation, que l'on fait remonter à 1131, à 1357, eut lieu vers 1327, cinquante ans environ après l'arrivée des Aztèques sur le plateau de l'Anahuac, sous le règne du roi chichiinèque Qai^ natzin.

Formée d'abord de misérables cabanes en paille et en

roseaux, cette ville présentait dans le principe un aspect misérable; bientôt sa population s'accrut, et une partie ut obligée de chercher un refuge sur une île voisine, au nord, 011 elle fonda une autre ville qui prit le nom de Tlatelolco {tlatelli, amas de pierres, et ololoa, arrondir). Ces deux villes, en se réunissant dans la suite, après des discordes, des combats nombreux et la défaite du roi Moquihuix par Axayacatl, formèrent Mexico, qui acquit delà splendeur à mesure que les Aztèques étendirent leurs conquêtes, leur influence, leur prépondérance sur les peuples environnants, et même sur ceux des régions lointaines, de telle sorte que quand les Espagnols arrivèrent, c'était une cité remarquable par sa grandeur et son opulence.

Elle se trouvait alors au milieu du lac Texcoco, qui s'étendait, à cette époque, à l'est jusqu'à Texcoco et Istapalapan ; au nord, jusqu'au cerro de Tepeyacac; à l'ouest, jusqu'à Popotla et Chapultepec; au sud, jusqu'au lac Xochimilco, avec lequel il se réunissait au moyen d'un large canal.

Elle était divisée en cinq grands quartiers dont quatre correspondaient aux quatre portes du teocali ou temple qui s'élevait à l'endroit où se trouve aujourd'hui la cathédrale de Mexico. Le premier quartier était celui de ïecpan , actuellement Saint -Paul ; le second , celui de Moyotla, depuis Saint- Jean; le troisième, celui de Tlaquechiuhcan, maintenant Sainte-Marie; le quatrième, celui d' Atzacualco, à l'heure qu'il est Saint-Sébastien ; le cinquième, celui de Tlatelolco, célèbre par son marché, qui

fut le dernier refuge des jMexicains quand Cortès pi'it leur

ville d'assaut. ,

De. l'endroit où s'élevait Mexico, on passait ù la terre ferme par quatre grandes chaussées encore visibles : celle d'Istapalapan, à l'est, de sept milles de longueur; celle de Tlacopan, à l'occident, longue de deux milles ; celle de Tepeyacac , au nord , d'une étendue de trois milles ; la dernière, au sud, aboutissait à Cuyoacan.

Le circuit de la cité, non compris les faubourgs, était de plus de neuf milles, et le nombre de ses maisons de soixante mille au moins, ayant chacune de trois à dix habitants. Ces maisons , excepté celles des pauvres , étaient toutes construites à terrasses, et quelques-unes avaient même des créneaux et des tours. 11 y en avait de magnifiques, construites par les seigneurs feudataires au temps oîi ils étaient obligés de résider à la cour.

Autour de Mexico existaient plusieurs digues et écluses pour mettre une barrière, au cas nécessaire, à l'envahissement des eaux. Les rues de cette ville étaient larges et droites comme elles le sont aujourd'hui. De nombreux canaux la traversaient en tous sens, et servaient au transit des bateaux des Indiens qui faisaient le commerce avec les gens de terre ferme. On y voyait alors des places trèsvastes pour les marchés oiij^disent les historiens de la conquête, la multitude était considérable, les marchandises les plus variées, et l'ordre complet. On y vendait des étoffes de toutes sortes; des. joyaux d'or, d'argent, de plomb, de cuivre, d'os, de coquilles, de plumes; des

pierres taillées; des briques ou adobes; des tuiles; des bois de charpente ou de menuiserie; des animaux vivants ou empaillés ; des peaux fraîches ou tannées. Les herboristes y débitaient des plantes médicinales, et les charlatans des breuvages, des emplâtres, des onguents. Les fruits, les légumes y étaient réunis en tas ; on y trouvait le miel des abeilles, de la canne, du maguey ; la cire ; la poterie vernissée et peinte avec goût ; les nattes de palmiers, d'aloès; des couleurs de diverses espèces pour la peinture, etc., etc. Des restaurants en plein vent y donnaient à boire et 'à manger; des barbiers y rasaient et lavaient la tête; les transactions s'y faisaient avec des mesures que l'on vérifiait avec soin, et il ne paraît pas qu'on fît alors usage de poids. Des magistrats, enfin, y étaient chargés de régler les contestations et de maintenir partout la bonne harmonie.

Mexico, dont le mot vient du dieu que les Mexicains amenèrent avec eux, et qui avait deux noms, ïïuitzilopoztH et Mexitly, possédait encore des édifices artistement peints et crépis, ainsi que des temples épars dans les différents quartiers de la ville. Du portique supérieur du plus grand d'entre eux, le temple majeur, la vue einbrassait un horizon splendide : la Venise aztèque se déroulait aux regards avec ses monuments, ses canaux, ses vergers, ses jardins, qui se jouaient gracieusement sur la plaine liquide; de gigantesques montagnes, couronnées de neiges perpétuelles, semblaient baigner leurs pieds dans les eaux argentées de ses lacs sur les rives desquels se dessinaient

dans le lointain de belles et vastes cités. C'était le cas de s'écrier avec le poëte Carpio : Mexico, que tu as de magnifiques horizons !

Que mugnificos tienes liorizonles !

Ce qu'il y avait surtout de merveilleux, c'étaientles palais royaux oii se déployait un luxe tout asiatique, fait qui, en se retrouvant dans les mœurs et les coutumes, n'est pas sans importance au point de vue de l'origine d'un peuple. Cortès écrivait à Charles V, à propos de ces palais : « Montezuma possède, à la ville et à la campagne, des habitations si riches et si belles qu'il n'y en a pas de semblables dans toute l'Espagne. » La résidence favorite de Montezuma avait, d'après Torquemada, vingt portes sur la plus grande place de la ville et sur les rues adjacentes. Ce bâtiment immense avait trois cours spacieuses, dans l'une desquelles on voyait une fontaine alimentée par l'eau amenée de Chapultepec, au moyen d'un aqueduc. Dans ce palais, il y avait un grand nombre de salons, cent chambres carrées de vingt-cinq pieds sur chaque face, et cent salles de bains. Les murs étaient plaqués en marbre, jaspe, porphyre, obsidienne, et ornés de pierres précieuses. Les charpentes et la menuiserie étaient en cèdre blanc, palmier, cyprès et pin sculptés. La chapelle de Montezuma se trouvait dans une salle longue de cinquante pieds sur cinquante de largeur; elle était recouverte de plaques d'or et d'argent d'un doigt d'épaisseur,

et ornée de rubis, d'émeraudes, de topazes et d'autres

pierres précieuses. Je passe sous silence la description des autres palais, dans lesquels Montezuma renfermait des oiseaux et des animaux de toutes les sortes, des plantes variées, des esclaves des deux sexes, les officiers de sa maison, et autour desquels on remarquait des bassins immenses dont l'eau, sillonnée de volatiles au mille couleurs, était sans cesse renouvelée.

Cortès donne la description suivante des temples : « Il y a dans cette grande cité (Mexico) de nombreux temples pour les idoles, avec de très-bons appartements affectés • aux religieux. Ces religieux sont vêtus de noir et ne se peignent ni ne se coupent jamais les cheveux. Les enfants des principales familles, mais surtout les aînés, entrent en religion à l'âge de sept ou huit ans, et y restent jusqu'à leur mariage. On ne reçoit et il n'entre jamais aucune femme dans ces temples ; plusieurs mets y sont interdits, particulièrement à certaines époques de l'année. Le principal d'entre eux a des dimensions telles, qu'il peut contenir aisément cinq mille personnes; ses tours sont au nombre de quarante, dont la plus haute est plus élevée que celle de la cathédrale de Séville. C'est là que sont enterrés les seigneurs, et les chapelles qu'on y remarque sont dédiées chacune à une idole pour laquelle le défunt avait une dévotion particulière.

« J'ai fait, ajoute Cortès, purifier les chapelles, renverser les idoles, et j'ai mis, à leur place, l'image de la Vierge, de plusieurs saints, au grand déplaisir de Montezuma et des Mexicains. »

Telle est, en quelques mots , la ville où les Espagnols, débarqués à Vera-Cruz le 21 avril 1519, firent leur première entrée le 8 novembre de la môme année. Ils furent obligés d'en sortir , poursuivis par les Mexicains, dans la nuit du 1" juillet (noche triste) 1S20, en perdant, selon Gomara, quatre cent cinquante des leurs, quatre mille auxiliaires et tout ce qu'ils possédaient. Ils y reparurent cent quatre-vingt-seize ans après sa fondation par les Aztèques, et la prirent d'assaut le 13 août 1S21. Son siège dura alors soixante-quinze jours , pendant lesquels, selon Cortès, Bernai Diaz, etc., le fer, la faim, les maladies occasionnées par l'infection de l'air et des eaux, enlevèrent aux Mexicains plus de cent cinquante mille hommes.

Les Aztèques s'étaient donné, dans le principe, un gouvernement aristocratique, composé de vingt notables. En 1352, à l'exemple de leurs voisins, ils érigèi'ent leur Etat en monarchie, et plusieurs de leurs rois furent remarquables, entre autres le quatrième, Itzcoalt, dont j'ai parlé, qui vainquit les Tepanèques en 1425, comme je l'aï dit, avec le concours de Nezahualcoyotl , qu'il réintégra dans la possession de l'Etat de Texcoco, d'où il avait été chassé par Tezozomoc, souverain d'Azcapotzalco. Ce fut, dès lors, entre ces deux monarques une aUiance qui changea complètement la face des choses sur TAnaliuac. Pendant qu'Itzcoatl agrandissait ses domaines, Nezahualcoyotl s'occupait à réparer les désordres de son gouvernement; il créait des conseils supérieurs de justice, de commerce; il fondait des académies où l'on cultivait la poésie, l'as-

tronomie, la musique, l'histoire, la peinture et l'art divinatoire ; il appelait près de lui les professeurs les plus distingués et leur ordonnait de se réunir à certains jours, pour se communiquer leurs connaissances, leurs découvertes ; il encourageait les arts , les sciences , élevait des temples, des édifices, plantait des jardins , des bosquets qui se conservèrent longtemps après l'arrivée des Espagnols, publiait des lois contre l'adultère, la sodomie, le vol , l'homicide , l'ivresse, la trahison , restreignait de beaucoup les sacrifices humains, qu'il eût voulu supprimer, etc., etc.

Nezahualcoyotl mourut à l'âge de quatre-vingts ans, après avoir régné quarante-quatre ans. On conserve de lui des œuvres littéraires dont quelques-unes respirent la tristesse et la mélancolie. C'est ainsi qu'en parlant des vanités humaines, il s'écrie : « La poussière dont les caveaux sont remplis, jadis était ossements et cadavres ; ces cadavres furent des corps animés qui, assis sous les dais, présidaient les assemblées, commandaient des armées , conquéraient des royaumes, possédaient des trésors. Oii sont les os du puissant Achalchicihtlanetzin, premier chef des anciens Toltèques, et ceux deNecaxecmitl, le pieux adorateur des dieux? Où est la. beauté incomparable de la glorieuse impératrice Xiuhtzal? etc., etc. »

Sans doute Nezahualcoyotl n'était pas le seul auteur de ces temps reculés ; mais, non contents de détruire les temples, les monuments de l'ancienne Mexico, les Espagnols brûlèrent les musées , les bibliothèques , de sorte

qu'il ne nous reste presque rien des artistes, des écrivains de cette époque. 11 fallait bien faire disparaître toute preuve de savoir, d'intelligence, pour autoriser le surnom de barbares que l'on donnait aux vaincus, afin de pouvoir mieux les abrutir, les outrager et les réduire à l'esclavage. Des moines insensés, entre autres, le père Zummaraga, livrèrent aux flammes des monceaux de volumes , sous prétexte d'anéantir des caractères symboliques qu'ils disaient être des instruments de sortilège et de maléfice. L'histoire conserve le souvenir de l'incendie dont fut le théâtre la place où s'élève aujourd'hui l'église de la Santissima , et qui dura trois mois.

Itzcoatl mourut couvert de gloire, en 1436. Il laissait la couronne à son neveu Montezumal", sous le règne duquel des calamités nombreuses se succédèrent.

En 1446, des pluies excessives déterminèrent une inondation, et on construisit une digue de neuf milles de long sur onze brasses de large, composée de deux palissades parallèles , dont l'intervalle était rempli de terre et de pierres.

De 1448 à 1449, par suite.de gelées blanches , les récoltes de maïs manquèrent, et la disette succéda à l'inondation. En 14S0, ce fut le manque d'eau qui produisit la famine. L'année d'ensuite on n'eut pas de quoi semer, et en 14o2 on en était réduit à se nourrir d'oiseaux, de poissons, d'insectes et de toutes sortes de plantes.

Les successeurs de Montezumal" sont Axayacatl, Tizoc, dont les règnes ne sont qu'une longue série de luttes et de

combats. Celui qui vient ensuite est Ahuitzotl, qui acheva le temple Majeur, où il immola, d'après Torquemada, lors de son inauguration, soixante-deux mille trois cent quarante-quatre prisonniers de guerre. Ceci se passait en 1486, et l'année suivante fut mémorable par un violent tremblement de terre. En 1498, par suite de l'arrivée des eaux de Coyoacan à Mexico, au moyen d'un aqueduc dont il ne reste plus de vestiges, il y eut encore une inondation, et, comme conséquence, en 1499, une épouvantable disette. A cette époque on découvrit , dans la vallée de Mexico, une carrière de tezontle, qui devint une grande ressource pour la construction des temples et des maisons.

Montezuma II succéda à Almitzotl en 1502. Le portrait que les historiens font de ce roi n'est pas très-flatté. A peine fut-il entré en fonction, disent-ils , qu'il commença à laisser voir l'orgueil qu'il cachait sous les apparences de la modestie. Ses prédécesseurs avaient accordé les grades et les emplois aux plus méritants, sans distinction de caste ni d'origine, et lui donna tout à la noblesse. Il se constitua un sérail , il établit dans sa cour un cérémonial extraordinaire, et nous savons le luxe qu'il déployait dans ses palais, dans ses jardins, dont quelquesuns, entourés de murs, étaient réservés pour la chasse, par exemple celui d'une île du lac Texcoco connue aujourd'hui sous le nom de PeFion de los Banos.

Montezuma prenait quatre bains par jour, et il changeait autant de fois de vêtements, dont il n'usait plus dans

la suite. Mais, à côté de tout cela, il observait les lois, condamnait l'oisiveté et payait à ses frais un hôpital qu'il faisait construire à Colliuacan pour ceux qui après avoir servi l'État dans des carrières civiles et militaires se trouvaient dans le besoin par leur âge ou leurs infirmités. Il remportait beaucoup de victoires, sans pouvoir parvenir à soumettre la république indépendante de Tlaxcala. Pen- .dant qu'il combattait les Tlaxcaltèques, la famine se déclara par suite de la sécheresse; en marchant contre Amatlan, son armée fut surprise par les neiges dans les montagnes, et un comète apparut à la même époque. En ISIO un brusque et violent incendie éclata dans les tours du temple Majeur; l'année précédente, sans vent, sans tremblement de terre, sans cause appréciable, les eaux du lac avaient détruit plusieurs maisons delà capitale, etc., etc.: tout cela était comme des signes de mauvais augure, et semblait présager des événements funestes qui ne tardèrent pas à se réaliser.

L'ère des conquêtes commencée sous Montezuma ?% llhuicamina, et qui avait atteint son apogée sous Ahuitzol par la soumission de la côte entière du Pacifique, des frontières de Tehuantepec jusqu'à celles de l'empire Quiché au Guatemala, commençait alors à décliner, et les populations conquises ne supportaient plus qu'impatiemment le joug. Une révolution préparée par elles et supportée par les sectateurs de Quetzacohuatl, ennemis des sacrifices humains, était imminente, lorsque les Espagnols arrivèrent ; tout alors se montrait merveilleusement praparé pour secon-

der les desseins de Cortès, qui, instruit par Marina de ce qui se passait, profita habilement des dispositions favorables qu'il rencontra.

Dans l'État d'Acolliuacan, qui, seul, conserva un peu d'importance jusqu'à la conquête, quoiqu'il fût, même alors, comme celui de ïacuba, sous la suprématie des Aztèques, dont le nom inspirait partout la terreur, à Nezahualcoyotl avait succédé son fils Nezaliualpilli, qui marcha sur ses traces, et avec lequel s'éteignit, en 1516, ce qui restait encore de la gloire des Acolhue-Cliichimèques. Nezahualpilli, protecteur des lois, fit périr, pour adultère, son épouse, qui n'était pas moins que la fille de l'empereur aztèque, ainsi qu'une dame noble qui s'était donnée à lui sans lui révéler qu'elle était en puissance de mari, et enfin son propre fils, qui avait eu une correspondance en vers avec une des concubines royales, cas prévu par la loi pénale. Gomme Montezuma II, il avait fait bâtir à Texcoco un hôpital d'invalides. 11 se livrait à Fétude de l'astronomie, et les premiers historiens espagnols prétendent qu'à leur arrivée ils trouvèrent un observatoire qu'il avait fait élever sur un de ses palais. Deux des fils qui lui restaient se disputèrent sa succession, et le plus jeune, Ixthlxochitl, enleva à son frère aîné, Cacamatzin, une partie de ses États. A. cette époque, les Espagnols apparaissaient sur la côte du golfe du Mexique.

J'ai dit ce qu'jl y avait d'essentiel au point de vue des diverses tribus qui vinrent successivement habiter l'Anahuac, 011 celles des Tepanèques, des Alcôhue-Chichi-

mèques, des Azlèqucs, en soumettant et en absorbant toutes les autres, s'étaient constituées en une confédération qui fut interrompue, comme nous l'avons vu, par la défaite du roi d'Azcapotzalco, ïezozomoc, auquel Itscoal substitua Totoquiliua à Tlacopan (ïacuba). J'ai parlé des anciens Mexicains sous le rapport physique et moral; à cet égard il me reste à dire quelques mots sur leur religion, leurs mœura, leurs coutumes, etc., etc.

Au point de vue de la religion, le culte des éléments et des phénomènes de la nature, dont le soleil et le serpent sont les symboles les plus constants, se montre au fond de tous les dogmes et de toutes les cérémonies mexicaines. Le serpent orné de plumes apparaît sans cesse dans les formes variées de Quetzalcohuatl, leur dieu de la paix, l'adversaire d'HuitzilopochtU, le dieu de la guerre, auquel, pour la première fois, les Aztèques sacrifièrent des victimes humaines. Yoici ce que dit à ce sujet de ïïumboldt :

« Depuis le commencement du quatorzième siècle, les Aztèques vivaient sous la domination du roi d'Acolhuacan; c'étaient eux qui avaient contribué le plus à la victoire que ce roi avait remportée sur les Xochimilques. La guerre finie, ils voulurent offrir un sacrifice à leur dieu principal, Iluitzilopochtli, dont l'image en bois, placée dans une chaise de roseaux, appelée siège de dieu, était portée sur les épaules de quatre prêtres ; ils demandèrent à leur maître, le roi d'Acolhuacan, de leur donner quelques objets de prix pour rendre le sacrifice plus solennel. Le roi leur envoya un oiseau mort, enveloppé dans une

toile de tissu grossier. Pour ajouter la dérision à l'insulte, il leur proposa d'assister lui-même à la fête. Les Aztèques feignirent d'être contents de cette oflre; mais ils résolurent en même temps de faire un sacrifice qui inspirât de la terreur à leurs maîtres. Après une longue danse autour de l'idole, ils amenèrent quatre prisonniers xochimilques qu'ils avaient tenus cachés depuis longtemps. Ces malheureux furent immolés, avec les cérémonies observées encore lors de la conquête des Espagnols, sur la plate-forme de la grande pyramide de Tenochtitlan, qui était dédiée à ce même dieu de la guerre Huitzilopochtli. Les Colhuis ou Acolhuis marquèrent une juste horreur pour ce sacrifice humain, le premier qui ait été fait dans leur pays : craignant la férocité de leurs esclaves (1), les voyant enorgueillis du succès obtenu dans la guerre contre les Xochimilques, ils rendirent la liberté aux Aztèques en leur enjoignant de quitter le territoire d'Acolhuacan. »

C'est à cette date qu'après avoir occupé pendant quelque temps Acatzitzintlan, appelé depuis Mexicaltzinco, ainsi que Iztacalco, les Aztèques arrivèrent enfin dans le point où ils devaient bientôt fonder Mexico.

(!) Inquiétés parles Chicliimèques^ les Aztèques se retirèrent de Tepeyacac, aujourd'hui Guadalupe, et de Chapultepec à Acocolco, groupe d'îles à l'extréiuité méridionale du grand lac, et c'est de ce point qu'ils furent emmenés comme esclaves à Tizapan, par les Acolhuis.

Quoi qu'il en soit, le premier sacrifice ayant eu des suites heureuses pour le peuple opprimé, la vengeance ne tarda pas à donner lieu au second, et voici ce que de llumboldt {Vues des Cordillères, etc., p. 94) raconte encore à cet égard :

« Après la fondation de Tenoclititlan, un Aztèque parcourt le rivage du lac pour tuer quelque animal qu'il puisse offrir au dieu Mexitli ; il rencontre un Acolhuis nommé Xomimitl. Irrité contre ses anciens maîtres, l'Aztèque attaque cet Acolhuis corps à corps : Xomimitl vaincu est conduit à la nouvelle ville; il expire sur la pierre fatale placée aux pieds de l'idole.

A partir de ce moment les sacrifices humains allèrent en se multipUant, et il n'y en eut jamais tant que sous le dernier des Montezuma. Ce prince superstitieux, dominé par les prêtres ou tourmenté par de sinistres pressentiments, dont il croyait conjurer la menace à force de sang répandu sur les autels, ne se lassait pas d'augmenter le nombre des victimes. Les compagnons de Cortès eurent la patience ou le courage de compter les crânes disposés en trophée dans les enceintes de quelques-uns des temples; ils en trouvèrent une fois cent trente-six mille. L'estimation la plus modérée est qu'à l'arrivée des Espagnols, tous les ans vingt mille personnes étaient immolées. Ce qu'il y a de remarquable à cet égard, c'est que^ malgré cette boucherie, malgré des guerres, des luttes sans fin, etc., la population de l'Anahuac allait sans cesse en s'accroissant, en se multipliant au point qu'elle était de plus de

vingt millions à l'arrivée des Espagnols. Sans ajouter foi à la formule accréditée que Montezuma comptait trente vassaux pouvant chacun mettre sous les armes cent mille hommes, il n'en est pas moins vrai que dans les lettres de Cortès, dans les récits de Bernai Diaz et d'autres chroniqueurs, on voit apparaître à chaque instant des troupes de quarante à cinquante mille soldats mexicains. Les .villes étaient pressées les unes contre les autres : Mexico avait plus de 300,000 âmes , Texcoco cent cinquante mille , Iztapalapan au moins soixante mille, Cholula cent cinquante mille, etc., etc. Ceci a son importance scus le rapport surtout du climat des altitudes et de son influence sur l'organisme. Je pense bien que l'homme existait au Mexique avant les soulèvements gigantesques des Cordillères, dont les documents anciens nous conservent le souvenir; mais, à la suite de tous ces cataclysmes qui avaient amené la solitude et le désert, vinrent, comme nous l'avons vu, des peuplades nouvelles, dont on suit les traces depuis les rives de l'Atlantique et du Pacifique jusqu'au centre du Mexique, et les historiens de la conquête nous font le plus satisfaisant tableau des habitants qu'ils rencontrèrent sur le plateau des Andes. Ces habitants conservent encore aujourd'hui tous les attributs de la force , de la vigueur ; et s'ils sont déchus de leur ancienne civiHsation, on ne peut que s'en prendre à leurs vainqueurs. Prescott s'exprime ainsi à cet égard :

« Les personnes qui connaissent les Mexicains d'aujourd'hui concevront difficilement que la nation ait jamais

été capable d'imaginer l'organisation éclairée que nous venons d'exposer ; mais il ne faut pas oublier que dans les iMcxicains de nos jours nous ne voyons plus qu'une race conquise, aussi difTérente de ses ancêtres que les modernes Égyptiens de ceux qui construisirent , je ne dirai pas les lourdes pyramides, — mais les temples et les palais dont les magnifiques ruines jonchent les bords du Nil, à Luxor età Karnac. La différence est moins grande entre les Mexicains actuels et leur s ancêtres qu'entre l'ancien Grec et ses descendants abâtardis, errant au milieu des chefs-d'œuvre de l'art qu'ils ont à peine la capacité de comprendre. Et pourtant ils respirent le même air, ils jouissent du môme soleil, ils contemplent les mêmes sites que les Grecs qui tombaient à Marathon ou triomphaient dans les jeux olympiques. Le même sang coule dans leurs veines, mais des siècles de tyrannie ont passé sur eux ; ils appartiennent à une race conquise.

(( Sous la domination espagnole, le nombre des Mexi- > cains s'est éclairci en silence ; leur énergie, comme peuple, a été brjsée ; ils ne foulent plus leurs montagnes avec la fière indépendance de leurs ancêtres. Dans leur démarche languissante, dans leur physionomie douce et mélancoUque, on lit les tristes caractères d'une race conquise. Leur civilisation avait l'énergique caractère des solitudes du nouveau monde. Les farouches vertus des Aztèques étaient le fonds de leur être, et ils ont refusé de se soumettre à une culture qu'on leur imposait par la violence, de se laisser greffer sur une tige étrangère. L'extérieur de

l'Indien, son teint, ses traits sont encore les mêmes, mais le caractère moral de la nation, tout ce qui constituait l'originalité de la race, s'est eiïacé. » [Conquête du Mexique, par Prescott, traduction de M. Amédée Pichot,t. J, p. 40.)

Les victimes des sacrifices étaient immolées sur une pierre semblable à celle que l'on remarque aujourd'hui au musée des antiquités de Mexico, et même à l'Exposition universelle, à Paris. Cette pierre se trouvait au sommet des temples, entre les deux autels ou brûlait nuit et jour le feu sacré, devant le sanctuaire, en forme de tour élancée, qui recélait l'image du dieu auquel on sacrifiait. Le peuple, assemblé au loin, contemplait dans un profond silence, sans en perdre un seul détail, la scène teri-ible. Après la musique et les chants, le sacrificateur quittant la robe noire flottante dont il était ordinairement vêtu , pour un manteau rouge plus approprié à sa suprême fonction, s'approchait armé du couteau d'Itzli , ouvrait la poitrine, en retirait le cœur fumant, barbouillait de sang les images des dieux, versait le sang autour de lui, ou en faisait, avec de la farine de maïs, une horrible pâtée.

Les victimes habituelles étaient les criminels, les rebelles. Quand une ville avait manqué à la fidélité envers le souverain, on la taxait à un certain nombre de personnes, hommes, femmes et enfants. IMais c'étaient les prisonniers de guerre qui contribuaient le plus à alimenter les sacrifices.

Ces victimes subissaient leur sort sans se plaindre. Les

populations les regardaient comme des messagers députés vers la divinité, qui les accueillait favorablement pour avoir souffert en son honneur. Elles les priaient de se charger de leurs réclamations près des dieux, de leur rappeler leurs affaires, etc., etc.

A côté des cérémonies de sang, le culte des Aztèques en présentait d'autres, d'une candide innocence: c'étaient des processions entrecoupées de chants et de danses oii les jeunes gens des deux sexes rivalisaient de parure, de beauté, et déployaient une agilité extraordinaire. Des jeunes filles et des enfants, la tête ceinte de guirlandes de fleurs, la joie et la reconnaissance sur le visage, portaient pieusement des offrandes de fruits, prémices delà saison, et d'énormes épis de maïs, qu'on déposait , en brûlant des parfums, devant les images des dieux. Si des victimes étaient immolées alors, c'étaient des oiseaux, particulièrement des cailles (collection Ternaux-Compans).

Les Mexicains croyaient à un dieu suprême, créateur et maître de l'univers. Sous cet être suprême étaient rangés treize grandes divinités et plus de deux cents moindres, ayant chacune leur jour consacré, recevant toutes certains honneurs. Parmileurs traditions on remarque l'idée delà mère commune des hommes, qui est toujours représentée ayant auprès d'elle un serpent, ce qui rappeUe l'Ève de la tradition sémitique. Ils croyaient à un péché originel, et ils avaient la notion de la vie future. Leurs prières attestaient des sentiments d'une charité touchante, le pardon et l'oubli des injures. « Vis en paix avec tout le monde, disait

runo des oraisons; supporte les injures avec humilité; laisse à Dieu, qui voit tout, le soin de te venger. » Enfin, les règles de leur morale privée tendaient à inspirer les meilleures pensées pour le prochain : «Donne à manger à ceux qui ont faim , des habits à ceux qui sont nus, quelques privations que ce soin doive t'imposer, car la chair des malheureux est ta chair, et ils sont des hommes semblables à toi-même »

Comme je l'ai déjà dit, la religion nouvelle n'a guère transformé les Indiens d'aujourd'hui, qui ont surtout en vénération une vierge, la vierge de Guadalupe, à laquelle se rapporte la légende suivante, que l'on trouve dans tous les auteurs i

« Jean Diego, Indien de Cuautitlan , récemment converti au christianisme, menait une vie édifiante et régulière ; il travaillait à Tolpetlac , d'où il venait à Santiago Tlatilulco, pour entendre les instructions religieuses des pères Franciscains. Pour toute famille il n'avait qu'une femme, du nom de Marie Lucie, et un oncle appelé Juan Bernardino. Dans un de ses voyages à Mexico , en traversant une montagne aride, alors nommée Tapetlyecaczol, c'est-à dire narines de la montagne, il entendit unemusique harmonieuse et suave, comme il n'en avait jamais entendu de pareille, môme parmi les Espagnols. Il s'arrêta pour l'écouter et voir d'où elle venait. Tout à coup il aperçut un arc- en-ciel , aux couleurs brillantes , qui entourait une nuée blanche comme la neige et transparente ; au milieu de la nuée;, il vit une jeune femme, d'une beauté surnatu-

relie, v6tue-à peu près comme les nobles indiennes do cette époque.

(( Jean Diego s'approcha sans crainte de cette jeune femme, qui lui dit : « Je suis la mère de Dieu; je désire que l'on me construise un temple dans ce lieu; j'y donnerai m'a protection à tous ceux qui s'en approcheront avec un esprit de foi. Ya maintenant avertir l'évêque de Mexico de ce que je viens de te dire. »

{( L'Indien partit immédiatement pour le palais du père Juan de Zumarraga, de l'ordre de Saint-François, archevêque de Mexico, et lui raconta ce qu'il avait vu et entendu. L'archevêque pensa que tout cela n'était que le produit d'une imagination exaltée, et Jean Diego congédié s'en retourna tout désolé. Trois autres fois il eutlamême apparition, reçut le même message de la part de la sainte Vierge et le môme accueil de l'archevêque. Lors d'un cinquième voyage, l'Indien, découragé, sachant son oncle gravement malade, se détourna de son chemin pour aller lui chercher un confesseur et ne pas revoir la même apparition; mais il fut trompé dans son attente. A l'endroit oii se trouve encore une fontaine d'eau ferrugineuse, la sainte Vierge lui apparut de nouveau, et lui recommanda de porter à l'archevêque certaines fleurs qu'il trouverait au sommet de la montagne.

« Juan Diego obéit. Très-étonné de trouver de belles fleurs odorantes- dans un endroit qui ne produisait que des ronces et des épines, il les cueillit et les porta à

monseigneur Juan de Zumarraga. Celui-ci, apprenant que

l'Indien lui apportait une preuve de la réalité -de l'apparition, fut au-devant de lui avec quelques ecclésiastiques et différentes personnes de sa maison jusqu'au grand salon de son palais. Là , Juan Diego défit les coins du zarape dans lequel il avait mis les fleurs... : mais quel ne fut pas l'étonnement de toute l'assistance en voyant, à la place des fleurs, l'image de l'apparition, parfaitement peinte sur la couverture de llndien !»

Ceci se passait le 12 décembre 1S31. Depuis lors on célèbre chaque année, à la même époque, l'anniversaire de la vierge de Guadalupe, à laquelle on a élevé un sanctuaire à l'endroit qu'elle avait désigné, et, dans tout le Mexique, on lui dit une messe le 12 de chaque mois. On lui a construit partout des éghses, des chapelles; des villes, des villages portent son nom, qui est aussi très-souvent donné aux jeunes filles.

En beaucoup d'endroits, les Indiens sacrifient encore des animaux, des tourterelles aux saints ou aux saintes qui représentent pour eux leurs anciennes idoles. Dans certaines fêtes, ils se recouvrent la tête d'une divinité chimérique, etles jeunes gens, lesjeunes filles dansent autourd'eux. Lors de la semaine sainte, les groupes de statues articulées à l'aide desquelles on représente les différentes phases de la passion du Christ sont pour eux des fétiches qu'ils accompagnent en costumes impossibles de Romains et de Juifs, qui sont hués, lapidés, etc., etc.

L'organisation politiqueet sociale des Aztèques était telle, que Cortès en résume ainsi son opinion à Charles- Quint :

« Pour l'obéissance qu'ils montrent à leur souverain et pour leurs manières de vivre, ces Indiens sont presque comme les Espagnols, et il y a à peu près autant d'ordre qu'en Espagne. » La forme du gouvernement était celle d'une monarchie absolue. Il y avait une noblesse à plus d'un degré, possédant des immunités , mais les charges de l'Etat n'étaient pas héréditaires. Tout homme qui se distinguait à la guerre était anobli. Il existait des distinctions semblables aux ordres de chevalerie. Les lettrés jouissaient d'une grande considération. Le commerce, proprement dit, était une profession particulièrement honorée ; mais, comme aujourd'hui, à côté de la classe fortunée, il y avait une partie de la population qui, livrée à tous les travaux rendus plus rudes encore par l'absence de bêtes de somme, de charrettes, de chemins, etc., gémissait dans la misère. L'esclavage subsistait, mais l'esclave conservait le droit de propriété et de famille. On était esclave parla sentence des tribunaux dans les procès criminels, pour dettes envers l'Etat, ou par suite d'un marché spontané. Les lois protégeaient la propriété et étaient rigoureusement observées. La loi pénale, partout d'une sévérité extrême, condamnait à mort pour le vol, le meurtre, l'adultère, etc. L'administration veillait à un grand nombre ■de besoins pubUcs. Le service des impôts se faisait avec exactitude et rigidité. L'armée était, de la part du souverain, l'objet d'une vive solUcitude. (Extrait du Mexique ancien et moderne, par Michel Chevalier.) Les mœurs des Mexicains n'étaient point dissolues. A

l'exception des chefs qui possédaient plusieurs concubines , chaque homme n'avait qu'une femme. Le mariage était entouré de formalités protectrices ; il se célébrait avec solennité. Le divorce n'était permis que dans des cas déterminés et moyennant l'arrêt d'un tribunal spécialement institué pour résoudre les questions que le mariage pouvait soulever. La position sociale des femmes ressemblait beaucoup plus à ce que nous voyons en Europe qu'aux usages de l'Asie. Elles n'étaient pas enfermées dans le harem, comme chez les mahométans ; on ne leur mutilait point les pieds, comme en Chine. Elles allaient le visage découvert, étaient admises aux fêtes et s'asseyaient aux banquets. Elles étaient exemptes autant que possible des travaux de force, et elles participaient aux fonctions sacerdotales.

Les Mexicains avaient des collèges et des écoles spéciales pour les enfants de la noblesse et de la bourgeoisie; on les y instruisait de toutes les choses qu'il leur importait de savoir : l'éloquence et les traditions nationales, en apprenant de mémoire les harangues et les chants antiques; les sciences delà religion et de l'astronomie, l'histoire des dieux, des rois et des héros, qui se trouvaient consignées dans des livres composés et écrits par les prêtres. Ces livres étaient écrits, soit sur des peaux préparées, soit sur des toiles ou des papyrus fabriqués de l'écorce de certains arbres, et dont les feuilles étaient recouvertes d'un vernis glacé, analogue à celui de nos cartes de visite. C'était aussi dans des livres semblables que l'on trouvait réunies,

au point de vue médical, toutes les observations que l'on faisait sur les vertus des plantes et d'autres substances. La médecine hippocratique ne se fonda pas autrement, et nous verrons, à propos de la médecine ancienne au Mexique, sur laquelle j'ai déjà publié un article dans la deuxième livraison du tome premier des archives de la commission scientifique du Mexique, à quel point les Mexicains en étaient déjà arrivés sous ce rapport. L'écriture de ces Mexicains était à la fois figurative, symbolique et phonétique; ils avaient une véritable littérature historique et poétique ; ils faisaient des vers, ils composaient des chants et des odes ; par leurs connaissances en astronomie, ils étaient parvenus à connaître très-approximativement la longueur de l'année; enfin, ils savaient compter, et leurs principaux chiffres correspondaient aux puissances successives de vingt.

Quant aux arts des anciens Mexicains, on en retrouve encore maintenant des traces multiples. Les Indiens d'aujourd'hui excellent, comme leurs ancêtres, dans la céramique, et reproduisent avec une grande fidélité des figures de toutes sortes, comme les porteurs d'eau, les marchands de fruits, de légumes, de poterie, les tortilleras, etc., etc., qu'ils fabriquent avec de la cire ou des chiffons. C'est aussi à l'exemple de leurs pères qu'on les voit sculpter sur bois, avec de mauvais couteaux, des statuettes pleines d'expression. Les premiers habitants de l'Anahuac savaient faire des parures, des tentures avec des plumes variées, et de nos jours les indigènes confection-

nent encore de la môme manière de jolis petits objets, comme des fleurs, comme des cartes de visite, par exemple, sur lesquelles sont représentés des oiseaux, des animaux de toutes sortes, aux plus brillantes couleurs.

Le tissage, quoique moins fini qu'autrefois, est resté le même quant aux moyens, et les descendants de l'ancienne noblesse indigène, dans l'intérieur des montagnes, ne portent pas d'autres vêtements que ceux qui sont brodés et tissés par leurs femmes ; ces costumes, encore fort variés, sont faits de coton, de fil d'aloès, et teints avec des couleurs d'une vivacité et d'une solidité à toute épreuve, presque toutes tirées du règne végétal.

Les anciens Mexicains cultivaient le maïs, la banane, le cacao, le tabac, le maguey, la vanille, la cochenille, le coton ; ils ne possédaient pas le café ni la canne à sucre, mais ils tiraient du sucre de la tige du maïs. Ils connaissaient l'art des irrigation^, l'art forestier, et des règlements sévères empêchaient la destruction des bois dans la vallée de Mexico. Les Espagnols, dont l'horreur des arbres vient peut-être des peuples pasteurs dont ils descendent, et qui a fait du plateau des Castilles la plus nue et la plus triste des plaines, n'ont pas suivi leur exemple à cet égard; ils ont opéré le déboisement sur une vaste échelle, et ce déboisement a troublé l'harmonie de la nature; il a écarté les extrêmes de froid et de chaud pour donner une plus grande violence aux courants atmosphériques ; il a desséché en partie les lacs, il a diminué l'humidité de l'air, il a rendu l'écoulement des eaux plus inégal, etc., etc. En

même temps qiie des rideaux d'arbres protecteurs tombaient sous la hache, des fièvres intermittentes naissaient tandis que le typhus se déclarait dans les villes dont mille hommes n'étaient plus employés chaçfue jour à nettoyer les rues, comme cela avait lieu à Mexico sous le règne de Montezuma. C'est ainsi que se déclarèrent, après la conquête, des épidémies dont il n'est guère question dans l'histoire des Aztèques, en dehors des périodes calamiteuses oii les inondations, le manque de récoltes, venaient produire la faim et les maladies qui naissent partout dans les mêmes circonstances. C'est dans de pareils cas que les Toltèques furent forcés d'abandonner l'Anahuac pour se porter vers le sud, où les grands édifices dont le voyageur contemple avec étonnement les restes à Palenque, à Uxmal etàMitla, sont probablement des ouvrages de leurs mains. C'est aussi sans doute lorsqu'ils étaient en proie aux mêmes fléaux que les anciens Mexicains adressaient à leur grand dieu Tezcatlipoca, représentant le dieu de la guerre Huitzilopoclitli, les prières suivantes que nous rapporte le père Sahagun : « Ay dolor que ya la gente popular se va acabendo, y consumiendo ! gran destruccion y grande estl-ago haceyala pestilencia en toda la gente... El fuego de la pestilencia muy encendido esta en vuestropueblo, como el fuego en la cabana que va ardiendo y humeando, que ninguna cosa déjà enhiesta y sana,etc.» {Hist.généi^ale^Yih. VI, cap. I.) Dans tous les cas, nulle part il n'est question ni du cocoliztli, ni du matlazahuatl, qui firent dans la suite tant de ravages, et dont nous parlerons plus loin.

Comme je Tai dit, les Mexicains avaient la passion des fleurs : Nezaluialcoyotl possédait à deux lieues deTexcoco, à Tezcotzinco, un magnifique jardin suspendu sur le flanc d'une colline, où il avait réuni les plantes les plus remarquables par leur parfum ou par l'éclat de leurs couleurs. Les jardins d'un frère deMontezuma, à Iztapalapan, d'un simple cacique, à Iluaxtepec, renfermaient aussi des fleurs très-variées que l'on retrouvait de môme sur les cliinampas formés de paquets de roseaux ou de branchages sur lesquels on répandait une légère couche de terre, et qui formaient ainsi des jardins flottants à la surface des lacs.

Les Mexicains appliquaient, à tous les objets dans lesquels la nature avait mis la beauté, la bonté, un nom oii entrait le mot xocbitl, qui veut dire fleur. C'est ainsi que les villages les plus riants de la vallée de Mexico s'appelaient Xochiltepec, Xochiltzinco, Xochitlcalco, etc., etc. C'est ainsi que les plantes les plus estimées se nommaient jocoxochitl ou piment de Tabasco, tlilxochitl ou vanille, mecaxochitl ou myrte, cempoaxochitl ou œillet des Indes dont on ornait les sépulcres, oceloxochitl ou iris, etc. Les Mexicains donnaient souvent aux personnages illustres le nom de certaines fleurs, et la montezuma, par exemple, n'est autre qu'une malvacée de la tribu des bombacées.

A l'entrée d'un sujet de distinction dans une ville, on décorait les rues de feuillage, de roses, et c'était charmant d'entendre le son des instruments sortir de cette espèce d'architecture végétale.

Dans le neuvième mois de l'année, qui commençait le 5 août, on célébrait la seconde fête de Huitzilopoztli, représenté aujourd'hui par saint Michel, en ornant de fleurs les idoles, les maisons, et c'est à cause de cela que ce mois s'appelait Tlaxochitlmaco. Lors de la fête de Huistoxehuatl, la déesse du sel, les prêtres tenaient dans leurs mains des bouquets composés de cempoaxochitl. Dans toutes les cérémonies on tapissait les temples de nattes recouvertes de verdure et de fleurs.

Outre la sculpture sur bois, les anciens' Mexicains connaissaient les autres genres de sculpture, etl'on en retrouve des échantillons nombreux dans le musée des antiquités de Mexico. Ce sont des images plus ou moins hideuses, taillées dans le porphyre noir et dans le porphyre bigarré. Ainsi, en pénétrant dans ce musée, on trouve d'abord à lagauchede la cour d'entrée, dans une galerie fermée par une balustrade en bois, la pierre dite gladiatoriale, qui est circulaire, aplatie sur deux de ses faces, et qui présente un diamètre considérable ; à sa surface, elle offre, au milieu, une excavation à laquelle aboutit une rigole inclinée de la circonférence au centre. Au-dessus de cette excavation médiane, existe maintenant une croix en pierre, trouvée, dit-on, dans le lac Texcoco, et dont la possession aurait amené, à différentes époques, des rixes sanglantes entre les Indiens. A cet égard, il ne faut pas oublier que dès le Yucatan, les Espagnols rencontrèrent des croix qui étaient en vénération. Grijalva dit : « Al'île nommée Ulua (aujourd'hui Saint-Jean d'Ulua, citadelle de la Vera-Cruz), les

indigènes adorent une croix de marbre iDlanc sur le haut de laquelle est une couronne d'or. Ils prétendent que sur cette croix il est mort quelqu'un qui est plus beau et plus resplendissant que le soleil.

Autour de la pierre gladiatoriale, énorme bloc granitique, on voit, figurés en bas-relief, deux combattants aux prises. C'était donc autour de cette pierre que se livraient les combats d'oii dépendait le salut de certaines victimes que l'on destinait aux sacrifices humains. Les plus braves des prisonniers de guerre y étaient attachés par les pieds au moyen d'une petite corde; on leur donnait une épée, une rondache, et ceux qui les avaient pris venaient se mesurer avec eux; s'ils étaient de nouveau vainqueurs, on les regardait comme des hommes d'une bravoure à toute épreuve, et ils recevaient un signe en témoignage de la vaillance qu'ils avaient montrée. Si les prisonniers remportaient la victoire sur leur adversaire et sur six autres combattants, de sorte qu'ils restassent vainqueurs de sept en tout, ils étaient délivrés, et où leur rendait tout ce qu'ils avaient perdu pendant la guerre.

Sous le règne de Montezuma II, un général tlaxcalèque, Tlahuicole, avait été fait prisonnier, et il refusa la liberté qu'on lui offrait, pour ne pas paraître devant les siens couvert d'ignominie. Il rendit ensuite de grands services aux Mexicains lors de leurs guerres dans le Michoacan, et au lieu d'accepter les grades dont on voulait le combler, il demanda à mourir eu gladiateur ; il fut attaché par un pied à la pierre dont nous parlons, nommée

temalacatl, et il tua huit adversaires, en blessa vingt avant de tomber lui-mêrae.

Après la pierre gladiatoriale, on trouve un morceau énorme de basalte, haut de trois mètres, qui présente, sur l'une de ses faces, la déesse de la luort pour la guerre sacrée, pour la défense de la religion, la déesse Teoyaomiqui. De l'autre côté, c'est une divinité masculine, le dieu Teoyaotlatohua, qui présidait à la mort violente, et dont l'emploi était de recevoir les âmes de ceux qui étaient tués dans les combats ou qu'on sacrifiait après les avoir fait prisonniers.

Du côté de la déesse Teoyaomiqui, on découvre au-dessous de la poitrine, oi:i existent des traces de mamelles, une monstrueuse tête autour de laquelle sont étalées quatre mains qui attendent les victimes qu'elle semble prête à dévorer. Puis, ce sont des ailes de vautour, des pieds, des griffes de jaguar, des guirlandes de vipères entortillées, des colliers de cœurs humains noués avec des entrailles humaines.

La figure du dieu Teoyaotlatohua n'a rien de moins horrible, et ses attributs sont tout aussi infernaux que ceux de la déesse Teoyaomiqui, avec laquelle il forme un couple on ne peut mieux assorti, dont on observe aujourd'hui un fac simile àl'Exposition universelle. Cette double statue a été trouvée près de la cathédrale actuelle, avec la pierre calendaire, le 29 août 1790, deux cent soixanteneuf ans, jour pour jour, après la prise de Mexico.

Près de ce groupe, un homme assis a les deux mains

réunies, croisées, et tout dans son aspect révèle la mélancolie; c'est l'Indien triste, Indio triste.

Tout ceci est perdu au milieu d'autres antiquités, la plupart mutilées, et qui offrent moins d'intérêt.

En montant dans les salles du musée, ce sont des vêtements, des armes, des instruments ; puis, des morceaux d'obsidienne polie qui servaient de glace, des pierres en fer à cheval qui, fixées autour du cou, maintenaient dans l'immobilité les malheureux que l'on sacrifiait aux dieux; ensuite des cassolettes de différents dessins dans lesquelles on brûlait des encens, des yases dans lesquels on lavait les cœurs arrachés aux victimes humaines, des urnes où l'on renfermait les cendres funéraires, des cuirasses, des mantelets en plumes, des casques, tantôt en bois et en cuir, tantôt en argent, figurant la tête menaçante d'un animal, et ornés d'un panache, des bracelets, des colliers, des boucliers, des flèches, des frondes, des javelots, des piques, des glaives que l'on maniait à deux mains, nommés maquahuitl, des tableaux faits en plumes, des manuscrits en papier de maguey, recouverts d'une écriture symbolique, des masques que, d'après une coutume bizarre, on mettait sur le visage des idoles lorsque le roi était malade, et enfin les idoles elles-mêmes qui semblent toutes peindre des scènes déchirantes, des drames terribles, etc., etc.

Dans tous ces ouvrages de sculpture, on reconnaît différents âges, différentes époques. A côté de figures informes, il en est qui, par la régularité des traits, font preuve d'un art beaucoup plus avancé. J'ai trouvé du

côté d'Otumba, de Teotilmacan, où les anciens Mexicains célébraient par des sacrifices humains l'apothéose du soleil et de la lune, de petites statuettes, des dieux lares que chacun emportait avec soi à sa dernière demeure, et qui ne laissent pas que d'être fort bien travaillés.

L'architecture des anciens Mexicains était monumentale. Les temples étaient de grandes pyramides en briques cuites au soleil ou simplement en terre, mais avec un parement en pierre, surmontées de sanctuaires et de tours qu'ornaient les images des dieux; au sommet brûlaient nuit et jour des feux qui, dans l'obscurité des longues nuits tropicales, donnaient à ces édifices un aspect mystérieux. L'immensité des temples et des palais, l'énorme travail que supposaient les constructions de tout genre réunies dans la vallée de Mexico, au nombre desquelles il faut citer les chaussées en maçonnerie jetées dans le lac, arrachèrent des cris d'admiration aux conquistadores. Lorsque Cortès, dans ses rapports à Charles- Quint, mentionne la ville d'Iztapalapan, qu'il traversa avant d'entrer dans la capitale de Montezuma, c'est pour lui dire qu'il y a des palais comparables à ce que l'Espagne offre de plus beau. Au sujet de Mexico, quand l'opiniâtre défense de Guatimozin l'oblige de la démolir maison par maison, il raconte h l'empereur que c'est avec un amer chagrin, parce que c'est la plus belle chose du monde. (Michel Chevalier, dic Mexique ancien et moderne).

Les principales, comme les plus anciennes pyramides des hauts plateaux du aiexique, celles de Cholula et de

Teotihuacan, dont j'ai déjà parlé, ne sont, à mon avis, ainsi que je l'ai déjà dit, que des mamelons naturels avec revêtements en pierre, en briques cuites au soleil, partagés par des terrasses en plusieurs étages, creusés de caveaux, de grottes, etc.

La pyramide de Cholula, qui date des Toltèques, servait de support au sanctuaire du dieu des airs, Quetzalcoati, la divinité de la paix, de l'abondance, qui avait quitté le Mexique, fuyant l'inimitié d'une divinité plus puissante, avec promesse aux Mexicains de reparaître un jour. Quetzalcoatl était toujours attendu comme le messie, et, à l'arrivée de *Cortès, on croyait que c'était lui qui revenait dans un pays oià il avait enseigné aux hommes l'art de la culture, celui de travailler les métaux, celui plus difficile de gouverner, etc., etc.

Les pyramides de San Juan Teotihuacan, situées à dix lieues nord-est de Mexico, sont au nombre de deux : celle qui est dédiée au soleil (Tonatiuh), et celle qui est dédiée à la lune (Meztli) . De petits monticules consacrés aux étoiles les entourent, et servaient, comme elles, de sépulcres aux personnages de distinction ; le chemin qui les traverse porte encore aujourd'hui le nom de Miccaotli, « chemin des morts. »

Il me resterait à parler des connaissances mécaniques des Mexicains, des procédés qu'ils employaient pour transporter les grosses pierres qu'on a remarquées dans plu sieurs de leurs monuments, telles que la pierre du Calendrier, une des antiquités les plus curieuses de Mexico

sculptée en relief sur un bloc énorme de porphyre trappéen d'un gris noirâtre, et qui se trouve fixée dans le mur extérieur de la cathédrale, du côté de l'occident.

Il me faudrait décrire leurs différentes branches d'industrie, comme celle de l'orfèvrerie qui fournissait les magnifiques ouvrages en or et en argent que Cortès envoya à Charles-Quint.

Je devrais dire quelques mots de leur système monétaire, qui était fondé sur deux métaux, l'or et l'étain, et sur l'emploi des grains de cacao tenant lieu de monnaie de billon, etc., etc.; mais tout cela, comme tout ce que nous venons d'effleurer, demanderait des volumes pour être décrit d'une manière un peu détaillée, et j'ai hâte d'en arriver au chapitre qui a trait aux particularités que présente l'homme qui vit d'une manière permanente à des niveaux élevés, qu'il y soit né, ou qu'il y habite seulement depuis un temps déjà éloigné.

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