LIVRE Y, CHAPITRE m
lance qui règle l'équilibre des grandes questions politiques et sociales. Si elles doivent protéger les faibles contre d'injustes agressions, ouvrir leur cœur à la voix des souffrances et placer l'autorité de leur force comme une barrière contre les envahissements et les spoliations, elles ne peuvent, non plus, méconnaître le rôle protecteur de médiatrices que la conscience de leur propre grandeur leur impose.
La France a montré depuis quelques années aux applaudissements de l'Europe entière, avec quelle élévation de pensée elle comprend ce grand protectorat, dont elle n'a jamais décliné la grave et lourde responsabilité. — Elle a sauvé rOrient des empiétements de la Russie ; elle a donné la liberté au peuple Italien, elle protège à Rome la papauté menacée, et ne peut assister impassible à ces désordres sanglants de la république mexicaine, qui depuis plus de trente années, violant tous les droits internationaux, offrent le plus déplorable spectacle de destruction et d'anarchie.
Pourquoi ne pas tenter, lorsqu'il en est temps encore, d'arracher ce pauvre pays à l'abîaie? Pourquoi laisser le Mexique gémir dans une oppression despotique et sanglante, au lieu de
voir le peuple libre et confiant arraché au régime de la peur, émettre un vote franchement national, véritable expression de sa volonté? — C'est le but que se proposaient les trois puissances, lorsqu'elles abordèrent sur les côtes mexicaines, but digne des nations qui voulaient l'atteindre. — Les plénipotentiaires l'ont dit au gouvernement mexicain, le jour où ils ont mis le pied sur le sol de la république.
Aujourd'hui la France reste seule. — Eh bien 1 la France, Dieu aidant, accomplira seule cette œuvre de régénération. La liberté, le droit et la justice marchent avec elle. Elle ne s'intimide ni ne se glorifie de son isolement. Elle poursuit le but qu'elle s'est proposé, sans autre volonté que celle de rendre le Mexique à luimême, sous un gouvernement sérieux et régulier, dans lequel les nations européennes si longtemps trompées et outragées puiseront les garanties d'une paix durable.