LIVRE I, CHAPITR
tentirent dans toutes les églises de Mexico.
Pour réussir, il avait manqué à Mina d'avoir habité le pays dans lequel il s'était lancé avec la folle témérité d'un cœur intrépide. La connaissance des hommes et des ressources dont il disposait, lui eussent appris à ne pas croire aveuglément aux promesses stériles d'un soulèvement général, illusions qui se changeaient vite en désenchantements. — Au lieu de rencontrer sur ses pas ce courage et ce dévouement héroïques qui seuls font les révolutions, il trouva les masses découragées et sans foi.
Epuisées par tant d'années de luttes inutiles, elles ne se rattachaient que par lambeaux épars à cette cause qui avait déjà versé tant de sang. Mina était pour tous un étranger, plus peutêtre, un inconnu, et cette sympathie si précieuse et si impérieusement nécessaire à ceux qui veulent remuer les populations sur leur passage lui avait fait complètement défaut.
Après la mort de Mina, la junte patriote menacée dans la petite ville de Jauxilla où elle s'était réunie chercha un refuge dans les terres chaudes de l'intendance de Valladolid.
La triste fin des trois chefs successivement touabés au pouvoir des Espagnols avait porté
Teff oî clans tous les cœurs. L'armée de Tindépendance était désorganisée. Les bandes de guérillas, écume de ce parti démoralisé, parcouraient les campagnes se livrant au brigandage, au meurtre et au pillage. Toutes les villes et toutes les places fortes avaient été successivement reprises par les royalistes.
Les chefs avaient disparu ou avaient succombé.
Le vice-roi Apodaca, créé comte de Venadito après lacapture de Mina, écrivait en Espagne : (( L'insurrection est morte. » 11 se trompait, rinsurrection n'était pas morte ; elle s'était réfugiée patiente et résignée au fond des âmes qui rêvaient le noble réveil de la patrie. — Dans les populations décimées, l'horreur et la liaine qu'inspirait le joug des Espagnols s'étaient accrues de tout le désespoir de leur défaite et du cruel souvenir des atrocités commises par les chefs et les soldats royalistes, tristes représailles des massacres auxquels s'étaient impitoyablement livrées les bandes insurrectionnelles.
La révolution attendait, et l'abîme se creusait davantage.
Si l'Espagne, renonçant au système de domination despotique par lequel elle croyait s' as-