LIVRE i, CHAPITRE V
pîtal de San-Christoval le 22 décembre 1815. Sa mort plongea dans la consternation le parti de Tindépendance, car chacun comprit la perte que venait de faire cetle cause qui s'était pour ainsi dire incarnée en lui. — Redouté par ses ennemis, estimé de tous pour sa bravoure, sa droiture, la noblesse et la loyauté de son caractère, Morelos s'était placé bien au-dessus du fanatique Hidalgo, et peu s'en fallut qu'il ne réalisât ce beau rêve d'indépendance qui neuf ans plus tard rendait le Mexique àsa nationalité, en lui donnant une constitution libérale. Il avait su prendre assez d'influence, pour dominer les rivalités ambitieuses des diverses fractions de cette armée dispersée sur l'étendue d'un immense territoire et pour donner un même but aux efforts de tous. — Cette unité d'action qui doublait la force en disciplinant les intérêts divers, disparut quant il eut cessé de vivre; la confusion dans les idées, la dissidence entre les généraux reparurent et firent perdre en peu de temps aux révoltés tout le prestige dont les avait entourés le chef habile qu'ils venaient de perdre. — Le congrès institué par Morelos ne tarda pas à être dissous, et cette dissolution généralisa, pour ainsi dire, le désordre.
Pendant cette désorganisation morale et matérielle de Târmée indépendante, des renforts arrivèrent de T Espagne au vice-roi ; ces renforts coïncidant avec le découragement des partisans de Tinsurrection mexicaine, firent rapidement regagner au parti royaliste tout le terrain perdu et reconnaître son autorité méconnue. — Les différents chefs des révoltés dispersés, traqués de toutes pans cherchèrent un refuge, les uns dans la soumission, les autres dans la fuite.
Ce fut dans ces circonstances défavorables qu apparut le jeune et vaillant Mina, qui voulut rallier les tronçons épars de la révolution. Mais il faut le dire, ce ne fut point un sentiment patriotique qui lui mit les armes à la main pour la cause de r indépendance; ce n'était pas lo mot liberté qui était gravé dans ce cœur, mais le mot triste et fatal : vengeance. — Mina était Espagnol. Après avoir, ainsi que son père, servi
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SOU pays avec éclat contre Napoléon, il lut fait prisonnier et ne retrouva sa liberté qu'en 181â. Mécontents de Tabsolutisme de Ferdinand VII, les deux Mina organisèrent une conspiration qui échoua; forcés de s'exiler, ils se réfugièrent en Angleterre. Les partisans de Tindépendance du Mexique virent dans ce jeune homme ardent et résolu un drapeau qui pouvait ranimer les esprits abattus et rallumer le feu de la révolte près de s'éteindre. Pour Mina, c'était se venger de l'ingratitude d'un souverain oublieux et se vouer à' une noble cause ; mais cette noble cause lui faisait combattre son pays et verser le sang de l'Espagne sa patrie; cette pensée ne l'arrêta pas. — Il sentait- cependant cette position cruelle lui peser comme un remords, et en cherchant à l'atténuer, il se rendit suspect à une partie de la population indigène.
Dès qu'il eut réuni autour de lui quelques troupes résolues, il entra en campagne et entreprit de se relier aux insurgés du Baxio; il lui fallait traverser cette partie du Mexique appelée {Tierra caliente) la terre chaude et aflronter bien des misères et des souffrances. II livra plusieurs combats heureux contre les
troupes espagnoles, et finit pai' entrer en communication avec une fraction révolutionnaire du Baxio.
Mais ce nouveau chef de la révolution n'avait qu'un tout petit nombre de soldais, soldats mal équipés et mal armés, quatre cents hommes au plus. — C'est avec cette troupe si inférieure en nombre qu'il rencontre l'ennemi entre San Felipe et San Juan. La victoire se rangea pourtant du côté du jeune Mina et le commandant de la province, Castanon, fut tué dans l'action. — Cette victoire, empêcha les Espagnols de traiter plus longtemps Mina comme un aventurier sans conséquence. Le vice-roi Apodaca s'en émut sérieusement; mais il semblait que la fortune se fît un jeu d'élever, dès le début, ces champions de l'indépendance, pour les précipiter ensuite plus sûrement dans l'abîme.
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Quelques défaites partielles vinrent assombrir bientôt Theureuse étoile du nouveau chef de la révolte. — Cerné dans la ville de Sombrero, il comprit que toute résistance était inutile, car plusieurs de ses meilleurs capitaines avaient déjà trouvé la mort dans des attaques tentées contre les assiégeants.
Sombrero tomba au pouvoir de Tennemi. — Alors recommencèrent les scènes sanguinaires et féroces dont nous avons déjà retracé le récit; les vainqueurs atteignirent les fuyards au milieu de leur retraite et égorgèrent avec la plus odieuse barbarie les femmes et les enfants.
La prise de cette ville et les massacres qui suivirent portèrent un coup fatal à Mina, qui essuya encore un nouveau revers en combattant les troupes du colonel espagnol Qrrantia.
Le jeune chef rallia deux cents soldats, comme lui résolus à mourir, et se faisant un sanglant passage à travers les lignes enne-
mies, parvint à gagner Jauxilla, où il réunit de nouveaux combattants. 11 se porte aussitôt sur Guanaxuato; mais ses troupes mal disciplinées, recrutées à la hâte, et privées de celte homogénéité qui fait la principale force d'une armée, ne répondirent pas à ce qu'il attendait d'elles. — L'audace et la confiance leur manquaient.
Mina découragé prit avec quelques-uns de ses plus fidèles le chemin d'un rancho appartenant à l'un des partisans de l'insurrection. Mais le colonel Orrantia était sur ses traces, sa retraite fut découverte, l'hacienda cernée et le malheureux Mina fait prisonnier.
Le vice-roi instruit de cette importante nouvelle ne fit pas longtemps attendre l'ordre de sa mort. — Mina fut fusillé le 11 novembre 1817» à l'âge de vingt-huit ans.
Un instant Apodaca avait tremblé, car la jeunesse, la valeur et les qualités militaires que possédait ce jeune chef, pouvaient attirer à lui de nombreux partisans, si la victoire fidèle lui eût laissé le temps d'acquérir sur l'esprit de la nation une juste influence. Aussi sa mort fut célébrée comme un événement public, et des Te Dmm d'actions de grâces re-