‹ Le Mexique contemporain par le baron de BazancourtChapitre 3 sur 109 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

çait une grande influence dans l'Etat; elle for* mait une classe à part, orgueilleuse et despotique envers le peuple qui vivait dans un état complet d'abjection et de servitude. Elle avait ses domaines, ses vassaux, ses guerriers à la tête desquels chaque noble devait suivre aupre* mier signal de guerre, l'étendard du souverain. C'était le système de la féodalité dans son expression la plus absolue. Plusieurs chefs possédaient des territoires très- étendus, tels étdent les chefs de Texcuco et de Tacuba, fiefs importants qui contribuèrent puissamment à la grandeur et à l'omnipotence de l'empire mexicain. La police intérieure (disent les anciens écrivains) se faisait avec ordre et régularité. Le souverain exerçait sur ses vassaux une juridic* tion complète, civile et criminelle, mais chaque province avait ses juges particuliers. Les taxes sur les terres, sur les richesses et sur les denrées subvenaient aux dépenses publiques. — Les impôts se payaient en nature et étaient déposés dans les greniers de l'État.

Les Mexicains avaient établi un droit de propriété régulier. Tout homme libre avait un bien territorial, dont il devait hommage à son seigneur : quelquefois la possession était

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pleine et entière, quelquefoift au contraire at-* tachée à un office, et par conséquent se perdant avec lui. Une cet'taine étendue de terrain était donnée à divers districts, proportionnée selon le nombre des familles qui les habitaient, et le produit de ces terres, Cultivées par la commu-* nauté, était partagé plus tard entre ces fa« milles (1)« Cette association s* appelait cct//)u//^a de la langue indienne. Mais il faut ajouter que l'agriculture était très-bornée.

Nous sommes entrés dans ces différents dé-* tails pour montrer combien la civilisation avait déjà porté ses fruits dans cet empire naissant que quelques écrivains espagnols ont montré, nous l'avons dit, comme livré à l'arbitraire d'un despotisme sans bornes.

Chez les Mexicains^ Tidolâtrie avait revêtu une forme sombre et terrible; leurs divinités étaient environnées d'épouvante et armées de vengeance : elles étaient représentées sous les aspects les plus propres à inspirer la terreur, — - Le trône de Hultzilopochtli (2) , protecteur de

(1) Ilerrera, DecacL

(*2) Le temple déco dieu futconstruît, nous l'avons dit, par Ahuitzolt. Il renfermait dans son enceinte cinq cents maisons bâties en pierres et proées de

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l'empirt, était incrusté de crftnes et d'oMements humains. Dans les tempks étaient peintes de tous côtés, d'une manière dilformei des têtes

serpents sculpté?. Le temple avait quatre grandes portes aux quatre points cardinaux de sa grande cour pavée, de grands escaliers de pierre, des sanctuaires dédiés aux dieux de )« guerre* une place destinée aux danses religieuses, des collèges pour les prêtres et des séminaires pour les prêtresses. La porte d^un temple figurait la bouche d*un énorme serpent Il y avait le temple des miroirs et des coquil* lages, une maison séparée pour Tempereuri des fontaines sacrées, des oiseaux élevés pour les sacrifices, des Jardins de fleurs sacrées, des tours formées des crânes des victimes.

Cinq mille prêtres chantaient Jour et nuit dans le grand temple en Tbonneur des monstrueuses idoles qui 'étaient frottées trois fois par Jour avec les parfums les plus précieux, les prêtres, choisis parmi les plus austères, étalent vêtus de noir, leurs longs cheveux teints en noir, leur corps couvert des cendres de scorpions et d'araignées brûlées. Leurs chefs étaient les fils des rois.

Le dieu de la guerre, disait -on, était né d^une femme, une sainte vierge au service du temple, et lorsque les prêtres, ayant appris sa chute, voulurent la lapider, une voix cria : « Ne crains rien, ma mère, car Je sauverai ton honneur et ma gloire, n L*enfant naquit alors avec un bouclier dans la main gauche, une flèche dans la droite, un panache de plumes vertes sur la tête, la face peinte en bleu et la jambe gauche ornée de fleurs.

de serpents et dé tigres. Les sacrifices les plus cruels étaient à leurs yeux les seuls moyens d'apaiser la colère des dieux ou de se les rendre propices. Les sacrificateurs couvraient d'un sang humain fumant encore les autels et les pieds de leurs idoles. Le cœur et la tête des victimes appartenaient aux dieux, et si ces victimes étaient des prisonniers de guerre, le guerrier auquel on les devait, emportait le corps pour s'en repaître avec sa famille et ses amis. ^ Singulier assemblage de la barbarie avec la civilisation, qui semblait élever d'un côlé l'intelligence de ce peuple, tandis que de l'autre, il appartenait tout entier aux traditions primitives des tribus barbares dont il descendait*

Chez ces peuples primitifs, le mépris de la mort était regardé comme la plus noble qualité de l'homme ; aussi les combattants étaient-ils en grande considération et favorisés par-dessus tous les autres citoyens ; ceux qui s'étaient le plus distingués dans les combats portaient des marques distinctives. Le sacrifice de sa vie était la plus ferme et la plus sainte expression du dévouement, de la reconnaissance ou de la douleur ; de là cette coutume qui voulait qu'aux funérailles du souverain tous ceux qui avaient

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été particulièrement attachés à sa personne mourussent avec lui, sous peine d'ingratitude, le plus grand crime à leurs yeux. — La mort n'était pas la destruction, c'était le passage de la terre à un monde meilleur. Aussi, dans l'intérieur des mausolées que les Mexicains élevaient, déposaient-ils avec l'or, l'argent et les bijoux, des provisions pour cet autre monde.

Tel était ce peuple, qu'une poignée d'Espagnols sdiait soumettre et qui devait pendant trois cents ans rester sous sa domination.

Avant de commencer le récit des événements considérables qui signalèrent le règne de Montézuma et portèrent un coup fatal à l'indépendance de l'empire, disons quelques mots sur la cité de Tenochtitlan telle qu'elle était alors :

Dans une plaine entourée de hautes montagnes et occupée par différents lacs, l'ancienne

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capilate de Tempire s'élevait 9lùr quelque»* uns de Ilots formés par ces lacs. -^ On voyaitse dresser de tous côtés des téocallis dont la forme est à peu près semblable à celle des minareta de rOrient ; les rues étaient des lagunes où circu* laient à toute heure des milliers de barques. Des chaussées, larges de trente pieds environ* donnaient accès dans la ville et s'étendaient fort loin au dehors, car souvent, par suite de pluies torrentielles* la plaine était inondée sur une grande étendue. Ces chaussées comp**^ talent parfois trois et six milles de longueur. Des ouvertures sur lesquelles des ponts en madriers avaient été établis, étaient pratiquées pour permettre aux eaux de circuler librement. Autour des temples se groupaient de nombreux édifices et des maisons remarquables par leur aspect et leur architecture.

Mais si les habitations de la partie élevée de la nation mexicaine se distinguaient par leur apparence de richessci celles du peuple, basses, étroites, couvertes avec de la terre et des branchages ou des roseaux, ressemblaient beaucoup aux huttes des autres tribus barbares indiennes. Couime au sein des peuplades sauvages, plusieurs familles vivaient souvent

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pèle-tfAtedAbs laiDdine cabane. CelleKi cpiel* que fiauVreè qu'elleô fusaeQl n'étaient pas cons* traites au hasard, elles suivaient un alignement régulier et formaient des rues spacieuses que baignaient de Clairs ruiteeaux. -- 11 y avait dans l'intérieur de la ville plusieurs places; celle du Marché» par exemple (selon quelques écrivains)» pouvait contenir de^quarante à cinquante mille personnes. Nous verrons bien* Mt BOUS la domination espagnole, cette ville se transformer entièrement et devenir la grande et magnifique cité de Mexico.

Christophe Colomb avait découvert le Nouveau Monde. — Les Antilles, toutes les côtes orientales de T Amérique jusqu'au golfe du Mexique, la vaste mer du Sud, même les plages désertes de la Floride avaient été explorées soit par les Espagnols, soit par les Portugais, soit par les Anglais. Mais les contrées qui s'étendent de

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ces points à Textrémité méridionale de rAmérique, ainsi que le Pérou et l'empire du Mexique, étaient encore inconnues.

Lorsque l'expédition commandée parle jeune alcade de San-Iago, Fernand Gortez, fit voile vers le Mexique, déjà Grijalva, envoyé par le gouverneur de Cuba, Diego Velasquez, était parti de cette île, le 8 avril 1618, et avait abordé à l'embouchure du Tabasco. — En remontant ce fleuve, il s'était tout à coup trouvé en face d'un nombre considérable de pirogues chargées d'Indiens, pendant que des bandes nombreuses couvraient le rivage et se préparaient à combattre. Poursuivant son voyage, Grijalva avait, passé quelques temps après, à l'ouest de Tabasco ; là il apprit qu'un monarque puissant et guerrier, nommé Montézuma, possédait un empire trèsétendu et d'immenses richesses en or et en argent. Ces contrées, fort avant au nord et à l'ouest, étaient sans nul doute habitées par des peuplades sauvages semblables à celles qu'il avait rencontrées.

Depuis cinq mois, les navires tenaient la mer, les vivres touchaient à leur fin et des maladies se déclaraient dans les équipages. Grijalva fut contraint de reprendre la route de Cuba.

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Le gouverneur Yelasquez, aussitôt qu'il eut connu les heureux résultats de cette exploration, résolut d'envoyer une nouvelle expédition dans ces contrées lointaines. — Ce fut cette expédition que commanda Gortez.

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