LIVRE II, CHAPITRE III
sommes comme toujours en pleine guerre civile ; seulement, nous l'avons dit, depuis la nouvelle constitution, cette guerre qui tenait par des racines profondes aux instincts mêmes de la nation avait acquis un plus grand cachet de gravité, car elle inscrivait sur son drapeau un principe politique. Derrière ce principe s'abritaient toujours le nom et l'ambition d'un homme.
Le président Bustamente est dépopularisé.
Santa Anna hérite, mais pour un laps de temps bien court, de cette popularité, mirage trompeur qui éblouit et disparaît.
Le parti fédéraliste a pris un développement considérable. — Une rencontre a lieu à Nécarigo, près de Puebla, et le général Valencia bat les troupes fédérales qui combattent sous les ordres du général Mejia; ce général, fait prisonnier, est mis à mort sans jugement, par ordre de Santa Anna.
A Mcnterey, les insurgés avaient le dessus et s'emparaient de plusieurs villes. La victoire toutefois resta fidèle au drapeau du gouvernement et les fédéralistes dispersés, furent contraints de faire leur soumission. — Bustamente, qui avait reçu le commandement de l'armée
centraliste en quittant la présidence, est de nouveau sur les rangs; il l'emporte sur Santa Anna et reconquiert le pouvoir qui lui était échappé.
Le parti vaincu n'avait pas encore dit son dernier mot. — Bientôt, au sujet d'un mécontenten\ent que soulèvent des taxes nouvelles, décrétées pour faire face aux menaces de guerre avec le Texas, ce parti relève la tête et des troubles sérieux éclatent tout d'un coup dans la ville même de Mexico. Le général Urrea, qui avait été exilé, .reparaît sur la scène, s'empare audacieusementdu président Bustamente et nomme président par intérim le général Farias, du parti fédéraliste ; mais Bustamente recouvre sa liberté et reprend en main la défense de la constitution. La guerre civile ensanglanta encore quelques provinces, puis les fédéralistes de nouveau dispersés attendirent le moment de se réunir et de reprendre les armes ; leurs deux principaux chefs, Urrea et Farias, avaient trouvé leur salut dans la fuite.
L'année suivante (18âl), les troubles recommencent, et l'insurrection que l'on croyait épuisée par ses revers successifs, reparaît plus forte, plus violente qu'elle n'avait jamais été.
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— Bustamente, vaincu et dépossédé du pouvoir, se retire dans Tîle de Cuba; Tampico, Vera Cruz, Matimor, et Ja capitale sont au pouvoir des fédéralistes, qui rétablissent la constitution de 1824 avec Santa Anna pour président. — On le voit, ce général avait des amis et des partisans dans tous les partis; — porté quelques années auparavant avec acclamations au siège de la présidence absolue par les centralistes qui renversaient la constitution de 1824, il y est replacé aujourd'hui par ceux qui viennent de rétablir cette constitution dédaignée. De quelque côté que se tournait la fortune, elle rencontrait toujours Santa Anna sur ses pas.
Le nouveau président n'épargne pas les proclamations et rejette sur son prédécesseur tombé dans la disgrâce tous les maux qui pendant les dernières années avaient affligé le Mexique.
L'état désespéré des finances lui inspire les mesures les plus arbitraires et les plus iniques pour remplir les coffres vides de l'État ; ces me-
sures pèsent surtout sur les étrangers. En agissant ainsi, Santa Anna cherchait à flatteries passions aveugles de la multitude indigène, qui nourrissait toujours une haine secrète contre les étrangers, et il voilait ainsi ses exactions sous le mot pompeux de patriotisme. — Ces nouvelles spoliations avaient excité au plus haut degré le mécontentement des puissances étrangères; Santa Anna, pour ne pas hériter des embarras de la situation qu'il avait cîéée, feignit une grande lassitude du pouvoir et, se démettant volontairement des hautes fonctions de président, se retira vers la fin de Tannée 18A3, dans une de ses terres, près de Vera Cruz.
En 18ââ,il reprenait les rênes du gouvernement et cherchait à organiser une grande expédition contre le Texas, avec lequel on était en état de guerre perpétuel, sans résoudre cette question, qui intéressait si vivement la république mexicaine. Le gouvernement avait épuisé toutes ses ressources dans ses luttes intestines; appauvri et miné, il était toujours hors d'état de tenir une armée en campagne. — Pendant ce temps, les négociations de cette province avec les Étas-Unis continuaient, et le Texas allait être bientôt annexé à la repu-