‹ Le Mexique contemporain par le baron de BazancourtChapitre 39 sur 109 · UYRE II, CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

UYRE II, CHAPITRE HI

commandait à Vera Cruzj il déclara Tétat de guerre avec la France, et de toutes parts retentirent les cris : A mort les Français ! Les Mexicains cherchaient, par une fureur stérile, à se donner le change sur la défaîte qu'ils avaient essuyée.

Le 1" décembre, un décret enjoignit à tous les Français de quitter la capitale dans le délai de trois jours, et dans quinze le territoire de la république 5 ce dernier délai fut prolongé plus tard jusqu'à soixante jours.

Les Français résidant à Mexico et aux environs de la capitale se dirigèrent en toute hâte vers Vera Cruz pour se mettre sous la protection du pavillon français ; car ils connaissaient trop le triste pays dans lequel ils vivaient, pour ne pas redouter quelque trahison ou d'indignes traitements auxquels ils n'échappèrent que par l'intervention des ministres étrangers ; ces ministres protégèrent avec un noble sentiment de confraternité la vie et les derniers intérêts des malheureux ainsi expulsés. — Toutefois ils ne purent empêcher les Français d'être pillés pendant leur trajet dans les montagnes, par des bandes mexicaines qui leur enlevèrent tous leurs chevaux, ainsi que les charriots sur lesquels avaient

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été placés les femmes, les enfants et les malades.

. La déclaration de guerre à la France ne réunit pas dans la pensée d'un danger commun les deux partis qui divisaient le Mexique. — Les fédéralistes ne se trompèrent pas sur les intentions de la France qu!ils ne pouvaient sérieusement accuser d'agir dans une pensée de conquête, et jugèrent le moment favorable pour se lever en masse contre les centralistes: les embarras qui accablaient le gouvernement et les hommes au pouvoir, favorisaient leurs projets de renversement. — Une fois le mot d'ordre donné dans les provinces, l'agitation intérieure fut à son comble. — Certes, en cette circonstance, ces luttes déplorables dépourvues de toute grandeur et de tout patriotisme, se montrèrent dans leur triste nudité, et les gouvernements étrangers purent, une fois de plus, juger par eux-mêmes la pente fatale sur laquelle marchait ce malheureux pays, vers un abîme qu'il creusait de ses propres mains.

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Mais revenons à Vera Cruz, où nous allons voir reparaître Santa Anna, le vaincu de San Jacinto. Cette ville semblait être le théâtre que le général choisissait chaque fois qu'il reparaisssdii après avoir été cacher dans une retraite momentanée sa chute du pouvoir.

Vera Cruz avait toujours porté bonheur à son ambition; c'était le berceau de ses rêves, le piédestal de sa fortune.

Au premier bruit d'attaque, Santa Anna était venu se joindre au général Rincon ; il remplaça ce général lorsque celui-ci fut privé de son commandement, à la suite de la convention qu'il avait signée avec Tamiral Baudin. — Santa Anna était l'homme du Mexique qui savait le mieux exploiter les sentiments des masses et les événements, au moment même où ils se produisaient. 11 avait entrevu dans l'arrivée de la flotte française le réveil de sa popularité et de sa fortune déchue. Chargé par le

congrès de notifier à Tamiral Baudin le retrait de ratification du traité conclu, il prit une position hostile, et ce furent ses bandes répandues aux environs de Vera Cruz qui pillèrent les Français expulsés de Mexico.

Outré de la non ratification du traité dans lequel la France s'était montrée si modérée et si conciliatrice, l'amiral Baudin résolut de paralyser les projets ultérieurs des Mexicains sur Vera Cruz, en mettant cette ville hors d'état de défense, car il lui répugnait de la détruire en la bombardant. — Cette entreprise audacieuse fut couronnée de succès; trois colonnes formées de marins, de soldats de marine et de compagnies d'artillerie et du génie partirent au point du jour. Ces trois colonnes, protégées par un épais brouillard, atteignirent la ville dans les différentes directions qui leur avaient été désignées. — La colonne du centre, commandée par le prince de Joinville, pénétra dans Vera Cruz ; les deux autres devaient désarmer, l'une le fort de l'est, l'autre le fort de l'ouest.

Pendant que le prince de Joinville entrait hardiment dans la ville, dont il avait fait sauter la porte principale, et mettait en fuite tout ce qui s'opposait à son passage, les canons des

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forts étaient encloués et jetés par dessus la muraille, leurs affûts étaient brisés.

Cependant les troupes mexicaines sont parvenues à se réunir ; Santa Anna les rallie et se porte sur les derrières des Français, lorsque ceux-ci, au tomber de la nuit, après avoir achevé le désarmement de la ville, regagnaient les embarcations qui les avaient amenés. — Une fusillade assez vive s'engagea, et les chaloupes firent sur les troupes mexicaines massées le long de la jetée un feu de caronades chargées à mitraille qui leur causa de grandes pertes. Le général Santa Anna fut grièvement blessé (1) ; mais du coté des Français on compta aussi une soixantaine d'hommes hors de combat. — Santa Anna, avec cette audace orgueilleuse qui le caractérisait, nemanqua pas d'écrireà son gouvernement que l'énergique défense de Vera Cruz avait contraint les Français à se rembarquer. — Pauvre général réduit à chercher dans ses défaites des triomphes mensongers I

Les opérations militaires contenues dans les instructions de l'amiral Baudin étaient accomplies, il devait en attendre les résultats en se

(1) Cette blessure occasionna ramputation de la jambe.

maintenant dans les positions conquises. — Des négociations s'ouvrirent de nouveau 5 enfin après des lenteurs et des tergiversations sans nombre, un traité de paix fut conclu avec la médiation de l'Angleterre, qui avait envoyé un plénipotentiaire dans ce but. Ce traité donnait pleine et entière satisfaction aux réclamations de la France et à ses demandes d'indemnités pour les dommages depuis si longtemps soufferts par ses nationaux. Les ratifications furent échangées à Paris, le 10 avril 1839.

Débarrassé de la triste position dans laquelle l'avait mis son différend avec la France, le Mexique, loin de chercher à jouir dans le repos d'une douce et tranquille prospérité, reprit avec plus d'ardeur ses luttes intestines. On peut dire avec vérité que c'était là son état normal, interrompu seulement de temps à autre par une apparence de tranquillité qui n'était que le résultat de l'épuisement des partis, — Nous

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