LIVRE 17, CHAPITRE II
tait à la tête d'un pronunciaiiiento, il décrétât d'autorité le renvoi de Comonfort et chargeait le général Zuloaga de sauver la patrie. — Ce prononciamento trouva de nombreux adhérents, car chacun, avant tout, comprenait qu'il fallait agir. La garnison de la citadeUe se rallia au mouvement, et les généraux Osollo et Miramon accoururent de Guernavaca pour appuyer le mouvement. Mais Comonfort, auquel se rattachaient lesdernièresespérances du parti démocratique, avait conservé des partisans énergiques. Son nom, au résumé, valait bien celui d'un autre pour continuer la révolution. — Elle avait une trop belle occasion pour n'en pas profiter et la capitale devint-elle même le théâtre de la guerre civile.
Le combat s'engagea dans les rues ; la lutte entre les deux partis fut sanglante et opiniâtre. — Pendant sept jours, elle dura sans discontinuer.
Un armistice de quarante-huit heures n'amena que des négociations stériles ; la citadelle qui tenait pour Zuloaga, ouvrit de nouveau un feu violent contre la ville, et le combat recommença avec un nouvel acharnement. — Comonfort comprit qu'il ne pourait soutenir la lutte plus
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longtemps, et pendant la nuit qui suivit, il abandonna précipitamment Mexico.
Le 21 janvier le calme rentrait dans la capitale, le sang cessait de couler et le 22, le général Zuloaga était nommé président intérimaire.
Mais ce calme n'était qu'apparent, la discorde et la guerre civile dévoraient toujours le cœur du pays, et pendant que le nouveau gouvernement renouait de bonnes relations avec les représentants des nations étrangères, rétablissait des rapports réguliers avec le saint-siége et était reconnu par le corps diplomatique, Juarez reparaissait à Guanaxuato et déclarait, dans un pronunciamento officiel, qu'en sa qualité de vice-président, il reprenait dans ses mains le pouvoir présidentiel tombé en déchéance dans la personne de Comonfort fugitif. — Les provinces du sud n'attendaient qu'un signe du général Alvarez pour se soulever. Vidaurri agitait les populations du nord. Quant aux généraux Parrodi et Doblado, ils étaient maîtres de Guadalaxara et de Guanaxuato.
On le voit, les partis étaient en présence, la guerre civile était debout, les armes à la main. — Juarez devenait le chef nominal d'une faction qui refusait de reconnaître le gouvernement
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de Mexico. Si le président Zuloaga voulait conserver le pouvoir qui lui avait été conféré par une partie de la nation, il lui fallait forcément briser toutes ces résistances ; il le comprit et reconstitua l'armée qu'il porta en quelques jours au chiffre de quinze mille hommes. — Parmi les chefs de cette armée, le plus populaire était le jeune général Miramon ; soldat actif, entreprenant, infatigable, il avait su inspirer une confiance sans bornes aux troupes qu'il commandait, n est appelé avec le général Osello à opérer dans le nord contre les généraux Parrodl etDoblado, pendant que le général Echeagaray prend une autre direction et que Villareal marche au sud contre le redoutable Alvarez.
Bientôt le général Doblado, gouverneur de Guanaxuato signe un traité avec les généraux Osollo et Miramon et joint ses troupes aux leurs. Parrodi battu à Salamanca fait sa soumission le 23 mars. — La victoire marchait avec ces deux heureux généraux, mais Osollo trouva la mort dans un combat ^ Miramon resté seul, prit la direction en chef de la guerre qu'il poussa avec une excessive rigueur contie les factieux ; toujours sur leurs traces, il les battait partout où il parvenait à les atteindre. Les brillants
succès qu'il obtint dans toutes ces rencontres, bien qu'ils fussent stériles, car l'insurrection écrasée sur un point reparaissait sur un autre, mirent son nom dans toutes les bouches, et quoiqu'il n'eut que vingt-cinq ans, on le citait déjà comme le premier homme de guerre du Mexique.
Le général Echeagaray était moins heureux et perdait un temps précieux dans des opérations impuissantes.
Mais si Miramon grandissait en renommée, l'insuffisance de Zuloaga et son inaction au milieu de cette tourmente révolutionnaire jetait sur lui la déconsidération; ou l'accusait des embarras qui surgissaient de toutes parts et de la détresse extrême des finances. Jamais, en effet, la pénurie du gouvernement n'avait été aussi grande , lui qui cependant avait passé par tous les degrés de la pénurie et de la misère. — Les principaux ports étaient aux mains des insurgés, qui interceptaient ainsi en leur faveur le produit des douanes.
Le président eut recours aux moyens ordinaires et décréta un emprunt forcé, qui frappa à la fois les nationaux et les étrangers. — Les
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ministres des puissances étrangères se plaignirent amèrement ; mais ils eurent beau protester, leurs réclamations allèrent grossir le fsdsceau des anciens griefs oubliés et méconnus.
Le ministre américain rompit ses rapports officiels. — Pendant ce temps, les bandes insurrectionnelles désolaient les provinces et portaient partout le trouble, l'épouvante et la désolation. — Comme aux plus tristes temps de la guerre de l'indépendance, les plus sanglants excès se renouvelèrent ; — il fallait en outre reconquérir la Sonora révoltée, combattre Vidaurri à Monterey, — DegoUado à Colima, — Zuazua à San Luis de Potosi, — Castro à Zacatecas, — Alvarez à Guerrero, — Zamora el la Llave à Vera Cruz. En outre, le général Echeagaray envoyé contre la ville de Vera Cruz, pressentant la position désespérée de Zuloaga, s'était prononcé contre lui.
Chaque jour arrachait, pour ainsi dire, un dernier lambeau de puissance au malheureux président, et le général Robles, qui commandait la garnison de Mexico, fit à son tour un pronunciamento contre lui. Zuloaga abandonné ainsi par ses derniers partisans, se réfugia à la légation britannique.
Le général Robles resta donc maître de la capitale. — Juarez, qui rêvait pour lui et son parti le pouvoir absolu, avait refusé d'entrer dans ce mouvement, qui l'eût forcé de pactiser avec les principaux chefs du parti conservateur. — Vindicatif par nature, opiniâtre par système, mais intelligent, quoique d'un esprit peu élevé, il comprit qu'en s' associant avec les hommes qui renversaient le général Zuloaga, il amoindrissait son rôle, tandis qu'il pouvait au contraire profiter de la désunion de ses ennemis. Il répondit avec une audace dédaigneuse « qu'il ne s'associerait jamais aux traîtres qui avaient répudié la constitution, n
Pendant que ces événements se passaient à Mexico, le général Miramon battait le général Degollado. Lorsque la junte nouvellement réunie fut chargée, au commencement de l'année 1859, d'élire un président provisoire, le général