LIVRE I, CHAPITRE IV
richesses dont la Providence a doté un sol privilégié, et les oblige elles-mêmes à recourir périodiquement à des expéditions dispendieuses pour rappeler à des pouvoirs éphémères et insensés les devoirs des gouvernements. Cet intérêt doit les engager à ne pas décourager des tentatives de la nature de celles que je viens de vous indiquer, et vous ne devriez pas leur refuser vos encouragements et votre appui moral, si^ par la position des hommes qui en prendraient l'initiative et par la sympathie qu'elles rencontreraient dans la masse de la population, elles présentaient des chances de succès, par rétablissement d'un ordre de choses de nature à assurer aux intérêts des résidants étrangers la protection et les garanties qui leur ont manqué jusqu'à présent. Le gouvernement de l'Empereur s'en remet à votre prudence et à votre discernement pour apprécier, de concert avec le commissaire de Sa Majesté, dont les connaissances acquises par son séJQur au Mexique vous seront précieuses, les événements qui pourront se développer sous vos yeux, et pour déterminer la mesure dans laquelle vous pourrez être appelé à y prendre part. »
Ces instructions sont franchement déveloij-
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pées ; elles ne laissent plus de place au doute et à Fambiguité. — Si les intérêts les plus cbers du Mexique, sa dignité et son salut même sont dans l'établissement d'un pouvoir oalme et régulier, ce résultat beureux est aussi la seule garantie que les puissances contractantes puissent avoir, pour obtenir satisfaction des demandes qu'elles adressent au gouvernement mexicain.
Nous entrons au plus vif de la question, il faut donc bien préciser quelle était la position des trois puissances unies avant les dissentiments qui ont éclaté dans les conférence» d'Orizaba«
La France et l'Espagne, convaincues qu'il fallait, pour obtenir un résultat réel, pénétrer dans l'intérieur du Mexique, afin d'y frapper un coup décisif, envoyaient des corps de débarquement; — l'Espagne 7,000 hommes, — la France 2,500 environ. Mais l'Angleterre, dès le principe, sans s'opposer à l'action de ces deux puissances, avait déclaré quelle n'y prendrait point parr, elle n'envoyait que sa flotte et un petit nombre de soldats de marine qui devaient se rembarquer, aussitôt qu'une expédition serait résolue.
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Les plénipotentiaires des trois nations par*< tirent donc, — Pendant qu'ils étaient en route, r amiral Geballos arrivait de la Havane avec des forces navales et des troupes de débarquement* A cette époque, la nouvelle du traité conclu entre la France, l'Angleterre et l'Espagne n'était pas connu ; seulement au moment du dé* part des troupes espagnoles de la Havane, on avait appris qu'une négociation étiût pendante entre ces trois puissances. L'amiral espagnol Geballos, qui avait reçu précédemment de son gouvernement l'ordre d'occuper immédiatement Vera Cruz et son fort, afin d'exiger du gouvernement mexicain réparation des injures faites k la nation espagnole, ne crut pas devoir différer son expédition, mais invita les commandants français et anglais de la station navale à prendre part à l'attaque qu'il projetait ; ceuxci n'ayant reçu aucune instruction à cet égard, déclarèrent n'être point autorisés à le faire.
Le 17 décembre 1861, l'amiral espagnol occupait Vera Cruz et le fort Saint- Jean d'UUoa.
La nouvelle de cette prise de possession mécontenta la France et l'Angleterre, qui firent savoir au gouvernement espagnol que le capitaine général de Cuba, instruit des
négociations pendantes, eût dû retarder le départ de l'expédition projetée à laquelle les deux nations alliées n'avaient pu ainsi coopérer.
Ala suite ce cet incident, le gouvernement de l'empereur Napoléon, persuadé que des opérations militaires, dans l'intérieur du Mexique étaient devenues indispensables, et ne voulant pas, dans cette hypothèse, que l'armée française conservât une position d'infériorité vis-àvis l'armée espagnole, décida qu'il seradt envoyé au Mexique un renfort de 3à A,000 hommes. — Le cabinet espagnol fut loin de voir avec mécontentement cette nouvelle résolution de la France, ainsi qu'on Ta prétendu ; car le ministre d'État écrivait, en date du 22 janvier à M. Mon ambassadeur à Paris : — « L'augmentation des forces françaises destinées au Mexique a une explication facile et naturelle. Le gouvernement de la reine la comprend, et il considère comme bienvenue une mesure qui contribuera à faciliter le terme de l'expédition. »
L'Angleterre se contenta d'en exprimer son regret, car on sait qu'elle s'était, pour son compte personnel, refusée à une expédition dans l'intérieur, et tout en désapprouvant l'occupation prématurée de Vera Cruz et du fort Saint-