‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 16 sur 66 · J0'. T.DANET. O · texte numérisé non relu

J0'. T.DANET. O

7 4 PHYS10LCG1E ET BAROMÉTRIE MÉDICALE.

l'influence d'une pression graduellement amoindrie ; c'est-à-dire que sa densité normale diminue dans le liquide nourricier, une partie étant ramenée au dehors par le vide partiel. Cette expérience a été faite en sens inverse, à Lyon, sous les yeux de Pravaz, par MM. Hervier et Saint-Lager. Ses résultats ont été identiques, puisque ces expérimentateurs distingués ont constaté que l'acide carbonique diminue dans l'expiration des sujets soumis à l'air comprimé, tandis qu'il augmente, au contraire, quand on les ramène à l'air libre.

Il n'est pas vrai cependant que la pression de l'air atmosphérique puisse être considérée, en général, ■comme le régulateur de la solubilité de l'acide carbonique, puisqu'un gaz n'est contenu dans un liquide que par la pression qu'il exerce lui-même à sa surface, sans égard à l'action des autres. Mais il n'en est pas moins évident qu'étant déjà dissous, il abandonne le liquide avec d'autant plus de difficulté et se mêle aux autres gaz avec d'autant plus de lenteur, que la densité de ceux-ci est plus considérable. Cette considération suffit à mettre les résultats des expériences dont nous venons de parler pleinement d'accord avec ce que les lois physiques auraient d'ailleurs permis de prévoir.

Il est donc irrécusable que la dépression de l'air facilite la sortie de l'acide carbonique dans l'acte respiratoire ; et diminue la densité de ce gaz dans les ang. S'il pouvait être constaté que la densité de l'oxygène n'y est pas amoindrie aussi facilement

sous l'influence de la même cause, il serait prouvé que la diminution, du poids de l'air est une occasion de trouble pour l'hématose.

Or, une première considération nous conduit à croire que ce trouble est en réalité inévitable, car les lois de l'endosmose respiratoire nous permettent de prévoir que, quelle que soit d'ailleurs la pression extérieure, la quantité d'oxygène absorbé tendra à s'égaliser avec la sortie de l'acide carbonique. Il en résulterait que, pour une augmentation dans l'expiration de ce dernier gaz comme conséquence d'une pression amoindrie, une quantité plus grande d'oxygène serait introduite dans la circulation par l'action de l'endosmose vésiculaire. D'après cette interprétation non dénuée de preuves (1), l'harmonie de l'hématose devrait être nécessairement détruite par la dépression de l'air, puisque la môme circonstance qui serait pour Tun des gaz une cause de diminution dans le sang, serait pour l'autre une occasion de prépondérance.

Mais il est une autre preuve plus convaincante qui nous paraît juger cette question sans réplique.

(1) Autant que cette question puisse être jugée par des expériences directes, comme pour l'acide carbonique, on pourrait croire que la dépression de l'air, au moins pour un premier quart d'atmosphère, n'est pas une cause de diminution de l'oxygène du sang. Des analyses nombreuses tendent, en eiïet, à prouver que l'oxygène, obéissant aux lois de l'endosmose plutôt qu'aux lois physiques, entre dans le sang dans la proportion de la sortie de l'acide carbonique, c'est-à-dire en excès, pondant que la pression de l'atmosphère est diminuée jusqu'à 55 centimètres environ.

Elle est puisée dans les observations auxquelles donnent lieu les ouvriers employés aux travaux qui s'exécutent au moyen de la cloche à plongeur.

;; 5. Effets d'une compression et d'une décompression alternatives sur l'hématose.

Beaucoup de nos lecteurs savent déjà les avantages que l'industrie a retirés des travaux de M. Triger. Cet habile ingénieur, voyant la dépense énorme de forces qu'il fallait faire pour vider certaines mines de l'eau dont elles étaient inondées, conçut l'idée de la refouler au moyen de l'air comprimé dans un tube très-résistant, au fond duquel les ouvriers seraient placés. Le résultat a prouvé l'opportunité de cette application à certains travaux qui s'exécutent sous les eaux. L'exploitation minière de Lourclies, pour laquelle ce système fut adopté, fournit à MM. les docteurs Pol et Watelle (d) l'occasion de rédiger les observations qu'ils prirent avec soin sur les travailleurs soumis à celte œuvre mémorable. L'histoire de ces travaux est pleine de péripéties émouvantes. La mort elle-même a joué son rôle lugubre dans ces événements industriels devenus dramatiques. Nous signalons à l'attention ce mémoire parfaitement accentué dans lequel nous puiserons des leçons utiles à notre sujet, bien que nous devions

(1) Mémoire sur les effets de la compression de l'air appliquée au creusement des puits à houille. [Anri. d'Hyg., 2e série, tome I, p. 2 il.)

arriver ù des conclusions opposées à celles des auteurs. Un premier l'ait est digne, au plus haut degré, de noire attention; c'est que les ouvriers voués à ces travaux dangereux ont pu s'y livrer pendant huit ou dix heures, sans souffrance, même sans gène, sous des pressions barométriques qui se sont élevées jusqu'à cinq atmosphères. Ces hommes ont donc supporté un effort extérieur de 80,000 kilogrammes, c'est-à-dire 64,000 kilogrammes au-dessus de la pression barométrique normale. C'est là un grand enseignement. Il nous dit, en effet, que les gaz internes s'accroissent promptement et s'équilibrent avec facilité sous des efforts considérables de l'atmosphère. Il nous dit encore que l'augmentation graduelle du poids de l'air ne détruit pas d'une manière bien sensible le rapport qui existe normalement entre l'oxygène et l'acide carbonique du sang. Ce n'est pas au point de nous faire croire que la vie parfaite fût longtemps possible sous de pareilles atmosphères ; mais il est incontestable que dix heures d'un travail continu, supporté sans accidents d'aucune espèce, sont bien suffisantes pour prouver que l'hématose n'y reçoit pas des atteintes d'une gravité immédiate. C'est là réellement un spectacle curieux pour un physiologiste.

Son étonnement aura lieu de s'accroître en présence des phénomènes qui vont se dérouler au moment où ces travailleurs seront ramenés à l'air libre. Très-aptes à résister à l'accumulation interne de ces gaz, ils sont tout à fait impuissants à soutenir leur

expulsion, d'autant plus redoutable qu'on Ta vue devenir deux fois mortelle. Une circonstance, certainement très-curieuse, indique la nature de ces accidents. C'est que les sujets saignés peu de temps après leur sortie de l'air comprimé ont fourni un sang veineux rutilant, artérialisé par conséquent outre mesure. On ne peut croire que la santé soit compatible avec l'excitation qui doit nécessairement résulter d'une hématose aussi exubérante. C'est donc bien la quantité exagérée d'oxygène qui produit les souffrances des travailleurs quelque temps après leur retour à l'air libre. Mais rien de pareil n'arrive dans les tubes. Quelle que soit la compression de l'atmosphère aux heures du travail, les ouvriers se livrent de longues heures, sans se plaindre, à leurs occupations pénibles. Ils ne sont donc pas hyperhémiés sous l'air comprimé. Celn nous paraît évident.

Il y a plus. Parmi les accidents que nos confrères ont observés, au sortir des tubes, les plus communs, sans contredit, consistent dans une douleur musculaire souvent très-intense, et dans un picotement très-incommode à la peau, que les ouvriers appellent les puces. Quoi de plus naturel que d'attribuer au sang trop oxygéné ces accidents des muscles, quand nous savons par les expériences de M. Becquerel que le sang artériel, c'est-à-dire l'oxygène, est l'agent indispensable de la contraction et de l'excitation de la fibre musculaire? Quoi de plus naturel encore que de voir dans un appel de ce gaz fait à la périphérie par un vide relatif, la cause de cette sen-

RAPPORTS DES GAZ DU SANG. 7 y

sation de brûlure produite sur les téguments? Eh bien, cbose digne de remarque, ces douleurs musculaires et ces puces disparaissent aussitôt qu'on replonge les malades dans l'air comprimé ; c'est-à-dire, que le refoulement de l'air en est le remède. L'air comprimé n'augmente donc pas directement l'action de l'oxygène dans le sang ; c'est bien le retour à l'air libre, c'est-à-dire la raréfaction relative, qui est la cause immédiate de la prédominance de ce gaz. Celte assertion nous paraît d'autant moins contestable, que des observations donnant le môme résultat que celles de MM. Pol et Watelle (1) ont été consignées, à propos des travaux du pont de Rehl, par M. le docteur François (2) et par M. le docteur Folley (3) à la pose des piles du pont d'Argenteuil.

Or, l'acide carbonique et l'oxygène du sang se maintiennent sous l'air comprimé, comme nous l'avons vu, dans un rapport qui permet le libre exercice des fonctions. Puisque ce rapport se perd par le retour à la pression normale, on peut affirmer que la nature est plus prompte à se débarrasser d'un excès d'acide carbonique que d'un excédent d'oxygène.

La diminution du poids de Vair est donc une cause de trouble pour l'hématose, et, contrairement à ce que Von a cru et professé jusqu'à ce jour, le passage du plus au moins dans la pression barométrique est un moyen d'oxygénation du sang.

(1) Ann. d Hygiène, 2e série, tome I, p. 241.

(2) Ann. d'Hygiène, 2e série, tome, XIV, p. 289. ;3) De l'-Air comprimé, Paris, 18G3.

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§ G Eflels en apparence contradictoires d'une diminution de pression sur l'hématose.

Prévenons bien vite une objection qui nous amènera, du reste, à la démonstration d'une autre vérité non moins riche que la précédente en déductions pratiques. La' diminution indéfinie du poids de l'air ne saurait être indiquée comme un moyen constant de perfctionner l'hématose.

Il est bien évident, en effet, qu'une raréfaction qui aurait son point de départ dans la pression du niveau des mers arriverait promptement à des limites incompatibles avec l'existence. 11 n'en est pas moins vrai que les hauteurs modérées des montagnes d'Europe possèdent, ajuste titre, la réputation d'être favorables au développement des forces physiques de l'homme. Leurs habitants, robustes, sobres, courageux, justifient le renom de ces localités privilégiées que l'instinct de tous les peuples recommande à l'attention des sujets que la souffrance a longtemps affligés. M. le docteur Lombard, de Genève, si juste appréciateur des climats alpestres, en loue les bons effets sur les gens affaiblis qui viennent du niveau des mers. D'après son jugement compétent, les chloroses et les anémies de toutes sortes y guérissent naturellement mieux et plus vite qu'elles ne pourraient le faire ailleurs par le fer et par le régime le mieux compris. Ceci est, sans doute, une preuve pratique de l'effet stimulant d'un commencement de raréfaction de l'air.

Il est cependant hors de contestation qu'à force de s'élever dans l'atmosphère, la vie finirait enfin par s'éteindre, faute d'aliment respiratoire. En outre que la machine pneumatique mise en jeu sur les animaux nous prouve par leur mort l'exactitude de ce résultat, le raisonnement l'indique, et les lois physiques démontrent qu'il doit être inévitable. C'est à cette démonstration que nous nous arrêterons maintenant.

§ 7 . Eiïets d'une diminution de pression sur l'oxygène du sang.

En considérant les résultats d'expériences qui ont été faites sur le sang relire de la circulation dans le but d'y constater la présence des gaz, on remarque que deux choses sont dignes au même titre d'exciter l'intérêt : la première, c'est que les gaz s'échappent de ce liquide sous le vide de la machine pneumatique, et la deuxième, c'est que la quantité qu'on en fait dégager de la sorte dépasse de beaucoup ce que leur solubilité connue dans le sérum aurait pu nous faire prévoir. Il est aisé d'en conclure, d'une part, qu'une affinité faible ou qu'une aclion catalytique spéciale a prêté son concours à la solubilité pour élever les gaz aux proportions que l'analyse révèle ; et il n'est pas moins évident, d'un autre côté, que la pression barométrique domine ce phénomène complexe, puisque la machine pneumatique détruit simultanément les deux forces qui retiennent normalement les gaz dans nos liquides.

M. Dumas a prouvé que les globules du sang pos-

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sèdent ce pouvoir condensateur qui s'exerce sur l'oxvgène de l'air. Il en résulte que la solubilité de ce gaz dans le sérum étant à peine de 1 pour 100, sa densité dans la circulation s'élève cependant à 10 dans les veines, et à 13 pour 100 dans les artères, pour des tempéraments d'une vigueur moyenne. Dans une révolution circulatoire complète, qui transforme le sang artériel en sang veineux, la perte d'oxygène est donc de 3 pour 100 du volume du sang, et Ton peut dire que la densité de ce gaz ne saurait être moindre de 10 pour 100 dans les circonstances ordinaires de vitalité. C'est aux globules qu'est réservé le soin de garantir cette densité nécessaire à la vie. Ils s'en acquittent au moyen d'une force d'affinité susceptible d'être détruite par une dépression extérieure de l'atmosphère, comme nous l'avons dit plus haut.

Il est maintenant indispensable de porter notre attention sur un résultat important des expériences de Magnus sur ce sujet. Ce savant a fait voir que le dégagement des gaz du sang sous la machine pneumatique est très-peu sensible sous les premiers efforts des pompes, et que l'action du vide ne s'exerce sur les dissolutions gazeuses, d'une manière très-notable, que lorsque la pression barométrique est considérablement diminuée. Celle remarque est du plus haut intérêt. Elle nous démontre, en effet, d'une manière palpable, la résistance que l'affinité des globules oppose aux efforts delà dépression barométrique, dont les premiers degrés son! employés à conlre-balancer

cette force chimique. Lors donc que le poids de l'air commence à baisser sur un sujet, l'influence ne s'en peut faire sentir que sur la faible partie du gaz qui existe dans le liquide nourricier àl'étatde simple solution. Mais, quant à sa densité constante, celle densité qui forme la base sur laquelle oscillent les échanges respiratoires, elle ne saurait être troublée par ce premier effort produit par la dépression de l'air ambiant, garantie qu'elle est encore par l'affinité des globules. Le dégagement de l'oxygène ne peut donc s'effectuer pleinement qu'après que sa tension a vaincu deux résistances : l'affinité au dedans et la tension ambiante. Il s'ensuit que, pour des dépressions barométriques limitées, l'affinité restanl*encore intacte, il n'ya d'autre exhalation que celle qui prend sa source dans la partie du gaz retenue par solubilité pure.

Xcus comprenons dès lors qu'une raréfaction atmosphérique peu considérable, ayant son point de départ à 7G0 millimètres, ne doive diminuer que d'une quantité insignifiante l'oxygène que le sang contient. Le sérum, en effet, n'en peut dissoudre qu'environ 0,92 pour 100, et c'est là la seule part accessible à une dépression barométrique faible, avant que la force globulaire d'affinité soit vaincue.

Mais, à mesure que la pression extérieure est amoindrie, la tension de l'oxygène du sang augmente d'une manière graduelle, et l'on conçoit qu'elle arrive enfin à représenter une force plus grande que celle de l'affinité globulaire. C'est alors qu'une désoxygéna-

lion sérieuse du sang commence, et peut devenir redoutable par ses suites.

Avant de donner des exemples de cette soustraction nuisible, arrêtons-nous pour constater, d'après tout ce que nous venons de dire, que l'action régulière de l'oxygène sur la vie est garantie par trois forces qui, dans les circonstances normales de vitalité, en assurent le jeu physiologique nécessaire à la conservation de notre existence :

1° La pression atmosphérique intervient d'une manière efficace pour introduire et retenir dans le sang l'oxygène nécessaire à l'entretien de nos fonctions ;

2° Les globules jouissent du privilège d'assurer la condensation de ce gaz par une action chimique, légère il est vrai, mais assez puissante cependant pour rendre sans effet les variations les plus ordinaires que les troubles météorologiques ou la différence faible des niveaux peuvent causer dans la pression normale de l'atmosphère;

3° Le gaz acide carbonique, enfin, par son accumulation ou sa sortie exagérée, tempère ou rend plus active la présence de l'oxygène, dont la densité tend à s'accroître sous un effort de pression, comme à diminuer lorsque la pression ambiante est ellemême amoindrie.

Si l'on veut bien considérer ces propositions d'une manière attentive, rénumération des causes qui garantissent la régularité de l'hématose nous indiquera en même temps les actions susceptibles de l'altérer. Celles-ci se réduisent aux trois faits suivants :

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