ACCLIMATEMENT SLR LA ZONE INTERMEDIAIRE
presque au môme point où l'altitude cesse d'être nuisible par elle-même.
Celle transition n'est pas cependant assez brusque pour que le Mexique ne fournisse aucune preuve des bienfaits que l'homme peut attendre de l'air des montagnes modérément élevées. Ainsi, Jalapa et bien d'autres lieux offrent des garanties réelles contre les influences opposées qui sont évidentes à la base et sur les plateaux de la Cordillère. Mais il esta remarquer que ce résultat heureux n'est guère appréciable que dans la ville elle-même. Dès lors que les habitants portent leur activité vers les champs en culture, l'influence torride s'y fait assez sentir pour que les émanations y deviennent funestes à la manière de celles qui causent, à un plus haut degré, les malheurs trop connus à la côte.
Les bienfaits de l'habitation à des hauteurs modérées, que nos études physiologiques du précédent chapitre nous permettent de prévoir, ne sauraient donc se réaliser sous les tropiques aux mêmes hauteurs qu'en Europe. En général, pour que cette influence bienfaisante ait lieu sans mélange des actions propres des pays chauds, il est nécessaire de s'élever à des points intermédiaires signalés par le passage de la culture du sucre à celle du blé, ce qui équivaut à une hauteur de 1,000 à 14 cents mètres. Ce serait déjà trop pour la perfection de l'hématose, si cette altitude ne correspondait, au Mexique, à une humidité constante de l'atmosphère, circonslance éminemment favorable à la respiration, comme nous avons
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eu occasion de le dire déjà. C'est donc à cette combinaison de hauteur, d'humidité et de température que sont dues les conditions favorables de ces localités intermédiaires. Là viennent s'éteindre également la langueur produite par le plateau d'Anahuac et les empoisonnements miasmatiques des points plus inférieurs.
C'est à ces hauteurs privilégiées du Mexique que la race blanche nous a paru le plus prospère; mais pourquoi faut-il que les travaux des champs lui soient encore nuisibles au milieu des douceurs généralement bienfaisantes de ce climat délicieux? Les villes y sont pour les étrangers plus saines que les campagnes, et c'est là un fait commun à tous les pays chauds. En Europe, nous demandons à l'air des champs le rétablissement de nos santés altérées. Sous les tropiques, les beaux jardins et les ombrages nous tuent. Une ville infecte y est moins funeste que les bosquets les plus attrayants. Cette vérité se fait jour jusqu'à 1,000 mètres d'altitude; elle est encore un malheur pour les Européens qui voudraient fixer leur séjour à cette limite des chaleurs torrides. Mais on ne saurait douter que leur établissement dans les villes n'y trouve des garanties sérieuses.
J'ai dit que l'Européen s'acclimate individuellement au niveau de la mer sur les terrains secs, sans y acclimater sa race d'une manière parfaite; je viens de faire voir aussi que, sur les hauteurs qui dépassent 2,000 mètres, il y a double difficulté de l'accli-
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maternent individuel et de l'acclimatement de la descendance européenne. Dans les pays tropicaux, les obstacles à l'acclimatation ne prennent donc pas leur source dans la température uniquement. Où peut-on voir un ciel plus beau, respirer un air plus doux que celui du plateau central du Mexique? Le ibermomètre y oscille, de jour, en biver, entre 5 et 16 degrés centésimaux ; l'été, entre 12 et23 degrés. Mais, en réalité, c'est sur la moyenne qu'il se maintient presque constamment, et l'on peut dire que cet instrument sevoit presque toujours entre 12 et 20 degrés. — Pourquoi l'homme d'Europe végète-t-il sous un climat aussi délicieux? Pourquoi ne peut-il pas s'y développer dans les limites de ses forces originaires? C'est que, parmi les mille causes qui peuvent protéger les nouveaux habitants d'un climat, la perfection dans l'acte respiratoire doit être mise en première ligne. Aux bords du golfe, sur les terrains secs, comme nous aurons occasion de le prouver, la respiration, celle de la nuit surtout, dépasse les besoins physiologiques. C'est là un malheur pour les habitants acclimatés; mais les Européens y puisent des ressources pour combattre les causes de mort qui les entourent, et l'excès de l'endosmose respiratoire se trouve balancé chez eux par l'excès des besoins de résistance. Mais, les besoins une fois satisfaits et l'acclimatement établi, le climat reprend sa revanche et se venge sur les descendants. Les premiers venus seuls sont épargnés, et c'est là l'acclimatement individuel.
Nous ne devons pas être surpris que cet acclima-
tement manque sur les hauteurs où l'endosmose respiratoire est si gravement altérée par la diminution de pression atmosphérique, comme nous l'avons prouvé. Nous n'éprouvons pas d'étonnement non plus en voyant apparaître la possibilité d'acclimater les Européens sur les altitudes dans les localités exceptionnelles où la vapeur d'eau favoriserait Fhématose.
Qu'on me permette d'ajouter une proposition qui paraîtra étrange et dont j'invite mes lecteurs à vérifier l'exactitude. La facilité d'acclimatement trouve sa mesure dans la fréquence et la gravité de la phthisie pulmonaire qui attaque les Européens dès longtemps établis dans les pays tropicaux. Plus il y a de ph thisie aiguë parmi eux, plus les arrivants auront de chances pour s'y bien porter et atteindre une vieillesse avancée. C'est que, plus la respiration s'exagère, plus la tuberculisation fait de victimes, et dès lors que l'air respiré n'a pas un emploi physiologique indiqué par un besoin ordinaire ou par une résistance accidentelle, il consume et détruit.
Je tâcherai, du reste, de donner la preuve de ces assertions dans la suite de cette étude.
§ 6. Longévité.
En attendant, disons ce que l'on peut penser de la longévité des hommes au Mexique. C'est à ce propos que la statistique serait le plus nécessaire. On se formera, du reste, une idée des difficultés qu'il y aurait à l'établir sur des bases raisonnables. Pour
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être digne de foi, en effet, elle devrait tenir compte des races, des mélanges, de l'élévation du sol; car tous ces éléments font varier les conditions de vitalité. Or, avec ces garanties, non-seulement une statistique de la longévité n'existe pas au Mexique, mais, pour bien longtemps encore, on devra faire peu de cas de celles qu'on tentera d'entreprendre, et il sera moins dangereux pour la réalité des faits de s'en tenir à ce que. l'observation d'ensemble et les croyances des gens sensés indiquent comme probable sur ce sujet.
Or, en procédant de la sorte, on arrive à la conviction que, sur les élévations au delà de 2,000 mètres, si l'on excepte le petit nombre de localités où l'atmospbère est humide toute l'année, la vieillesse est prématurée et la mort vient avant l'âge. Si l'on tient compte en même temps, comme il est juste, de la mortalité considérable observée dans l'enfance, il est permis de croire que, pour la race blanche, le terme moyen de durée de la vie est fort peu élevé sur l'Anahuac.
11 n'en est pas de même pour la race indienne, chez laquelle on voit de beaux et fréquents exemples de longévité. Nous n'en saurions dire autant des métis, quoique nous ayons pu nous former la conviction qu'ils vivent plus longtemps que les blancs sur les grandes élévations.
Les plus beaux exemples de longévité et de santé robuste pour toutes les races se voient sur les sierras humides des hauteurs intermédiaires.
JOIRDANET. S
En somme, malgré l'influence peu favorable sur la vie des localités les plus habitées du Mexique, on ne saurait nier que l'homme peut s'y développer dans les conditions les plus sali s faisantes sur des étendues vastes, agréables et fertiles.
Les dangers que des conditions variées de climat font courir aux habitants ne sont, d'ailleurs, pas de ceux qui ne sauraient jamais être conjurés par les soins d'hygiène. Nous nous en occuperons, à cepoint de vue, dans une autre partie de cet écrit.
§ 7. Les Mexicains. Caractères.
Arrêtons-nous maintenant pour prévenir une interprétation exagérée du jugement sévère que nous venons de porter sur l'acclimatement au delà de 2,000 mètres. Si nous avons considéré comme un devoir de détruire un préjugé qui pouvait entraîner à des mécomptes, il est de notre devoir aussi de ramener à sa juste signification l'expression peutêtre un peu trop brusque de notre pensée. Pour détruire une idée préconçue, il n'est pas sage de se livrer sans réserve à la manifestation de la croyance opposée. Il n'en est pas moins vrai que les idées de salubrité dont l'aspect du ciel de TAnahuac caresse notre esprit ne se confirment pas par l'expérience et par l'étude. Dire cela simplement est déjà l'annonce d'une déception péniblement et difficilement acceptée ; le peindre par des détails que peu de personnes auraient soupçonnés, c'est s'exposer à la cri-
tique el à la méfiance. J'ai couru ce risque avec conviction, et j'ai exprimé ma pensée sur l'affaiblissement physique de la race blanche de l'Anahuae, avec la confiance d'autant plus grande de la faire accepter par ceux-là mômes qui en sont l'objet, que je me propose de signaler de grandes qualités de cœur et d'esprit à côté du dépérissement des fonctions matérielles.
Examinons donc plus intimement ce peuple dont nous venons d'étudier le développement physique.
Le Mexicain est difficile à décrire d'une manière générale. Les mélanges du sang modifiés à l'infini, l'influence diverse des climats par les changements de résidence à différents niveaux, la variété dans la durée qui s'est écoulée depuis l'établissement de chaque famille, le point de départ de chaque race, quoique le plus souvent ibérienne, tous ces éléments de confusion détruisent l'uniformité des caractères physiques et font varier à l'infini l'aspect et la physionomie des hommes. Le type est difficile à saisir, parce qu'il varie selon qu'on le considère dans la race pure espagnole ou dans ses métis. Pour se renfermer dans le vrai, il serait juste d'en chercher les traits caractéristiques dans ces familles que des alliances indigènes éloignées modifièrent dans le sens américain, de manière à imprimer aux descendants de la conquête et de la colonisation un ensemble original de formes extérieures, qui rappelle les deux races, sans imiter absolument ni l'une ni l'autre. Ce type existe, formant des individualités physiques et
morales où Ton voit à la fois l'apathie indigène et la vivacité exotique dans les mœurs et les habitudes, l'écrasement indien et l'élégance ibérienne quant aux formes extérieures.
Le Mexicain ainsi compris est de taille moyenne ; sa physionomie porte l'empreinte de la douceur et delà timidité; il aie pied mignon, la main parfaite. Son œil est noir; le dessin en est dur, et cependant, sous les longs cils qui le voilent et par l'habitude de l'affabilité, l'expression en est d'une donceur extrême. La bouche est un peu grande et le trait en est mal défini ; mais sur ces lèvres toujours prêtes à vous accueillir d'un sourire, l'amabilité rend la forme accomplie. Le nez est presque toujours droit, quelquefois un peu aplati, rarement aquilin. Les cheveux sont noirs, souvent plats, et couvrent trop abondamment un front qu'on regrette de voir si déprimé. Ce n'est pas là un modèle académique, et pourtant, quand la suave expression de la femme vous présente celte forme américaine que l'École traiterait peutêtre d'incorrecte, vous imposez silence aux exigences du dessin, et vos sympathies approuvent le nouveau modèle.
Le Mexicain des hauteurs a l'aspect calme d'un homme maître de lui. Il a la démarche aisée, les manières polies, l'œil attentif à vous plaire. Il pourra vous haïr, mais il ne saurait vous manquer d'égards en vous parlant. Quoi que vous ayez fait contre lui, quoi qu'il médite contre vous, son habilude de l'urbanité vous assure toujours une politesse exquise en
dehors du cercle de ses ressentiments. Beaucoup de gens appellent cela de la fausseté de caractère. Je les laisse dire et je ne m'en plais pas moins à vivre parmi des hommes qui, par la douceur de leur sourire, l'aménité de leurs manières et leur obstination à me plaire, m'entourent de tous les dehors de l'amitié et de la plus cordiale bienveillance.
Ils aiment le calme et le repos; juste le contraire de ce que l'on croit en Europe, où l'attention portée sur les guerres incessantes les fait juger turbulents, amis du désordre. L'immense majorité des habitants de ce malheureux pays aime la paix, et ce sont l'indifférence et l'apathie générales qui permettent à un petit nombre de gens, dont la plupart sont armés par le désir de mal faire, de semer la ruine dans une contrée faite pour être heureuse et parmi des hommes dont tout le crime est d'autoriser le mal par leur inertie.
Le Mexicain aime à jouir; mais il jouit sans calcul; il prépare sa ruine sans inquiétude et se soumet avec calme au malheur. Ce désir du bien-être et cette indifférence dans la souffrance sont deux nuances du caractère mexicain bien dignes de remarque. Ces hommes craignent la mort, mais ils se résignent facilement quand elle approche : mélange étrange de stoïcisme et de timidité.
Dans la basse classe le mépris de la mort est de bon ton, et, comme les gladiateurs romains, ils aiment à poser en mourant. C'est pour cela qu'ils font échange de coups de poignard comme nous
donnerions des chiquenaudes. Et puis, à l'hôpital, ils vous disent aveccalme, au milieu de leurs mortelles souffrances: Me acertôl Bien touché! rendant hommage, avant d'expirer, à l'adresse de leurs adversaires.
J'ai vu beaucoup de ces hommes succombant à leurs affreuses blessures. Je n'ai pu croire que leur sensibilité physique fût comme la nôtre. La race et le climat ont certainement émoussé la souffrance.
Du reste, le Mexicain deshauteurs n'est pas susceptible de passions violentes. La colère l'agite rarement. Son amour est calme, et les grandes actions comme les grands crimes ne puisent pas souvent leur origine à cette source si féconde ailleurs en événements dramatiques.
On pourrait s'en réjouir, s'il n'était vrai que les grandes passions chez les grands peuples se mêlent souvent aux plus grandes choses. Elles engendrent sans doute beaucoup de maux, mais elles sont aussi la source des plus grands biens.
Qu'on ne croie pas, du reste, que les mouvements ardents de l'âme manquent absolument à ce pays où nous avons vu jusqu'ici tant de mélanges extraordinaires. Le caractère du Mexicain du niveau de la mer diffère de celui des habitants du plateau central. Mais si la température élevée imprime, en général, aux hommes une vivacité qui les rend susceptibles d'un mouvement violent, prompt, souvent irréfléchi, c'est à la manière d'un arc qui lance sa flèche: le trait parti, l'arme reste sans puissance. L'agitation du-
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rable de l'âme, les calculs permanents dictés par la passion, les délires de l'esprit et du cœur, ce sont là choses plus communes en France que sous les tropiques. Les passions vives sont en rapport avec la civilisation et les éducations exquises, nullement avec les variations thermométriques. La sensibilité morale ne se mesure pas dans un traité de physique ou de météorologie.
Tl n'en est pas moins vrai que le Mexicain des niveaux inférieurs, comparé à celui des hauteurs, est plus actif, plus résolu; il veut davantage et cherche avec plus d'obstination ce qu'il a désiré. Du reste, prévenant et poli pour ceux qui l'abordent, il est, comme ses frères de l'Anahuac, affectueux dans ses relations sociales ; mais il a plus d'expansion et le jeu de sa physionomie vous traduit sa pensée d'un air qui respire plus de franchise. Le geste est plus vif. Je ne déciderai pas si le cœur est meilleur.
Toujours est-il qu'avec ces caractères divers, les pensées et les aspirations sont souvent opposées, et ce n'est pas là un sujet indifférent d'étude pour les hommes préoccupés par les soins d'une organisation administrative et sociale. L'habitant de la zone chaude, stimulé par un climat ardent, s'agite volontiers et s'émeut au récit des progrès qui brillent dans notre époque. Sa pensée n'ira pas à leur recherche, certainement, car la méditation séduit peu son esprit ; mais il en adaptera volontiers l'application à son bien-être et au conlentement de son imagination avide.
L'agitation mercantile et industrielle se trouvera à Taise dans ce caractère remuant poussé vers 'les satisfactions matérielles. Les transactions hasardeuses, les voyages téméraires, le désir de communiquer avec les hommes en abrégeant les distances et en favorisant ses intérêts et ses goûts, tourneront son esprit vers les améliorations utiles susceptibles de multiplier les contacts et les échanges. Il sera marchand, économiste, industriel, voyageur, plein d'initiative.
L'homme de FAnahuac, au contraire, n'aime à voir ou à chercher que ce qui est aisément accessible. Séduit par le repos et par l'éclat du beau ciel qui le couvre, il abandonne volontiers son âme aux ineffables douceurs de la vie contemplative. Il est vrai que trop souvent les petites passions, l'envie, les plaisirs faciles, le jeu qui perd ou gagne sans trouble, traversent paisiblement le calme de son existence; mais les sentiments qui honorent le plus le cœur de l'homme n'abandonnent jamais ses nobles aspirations. Il professe l'estime et le respect de son semblable, et, s'il est quelquefois soucieux avec envie de la fortune d'autrui, il est toujours compatissant pour le malheur. L'amitié le trouve docile jusqu'au sacrifice, et ce n'est pas chose aisée de voir le bien qu'il fait, car il met peu d'intérêt à l'éloge qui pourra le suivre; de sorte que, si sa générosité est souvent un mystère pour tout le monde, on peut dire qu'elle passe inaperçue pour lui-même tant elle lui paraît naturelle.
Si l'apathie a ses défauts et ses graves inconvénients, elle a donc aussi pour compagne les bienfaisantes inspirations de l'âme. La méditation fait les hommes bons, aimables et prévenants. Avec ces qualités, l'habitant de l'Anahuac sera rarement un réformateur, un ami de l'agitation, un fondateur de ces grandes choses qui s'obtiennent par la lutte; mais si jamais le calme et une administration sensée répandent le bien-être, l'ordre et la paix autour de lui, il marquera dans les progrès de son pays par les produits de l'imagination, et l'amour du beau : par la littérature et les beaux-arts.
Dans mon attachement àcettecontréemalheureuse, j'aime à reposer mon esprit dans la contemplation de ses destinées futures. Le souvenir de ce que j'ai connu parmi ses habitants me fait entrevoir un heureux assemblage de qualités diverses capables d'engendrer les progrès d'un grand peuple. Ces progrès existeront un jour, n'en doutons pas. Mais nous ne saurions nous aveugler sur les difficultés qui s'opposent à la réalisation de ces nobles espérances. Former un tout compacte avec des éléments divers qui deviennent solidaires dans l'accomplissement d'aspirations communes, c'est chose non-seulement possible, mais facile dans les pays où les intérêts et les instincts n'ont de différence que dans les nuances, nu ne diffèrent essentiellement qu'à de grandes distances géographiques. Les divisions administratives peuvent alors concilier, jusqu'à un certain point, des aspirations souvent opposées. Mais, au Mexique,
chaque État est une réunion de températures, de hauteurs, de productions et de races qui créent des passions, des caractères, des intérêts tout à fait différents. Gène sont pas les latitudes, mais les niveaux qui forment cet ensemble dangereux pour une administration, quoiqu'éminemment fécond par sa variété même.
Aujourd'hui, ces qualités susceptibles de former un tout merveilleusement disposé pour les grandes choses, ne sont que des éléments épars, opposés et hostiles, ensanglantant l'arène infortunée qui sera un jour, je l'espère, le champ fertile de la concorde.
Terminons ici la première partie de notre étude. Si nous portons les regards sur le tableau qu'elle s'est efforcée de tracer au lecteur, nous y verrons un pays ondulé, tour à tour prodigue de toutes les richesses, et pauvre de toutes les misères que la capricieuse nature se plaît à répandre sous les pas de l'homme. Nous avons mis tous nos soins à y présenter les faits dans un ordre logique où tout s'enchaîne : topographie, phénomènes météorologiques, principes d'hématologie, vitalité des habitants, pour former un ensemble dont les diverses vérités découlent d'une source commune : les rapports de la vie avec la pression de l'air. Ce serait bien mal comprendre notre pensée que de vouloir nous supposer la prétention de représenter par des valeurs absolues la réalisation des principes qui nous ont servi de guide clans celte étude. Quelqu'immuables que soient les lois qui ré-
fissent la nature, les calculs physiques sont singulièrement modifies dans leurs applications à la physiologie. Dès lors qu'on entre dans le domaine de la vie, les quantités varient par les individualités, et quelle que soit la haute raison de celui qui juge les questions qui s'y rattachent, la justesse de ses jugements ne saurait être appréciée en dehors des généralités et de l'ensemble.
Ce serait encore nous prêter des sentiments qui ne sont pas les nôtres, si ce que nous avons dit des influences climatériques mauvaises et des difficultés d'acclimatement était considéré par le lecteur comme la preuve de convictions hostiles à la colonisation et au développement des hommes dans cet intéressant pays. Dévoiler le péril des grandes choses, ce n'est pas les désavouer ; c'est éveiller l'attention et le zèle des penseurs et des nobles cœurs, pour assurer les moyens de combattre ces dangers et d'en atténuer la portée malfaisante. Le monde entier en est réduit à ce stratagème. Est-il, en effet, une contrée du globe dont l'influence sur la vie n'ait pas besoin d'être combattue par l'étude et par la prudence?