‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 58 sur 66 · DIATHÈSES · texte numérisé non relu

DIATHÈSES

que la fréquence de cette maladie n'est pas en rapport avec les altérations générales du système nerveux, ce qui nous ramènerait à dire que les passions vives et les sensations exquises contribuent à son développement beaucoup plus que la climatologie.

Nous en pouvons dire autant de l'aliénation mentale, dont les cas cependant ne sont pas très-rares. Notre conviction est que, s'il en était fait une statistique sérieuse, le nombre en serait inférieur à ce que l'influence générale du climat sur le système nerveux ferait naturellement prévoir. Nous en prendrons occasion de renouveler les réflexions, que l'hystérie nous a suggérées, de l'action puissante des passions et des grandes émotions de l'âme sur la production de ce genre de maladies.

Il n'en est pas de même de l'épilepsie. Le génie de cette affection se trouve à l'aise au milieu de l'air raréfié des altitudes; et, tandis que l'hystérie et l'aliénation mentale paraissent trouver leur raison d'être, en dehors de toute influence du climat, dans les émotions morales vives, l'épilepsie prend volontiers sa source dans les conditions d'atmosphère dont nous nous sommes entretenu dans ce livre, indépendamment des mouvements passionnés de l'esprit et du cœur.

Nous en dirons autant de la chorée, qui est surtout fréquente dans la seconde enfance.

Art. VIII. — Diathèses.

Nous avons déjà dit ce qu'il faut penser de la tuberculose.

La scrofule est rare à Mexico et plus à Puebla. Dans l'une comme dans l'autre ville, la lumière vive et la sécheresse de l'air impriment aux tempéraments des caractères qui détruisent les affections de ce type. Mais l'humidité reprend une part de son empire, pour favoriser cette diathèse, dans les maisons basses et les rez-de-chaussée qui reposent sur le sol aqueux de Mexico.

L'incurie administrative a laissé prendre à la syphilis des proportions redoutables. Les symptômes primitifs y présentent rarement de la gravité; mais la ténacité des accidents secondaires est vraiment désespérante. Souvent nous sommes obligés de dépayser nos malades pour produire en eux quelque soulagement. Ces émigrations nous sont d'ailleurs très-faciles, puisque les lieux torrides se trouvent à très-peu de distance des hauteurs du plateau.

Les accidents les plus invétérés et les plus rebelles reçoivent sans retard du soulagement sous l'action bienfaisante des pays chauds, et, pendant que sur les hauteurs les syphilitiques languissent longtemps sans résultat sous les prescriptions inutiles de la médication la mieux comprise et la plus rationnelle, la nature suffit souvent pour guérir radicalement, en peu de jours, les malades qui se soumettent aux influences des bords du Golfe.

La diathèse cancéreuse se voit fréquemment sur les altitudes, et l'on ne peut conserver aucun doute

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sur l'influence qui résulte de la hauteur pour produire cette malheureuse disposition organique. Le cancer, en effet, n'est pas très-commun au Mexique sous la pression barométrique absolue. Je n'en ai observé que peu de cas dans ma pratique de six ans à Campèche ; tandis que Puebla, d'abord, et plus tard Mexico, m'ont offert l'affligeant tableau du développement fréquent et de la marche souvent rapide de cette horrible maladie. On l'y remarque dans des proportions qui dépassent aussi de beaucoup ce que l'on observe dans les pays tempérés d'Europe; de sorte que le doute n'est pas permis sur l'influence réellement irrécusable des climats du plateau.

Les femmes en sont beaucoup plus souvent atteintes que les hommes. Chez elles la maladie fait d'ordinaire élection de domicile dans la glande mammaire, et il n'est pas rare de la voir envahir l'utérus. Ce n'est pas cependant, pour ce dernier organe, avec la fréquence que généralement on suppose ; nous nous en sommes expliqué en parlant des états inflammatoires chroniques du col de la matrice. Mais la tendance des médecins à voir dans toute induration les signes d'un cancer squirrheux, s'explique très-bien par la résistance du mal à se résoudre et, il faut l'avouer, par le nombre de cas qui justifient ce diagnostic.

L'éléphantiasis tuberculeux se voit souvent au Mexique. Mais l'expérience a prouvé que l'altitude n'est pour rien dans sa production, puisqu'on l'y

observe également à tous les niveaux : aux environs de Mexico, dans quelques localités humides près des lagunes qui sont aux portes de la ville ; dans les États de Michoacan et de Jalisco, à moitié distance entre la côte et la hauteur du plateau ; dans le Yucatan enfin, au niveau de la mer. Partout il affecte les mêmes symptômes et une marche identique. Nous n'avons donc pas à nous en occuper spécialement dans cet écrit (4).

Art. IX. — Asthme. — Emphysème pulmonaire.

Selon un grand nombre d'auteurs, l'élévation contribuerait à causer l'asthme emphysémateux et à en rendre les accès plus fréquents. Notre séjour sur les altitudes ne nous a pas convaincu de cette vérité. Nous devons avouer que nous n'y avons pas acquis non plus des convictions contraires ; car, en même temps que nous avons vu des emphysémateux venus du niveau des mers se soulager à Mexico, nous avons la connaissance d'autres malades qui, ayant été primitivement atteints sur les hauteurs, ont éprouvé plus tard du soulagement sous la pression barométrique absolue.

Un des confrères les plus estimables que nous ayons connus à Mexico, M. le docteur Goupilleau, avait été atteint de cette maladie dans sa jeunesse.

(1) C'est notre devoir d'appeler l'attention sur une variété que MM. Lucio et Alvarado, médecins distingués de Mexico ont observée et décrite avec le plus grand soin sous le nom de lepra manchada.

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