ASTHME. — EMPHYSÈME PULMONAIRE
Les accès en devinrent très-fatigants pendant son séjour à Paris et conservèrent leur intensité au port de Tampico, sur le golfe du Mexique, dans les années que le malade y séjourna. Arrivé sur le plateau, il y éprouva un soulagement subit et ne fut jamais incommodé par son affection d'une manière sérieuse, pendant les nombreuses années de son séjour.
M. CM., négociant espagnol très-recommandable, fut obligé d'abandonner Vera-Cruz à cause des accès fréquents et pénibles que lui faisait éprouver un emphysème dont il était atteint depuis sa jeunesse. Établi à Puebla, il y a passé une vie calme et sans fatigue jusqu'à un âge assez avancé, où il a été victime d'une maladie aiguë.
Un grand nombre d'autres malades, dont les noms ne nous sont pas aujourd'hui connus, ont inscrit dans notre esprit, avec nos souvenirs, la conviction que les emphysémateux du niveau des mers se soulagent sur les altitudes.
Nous possédons une observation positive d'un fait opposé. Belle-sœur d'un négociant français, notre ancien client à Mexico, mademoiselle C... réside aujourd'hui en Provence. Elle avait sur l'Anahuac des accès asthmatiques fréquents et une toux catarrhale constante, avec gène de la respiration. Déjà notablement soulagée avant son départ pour la France, elle s'y porte aujourd'hui fort bien, sans conserver, nous assure-t-on , aucune trace de son ancienne maladie.
Ces assertions contradictoires de l'expérience ne
s'éclairent nullement par le raisonnement. S'il est vrai de dire, en effet, qu'un air raréfié demande de plus grands efforts de la part de la poitrine, afin d'être introduit en plus grande proportion ; d'un autre côté, sur les altitudes, le poids diminué de l'atmosphère exerce une pression moindre dans les vésicules pulmonaires et tend à les dilater d'autant moins. Il est probable cependant que la première cause agit assez puissamment par elle-même pour produire l'emphysème pulmonaire; car cette maladie n'est pas rare sur les hauts plateaux, surtout dans les lieux secs. Ainsi on l'observe assez souvent à Puebla et, chose singulière, plutôt chez les femmes, dont l'état de repos habituel exclut cependant les efforts respiratoires violents.
* N'en pourrait-on pas conclure que le point de départ de cette maladie sur les altitudes est le plus souvent nerveux, un asthme essentiel qui produit secondairement la dilatation ou le déchirement des vésicules pulmonaires? Ainsi s'expliquerait pour ces cas le soulagement de l'affection au niveau de la mer, tandis que les altitudes seraient réellement favorables à la guérison du véritable emphysème primitif, pris sous les basses pressions et consistant dans des altérations organiques. A vrai dire, telle est notre conviction.
Quoi qu'il en soit, de quelque façon qu'influe l'altitude dans l'étiologie de l'emphysème pulmonaire, il est indubitable que son action favorise grandement les accidents qui le compliquent d'habitude. Les
asthmatiques deviennent prématurément œdémateux, hydropiques, et souvent aussi des congestions de sang veineux produisent des engorgements funestes, tantôt du côté du foie, tantôt sur les centres nerveux. Cette dernière complication fait souvent périr les malades dans un véritable état de congestion cérébrale, avec ou sans hémorrhagie.
De sorte que, s'il ne nous a pas été bien permis de lire clairement l'influence du climat dans l'étiologie de cette affection, nous la voyons toujours bien évidente dans les accidents qui la compliquent. La gêne accidentelle de la respiration, s'ajoutant aux difficultés habituelles de l'hématose, produit prématurément la cyanose et la mort des asthmatiques sur les altitudes.
Art. X. — Maladies de l'enfance.
Les maladies de l'enfance à Mexico mériteraient un livre à part. Nous regrettons vivement que les limites où se trouve resserré cet ouvrage ne nous permettent que peu de mots sur ce sujet intéressant.
Avant tout, puisque nos études sur la pathologie de l'Anahuac ont pris pour base la respiration d'un air raréfié et les phénomènes de refroidissement qui résultent de l'évaporation rendue plus facile, nous devons examiner si l'enfance modifie les considérations auxquelles nous nous sommes livré à cet égard.
M. Gavarret nous dit (1) : « La surface d'un
(1) De la chaleur animale, page 286.
corps quelconque diminue ou augmente moins rapidement que son volume, et, comme son poids reste toujours proportionnel à son volume, il en résulte que plus un animal est petit, plus la surface de son corps est grande par rapport à son poids. Or toutes les causes de refroidissement, évaporation, rayonnement, contact du milieu ambiant, agissent sur et par la surface ; un animal offre donc d'autant plus de prise aux actions réfrigérantes contre lesquelles il est obligé de lutter, que son volume est moins considérable. Par conséquent, pour se maintenir à la même température dans des circonstances extérieures données, il doit comparativement produire d'autant plus de chaleur qu'il est plus petit. Tel est aussi le sens dans lequel se prononcent hautement les données fournies par l'expérimentation directe. »
De ce passage, il résulte que les enfants se refroidissent d'autant plus facilement qu'ils se trouvent à un âge plus voisin de la naissance. L'expérimentation directe est d'accord avec cette théorie, car les recherches de M. Roger (1) sur la température de l'enfance nous ont prouvé que, depuis les premiers jours de la vie jusqu'à l'adolescence, la chaleur de l'homme augmente graduellement, et que la résistance aux causes de refroidissement est d'autant moindre que l'on est plus près de la naissance.
D'autre part, W. F. Edwards (2) nous a prouvé par
(1) Archives de Médecine, 4e série, t. IV, p. 117 et suiv.
(2) Influence des agents physiques sur la vie, p. 132.
ses belles expériences que les animaux de volume identique exhalent d'autant plus d'acide carbonique, qu'ils sont plus près de leur naissance. Ce fait prouve, et d'autres expériences l'ont démontré, que la production de chaleur parles animaux, réduite à l'appréciation par kilogramme des poids, est plus considérable chez les sujets plus jeunes.
Somme toute, donc, les enfants, à bien dire, devraient s'échauffer plus que les adultes, si les phénomènes de refroidissement étaient proportionnels à leur poids. Mais il n'en est pas ainsi. La réalité est (les expériences de M. Roger l'ont démontré) que, quelle que soit d'ailleurs l'activité des combustions qui tendent à augmenter la température des jeunes sujets, le refroidissement les ramène à un résultat effectif moindre que celui qu'on observe dans un âge plus avancé.
On comprend aisément combien cette physiologie spéciale doit influer sur la pathologie des plus jeunes sujets au niveau des mers. Mais que ne doit-on pas en attendre lorsqu'on la rapproche des considérations auxquelles nous nous sommes livré à propos des altitudes?
Les douceurs apparentes de la température du plateau ferment aisément les yeux sur la nécessité de protéger les enfants, par des vêtements convenables, contre les causes de refroidissement. On les voit généralement privés, à cet égard, des soins les plus vulgaires, lorsqu'il n'est point de pays au monde qui demande des précautions plus minutieuses. Nous
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avons dit, en effet, que sur les altitudes l'évaporation plus facile et les mouvements de dilatation de l'air opéraient à tout instant sur les corps vivants des soustractions plus ou moins considérables, plus ou moins rapides de calorique, dans des proportions d'autant plus fortes que l'on se trouve plus élevé audessus du niveau des mers.
La respiration, devenue moins active sur les hauteurs, loin d'offrir une compensation à cette perte de chaleur, refuse elle-même les moyens normaux de calorification. De sorte que, pour les enfants, cette dernière cause de refroidissement est d'autant plus à considérer qu'elle se trouve secondée par le phénomène, naturel chez eux à tous les niveaux, d'une soustraction plus grande de chaleur par la surface de leur corps.
Les refroidissements seront donc pour eux trèsfaciles sur les altitudes. Aussi les y voit-on fréquemment atteints de toutes les maladies aiguës qui empruntent partout leur origine à cette cause. Les bronchites graves et les pneumonies les attaquent avec une fréquence qui dépasse de beaucoup ce que nous avons constaté chez l'adulte.
Lorsque ces maladies sur les jeunes sujets se propagent, les premières aux petites bronches, les secondes à une grande étendue du poumon, elles donnent promptement à la peau des petits malades les caractères de l'asphyxie. Les forces s'abattent avec rapidité, et ces pauvres victimes succombent presque subitement, non qu'elles supportent moins que l'adulte la privation d'air, mais parce que leurs
poumons deviennent plus promptement imperméables à ce fluide sous l'influence d'une pneumonie étendue.
C'est bien alors l'asphyixe qui les mène au terme fatal, car on aurait tort de croire que la défaillance des forces dont l'adulte nous offre tant d'exemples en présence d'une affection inflammatoire, se réalise au même degré chez les enfants. Il n'en est rien. Leur résistance à des attaques aiguës de ce genre est, au contraire, très-grande, lorsque ce n'est pas l'organe de l'hématose qui en est le siège dans une grande étendue. Nous dirons même qu'ils supportent les émissions sanguines dans des proportions qui dépassent ce qui est possible à cet égard sur des sujets plus âgés.
Nous ne devons pas en être surpris. Nous avons, en effet, avancé qu'un état physiologique imparfait, sous l'influence d'une endosmose respiratoire amoindrie, refuse aux adultes la résistance qui permet aux inflammations vives de suivre leurs phases diverses. On ne peut pas dire de même pour l'enfant. Chez lui, en effet, les besoins de la croissance rendent, en tous lieux, les assimilations plastiques très-actives. La vie concentre ses forces sur la satisfaction nécessaire de ce genre de besoin. Il en résulte que les aliments arrivent à leurs fins d'une manière plus directe que s'ils avaient à passer par la série de transformations qui les élimine par le poumon et par les voies urinaires. Ce dernier travail, très-actif chez l'homme qui a complété sa croissance, ne se peutfaire
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qu'au moyen de combustions successives, et c'est là, à un certain âge, une opération de la vie dont l'omission n'est plus compatible avec l'état physiologique parfait.
C'est ce travail qui souffre sur les altitudes sous l'influence d'une atmosphère raréfiée. Nous avons dit et prouvé combien l'adulte en est sérieusement affecté. On conçoit qu'il n'en saurait être de même chez les jeunes sujets. Chez eux, en effet, tout ce qui porte atteinte au développement plastique a un grand retentissement dans les phénomènes normaux de la vie, tandis que les besoins physiologiques qui sont satisfaits par l'endosmose respiratoire, abstraction faite de la calorification, sont susceptibles de supporter quelques entraves sans que l'économie s'en affecte comme chez l'adulte.
Nous n'éprouverons donc pas un grand étonnement en présence des réactions inflammatoires vives que nous voyons se développer sur les enfants des altitudes. Bien plus, la différence qu'ils présentent à cet égard avec les hommes plus âgés, loin de détruire les théories qu'on a déjà lues dans un chapitre précédent, leur donne au contraire une force nouvelle.
Les méningites du jeune âge désespèrent, à Mexico, par leur fréquence et par leur terminaison funeste. Mais elles n'affectent pas une originalité qui demande de nous une attention spéciale.
La scarlatine et la rougeole y sont souvent épidémiques. Nous n'avons rien de bien particulier à en
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dire, si ce n'est que la première de ces maladies se complique d'albuminurie plus fréquemment qu'au niveau des mers.
En somme, l'enfance des altitudes est cruellement éprouvée. Elle succombe le plus fréquemment par les méningites, par les maladies aiguës de poitrine et par les fièvres éruptives; tandis que, sur les bords du Golfe, les accidents le plus communément mortels prennent leur origine dans le tube digestif.
Art. XI. — Chirurgie oculaire.
On a deviné sans doute que la lumière vive et l'extrême sécheresse de l'air agissent d'une manière funeste sur l'organe de la vision. Les maladies oculaires sont, en effet, communes à Mexico. Je ne suis pas en mesure de me livrer, à cet égard, à une dissertation qui puisse offrir l'intérêt que le sujet comporte. Je veux dire que mes souvenirs ne me permettent pas d'affirmer quelles sont les maladies qui dominent la pathologie de cet organe.
Il est une chose que je ne saurais passer sous silence, c'est le mauvais effet du climat sur les conséquences des opérations qui s'y pratiquent en chirurgie oculaire. Ceci est d'autant plus frappant, que l'action des altitudes sur les opérations en général est favorable. Et, tandis que la chirurgie opératoire y arrive à des résultats généraux des plus satisfaisants, on constate ses insuccès fréquents dans les maladies des yeux.
Et ce n'est pas là, certainement, un sujet vulgaire de méditation pour un médecin qui prendrait à tâche de chercher la raison de toutes choses. Peut-on voir, en effet, avec indifférence que l'organe le plus exercé par le climat; celui-là même qu'une atmosphère des plus transparentes et une lumière remarquable par son éclat élèvent instinctivement à la perfection la plus complète qu'il puisse être donné aux sens d'acquérir ; soit aussi l'organe le moins accessible aux manœuvres chirurgicales de l'instrument le plus sagement conduit?
Du reste, à propos de chirurgie, je ne vois aucune originalité qui prenne sa source dans la variété des niveaux. Je ne saurais, cependant, terminer cet écrit sans dire combien souvent l'on observe les gangrènes spontanées sur l'Anahuac. Ce n'est pas, certainement, un moyen de peu d'importance pour appuyer nos interprétations de la pathologie des grandes hauteurs, que de pouvoir, en terminant, porter l'attention du lecteur sur la fréquence d'une maladie qu'un bon esprit (1) a récemment appelée asphyxie locale, et que M. le professeur Laugier soulage à PHôtel-Dieu de Paris par des applications directes d'oxygène.
Propositions.
Je termine ici cette étude, non que je prétende avoir tout dit sur les maladies du Mexique, mais parce que le plan de ce livre s'est proposé de dire seu-
(1)M. Raynaud (thèse).