‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 62 sur 66 · RÉFLEXIONS FINALES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS FINALES

Si le lecteur arrêtait uniquement son attention aux pages qui traitent des plus hauts plateaux, quel fruit retirerait-il de ce livre? La conviction peutêtre que le pays dont nous venons de peindre les climats est peu digne des sympathies delà colonisa tion par les Européens. Or, si telle avait été ma

pensée, mon attachement pour ces riches contrées aurait brisé ma plume en m'imposant le silence. J'ai prétendu servir les intérêts du Mexique en évitant pour l'avenir la continuation des errements des premiers colons. Les douceurs d'un ciel séduisant fixent sur le plateau central les désirs et les aspirations les plus vives de l'Europe avec l'espoir d'une santé qu'aucune autre localité du pays ne saurait assurer au même degré. Or ce n'est là ni la vérité ni la base des progrès futurs de cette nation intéressante. Quelle que soit l'issue de la lutte actuelle que je ne veux ni juger ni approfondir, elle aura nécessairement, aux jours de calme qui la suivront, l'avantage de retenir l'attention de l'ancien monde sur les ressources immenses de ce sol si varié.

Les malheurs d'une république voisine, jusque-là but unique d'une émigration incessante, rejetteront plus à l'ouest les exilés volontaires de l'Europe. Il ne convient ni à eux ni au Mexique que leurs bras portent sur le plateau leur activité native. Mais, en dehors du tropique, Nuevo-Leon, Chihuahua, la Sonora, offrent à leur ambition des terres qu'on peut remuer sans mourir, des climats qui leur donneront les illusions du ciel méridional de l'Europe. Plus au cœur du pays, les hauteurs intermédiaires des états de Jalisco, de Mechoacan, de Oajaca, de Vera- Cruz , entre 1200 et 1600 mètres, assureraient des ressources immenses à tous les genres d'exploitation. A la côte du golfe, l'isthme déboisé de Goatzacoalco, non vers l'embouchure du fleuve qui porte

ce nom, mais depuis Minatitlan jusqu'au Pacifique; la presqu'île du Yucatan, pour ceux qui ne redouteraient pas l'épreuve de la fièvre jaune ; les pentes rapides de la Cordillère, non loin de la mer, de Vera-Cruz à Tamaulipas.... tels sont les lieux sur lesquels l'émigrant devrait iixer son ambition. Les ressources y seraient immenses pour le pays et pour l'Europe ; et le Mexique recevrait ainsi du nord au sud, de l'ouest à l'est, aux frontières et au cœur de l'État, une impulsion qui réveillerait partout le zèle des natifs.

Qu'importe à l'honneur et aux vrais intérêts du Mexique que j'aie signalé parmi les habitants de l'Anahuac une décadence physique produite par le climat? La grandeur des peuples ne se mesure pas à la puissance musculaire. La mythologie païenne et les récits bibliques ont divinisé ou personnifié dans Hercule et dans Samson la force matérielle, en donnant en môme temps au monde la sage leçon de les montrer victimes de la faiblesse du caractère. C'est pour nous dire que l'âme possède la vraie puissance, et que l'intelligence est la force de l'humanité.

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