CHAPITRE II
Physique et météorologie.
§ 1. Rapports physiques de l'homme avec l'air atmosphérique.
La faculté merveilleuse d'apprécier la forme et la couleur des objets] à de grandes distances a longtemps abusé le jugement des hommes sur les propriétés matérielles du milieu dans lequel nous puisons les éléments les plus essentiels de notre existence. La mobilité avec laquelle J'air fuit devant nos mouvements n'est pas moins faite que sa transparence pour écarter de notre esprit l'idée d'un corps tangible. Et les premières impressionsune fois reçues, soit que l'ouragan nous renverse, soit que l'azur frappe nos regards dans l'espace, nos illusions accusent les vents impétueux et admirent le bleu du ciel sans que notre esprit s'arrête à l'idée réelle du poids et de la couleur de l'atmosphère dont nous sommes entourés.
Et cependant un litre d'air pris au niveau des mers à la température de zéro pèse 13 décigrammes. Bien plus, si nous isolons par la pensée une colonne de ce fluide, elle aura le môme poids qu'une colonne de mercure ayant même base et une hauteur de 76 centimètres. Or, comme celle-ci est facilement
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appréciable en toute circonstance, elle nous donne aisément les moyens de savoir le poids d'une colonne d'air dont la base est connue. C'est ainsi que nous sommes arrivés à constater que l'atmosphère pèse 1033 grammes sur une surface d'un centimètre carré.
Partant de ce premier calcul, il est toujours facile d'évaluer avec précision le poids atmosphéri'quc qu'un objet supporte, quand la surface en est connue, puisque nous y trouverons autant de fois 1033 grammes que de centimètres carrés de superlicie. Ainsi savons-nous, à n'en pouvoir douter, que le corps de l'homme d'une taille moyenne soutient un poids de 16,000 kilogrammes.
L'esprit se préoccupe, au premier abord, ^d'une pression aussi considérable et il a peine à comprendre que nous n'en soyons pas écrasés; mais bientôt la réflexion nous fait voir que, ce fluide pénétrant par tous nos oragnes, son élasticité lui permet de se faire partout équilibre, et qu'en réalité, c'est sur luimême qu'il pèse bien plus que sur la matière dont nos corps sont composés. Cette même élasticité lui donne une mobilité extrême qui nous permet de le diviser, de le déplacer dans tous les sens pour l'exécution de nos mouvements.
Personne n'ignore aujourd'hui ces connaissances élémentaires d'une physique devenue vulgaire. Et cependant, combien d'hommes ferment encore leur esprit aux plus simples vérités qui en découlent ! Nous parcourons les aspérités du globe sans nous
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préoccuper des changements matériels de l'atmosphère au milieu de laquelle nous nous abaissons et nous nous élevons tour à tour. Pourvu que des pics escarpés ou l'ascension d'un ballon ne nous isolent pas des objets visibles qui établissent nos rapports réguliers dans l'espace, nous nous habituons à ne pas prendre grand souci des changements du niveau qui nous supporte. Et cependant, 300 mètres d'oscillation dans le sens vertical opèrent des transformations considérables dans l'ensemble de nos fonctions quand nous voyageons dans les airs. En effet, tout change sans que nos sens nous en avertissent d'abord d'une manière très-sensible : quantité d'air respiré, pression sur nos organes, évaporation de notre corps, température atmosphérique, etc.. De sorte que de tous les soins dont l'homme devrait entourer son existence, il n'en est pas de plus précieux et de plus négligés que ceux qui prennent leur source dans la variété des niveaux du globe que nous habitons ; nous tâcherons d'en donner les raisons.
Personne ne peut ignorer que lorsque plusieurs couches d'une substance élastique se trouvent superposées jusqu'à une grande hauteur, les couches inférieures, pressées par celles qui suivent, diminuent d'autant plus de volume qu'elles sont placées plus bas. Cela ne veut pas dire que cette substance variablement rétrécie perde quoi que ce soit de la matière dont elle est composée. La vérité est que ses moléculesse rapprochent de manière à donner au corps qu'elles composent un volume moindre dans l'espace.
C'est là, précisément, ce qui arrive à l'atmosphère.
L'air est, en effet, éminemment élastique, à ce point même que l'espace qu'il peut occuper n'a d'autres limites que les barrières résistai! les dont il est entouré. Les physiciens ont découvert la loi qui préside à cette propriété de l'air, et ils la formulent en disant que son volume augmente ou diminue en raison inverse des poids qui le compriment. C'est-àdire qu'un volume d'air étant donné sous une pression bien connue, ce volume deviendra moitié moindre, si la pression est doublée; il sera trois fois plus petit, si la pression devient trois fois plus grande. Il est également vrai de dire que l'air occupera un espace quatre fois plus considérable, si les poids qui le compriment deviennent quatre fois moindres.
D'après celte loi, il est aisé de comprendre que des couches d'air superposées sont plus ou moins réduites dans leur volume, selon qu'on les considère dans des parties plus ou moins inférieures de l'atmosphère, puisque chacune d'elles, abstraction faite de toutes celles qui sont placées plus bas, n'obéit qu'à la pression des couches supérieures. Il s'ensuit que les parties constituantes de l'air se trouvent, à volumes égaux, en plus grande quantité dans les couches qui se rapprochent le plus des niveaux les plus inférieurs.
Il est donc évident que le demi-litre d'air atmosphérique introduit dans notre poitrine à chaque inspiration contient d'autant plus de molécules de ce fluide que le sujet qui les respire se trouve plus rap-