‹ Le Mexique et l'intervention européenneChapitre 16 sur 59 · MÉDIATION ANGLAISE · texte numérisé non relu

MÉDIATION ANGLAISE

IS. MIRAMOIf ATTAQUE POUR LA SECONDE FOIS LA VILLE DE VÉRA' CRUZ ET EN EST DE NOUVEAU OBLiaé DE LEVER LE SIEGE.

Une erreur capitale dés gouvernemens établis est la prétention quHls ont tous d'être infaillibles et de faire dériver cette infaillibilité du principe même de leur souveraineté.

Dans cet ordre d'idées Vinfaillibilitë et la souveraineté sont pour eux deux mots parfaitement synonymes. Ils expriment l'un et l'autre cette haute puissance qui domine toutes les autres, dont celles-ci dérivent, qui gouverne et n'est pa« gouvernde, qui juge et n'est pas jugée.

De la vient qu'au point de vue gouvernemental, l'autorité ne doit pas, nous pourrions presque dire ne peut pas se tromper; et que ce qu'elle a décidé, dans la haute sagesse de sa raison, il faut l'exécuter coûte que coûte; car, reconnaître son erreur, ce serait renoncer à l'infaillibilité, et renoncer à l'infaillibilité, ce serait en quelque sorte abdiquer; or, les gouvernements peuvent quelque fois succomber sous la pression de' l'opinion populaire; ils n'abdiquent jamais!

n y a cependant des cas où, sans recoimaitre ezpUcitettent qu'ils se sont trompés dans l'adoption de telle on telle mesure, certains gon** ▼ememens pensent être obligés par la natui^ même des institutions politiques dont ils dérirent détenir compte, jusqu'à un certain point, de l'opinion publique, et de réagir, bongré malgré, contre leurs propres décisions. Dans «e cas, l'habileté consiste il savoir prendre à propos le rent de cette opinion, et surtout à graduer les concessions de telle manière quelles ne paraissent jamais ce qu'elles sont en réalité ; nous voulons dire la confession d'une erreur qui porterait un coup mortel an dogme absurde de Pin&iUibilité gouvernementale.

C'est ainsi que s'est conduit dans la question du Mexique le ministère anglais, dont le chargé d'affaires, M. Lettsom, puis le représentant officiel, M. Otway, avaient l'un et l'autre reconnu l'administration réactionnaire émanée du plan de Tacubaja.

n a d'abord profité de. Horreur que causait au monde entier les assassinats commis dans ce village, le 11 avril 1859, par ordre de Mar* quez et de Miramon, pour faire déclarer à M. Muâoz Ledo, par son Ministre, M. Otway^ , quHl n^ était pas certain cPavair bien agi en donnant une préférence non interrompue au gonvemement dont ce ministre était Vorgane : et persistant plus tard dans la même idée, il répondit le 16 décembre 1859, à certains négociants anglais qui le priaient de déclarer que le seul gouvernement défait était celui près le quel était accrédité le Ministre Britannique : ^^B est difficile " de dire quel est, au Mexique, le gouvernement défait, car tandîs- •* que la France et l'Angleterre reconnaissent l'autorité du président " qui est en possession de Mexico: les Etats-Unis reconnaissent ce- " lui qui siègç à Véraoruz."

Ce qui traduit en langage vulgaire, signifiait si nous ne nous tromr pons : que si le droit avait d'abord paru à Lord John Russel être du coté du gouvernement réactionnaire, uniquement, sans doute, parceque le représentant de l'Angleterre avait commis la faute de reconnaître ce prétendu gouvernement, il n^ était pas bien sûr, après

1 Toir à la pa^e 91 de ce volame la note officielle, en date da 4 août 1859 ^ adressée par Mr. Otway & M. Maaoz Ledo.

avoir mûrement réfléchi aux conséquences qu^avait déjà entraînées cette faute, que ce même droit ne fut plutôt du coté du gouvernement qui siégeait à Véracruz; et qu'avant de persévérer .dans l'erreur commise par le gouvernement anglais à l'instigation de son agent, il voulait s'assurer si cette erreur pourrait, ou non, s'imposer par sa seule puissance au pays qui la rejetait.c

Ce fut le premier pas dans le chemin de la réparation. Puis vint le rappel de M. Otway, personnage tellement compromis p^ sa faiblesse et sa partialité envers les réactionnaires, qu^il en était devenu embarrassant ; ce fut le second : et enfin la dépêche suivante, en date du 26 janvier 1860, par la quelle Lord. John Russel, Ministre des relations extérieures du gouvernement anglais, donnait ordre à son chargé d'afiaires au Mexique, M. George B. Mathews, d'ojQùrir la médiation de l'Angleterre aux deux partis belligérans.

" 26 janvier 1860.

" J'ai reçu et présenté à la reine vos dépêches depuis le num. 19, écrite le 6 novembre, jusqu'au nqm. 30, inclusivement, qui porte la date du 31 du mois dernier.

" Ces dépèches peignent avec des couleurs plus fortes encore que celles de vos dépêches antérieures les résultats de la désorganisation dans la quelle est tombé le Mexique, tant au point de vue politique qu'au point de vue social, et nous devons attendre désormais que chaque courrier nous apportera la nouvelle de quelque outrage récent commis sur la personne des sujets inoffensifs de S. M.

" L'absence dotfout gouvernement stable; le relâchement de tous les liens politiques et sociaux; la violation constante des lois et de la justice; les actes arbitraires des chefs mexicains; l'oubli manifeste et étudié des égaïds dus aux droits des étrangers; tel est l'état actuel du Mexique; mais n'y a-t-il donc aucun moyen de mettre fin à une situation aussi déplorable?

" Le gouvernement de S. M. ne veut pas croire qu'il y ait quelque chose dans le caractère mexicain ou dans les institutions du pays qui s'oppose au respect que les individus, aussi bien que les gouvememens^

se doivent à eux-mêmes; ni que les chefs mexieains qui se sont rendus si célèbres par les outrages qu'ils ont prodigués aux étrangers, se fussent montrés si oublieux des droits des tiers, de leur propre réputation et de la rénommée de leur pays, s'ils ne s'ëtaient trouvés sous Pinfluence de^passions furieuses, surexcitées au delà de toute expression par les conséquences immorales d'une guerre civile qui dure depuis si long temps.

" Je ne veux pas caractériser en langage trop fort une série d'actes et une continuité de désordres qui ont presque réduit à l'état de barbarie un pays que la nature a doté de ses plus magnifiques &veurs; mais je dois dire cependant que la conduite des deux gouvememens qui se partagent la République, est aussi contraire à la justice et au respect qui se doit aux traites, qu'à la lettre générale des lois internationales.

" Le gouvernement de S. M. verrait avec satisfaction la signature d'un armistice de six mois ou un an, pendant le quel ont procéderait i la nomination d'une assemblée nationale impartialement élue, et qui aurait mission de pourvoir au gouvernement futur du pays.

" Le gouvernement de S. M. ne prétend en aucune manière imposer les conditions de ce gouvernement; mais il devrait être tel qu'il pût faire espérer le retour de l'ordre et de la stabilité, et pour arriver à ce résultat, il serait à désirer que le pouvoir exécutif eût un caractère de permanence.

" Le gouvernement de S. M. croit encore qu'il serait nécessaire de proclamer une amnistie générale, et de déclarer la jpléraitce civile ei religieuse; parceque ce n'est qu'en se faisant des concessions mutuelles que les partis contendants pourront espérer rétablir la paix.

" Si ce conseil, donné uniquement en vue do la prospérité de la République, n'est point accepté, le gouvernement de S. M. n'aura plus d^autre ressource que de demander, aux deux partis qui se disputent l'empire, une réparation proportionnée aux préjudices causés

par eux aux sujets britanniques.

^^ Vous lirez cette dépêche et vous en laisserez une copie au ministre des relations extérieures; vous en enverrez également copie à M. le

capitaine Aldham, pout qu'il la communiqué au goayernement de Yéracrns; et vous préviendrez le gouvernement central que vous êtes disposé à transmettre de sa part à cet officier, les propositicus qu'il jugerait oonyenables de faire pour arriver à un arrangement.

'Tendant que j'écrivais cette dépêche, j'ai reçu le message du Président des Etats-Unis, Le Président propose au gouvernement anglais d'abandonner la politique qu'il a suivie jusqu'à ce jour, afin d'amener le triomphe du parti libéral représenté par M. Juarez, sur le parti clérical représenté par le général Miramon. Mais quelle que soit la &ction qui réussisse à s'imposer, le gouvernement de S. M. ne «roit pas que la concorde puisse jamais se rétablir à la suite d'un triomphe obtenu par le force.

"Je suis &tc.*«*

Signé, John Bussell.

"A M. George B. Mathews, chargé d'affaires de S« M. B. près le gouyemement de Mexico."

Cette dépêche avait le tort de laisser croire que lord John Russell, aussi bien que ses prédécesseurs, n'avait'point encore pris son parti à l'égard du gouvernement qu'il devtdt soutenir au Mexique; ou plutôt d'établir que, solidaire|maIgré lui de la politique de ses devanciers, il lui répugnait de reconnaître que le gouvernement avait été jusque là trompé par ses agents, et que les outrages dont il se plaignait ament été justqpcient commis par les gouvernemens intrus que les ministres anglais avaient reconnus.

De là son refus de déclarer ainsi que le désiraient les auteurs de la pétition dont nous avons parlé, que celui des deux gouvernements près duquel était accrédité le Ministi'e britan?iique devait être considéré comme gouvernement défait; et les termes ambigus de sa réponse à ces négociants: H est difficile de dire quel est le gouvernement de fait, car tandisque la France et VAngletcrte reconnaissent Vautorité du président qui est en possession de la vUle de Mexico^ les Etats- Unis reconnaissent le président qui siège à Véraeruz*

L'administration réaotiomudre ne ce méprit ni sur la portée de eette dépêclie, ni Biu: le bût de la médiation. Ce but ressortait trop clairement du parragraphe dans le quel le gonvemement anglais conseillait de déclarer la tolérance civile et religiense pour qu'on pût an seul instant s'y tromper: aussi ne roulant ni adhérer à un conseil qui était son arrétpde mort, ni indisposer par son refus une puissance qu'elle avait tant d'intérêt è ménager, elle chargea le principal organe du parti qu'elle représentait, la Sifçiedcui, de répondre au nom de ce parti à la mise en demeure du Ministère anglais.

Voici comment après avoir déclaré que V Angleterre par cette exiffence, semblait prendre faii et causé en faveur de ceux qu^il nommaii le9 rebelles, s'y prit ce journal, dans son numéro du 4 avril 1860, pour réfuter cette partie de la dépêche précitée.

'Tolérance civile! En vérité nous ignorons de qudje espèce de tolérance il peut être ici question, si ce n'est celle qu'on ordoùnerait i la police d'observer dans la répression des délits et des crimes ordi^ naires. La liberté civile, premier besoin de la République dans son état actuel, consiste dans la sécurité des personnes et des intérêts des citoyens, et comme cette sécurité ne saurait exister que par la répression des attentats commis contre la société, il en résulte que la tolérance civile ne serait rien moins que la destruction, la mort de la liberté civile.

"Si c'est là la liberté civile que l'Angleterre voudrait voir établir au Mexique, si la phrase dont s'est servi Lord Russell a été mal traduite, ce que nous ne pouvons savoir avant d'avoir eu sous les yeux le texte de sa note, nous sommes entièrement d'accord avec Sa Grâce, et nous croyons inutile de rappeler ici que dans noo'e humble carrière de journaliste nous n'avons cessé de demander la liberté civile pour notre pays, comme eondition vitale de toute société médiocrement organisée et ôomme base nécessaire de la liberté politique bien comprise. Le citoyen, en allant déposer son vote dans le scrutin électoral, veut avoir la certitude presque entière qu'il ne sera pas assailli en chemin et qu'il ne trouvem pas sa maison dévalisée à son retour.

"Si ce qu'exige Lord Russell est la tolérance en matière d'opinions politiques, nous tomberons aussi d'accord avec lui h cet égard; tou-

tefois nous commencerons par établir deux faits: 1.® , c'est que nous ne saurions confondre les actes avec les opinions, bien que les actes dérivent des opinions. — 2.** , c'est que, dès les premiers jours de son installation au pouvoir, le gouvernement émané du plan de Tacubaya a professé systématiquement la tolérance pour les opinions politiques, au point de se faire accuser de faibless^par ses ennemis. Nous ajouterons qu'on ne trouve Fintolérance politique que dans les rangs des rebelles; car non seulement ils ne tolèrent pas que la nation se gouverne selon sa volonté, mais il traitent en ennemis quiconque ne professe pas et ne pratique pas le communisme effronté auquel on donne ici le nom de liberté. La tolérance politique fait grandement faute dans le parti que nous venons de nommer et notre pays gagnerait beaucoup à voir ce parti adopter, à cet égard, les vues de la Grande Bretagne."

Puis après C€e circonlocutions destinées à amortir, autant que possible l'effet de ses dernières paroles, le journal religieux terminait en ces termes:

"Mais si ce que Lord Russell propose sous le nom de tolérance religieuse est 1-introduction de plusieurs cultes; si pareille proposition est faite de bonne foi, il faut convenir que si au Mexique nous avons perdu la tête au milieu des terribles commotions de nos discordes intestines, nos conseillers officieux n'.ont pas l'entendement plus clair. En effet, cette proposition n'implique rien moins que la destruction de la seule unité qui existe dans notre pays, l'unité religieuse, dernier élément vital qui lutte contre la dissolution de la société mexicaine attaquée en même temps au dehors et au dedans par ses ennemis.'^ ^

JEn parlant ainsi, la Sociedad oubliait, bien innocemment sans doute, mais enfin elle oubliait ces poroles de Lactance: La religion forcée rûest plus la religion: il faut convaincre et non obliger^ car la religion ne se commande pas \ De même en rejetant sur ses adversaires le reproche d'intol'?rance politkjue, elle oubliait encore que tous leô chefs de son parti Marquez, Miramon, Cobos, OsoUo, &tc,

1 Lactance, «Institutions Divines.'^

ayaient été prisonniers des libéraux qui leur avaient généreusement pardonné, tandisque les deux premiers s'étaient souillés une année auparavant par les assassinats commis à Tacubaya et par les horribles boucheries qui avaient suivi chacun des avantages remportés par eux sur les forces constitutionnelles à peine armées de cette époque. Mais qu'étaient de pareils oublis pour le doux organe des sacristies de Mexico? — De simples péchés véniels, bien véniels, tout au plus, dont son directeur Tévêque Munguia, lui avait à l'avance donné l'absolution, et qui ne valaient certainement par le peine qu'on s'y arrêtât un instant. Nous ferons comme lui et nous allons passer aux événements qui suivirent l'arrivée de cette dépèche et de Fofire qui y était contenu.

Cette dépêche, datée, avons-nous dit, du 26 janvier 1858, arriva au Mexique sur la fin du mois de février et ne fut connue à Mexico que dans les premiers jours du mois de mars «uivant; c'est-à-dire, quand M. Miramon, parti depuis le 8 février précédent pour la se< conde campagne de Yéracrnz, était déjà arrivé sous les murs de cette place.

Elle fut donc envoyée à M. Aldham, commandant de la corvette de guerre anglaise Valorous, ancr(!e à Sacrificios, pour être communiquée par lui aux deux gouvernemens et reçut une première réponse directe de M. Miramon, datée de Medellin, le 2 mars, dans la quelle il présentait comme base d'armistice les propositions suivantes qui avaient évidemment pour but, non seulement d'obliger les défenseurs de la constitution a reconnaître implicitement le plan do Tacubaya en traitant d'égal à égal avec lui, mais à légitimer, si cela était possible, l'insurrection, en contraignant le gouvernement constitutionnel à passer sous ses fourches.

"Art. 1er. Il sera ouvert, entre les forces commandées par M. Miramon, et celles du gouvernement de Véracruz des négociations qui auront pour but de procurer un armistice entre les deux partis, sur tout le territoire de la République, et de convenir, pendant le durée de cet armistice, des moyens d'y rétablir la paix.

"Art 2.« On insistera pour que dans ces négociations, les représentants des grandes puissances telles que l'Angleterre, la Francei

PEspagne, la PrasBe et les Etats-Unis d'Amérique iatervîemient à titre de médiateors amiables.

Art. 8.* Les conditions de cet armistioe une fois arrêtées et ratifiées par les deux goayernemens, les partis belligérans suspendront les hostilités sur tout le territoire de la Républi<fie; et M. l^Iiramon, en particulier, suspendra les siennes contre la place de Yéracruz.

^'Art. 4.* Les deux gouvernemens s'engagent réciproquement k ne célébrer à l'avenir aucun traité comme à ne ratifier aucun de ceux qui araient été célébrés dans le passé, sans le consentement Fun de l'autre. Néanmoins les traités dont la ratification a déjà été communiquée officiellement à celui des deux gouvernemens qui les à conclus ne sont pas sujets à cette prescription, non plus que ceux qui n'ont point été soumis aux formalités prescrites par les lois que ce*connait celui qui les a signés au nom de la République.

"Art. 6.* Le paiement des droits dûs pou» débarquement des marchandises importées à Yéracruz, dans le cas où M. Miramon con* sentirait à la réouverture de ce port ', se vérifiera, conformément aux prescriptions du tarif, à Mexico même, dans les bureaux de la trésorerie générale de la nation, ou en lettres de change tirées en faveur des employés de cette administration.

"Art. 6.^ Une assemblée composée de fi)nctionnaâres qui ont occupé, dans la République, de hautes fonctions, depuis l'an 1822 jus* qu'à celui de 1853, sera chargée d'élire le président de la République, établir les règles que devra observer son administration, et de préparer une constit||tion, qui ne devra cependant être exécutoire qu'après avoir été approuvée par la majorité des citoyens mexicains."

Puis le gouvernement constitutionnel ayant décliné toute espèce de éponse directe, sous prétexte que le moment actuel — ^alors que Pen-

1 Le port de Véracruz avait été fermé au commerce de long couri, dès le commencement de cette campagne, par M. Miramon qui aimait à légiférer même sur les choses qui ne lui appartenaient pas, et l'avait remplacé par celui d'Alvarado, ^qu'on n'avait pas même songé à défendre, et qui était tout au plus bon à recevoir 1 ta navires de cabotage.

aemî avait iéjh commencé les hostilitôd)— n'était pas opportun pour répondre <»>nyenablement aux propositions qui lui avaient été commaniquëefi par M. Aldham au nom de M. Miramon; celui-ci, le 13 mars, avant de faire rompre les feux contre la place, adressèTun dernier office à M. Ramon Iglesias, commandant en chef des troupes de PEtat de Véracruz, dans le but d'éviter, si cela était possible encore, l'effusion du sang; et, cette fois, MM. Santos D^golludo et José de Emparan, au nom du gouvernement constitutionnel; et Isidro Diaz et Manuel Robles Pezuela, en celui du représentant du coup d'Etat, se réunirent le lendemain, dans la loge, numéro 2, qui appartient au garde du chemin de fer, pour traiter des bases d'un armistice à signer entre les forces belligérantes des deux partis. Mais ils ne purent tomber d'accord sur les premières conditions de cet armistice; et la guerre suivit, acompagnée du côté des Tacubaystes de circonstances tellement atroces, que M. Aldham crut devoir intervenir au nom de rhumanité outragée par les mesures barbares que dictait M. Miramon, et lui adressa la lettre suivante:

Corvette de S. M. B. Valorous.

" Véracruz, rade de Sacrificios, 21 mars 1860.

" Excellence,

" Cest avec le plus vif regret que je porte à votre connaissance la situation déplorable dans laquelle se trouvent les commerçants étrangers résidant à Véracruz, leurs familles et leurs biens, ainsi que les souffrances endurées par les classes pauvres, par snîte des effets destructeurs produits par le bombardement que V. E. a ordonné et qui dure depuis plusieurs jours,

^' Cette manière de faire la guerre est aussi barbare qu'inusitée; elle est contraire aux règles observées par les nations civilisées, à tout sentiment d'humanité, et indigne du cœur d'un soldat chrétien. Les projectiles au lieu d'être dirigés seulement contre les batteries et les fortifications ennemies, ont été lancés sur des maisons occupées par des étrangers et par d'autres faabitans inoffensifa; et ont eu pour conséquence la mort de ces hommes et la destruction de leurs propriétés.

" V. E. ne peut pas ignorer que l'ennemi contre lequel V. E. «outient une guerre fratricide, est posté sur les points fortifiés et que les maisons de la ville sont habitées uniquement par des personnes pacifiques e^par des étrangers laborieux; cependant votre tir porte fatalement sur ces derniers et non sur le premier.

" Je suis persuadé que V. E. serait des premiers à faire suspendre le feu, si elle pouvait voir Tétat de misère et d'abandon des classes pauvres de Véracruz, et les malheurs causés- pas un bombardement qui, dirigé comme il Ta été jusqu'à présent, ne peut être qualifié^ que dPignohle et propre à exaspérer les passions au dernier degré.

" V. E. pourra détruire la ville et peut-être prendre possession de ses ruines, mais jamais gagner le cœur de ses habitans, et si elle remportait une pareille victoire, quelle réputation aurait-elle acquise lorsque le monde connaîtrait les tristes détails de ses prouesses?

" Au nom de la religion chrétienne et de l'humanité et pour l'honneur du nom mexicain, j'en appelle à V. E. afin de mettre un terme à ces actes criminels.

"Il est encore temps de faire un effort pour guérir les blessures sanglantes de votre patrie: c'est en soulageant les souffrances du peuple, en se montrant humain et en protégeant le commerce que V. E. méritera les bénédictions du pays, et arrivera, par de nobles conquêtes, à immortaliser son nom à l'exemple de Moctezuina.

" Si V. E. ne jugeait pas à propos de terminer une guerre antichrétienne et injustifiable^ dirigée uniquement contre la propriété et contre le commerce étranger, et qui est une cause de ruine pour les sujets de S. M.,^n ma qualité de commandant en chef des forces navales de S. M. B. dans ces eaux, je protesterai énergiquement contre cette guerre, et je vous annonce que je saisirai la première occasion de faire savoir k mon gouvernement que V. E. a occasionné la ruine des sujets et du commerce anglais,

" Jai l'honneur, etc.

"Signé; W. CoRNWALLis Aldham."

" A S. E. M. le général Miramon président du gouvernement actuel de la ville de Mexico» "

Voici la réponse de M. MiramoD. On y verra qu'il ne nie aucune des charges contenues dans la lettre de M. Aldham, mais qu'il se contente de-rejeter les horreurs commises par un bombardement inutile, sur les nécessités de la guerre; et qu'il ne répond rien à cette accusation d'avoir méchamment dirigé ses bombes sur les maisons ou demeuraient des ci'.oyens paisibles, presque tous étrangers, au lieu de les envoyer sur les points fortifiés, où se trouvaient placés les défenseurs de Véracruz.

" Au camp devant Véracruz le 21 mars J860.

" Monsieur le commandant : .

'^ Le soussigné, président substitut de la République mexicaine et général en chef des forces qui opèrent contre la place de Véracruz, a l'honneur de répondre à la note du 21 de ce mois, que M. le commandant des forces navales de S. M. B. dans le golfe du Mexique a bien voulu lui adresser relativement au feu d'artillerie que l'armée placée flous ses ordres a ouvert contre la place de Véracruz. — Le soussigné, en qualité de mexicain jaloux de la réputation de son pays, et désireux de donner aux étrangers établis au Mexique les plus amples garanties possibles, déplore autant que qui que ce soit les dégâts occasionnés pas son artillerie dans la ville de Véracruz et les souffrances de ses habitans; mais il n'acceptera jamais la responsabilité de ces maux, attendu que ce n'est pas le gouvernement qu'il représente, mais le soi disant gouvernement constitutionnel qui refuse de contribuer à la pacification du pays, et attendu que ce ne sont pas les forces qu'il commande, mais celles de l'ennemi qui ont amené la situation actuelle en se fortifiant dans l'enceinte d'une ville où l'on ne ^eut les attaquer vigoureusement sans risques pour la population. Personne n'ignoré que les funestes événements qui viennent de se passer à Véracruz étaient regardés comme inévitables; personne n'ignore que tous les habitans ont eu le temps nécessaire pour mettre leurs personnes et leurs biens en sûreté. Ainsi la responsabilité des calamités de la guerre, si terribles en cette circonstance, ne saurait retomber que sur ceux qui en sont la cause première^ et non sur ceux qui la soutiennent d'une manière conforme au droit des gens et aux usages établis. Plût à Dieu que Véracruz fût la seule ville dont l'histoire

eût à signaler le bombardement dans une guerre civile. La série de calamités qui ont aiBigé l'humanité ne serait pas aussi grande.

'^ J'ai du reste la satisfaction de pouvoir annoncer de nouveau à M. le commandant Aldham que je comprends ce que je dois k une ville de mon pays, h ses habitants en général et à chacun d'eux en parti* culier; et que j'ai fait suspendre le bombardement, qui du reste avait été dirigé très lentement, afin de donner aux chefs- de Véracrua le temps d'accepter quelques propositions, raisonnables de réconciliation en faveur du bien public, ou de les obliger à chercher un champ de bataille où les forces belligérantes seraient seules exposées au feu de l'artillerie lorsque je me suis aperçu que le but désiré ne pouvait être atteint qu'au prix de calamités inouïes. M. le capitaine Aldham est informé d'un grave incident qui a empêché le soussigné de donner un tour convenable aux opérations de son armée contre Yeracruz. Le soussigné reconnaît hautement les sentimens d'humanité qui animent M. le capitaine Aldham et il lui renouvelle les assurances d'estime et de considération avec les quelles il a l'honneur d'ètro de M; lo capi* taine le très obéissant serviteur.

f^ Signé, Miguel Miimlmon.

" A Monsieur le commandant des forces navales de S. M. B. dans le golfe du Mexique. — Saerificios. "

Pendant ce temps, M. Mufîoz Ledo adressait aux Ministres étrangers résidents à Mexico, une note officielle pour leur annoncer l'insuccès dés efforts tentés à Yeracruz, par le représentant du parti réactionnaire pour amener une conciliation. Il appuyait particulièment auprès di^chargé d'affaires du gouvernement britannique sut les causes de cet insuccès, et invitait cet agent à porter à la connaissance du cabinet de Londres les mpti& qui s'étaient opposés à ce quo la question se résolut d'une manière pacifique et. conforme au âens des instructions transmises à Mexico par Lord Jc^ BufiselL

Bdon lui M. Miramon avait répondu loyalement à llhtentien de ces instructions, et ce n'était pas sa faute ^t l'armiatioe n^avait pas été sigaé. — Il avait rempli sur ce point son devoir avec d'autant plus de plaisir, que .ce devoir était en plus paar&ite haarnKHoie avec ses propres

sentiments; et si ses efibrts n'avaient point eu les résultats bienfaisants qu'il en attendait, il fallait en imputer la faute à ceux qui, s'obs-* tinant aveuglement^ dans leur ambition personnelle, se refusaient à contribuer au rétablissement de la paix et à la cessation du scandale que donnait au monde cette* lutte si prolongée; si sanglante et si d^'sastreuse. ^

Mais M. Mathews n'était pas homme à se laisser prendo à ce langage melliflue de la diplomatie réactionnaire. Il Savait tout aussi bien que M. Munoz Ledo ce qui s'était passé devant Yéracruz, et comment M. Miramon, en tordant le sens de la proposition ëmanée du gouvernement anglais, avait voulu se servir de cette proposition ainsi dénaturée pour imposer la loi à ses adversaires; alors surtout qu'il aurait dû s'estimer très-heureux, que par déférence pour le cabinet de Londres, le gouvernement légitime eût daigné oublier sa révolte, et traiter avec lui comme s'il eût été autre chose que le représentant de la plus noire trahison. II répondit donc:

'^ Le soussigné a le plaisir d'apprendre que S. E., le président substitué a accueilli avec bienveillance les propositions du gouvernement de S. Mi B. tendantes à la réconciliation des partis belligérans, et fondées sur certaines bases spécifiées à l'avance, parceque ces propositions (au dire de M. Mufioz Ledo) sont d'accord arec ses propres opinions. Mais c'est aussi pour cela même que le soussigné ne peut s'empêcher d'exprimer son sincère regret de ce que les propositions faites par S, E. au parti cotistitutionnely niaient pas été conformes à celles qui ont été conseillées par le gouvernement de S. M. B,y ni d'accord avec l'opinion éclairée et les semtiments amicaux envers le Mexique, qui ont inspiré au secrétaire d'.litat de S. M. les bases proposées comme étant le meilleur, le plus sûr et le plus prudent moyen de rétablir la paix dans la République etc.* • • t etc* • • • "

Cependant, à Yéracruz, M. Aldham poursuivait avec nne constance, digne à coup sûr d'une meilleure réussite, l'idée généreuse d'une transaction entre les deux partis, séparés désormais, plus peut-être par le sang dont les conservateurs s'étaient souillés depuis leur arrivée au pouT(»r, que par là trahison qui leur en avait ouvert l'entrée. Son teergie croissait avec les diffieultôs, et ajant appris que M. Miramon,

à bout de ressoxirccs, et ne pouvant, faute de munitions, continuer plus longtemps le bombardement, se disposait enfin à lever un siège qu'il n'aurait jamais dû entreprendre ; il crut l'occasion plus favorable cette fois, et lui adressa, le 28 mars, une nouvelle lettre, dont nous recommandons la. lecture attentive ft nos lecteurs, en appuyant surtout sur les deux passages qui ont trait au clergé mcxicaÇn.

"^ bord du navire de guerre de S, M, B. Valorous,

" 28 mars 1860. ,

" J'ai adressé, en date du 24 de ce mois, une communication à S. E. M. Juarez, pour lui exprimer l'espoir que j'avais qu'il ne laisserait pas s'éloigner V. E. sans tenter une seconde fois de conclure un armistice conformément à la recommandation du gouvernement de S. M. B. exprimée dans la lettre de Lord John Russell, premier secrétaire d'Etat de S. M. B. et du ministère des afiaires étrangères.

" Une réconciliation entre les partis bellîgérans est le but qu'on veut atteindre

" Je suis convaincu que V. E. est favorable aux principes éclaires de la liberté civile, parce que sans eux, aucun pays ne peut prospérer.

" Je crois imitile de dire à V, E. qiie le plus grarid obstacle à t établissernent â^un gouvernement libéral et constitutionnel est la grande puissance et la richesse de V Eglise^ dont les bases son bo?inesj car elles ont été fondées par le Sauveur du genre humain ; m,ais votre clergé fie suit pas les voies quHl a marquées ; ses yeux sofit fermés, mr ses œuvres sont mauvaises et il se comptait en elles ; il ne se réformera 'pas de lui-même, car il hii faudrait alors renoncer à ses plaisirs mondains ; il tient volontairement les brebis dans les ténèbres et dans Fignorance afin qu^eVes ignoretit ses

vaies.^

" Si V. E. continue à suivre le chemin qu'elle a suivi, elle ne régnera jamais sur les cœurs de ses concitoyens ; une petite partie de ceux-ci pourra bien s'unir à elle, mais ce sera par crainte et non par amour. Avez-vous la prétention d'être un pays chrétien? Pourquoi

donc votre pays ne prospère-til pas eomxne tant d'autres cpiî ont traverse une période de calamités plus grandes que celles que vous traversez aujourd'hui ?

" C'est que ceux là ont adopté la liberté civile et religieuse et que leurs actes sont d'accord avec le christianisme.

" Tandisque vous, vous ignorez l'un et l'autre, vous n'en connaissez que le nom !

" Mais le temp? est venu oà le véritable drristîamsme doit pvéva* loir, où les principes libéraux et éclsirés prendront la place des ténèhres et de l'ignoranoe.

*^ Il est encore temps de réparer le mal, de rég<*iiérer la nation avant qu'elle ne tombe dans l'oubli ou que la génération actuelle ne soit rem* placée par une génération nouvelle.

" V. E. a le pouvoir et elle peut, si elle le veut, devenir le fon* dateur d'une grande œuvre ardemment désirée par la majorité du peuple.

" Biejetez les entraves qui vous tiennent enchaîné, unisses-voiis sipoèrcment et cordialement avec ceux qui luttent pour la liberté de conscience et pour des institutions libres ; une fois unis vous serez forts. Mettez V Eglise à la place qui lui revient^ assignez-lui un pcdrimoine généreux^ et appliquez le reste de ses biens au développement de la richesse nationale ; obligez le clergé à suivre la ^oie qui lui a été tracée par Celui qui en est le chef; protégez le commerce et les transactions avec les nations étrangères ; ouvrez vos ports, réduisez les contributions, e* votre Excellence verra bientôt se répandre le bien-être et la prospérité dans tout le pays ; et votre Excellence aura été le directeur et Je chef -de cet ordre de chgsea.

'^ J'espère que Y. E. sera convaincue que, en lui parlant ainsi, je ne suis animé que du désir de voir se réaliser les voeux du Qiouvernement de S. M. B., au moyen d'une déclaration d'armistice, de l'éta-

blissement d'un gouyemement stable et da rétablisBement de la paia au Mexique.

" J'ai l'honneur etc.

*^ Signé, W. CoRNWALLis Aldham.

'^ A S. E. Mr. le général Miramon, président du gouyemement de la ville de Mexico."'

Mr. Miramon mis ainsi en demeure de se prononcer catégoriquement sur les différents points que contenait la note du gouyemement anglais et particulièrement sur la tolérance relig-ietise^ esqniya de nou-* yeau la responsabilité que pouvait entrainer une réponse directe e» abritant son mauvais vouloir derrière le congrès émané du plan d'Ayutla qui, disait^il, quoique le plus libéral de ceux qui ont siégé jusque à ce jour ^ n^ avait point osé adopter t article 15 du projet de con^ titution, et établir cette tolérance. Cétait accuser de pusillanimité la majorité de cette assemblée, mais en nous concédera que ce n'était pas répondre.

Sans remonter jusqu'aux Pérès de l'Eglise pour j rencontrer Tes preuves des- combats qu'ils soutinrent, dès les premiers siècles du christianisme, en faveur de cette liberté que Tertulien appelait avec tant de raison Proprietas religionisj le droit d'avoir sa religion en propre ^ ; c'est une vérité* devenue vrfgaîrc, aujourd'huT, chez tous

I << Tout hommei dit Tertulhn dans son Afdogiiiqae, reçmt de la natote It <* droit d'adorer Dieu a>inme il l'entend« — A qui donc, plus qu'à moi, iq^poita lai» << ligion que je professe? — ^La reli^on n'admet aucune violence, aucune tjrrannie; *< elle ne doit pas être embrassée par crainte, mais en toute liberté. Tout sacrifice <^ doit être entièrement yolontafre.

Ailleurs il dit encore :

<^ C'est une impiété d'enlever aux hommes, en matière de religion, la liberté (fe « faire choix d'une divinité. Aucun homme, à plus forte raison aucun Dieu, ne * voudrait d'un service forcé."

Apdogi^qae^ Chap. XXIV.

II favirait plusieurs volumes pour contenir les citations de ce genre qui existent seulement dans lés œuvres àt» Pères' de TEglise.

les peaples cinUdéa, que l'Etat n'est p<»Et compétent pour conn&itre des matières surnaturelles ; que le discernement religieux lui est re* ÎQBé ; qu'il ne lui est point donné d'apprécier la valeur relative des ouïtes, et de leur assigner à chacun un rang selon leur mérite. L'inévidence des religions positives, voilà le principal fondement, univer* Bellement accepté^ parmi tous les hommes de progrès, de la liherté religieuse. Aussi les prêtres qui condamnent cette liberté, ont-ils pour argument fSe^vcri le caractère particulier d'évidence qu'ils attribuent à leur religion particulière, et ils en déduisent, pour l'Etat» l'étroite obligation de la distinguer, à ce titre de toutes les autres, et de lui assurer exclusivement l'empire des âmes.

On a ingénieusement remarqué que l'intolérance religieuse du peuple juif, était en quelque sorte justifiée par la présence perpétuelle de Dieu, qui lui révélait directement ses volontés, et qui intervenait en personne dans toutes les affaires de la nation.

Tant que les peuples modernes ont été fermement convaincus qn^ils avaient à leur portée une source incontestable de la vérité religieuse; aussi longtemps qu'ils ont pu voir dans la papauté une représentation fidèle de l'intelligence et de la volonté divines, on ne pouvait guère s^étonner de leur intolérance; car tout en d ^plorant ses funestes résultats, on était obligé de convenir que cette intolérance avait, jusqu'à un certain point, sa raison d'être. Mais il étoit facile de voir que cette intolérance devait s'afiaiblir et disparaître à mesure que les grandes cQvisions de l'Eglise et les progrès de la libr^ pensée répandraient dans le monde cette idée: que P évidence de la religion n^ést point tèUe^qu^wv êoit nécessairement coupable en refusant de ^y rendre^ et qu^on peut choisir entre diverses conférons religieuses sans encourir le reproche de manvaise foiy sans devenir par cela même un méchant homme et un mauvais citoyen ^

1 Nooi ne pouvons mieux éUWir cette vérité qa>eii donnant l'extrait suivant d'ane thèse soutenue à Cacn, dans le collège royal de la compagnie de Jésu.-, le vendredi 13 Janvier 1693, et imprimée dans lamêtoè viUe, par ordre de la cornpagnie chez.Jean Cavalier, Imprimeur du roi et de TUnivetsîté.^Ii est bien entendu que pour ne scandaUser personne, nous abandonnons aux révéredns Pères la responsibilitè pleine et entière de leur opinion.

i^La religion chrétienne est évidemment croyaUe, mais non évidemment wme.—

I/Etet, ainsi dépotiillé de ce sens religieux qui lui était généralement eonfié ati nom de l'évid^âice d'une r^igion particulière, se troure naturellement aflranchi du devoir étroit de se dédider pour la religion qu'A croit li meilleure, et de la faire prévaloir à Taide de son autorité. La tolérance entre d'elle-même dans le droit public, et elme y introduit forcément à Ba suite la liberté et ^égaJité (tes cultes devtint la loi. Il y a plus, la séparation complète des <^ultes et de PEtat est la conséquence naturelle de ce tîhangement; et si les affai* res humaines étaient conduites par la seule logique, -cette séparation sehiit depuis longtemps accomplie dans le monde entier.

H suit de là que, si TEtat est affranchi du devoir de choisir entre les diverses opinions la seule -digne d'être protégée, parce qu'il est censé ne pas s'y connaître, il perd en même temps le droit de les juger, à plus forte raison celui de les conduire. Son incompétence déclarée lui enlève un droit en même temps qu'elle le délivre d'un devoir; et s'il n'est plus obligé d!être persécuteur, il ne peut plus non plus se dire

Beligio christlana est evidenter crediblKs, non eridenter vera.~T£[He tÉt évièem*ment croyable; car il est évident que qiiicûtii|iie P^mbrasae est prudent: elle n'est pas évidemment vraie, car dk enseigna olmvrèment ou «Ue enseigne des dicta ebS'cures — Nam aut obscure docet, aut qiiœ docet obscara sunt — £ien plus, ceux qui prétendent que la rdi^n thriOenne est évidemment vraies sont forcis d^avouer qu^dle est évidemment fausse. — Imh qui aiuot religioDem chaistianam esse evidentcr veram, fateatvr necesse est falsam evidenter esse. • ^ . r— Position 5.

Concluez delà qu'il n*est pas évident. 1.^ qu'il y ait sûr la terre qnelqne relîgien véritable. Car d'où saVez-vous que tôuieckc^cfi^a pas corrompu eavoie^ Kon (Anuem camem corVampisse viaisi suam.-^^^ que de toutes. les feligMns<qtn«iâa« tftfit, la religion «brétieone spit la plus vjraiflemblabkr, ter oves^^vôvs pç/fc^uru tous les pays ou savez-^voia^que d^autres les aient parcouru>9fi>^An enim terras omnes pera^astiy aut pera^atas ab altis esse nosti?. . . . — 3. ® que les oracles des prophètes aient été rendus par l'inspiration de Dieu, car, que. m 'opposerez- vous si je vous nie que c'ait été de véritables prophéties, et que je soutienne que ce n'ont été que des conjectures?. . • . — 4. ® que les miracles qu'on attribue à J. €;-«tent été de vé^itaUeà minudet qucd^e perso&ne tie^wisse tes nier pradeament. . . .»—

FOSITIOM &•

La foi expliiàte en Jésiis Christ n'^st pas méibe nécessaire >aix olnéUèns. ilen est de même de la Trinité, de tout le symbole de k M, ^n décâlogae. Ce qni a 6Cé nécessaire aux Jalfs, et qui l'est a«x chrétiens est la seule foi explicite, 1. <> de Dieu, 2. ® De Dieu rénumérateur. . . • — Posittom 8.

£tc «...

nî pontîfe, ni théologien, ni prophète. H n'allume plus de buchûrs, mus aussi, il ne peut plus tenir de conciles. En un mot, il rejette le monteau d^Blie et ce n'est pas pour garder son bftton.

La séparation complète de PSglise et de rEtQ,t est donc la conséquence naturelle, absolue, indispensable de la liberté deconscience. C'est le terme au quel tendent aujourd'hui tons les peuples ciyitisés; et Mr. Miramon, eîi cherdiant à s'abriter derrière la charte de 1857, plaiiâait, ce qui s'appeQe en termes de palais, les oirao&stan<^es atténuantes, mai» ne donnait aucune fcrœ nouvelle aux motifs invoqués pour e^ipKquer son reftis.

Voici, du reste, comment 11* s'exprimait h ce sujet. Nous donnons sa réponse entière et, de cette manière, on ne nous accusera pas d'avoir altéré la force de ses arguments.

«Jalapa, 81 Mars 1860.

«^ M<)liBieur le commandant

'*- J'îEÛ l'honneur de répoi^e à la lettre que Y.. S. a bien voulu m'a* dresser à la date du 28 du mois dernier, par laquelle vous m'annoncez que vous avez fait remettre à M. Juarez une note datée du 2^, dans laquelle vous l'invitez à profiter du temps qu'il me reste à passer dans cette partie cb. pays polir arrêter les bases il'un arpaitice, conformément aux reçoiximandationa faites par le gouvernement de S. M..B. dwas la note de Lord John Bussell, {premier secrétaire d'Etat et des relations extérieures, dont Y. S, a bien voulu m'envoyer copie à Me* dellttL #

" GiHnme Y* S. ne m'a pas oommnniqué la réponse de M. Juarez^ je n'ai rien à ajouter à ma repense précédente.

" En ce qui regarde cette affaire, on peut dh*e que la note de Lord Sussell se résume en trcHs pcânts:

L^ Proclamer un armistice général dans la Bépublique, pendant lequel serait convoquée une assembla naticmale élue avec impartia-* liié et ohiirgée de conatitner le pays.

2.^ Le gouvernement de S. M. ne prétend pas s'ingérer dans les affaires du pays et insister sur telle forme de gouyernement ou sur telle constitution à adopter ; mais il déclare qu'il importe de donner au pouvoir exécutif un caractère de[stabîlitéj de proclamer]une amnistie générale et d'adopter la liberté civile et religieuse.

" S° Enfin le gouvernement de S. M. B. fait l'offre bienveillante de mettre à notre disposition les bons offices de sa Légation à Mexico et du commandant en chef de ses forces navales à Yeracruz, comme intermédiaire de toutes propositions tendant à un armistice qui seraient faites par l'un ou l'autre des partis belligërans. Quant au premier et au troisième point, j'ai fait savoir à V. S. avec quelle satisfaction j'accueilUis les indications bienveillantes du gouvernement de S. M. B« J'ai présenté quelques propositions relatives au règlement de l'armistice que je désire comme le premier pas à faire en vue de la pacification du pays. Je ne cesserai de travailler ardemment à la réalisation de ces vues. Quant au second point, je n'ai rien, absolument rien à faire: la note même de Lord Russel indique, avec raison, qu'une assemblée nationale placée au dessus des influences des pt^rtis doit adopter le système de gouvernement appelé à régir le pays. II n'appartient qu'à l'assemblée nationale de prendre en considération les indications que le gouvernement de S. M. B. a eu la bonté de &ire à ce sujet.

^' Quant au reste vous me permettrez, M. le capitaine, de vous exprimer le regret avec lequel j'ai vu le langage ardent et passionné dont vous vous êtes servi, dans votre note, au sujet du clergé mezicain« S'il compte dans son sein quelques hommes indignes du sacer* doce catholique, ili»ffre un bien plus grand nombre de pasteurs qui sont de vrais modèles de vertu et qui forment dans notre société une classe respectable dont les richesses et l'influence dans le gouvernement servent de texte aux déclamations exagérées et ignobles du prétendu parti libéral.

"Y. S* mé permettra également, sans aborder la question de la 11* berté religieuse, qu'il ne convient pas de discuter ici, de lui rappeler que le congrès émané de la révolution d'Ayutla et chargé de donner une constitution au pays, congrès le plus libéral qu'ait j^i le Mexique, si l'on prend le mot de libéral dans lesens qu'on lui prête aujourd'hui,

a^a pas adopté l'article 15 du projet de constitution stipulant la tolérance religieuse, tant il redoutait l'opinion publique, qui s'était manifestée énergiquement contre cet article. Peut-on me reprocher d'avoir jamais cherché à égarer l'opinion de la majorité de mes concitoyens au profit d'une seule classe de la société?

*^ Veuillez, M. le commandant accepter les protestations de la conaidération distinguée de votre très-humble et obéissant serviteur.

^ Signé MiouEL Miramon.

^^ A Mr. le capitaine W. ComwalUs Aldham, commandant des forées navales de S. M. B. dans le golfe du Mexique. Sacrificios."

Quelques jours après Mr. de Oabriac qui, tant qu'il avait pu espérer que les réactionnaires s'empareraient de Vëracruz, n'avait point parlé de médiation, jugea convenable, après leur défaite, d'offrir ses services (10 Avril), ne fut-ce que pour protéger les intérêts des vaincus. Il unit cette fois ses offres de service a celles du gouvernement anglais, et deux jours après, c'est-à-dire le 12 avril, M. Mufioz Ledo lui répondît au nom des Tacubaystes: " que le gouvernement de S. E. ** M. le Président (Miramon), considérait comme un bienfait de la *' Providence, l'accord des deux cabinets de Londres et de Paris rela- " tivement aux conseils salutaires, désintéresses et impartiaux con- " tenus dans la note de Mr. de Grabriac; et qu'il s'empressait de dé- " clarer, au nom de S. E. M, le Président, qu'il les acceptait de grand " cœur, avec une sincère intention de les mettre loyalement en prati- " que, comme l'exigeait de tout bon mexicain le salut de la patrie."

Pourquoi donc Mr. de Gabriac n'avait-il pas offert plutôt ses eonr seUs ^alutaireSf désintéressés et impartiaux!

Pourquoi, surtout, le gouvernement dont M. Mufîoz Ledo était l'organe ne les avait-il pas mis loyalement en pratique devant Véracruz?

Mais il parait, qu'à cet égard, M. Muiioz Ledo, n'était pas de meillenre foi que M. Miramon, ou que la médiation ofierte par M* de Gabriac était d'une nature différente de celle qui avait été présentée

par ordre du gouvernement anglais^ ; car à la même époque, 10 ayrll, ayant été mis en demeure par M. Mathews^ de vouloir bien lui £ûre connaître la résolution qu'avait adoptée le cabinet dont il fiiiaait partie^ .relativement aux conseils doniiiéfl par le gouvernement britannique pour arriver à la pacification de la République et à l'établissement d'un gouvernement stable ; il répondit évasivement*que le gouvernement constitttti^mnel ayant refusé d'accepter les bases de la médiation bienveillante proposée au nom de S. M. B., c'^était une preuve que ce gouvernement ne désirait pas sincèrement la réconciliation des mexicains.

Il ajonta qu'il était perscmnellement disposé à rcsKmer les négociations interrompues pour parvenir à la convocation d'un congrès qui représenterait fidèlement les vœux du pays ; et quant à la question de la tolérance civile et religieuse conseillée dans la note du 26 janvier, il demanda que la Solution de cette importante question fut remise à la décision de l'assemblée nationale elle-même. Voici ce passage de la note ministérielle :

'' La nation} légitimement représentée par une assemblée élue im-

<' partialement, se donnera, disait-il, la loi fondamentale qu'elle croira

'^ le mieux adaptée à son caractère, à ses mœurs et à l'esprit du siècle " où noua vivons. Elle organisera le pouvoir exécutif de manière à ce

" que son action et son influence sur l'administration publique soient

" efficaces et salutaires, et elle proclamera dans la nouvelle constitu-

" tion les principes et déclarations qui lui sembleront conformes au

" vœu général, relativement aux questions qui divisent aujourd'hui les

^' mexicains. Hab pour que le Congrès puisse remplir dignement sa

'^ mission et réponcL^ à l'espoir et à la confiance publique, il faut avant

'^ tout qu'il soit libre et dégagé de tout compromis antérieur dans

<< Pexercice de ces facultés souveraines; que les partis ne lui imposent

1 La note préseotée à la date da 10 avril par M. de Gabriac, offrait Ics^bont offices de la légation impériale pour '< la conclusion dPun armistice pendant lequel en élirait une OèsemhUe nationale qui aurait pour mission de décider de la forme au gouvernement qui devait être définitivement imposé au pays aussi bien que de Vorganisation qui lui 9irait dùnnéê,"

On voit qu^il n'y était pas question de la tdénmce csvâe tt rdigieuse conseU ée par le gouvernement aillais»

" si basè0 ni principes qui restreindraieat le pouvoir que la nation " confire à ses représentants ; et sartou.t que les partis se soumet^ ^ tent doeilement aux décisions formulëes par l'Assemblée, quelles " qu'elles soient, persuadés qu'ils doivent être que c'est là le seul " moyen d'aSerarer une réconciliation durable, l'établissement d'un "^ gouvernement national et la fin définitive de la gtterre civile."

Dès lors, M. Munoz Ledo déduisait de son raisonnement cette conséquence qu'une déclaration préalable de la liberté civile et religieuse serait un empiétement sur les droits souveraina réservés au congrès dfftkt ou demandait la convocation.

Bien n'était plus faux que ce raisonnement, car, du moment oà l'Etat n'est pas compétent pour connaître des matières surnaturelles, il ne sauvait non plus, ainsi que nous l'avons établi plus haut, être donné à une assemblée politique quelconque le pouvoir d'apprécier la valeur relative de tel ou tel culte ; et le gouvernement de Yéracniz en proclamant^' six mois avant cette note offid^euse du gouvernement anglais, bi liberté de constience, comme conséquence natureHe de la substitution du contrat civil du mariage au contrat purement religieux, avait au moins témoigné par là de son intention ferme et résolue de fiiire entrer le Mexique dans la. voie de i:égénôration ouverte au monde civilisé par l'adoption des grands principes proclamés en France en 1789.

La difficulté d'accéder purement et simplement aux conseils du ministère anglais en signant un armistice dont la première base aurait été la reconnaissance de la tolérance civile et religieuse^ ne consistait donc pas pour lui, comme pour le parti réactionudre^-dans l'adoption de cette mesure, puis qu'il l'avait déj^ décrétée ; et qu'en la proclamant de nouveau, il ne &isait quQ se montrer fidèle aux principes de la réforme ; mais des conditions même de son pouvoir : conditions qu'il ne pouvait enfreindre sans trahir ses devoirs et trompei? les espérances du pays.

C'est pour cela que, dans sa réponse datée du 16 mars 1860^ il rappelait à M. Aldham, pour être transmis par lui à M. MathewS) et par celui-ci au gouvernement de la Grande Bretagne, tout ce que nous avons déjà dit de la légitimité du gouvernement constitutionfiel, et

de la faiblesse, pour ne pas dire plus, de M. Otway, qui avait reconnu le général Miramon, deux mois après avoir demandé officiellement 6a destitution : et après avoir démontré, pièces en main, la loyauté dont le gouvernement dé M. Juarez avait fait preuve en remplissant, jusqu'au jour de la date de cette réponse, toutes ]e8 obligations contractées par la République à l'égard même des puissances dont les Ministres avaient reconnu le mouvement contre-révolutionnaire de Tacubaya, et lui avaient par là donné une importance qu^l n'aurait jamais eu sans cette reconnaisanoe, il terminait par les paroles suivantes, sur les quelles nous appelons l'attention sérieuse et réfléchie de tous ceux qui désirent connaître les véritables motifs qui ont Servi de règle au parti libéral, depuis bientôt cinq années que dure cette eflFroyable guerre civile.

^ Céder, disait l'auteur de cette réponse ^ , à la pression de la finrce, ^^ ou k la crainte des conséquences que peut entrainer une guerre '' qu'il n'a pas provoquée, ce aérait, de la part de M. Juarez, se ren- ^' dre indigne de la confiance de ses commettants, et imiter la honteuse ^ faiblesse qui a causé la ruine de l'ex-président Comonfort.

" Le gouvernement éclairé de S. M. la Reine d'Angleterre sait ^ parfaitement qu'en 1857, un congrès national, populaire et libre- ^ ment élu, a proclamé que le général Comonfort avait été élu pré- '^ sident de la République mexicaine ; et que le même congrès, par " un autre décret de la même année, a également proclamé que S, E. " M. Benito Juarez avait été élu président de la cour suprême de " justice.

" Celui-ci a ^ chargé par intérim de la présidence de la Républî- " que, et a pris solennellement possession de ses fonctions, ainsi " que cela résulte d'une circulaire datée du 19 janvier 1S58, contre- *' signée par lés ministres de cette époque, conformément aux pres- ^* criptions de Tarâcle T9 de la constitution en vigueur, article qui est '^ ainsi conçu : En cas cPabsence temporelle ou absolue du président '' de la République^ etjusqu^à la nomination de son successeur^ la " vacance sera remplie par le président de la cour suprême de ^ justice.^

1 M. Santos Dégolhido, un des martjn de la révolution.

" Pour ce motif, S. E. M. Juarez ayant prête le serment exigé par " la constitution, et se trouTant régulièrement à la tête de la cour su- " prême au moment de la perpétration du coup d'Etat, il a dû subs- ^ tituer et il a substitué en effet le Président de la République dans ** son absence occa^onnée non seulement par le parjure, mais encore '' par le départ de M. Comonfort qui a abandonné depuis le pays.

" S. E. M, Juarez s^t done vu dans Pobligation de conserver en- ^ ira ses mains le dépôt du pouvoir suprême de la nation, non seule- " ment pour obéir au texte de la loi, non seulemeiit parceque Tarticle "^ 80 de la constitution dont il s'agit contient les parolei^ suivantes; ^ Le Président de V Union ne pourra se démettre de ses fonctions^ ^ que pour des motifs graves^ reconnus tels par le congrès^ devant " qui se présentera la démission; mais parceque le patriotisme a exi- " gé de lui le sacrifice de son repos, aussi bien que Tabnëgation de " sa personne, pour que cette personne put servir de centre d'unité " légale; de gardienne fidèle du droit; d'organe de la justice, afin de " la rendre aux nationaux et aux étrangers, aussi complète que les " dupconstances le permettraient; et de protestation, vivante contre " tous les abus qui résultent du déchaînement des passions surecxi* " tées par le coup d'Etat

^ Quand bien même S/ E. aurait refusé de se charger du pouvoir " qui lui était échu aux termes de la constitution, les populations " n'en auraient pas moins recouru aux armes pour défendre leur li- '^ berté et leurs droits., et il se serait commis un plus grand nombre " de violences et de désastres qu'il a eu le bonheur d'éviter. Sa pré- ** senoe au pouvoir a été une garantie d'ordre et de^ustîce pour tous "^ et ni Dieu ni les hommes ne lui pardonneraient s'il consentait à '- abandonner un poste dans le quel il doit se conserver tant qu'il au- '^ ra la conscience que telle est la volonté de ses commettants ; tant ** que la majorité des Etats le reconnaîtront pour chef et lui obéiront ; " tant qu'il n'y aura pas d'autre président élu légitimement, entre " les mains du quel il puisse remettre le pouvoir ; tant qu'il n'y aura " pas un congrès au quel il puisse offrir une démission qu'il est an- " xieux de présenter. Fidèle à ces principes et à ses antécédents, M; '' Juarez ne peut donc accepter aucune convention ni signer aucune '^ stipulation fi)ndées sur l'infiraction de ses devoirs et de ses ser*-

" mente et qui aient pour résultats le sacrifice des intérêts publics " qui lui ont été confiés."

Mr. Santos DégoUado terminait par cette déclaration dont tous ceux qui connaissent le pays et l'opinioB des !Çtats de l'intérieur s'empresseront de reconnaître également l'exacte vérité.

" Mais en admettant même que dans le but de profiter plu? promp- *^ tement des avantages que lui offrirait une vie pacifique et tranquil- '^ le, Mr. Juarez fut assez ingrat pour abandonner les défenseurs de ^' la constitution; en admettant encore qu'il consentit k un armistice ^' basé sur ta perte de la liberté civile et de la liberté religieuse * , ^ et sur la suppression du régime représentatif sous lequel est actuel- '^ lement constituée la République; sa complaisance, ifiielle que coupa- " ble quelle fût, ne terminerait en rien la guerre civile, mais elle au- ^^ rait au contraire, pour résultat inévitable, de dénaturer les tenden- " ces civilisatrices et humanitaires du parti libéral, et de diminuer les " éléments d'ordre qui existent encore, en rompant la digue qui re« ^ tient toutes les passions, pour les mettre aux prises dans une lutte ** plus désastreuse et plus terrible que celle qui a eu Keu jusqu'à ce "jour, et augmenter les éléments de désordre en divisant le parti li- " béral parfaitement uni sous la bannière de la constitution.

'' Quoiqu'il en soit, cependant, de tous ces inconvénients, et dési- " reux d'aplanir, en tout ce qui le concerne, les difficultés existsAtesi " en donnant sa sanction aux conseils amicaux contenus dans la note " de l'honorable Lord John Russell, S. E. M, Juarez, d'accord en cela << avec tous les membres qui composent son cabinet, a résolu d'accepter " un armistice h^é sur les conditions établies à l'avance par le gouver- " nemcnt Britannique, afin que pendant la suspension des hostilités, '' on puisse procéder à l'élection d'un Président de la République; et " à la nomination d'une assemblée nationale chargée de résoudre de '' préférence les points constitutionnels en litige, et de la déclaration " convenue de la tolérance civile et religieuse*^

Nous avons cru devoir nous étendre un peu plus que nous ne l'au-

(1) M. Santas DêgioIkUo faisait alloMon tQx pTopottlîobs de MM« Mtramon et Mttfioz Ledo,

rions dûy peut-être, aur cette qoestion, afin de faire comprendre à la France et à son gouvernement, trompés Pun et l'autre par les rapports de MM. de Qabriac et de Saligny, la ligne de démarcation qui sépare, au point de vue uniquement français, les deux partis qui se disputent l'empire an Mexique; et pour cela, nous n'avons trouvé rien de plus convenal)le'*que de rapprocher, sur ces deux grandes ques^ tàxma, de la médiation et de la tolérance reli^euse, la déclaration si digne et ai franche des autorités constitutionnelles^ des notes pleines de rétîoeiiee'et de mauvaise foi du parti conservateur. Lea pi^^ces que nous avons insérées jusqu'à présent, avssi bien que celles que nous insérerons par la suite, sont toutes officielles; et si le malheur voulait que nous errassions ^dans la manifestation de ce que nous croyons être la vérité, nous nous déclarons à l'avance prêt à admettre toute rectification appuyée de preuves suffisantes.

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