DÉPART DE M. DE GABRIAO
Enlbvbment de m. Zvloagâ par m. Miramon. — Le corps diplomatique REFUSE DE RECONNAITRE CE DERNIER EN QUALI- TÉ DE REPRÉSENTANT d'uN GOUVERNEMENT DE FAIT.
Fendant ce temps M. de Gabriac avait enfin reçu officiellement
l'ordre de retourner en France.
Il communiqua cette nouvelle au gouvernement réactionnaire par
une note datée du & n»rs 1860, dans la quelle il demandait l'autorisation de pouvoir expédier librement à Yéracruz, c'est-à-dire, sans payer les droits imposés sur l'argent, une somme de 160.000 ptastrès composant, disait-il, une grande partie de son avoir.
Voici cette note sur la quelle nous ai:^rons ensuite à nous ezplni
Légation de France au Mexique.
<< Mexico 5 mai 1860.
'^ Le soussigné, E. E. et Ministre FlénipotentiaiFe de S. M. Tempereor des Français, a l'honneur de faire savoir à^. E. D. Octaviano Mufloz Ledo, qu'ayant obtenu de son gouvernement un congé de six mois, pour aller en Fi*ance dans l'intérêt de la santé de Mad. de Gar briac, et pour y régler d'importantes afiaires de famille, il se propose de partir mardi prochain, 8 du courant
^ Par suite de ce départ, le soussigné s'est vu obligé de réaliser une grande partie des valeurs qiûil avait, et dont le chiffre s^êlèvera probablement à 150,000 piastres, que le soussigné désirerait fiûre partir par la conduite qui partira d'ici le mardi 8 du courant.
*' En conséquence le soussigné prie S. E. de vouloir bien faire donner les ordres nécessaires pour que cette somme puisse être expédiée librement à Yéracruz, ce dont il sera fort reconnaissant au jzouvemement suprême, du quel le soussigné emporte les plus aimables et les meilleurs souvenirs.
^ n saisit avec empressement cette occasion pour offrir à S. E. D» Octaviano Mufîoz Ledo les assurances de sa considération la plus distinguée.
" Signé Alexis de Gabriâc.
•' A S. E. D. l!>ctaviano Munoz Ledo, Ministre des affaires étrangères à Mexico."
En marge est écrit:
7 mai 1860.
t/ui répondre d?une manière satisfaisante en lut manifestant la peine que le gouvernement éprouve de son départ, et des motifs qui le causent; donner des ordres en conséquence au ministre des finances, et le préoenir de V expédition de ces ordres»
Maintenant, examinons nn peu.
150,000 piastres mexicaines font, si nous ne nous trompons, quelque chose comme 785,000 francs, argent de France.
Mr. de Grabriac est resté cinq années, environ, au Mexique avec des appointemens de 80,000 francs par année^ soit un peu moins de 16,000 piastres.
n n'a jamais passé pour généreux, nous en convenons, mais en dépit de sa propension bien connue à Féconomie, il ne vivait pas de Vair du temps; sans compter que, bon gré mal gré, U se trouvait par fois obligé de rendre quelques unes des invitations que lui valait sa qualité de Ministre de France.
Pour compenser autant que possible ces deux nécessités, celle de l'économie et celle qui résultait de certaines dépenses obligatoires, nous admettrons, si l'on veut, qu'il économisait, chaque année, la moitié de ses appointements; et Kon nous accordera en échange, du moins nous l'espérons, que, s'il avait des capitaux en France avant d'être nommé à la légation du Mexique, ce que nous ignorons, il ne les aura certainement pas déplacés pour les emporter avec lui; d'autant plus que pouvant être à chaque instant rappelé, il eut fallu que ces capitaux eussent été également à chaque instant disponibles, et que cette nécessité eut considérablement nui à leur placement.
Or, 8,000 piastres par an, c'est-à-dire la moitié de ses appointemens, multipliées par 5, chiffre représentant le nombre d'années que M, de Gabriac a passé au Mexique, donnent pour résultat, si nous ne nous trompons encore, une économie de 40,000 piastres, soit 200,000 francs.
Flattrefl mexicaines.
M. de Gabriac a demandé par sa note clu 5 mai 1860, la faculté de pouvoir expédier librement à Véracruz, c'est-à-dire sans être soumis à aucune des charges qui grèvent, en ce pays, l'argent du commun des martyrs, quand cet argent est obligé
FIliftna nMxIc^ei.
<îc voyager, une somme de 150,000 piastres, constituant, disait-il, une grande partie et non la totalité des valeurs qu'il possédait ci 150,000 00
Il lui restait, «
1? Le surplus des sus dites valeurs, dont nous ne connaissons pas le chiffre, et que, pour ce motif, nous portons ici pour « Mémoire.
2*î Celles qu'il avait peut-être envoyées en France ovant cette époque, que nous ne connaissons pas non plus et que nous portons également pour • • • • Mémoire.
Total 150,000 00
M. de Gabriac avait économisé sus ses appointements
une somme de 40,000 00
Différence en sa faveur, sans parler de l'inconnu, cent dix mille piastres, soit cinq cent quatre vingt mille f rafles argent de France t . 110,000 00
Ce n'est pas que noua voulions dire par là que M. de GUbriac avait eu soin de se faire payer, en argent, les services qu'il avait rendus à r Eglise mexicaine^ pendant V accomplissement de sa mission ^ ; mais on conviendra du moins que pour réaliser un semblable bénéfice avec le produit 9k cinq années d'économies, M. le Ministre de Franee devait être occupé de toute autre ehpse que de se3 fonctions diplomatiques ; et les Français dont il refusait à chaque instant de défendre les droits outragés, doivent comprendre, maintenant, qu'il ne pouvait vaquer en même temps à leurs intérêts et aux siens.
Quoi qu'il en soit, M. de Gabriac partît de Mexico le 8 mai, ainsi qu'il l'avait' annoncé dans sa note au gouvernement : heureux de se
1 Voir la lettre de M. de Gabriac à M. Lftzaro de la Garza, archevêque de Mesicoy page 25 de ce volume.
dérober par l'absence aux conséquences des notiTeanx scandales qui devaient surgir, après son départ, entre les rangs des prétendus défenseurs de l'ordre.
Nous ne saurions dire s'il était, ou non, prévenu de ce qui devait arriver ; mais signons tenons compte du temps qu'il perdit ^ur se rendre à Yéracruz où il eut, le 24 mai, à bord du Berenguela^ une longue conférence avec le nouvel ambassadeur d'Espagne, M. Pacheco, il nous paraîtra difficile qu'il en fut autrement.
Dans la capitale, en effet, le plan de Tacubaya passait de vie à trépas à la suite d'une nouvelle équipée dont le général Miramon était encore le héros ; et l'infortuné Zuloaga, prisonnier de son subordonné, qui ne lui avait pas même donné le temps de se munir des effets indispensables pour la route, courait, bride abattue, sur le che* min de l'intérieur, oJi son gendarme était appelé par suite des victoi* res de Loma Alta et de Penuelas, gagnées sur les réactionnaires par les généraux Uraga et Gonzalez Ortega.
Nous avons dit comment M. Zuloaga, réinstallé brutalement, le 28 janvier 1858 sur le siège présidentiel, par un ordre du jour signé Ifiramon ' , avait quelques jours après désigné le même Miramon en qualité de son substitut, et s'était ensuite immédiatement effacé devant l'étoile ascendante de son jeune rival. Mais dans un pays comme le Mexique, on n'a point exercé, pendant près d'une année, le pouvoir suprême, sans avoir de temps à autre la velléité d'y revenir ; et en admettant si l'on veut, qu'après avoir rempli ces hautes fonctions, certains individus privilégiés peuvent les abandonner sans regrets, les faméliques de l'entourage se feront en tont temps un devoir d'aiguillonner la paresse du malheureux qui tient, pour chacun d'eux, un brevet accroché aux basques de son uniforme. H faudrait, nous l'avouons, être plus qu'un saint, pour résister constamment aux instances de tant d'intéressés, et parmi les nombreuses faiblesses que l'on peut reprocher à son passé, nous n'avons pas entendu dire que M. Zuloaga ait jamais eu la prétention d'aller en paradis.
Que ce soit donc en souvenir des douceurs dont il avait joui pen-
1 Toir à la page 77 de ce Tolame.
dant ses onze mois de présidence effective ; ou seulement pour mettre un terme â l'obsession de ceux qui prétendaient s'attacher à sa fortune ; toujours est-il que le 9 mai, nous voulons dire le lendemain du départ de M. de Gabriac, M. Zuloaga avait publié, dit-on, les deux pièces suivantes, dont la première, à l'adresse de 1^. Miramon, en cas où elle serait authentique, dut faire sur lui l'effet d'un coup de poignard* .
Voici la première de ces pièces.
Excellence,
En déléguant à Y. E. le titre de président substitut, afin de lui confier pendant ma séparation momentanée du pouvoir le commandement suprême de la nation, je n'avais pas seulement l'espoir que vous pourriez mener à bonne fin la campagne qu'on allait entreprendre contre les dissidens de Yéracruz ; mais appréciant à sa juste valeur la conduite que vous aviez tenue lors du mouvement révolutionnaire qui avait éclaté quelques temps auparavant dans la capitale, je me rappelais combien vous avicK contribué au rétablissement de l'ordre légal ; et l'approbation unanime que vous valut cette conduite de la part de toutes les classes de la société, me faisait espérer que vous pourrieas, mieux que nulle autre personne, utiliser ces sentiments pour obtenir les secours indispensables au succès de cette expédition*
Le manifeste que Y. E. adressa dans le même temps à la nation, vint encore augmenter ma confiance ; car, pour donner une preuve do votre désintéressement, vous y déclariez que vous n'acceptiez cette investiture que pour le temps précisément indispensable pour en terminer avec les obstacles que présentait la conquête du premier port de la Képublique ; et vous vous engagiez à remettre ensuite le commandement entre les mains de celui & qui il appartenait.
1 Ces detu pièctê^ aiasi qn'ane troitiéme qui porte la signature (tes membres da corps diplomatique présens à Mexico, furent publiées saaa nom d'imprimeur. Nous n'avons donc pu nous assuier de leur authenticité. Mais comme elles se lient de la manière la plus intime avec les faits tels qu'ils se sont passés, nous avons pen« se qu'il suffisait de donner aux lecteurs connaissance de ce fait et nous n'avons pai hésité à les reproduire dans notre ouvrage^ ne fut-ce que pour faire connaître l'es* prit publie de cette époque.
^'Deux expéditions otit eu lieu contre Véracrnz pendant le cours des quinze derniers ùiois; et chaque fois, toutes les classes de la société ont fait d'immenses sacrifices pour venir en aide à Y. E. Mais les derniers éyénemens établissant de la manière la plus évidente qu'il faut adopter d'auirea moyens pou^ sauver la patrie de la crise qu'elle traverse en ce moment, je ne saurais, en ma qualité de représentant du plan de Tfleubaya, et comme tel, seul responsable devant Dieu et devant les hommes, rester indifférent au5c maux qui ^affligent, et je dois affronter les périls de la situation pour faire tout ce qui me yé^ raitra de nature k assurer 0on bonheur et sa prospérité.
''Dans ce but, et pour obéir au devoir qui tbe dit que je dois épuî' •er tous les moyens possibles pour arriver à la pacification de la République, j'ai résolu ainsi que le verra V. Ë. par le décret ci-joint, de reprendre le commandement suprême en ma qualité de président întérimaire.
'^Je le communique k V. E. pour qu'elle n'en ignore, et lui renotlvelle TasBurance de ma considération la plus distinguée.
^Diea et Loi. Mexico le 9 mai 1860.
"Signé, Félix Zuloaoa,
"A S. £. D. Miguel Miràmon, Général de division."
•» Cette lettre; que nous croyons apocryphe, aurait été, selon les rumeurs, accompagnée du décret suivant :
" Félix Zuloaga^ président irUërimaite de la uëpuhlique mexicainey à tous ses habitants savoir faisons que:
^'Conformément aux facultés que me concède le plan de Tacubaya, refdriné à ta citadelle le 11 janvier 1858, il m'a paru convenable de décréter ce qui suit :
^^ Article unique. S. E. le général de division D, Miguel Miramon cesse, dès ce jour, de remplir les fonctions attachées à sa qualité de Président substitut. En conséquence, je reprends le commandement suprême de la Bépublique.
"C'est pourquoi j'ordonne que le présent décret s'imprime, ^it'il se publie, qu'il circule et qu'on l'exécute dans sa fin et teneur.
<0)ieu et Loi. Donné A Mexico le 9 mdi 1860.
«Signé, Félix ZuftyAOA.'^
Ces deux pièces, authentiques ou non, tombèrent, comme un coup de foudre, au milieu du parti conservateur. Chacun allait par les rues exploitant la nouTcIle, qui pour, qui contre l'ancien président. Les esprits s'échauffaient et la situation risquait de devenir de moment en moment plus embarrassante, quand M. Miramon prit tout à coup la résolution d'y mettre un terme. Vers le soir, il û% dit-on, appe* ler au palais M. Zuloaga sous jHrétexte de lui remettre le pouvoir, et la nuit même, en dépit de ses cinquante printemps bien sonnés, le président intérimaire fut, ainsi que nous l'avons déj^ dit, emballé dans une diligence toute prête, sans môme lui laisser le temps de se précautionner de ses effets de nuit^ et enlevé par son substitut ni plus ni moins que si c'eut été une jeune],fiUe.
C'était comme on le voit, un rapt accompagné de toutes les circonstances aggravantes de préméditation, de violence et de guet-àpens; et ce rapt venait compliquer d'une manière tellement burlesque les difiScultés d'une situation déjà passablement tendue, que chacun l'envisagea comme un pronostic de la chute, plus ou moins éloignée, mais sûre, de l'administration réactionnaire. Les faiseurs de nouvelles la firent valoir immédiatement à leur manière, et le public au nom du qui les puissans prétendent toujours avoir la parole, et qui ne connût jamais la vérité que par les charges que fait peser sur lui le choc des ambitiodb subalternes, ce bon public fut enfin mis au fait de la dernière scène représentée au palais par la pièce suivante, dont nous n'oserions garantir l'authenticité, mais qui s'accordait trop avec les sentiments de jour, puis qu'en effet le corps diplomatique tout entier refusa de reconnaitre l'autorité laissée par Miramon au moment de son départ, pour lui refuser une place dans cette œuvre, destinée à faire connaître le parti réactionnaire, hommes et choses» à ceux qui, jusqu'à ce jour, ont pu être tromp(^s par les rapports des Ministres Européens.