DÉPART DE L'EXPÉDITION
INSTRUCTIONS DE l'aMIRAL JURIEN LAORAVIERE. — SITUATION DES FRANÇAIS DANS l'bTAT DE JALIBCO.
Les commissaires nommés par les puissances contranctantes, en vertu du l'article III de la Convention de Londres, furent au nombre de cinq et non de troisj ainsi que l'établissait l'article précité, et répar^ •tis de la manière suivante: deux pour l'Angleterre, deuT pour la France et un pour TEspagne. Mais en outre de ce que cette nomination arbitraire constituait déj^ une violation formelle des engagemens pris en commun par les trois gouvememens, cette surcharge de deux agens, dans les circonstances où l'on se trouvait, devait encore apporter une difficulté de plus pour arriver h un arrangement définitif de la question mexicaine; car il était bien difficile, pour ne pas dire impossible,
1 M. Gasset fut renvoyé à la Havane par le général Prim| immédiatement après l'arrivée de celai-ci à Véracmz, et il prétendit le jastifier en rejetant tovt les torts sur le gonvemeor général de l'île de Cube, dont il t'était coatenié d'exécuter les ordres*
qne cinq individas, investis de pouvoirs entièrement égaux, et reprë» sentant des intérêts qui étaient loin d'être homogènes, pussent se montrer constamment d'accord sur les tendances d'un acte qu'on avait eu le tort de livrer sans restriction aux chances plus ou moins heureuses de leurs interprétations individuelles* H devait logiquement arriver que chacun d'eux y lirait ce qui convenait le mieux aux intérêts qu'il était chargé de défendre, peut-être même à ses passions personnelles, et l'œuvre collective des négociateurs devait alors immanquablement trébucher, comme en effet cela est arrivé, contre le premier désaccord qui pouvait s'élever entre les cinq commissaires»
Toutefois, cette difficulté, quelle grande qu'elle fût, n'était point encore la seule qui résultât de cette étrange situation. L'acte de Londres avait établi dans son préambule que l'expédition dirigée contre le Mexique avait pour but dH exiger des autorités de la République une protection plus efficace en faveur des personnes et des propriétés des sujets anglais^ espagnols et français, ainsi que Vexécution des engagemens contractés par la dite République; et pour qu'on ne pût' pas se méprendre sur ce but, l'article III ajoutait que les commissaires nommés à cet effet pas les trois puissances, seraient investi de tous les pouvoirs nécessaires pour célébrer entre eux la répartition des sommes qu^on venait toucher en ce pays. Dès lors il est évident que les sus dites puissances, en se mettant d'accord pour combiner leurs moyens d'action, avaient principalement en vue d'obtenir un arrangement quelconque et les garanties nécessaires pour que cet arrangement fût aussi sérieux que possible; et dans ce sens il était de leur intérêt, pour ne pas dire plus, d'envoyer ici des hommes nouveaux, fermes, justes, et qui, par leurs antécédens, ne pussent point être accusés de s'être abandonnés à des idées préionçues à l'avance, contre les quelles la conscience de leurs collègues aurait à soutenir une lutto de chaque instant, de chaque minute, de chaque seconde. C'est pourtant le contraire qui est arrivé. Les gouvememens de France et d'Angleterre ont confié cette mission d'équité aux ministres qu'ils avaient antérieurement accrédités près du gouvernement mexicain, et ce choix malheureux en introduisant les passions individuelles dans une discussion qui aurait dû se maintenir dans les hautes régions où planent les intérêts généraux des parties contractantes, devait rendre tout arrangement impossible.
Ydioi les noms de oes commissaires.
Angiêterre.
HM*««« Le eontre-almiral sir Hugo Banlop.
Sir Charles Lennox Wyke, ministre «da gonrememeol Britanmque an Mexique.
Frafice.
MM* • • • Le vice-amiral Jurien de Lagravière.
A. de Salignj, miniçtre de France an Meziqne.
Espagne.
M. le général Prim, comte de Bens.
Nous aurions désiré pouvoir publier les instructions remises, au départ de la âotte, à chacuu de ces diplomates, mais nous n'avons rencontré dans les journaux que celles de l'amiral Jurien de Lagravière, «t nous les reproduisons parceque, à notre sens, les autres pièces devaient à peu de choses près, ressembler à celle-^.
Le miniaffre des affaires ëirangères à M. le eantre-amiral
Jurien de Lagravihre.
Paris, le 11 novembre 1B61.
" Monsieur Pamiral, Pempereur vous ayant appelé au commandement des forces Alitaires qui devront être employées à obtenir du Mexique le redressement de tous nos griefs, j'ai à vous &ire connaître de quelle manière vous aurez à agir pour remplir ses intentions.
" L'expédition que vous êtes chargé de diriger a pour but de contraindre le Mexique à exécuter des obligations déjà solennellement contractées et à nous donner des garanties de protection plus efficaces pour les personnes et les propriétés de nos nationaux. Les circonstances qui nous ont amenés à recourir aux mesures *de coercition pour atteindre ce double objet imposaient au même moment, à la
Grande-Bretagne et à TEepagne la Béeeaaîté de ehevelier aussi dans l'emplm des Toiefi de rigueur les satis&ottons qu'exigeaient des griefe semblables aux nôtres. Il étai^ natorel que, dans cette situation, les trois gouvememens songeassent â conibiBer leur aetioneontre le Me^ zique, et l'enteate q«i s'est facileiâent établie entre eux à ce sujet a abouti à la oooelttsion d'une CkmTention signée à Londres le 31 octobre, et dont j'ai l'honneur de tous communiqaer le texte d-j(»&t, afin ^ue TOUS poissiea tous inspirer dans Totre conduite de l'esprk de ses diverses dispositions. Les trois gouTememeas s'engagent, comme tous le Terrez^ à poursuivre en eommun et aux mêmes fins les opérations qu'il y aura lieu d'efiectoer. Vous aures donc à les eenesrter aveo les eommandaas en chef des forces que la CbandC'* Bretagne et l'JBspagne destinent à j prendre part. CTest de la coopération de ces diverses forces réunies que les trois puissances attendent le ré« aaltat qu'elles ont cru indispensable de poursuivre en commua. Biles ont en outre riservé, sans différer pour cela d'agir immédiatement, le concours éventuel des Etats-Unis, i^ qui il va être donné oonnaissanee de la Oonvention de Londres, avec invitation d'y ac- 'Céder. Il appartient & M. le ministre de la mariné de vous munir des instructions militaires que son département est seul compétent pour vous adresser; je me bornerai à vous dire que l'intention des puissances alliées est, ainsi que l'incEque la Convention du 81 octobre, que les forcée combinées procèdent h l'occupation immédiate des ports situés sur'le golfe du Mexique, après avoir simplement aommé les autorités locales de leur en &ire la remise. Les ports devront rester entra leurs mains jusqu'à solution complète des difllcultës à résoudre, et la perception des droits de douane s'y fera au nom des trois puissances, sous la surveillance des délégués installés à cet efliBt. Cette mesure aura pour résultat de nous garantir le paiement des sommes -et des' indemnités diverses qui sont des à présent ou qui pourraient être mises ultérieurement à la charge du Mexique & titre d'indemnité de guerre; la question des réclamations que chacun des gouvememens alliés aura à formuler exigeant d'ailleurs un examen tout spécial, il sera, aux termes de la Convention, institué une commission à laquelle sera tout particulièrement dévolue la tache de statuer k cet égard, comme aussi celle d'aviser au mode de règlemeiit qui sauvegardera le mieux les intérêts respectifs. Le gouvernement de B. M. B. ayant désigné eomme membre de cette commission le ministre de la reine à Mexico, sir Charles Wyke, le gouvernement de
l'Empereur fait également choix, pour y siéger en son nom, de son représentant au Mexique, M. Dubois de Saligny. Le caractère dont ces deux agens sont revêtus, non moins que la connaissance pratique qu'ils possèdent des affaires du Mexique, les appelle naturellement à prendre part ata négociations qui devront précéder le rétablissement des rapports régulier». Us devront notamment s'entendre, ainsi que le commissaire désigné par l'Espagne^ avec les commandans en chef des forces alliées pour formuler, après la prise de possession des porta du littoral, l'ensemble des conditions aux-quelles le gouvernement mexicain sera requis de donner son assentiment. Afin de vous mettre à même de suivre toutes les négociations et de signer tous les actes •t conventions à intervenir, j'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint les pleins pouvoirs en vertu desquels 3. M. vous a nommé son plénipotentiaire au même titre que M. Dubois de Saligny. Il demeure d'ailleurs bien entendu qu'une entière indépendance vous est assurée pour tout ce qui concerne les opérations militaires, les mouvemens des troupes, Fopportunité et les moyens d'occuper tels ou tels points du territoire mexicain; toutes ces questions sontspédalemait dévoluesik votre appréciation comme à votre initiative et réservées à votre seule décision.
Les forces combinées des trois puissances arrivées sur les c6te» orientales du Mexique, vous aurez, comme je l'ai dit, à réclamer la remise entre vos mains des ports de ce littoral. A la suite de cette démarche, deux alternatives peuvent se produire: ou l'on résistera h votre sommation, et alors il lie vous restera qu'à concerter sans délai avec les commandans alliés la prise de vive force de ces ports, ou bien les autorités locales renonceront à vous opposer une résistance matérielle, mais le gotévernemeni ntexiccnn se refusera à entrer en rapport avivons. Les dernières nouvelles qui me sont parve* nues du Mexique, et qui annoncent comme probable le désarmement du port de Yéracruz, semblent faire prévoir que tel pourrait être en effet le parti adopté par le président Juarez. Renouvelant une tactique déjà employée par l'un de ses prédécesseurs dans la guerre avec les Etats-Unis, il se retirerait au besoin dans l'intérieur du pays. Les puissances alliées ne sauraient se laisser tenir en échec par un pareil expédient ; elles ne pourraient pas non plus continuera occuper indéfiniment des points de la côte, si cette occupation ne devait pas leur fournir un moyen d'action direct et immédiat sur le gouver-
nement mexicain. L'intérêt de notre dignité et des conflidérstio&fl puisées dans les circonstances climatëriqaes dn littoral se rénnissent ponr exiger on résultat prompt et décisif. C'est principalement en ▼ne de cette éventualité qull est mis à Totre disposition un corps de troupes de débarquement qui, joint aux autres contingens militaires, fournira aux alliés les moyens d'étendre le cercle de leur action. Le. gouvernement de l'Empereur admet que, soit pour atteindre le gouvernement mexicain, soit pour rendre plus efficace la coercition exercée sur lui par la prise de possession de ses ports, vous puissiez TOUS trouver dans la né'cessité do combiner une marche dans l'intérieur du pays, qui conduirait, s'il le fallait, les forces alliées jusqu'à Mexico même. J'ai à peine besoin d'ajouter qu'un autre raison pour* rait vous y déterminer: ce serait la nécessité de pourvoir à la sûreté de nos nationaux, dans le cas' où elle se trouverait menacée sur un point quelconque dn territoire mexicain que l'on pourrait raisonnablement atteindre.
Les puissances alliées ne se proposent, je vous l'ai dit, aucun autre but que celui qui est indiqué dans la Convention, elles s'interdisent d'intervenir dans les affaires intérieures du pays, et notamment d^exercer aucune pression sur les volontés des populations, quant au cboix de leur gouvernement. Il est cependant certaines hypothèses qui s'imposent à notre prévoyance et que nous avons dû examiner* n pourrait arriver que la présence des forces alliées sur le territoire du Mexique déterminât la partie saine de la population, fatiguée d'anarchie, avide d'ordre et de repos, à tenter un effort pour constituer dans le pays un gpuvemement présentant les garanties de force et de stabilité qui ont manqué à tous ceux qui s'y sont succédé depuis l'éman* cipation. Les puissances alliées ont un intérêt commun et trop manifeste à voir le Mexique sortir de l'état de dissolution si^iale où îl est plongé, qui paralyse tout développement de sa prospérité, annule pour luimême et pour le reste du monde toutes les richesses dont la Providence a doté un sol privilégié, et les oblige elles-mêmes à recourir périodiquement à des expéditions dispendieuses pour rappeler à des pouvoirs éphémères et insensés les devoirs des gôuvernemens. Cet intérêt doit les engager à ne pas décourager des tentatives de la nature de celles que je viens de vous indiquer, et vous ne devriez pas leur refuser vos encouragemens et votre appui moral si, par la position des hommes qui en prendraient l'initiative et par la sympathie qu'elles
renooii&eraient dans la masse de la popakution, ellea préseiitaîmit des chances de snccës, pour l'établissement d'nn ordre de choses de natiire k assurer aux intéréls des résidens étrangers, la protectkm et les garanties qui lenr ont manqué jusqu'à présent. Le goa- Temement de FEmperenr s'en remet à votre prudenee et à votre discernement pour apprëder* de concert avec le «ommissaîre de S. M., dont les oonnaissanees acquises par son séjour an Mexique vous aer(Kit précieuses, les événemens qui pourront se développer sens vos yeux et pour déterminer la mesure dans laquelle vous pourres être appelé à y prendre part.
Signé) ThouveneKt.
Yoioi maintenant, à titre de pièce justificative, qui ne peut sous aucun prétexte être séparée de ces instructions, la Ûste des griefii de la France, adressée par le même ministre, avant le départ de la flotte^ à l'amiral commandant en chef de l'expédition.
Le ministre des affaires étrangères à M. le contre-amiral Jharien
de Lagravière.
Paris, le 11 novembre 1861.
Monsieur l'amiral, il m'a paru indispensable dé vous édifier aussi complètement que possible sur les circonstances qui ont amené le gouvernement de l'Empereur à adopter vis-à-vis du Mexique les graves résolutions que vous connaissez. J'ai, en conséquence, l'honneiur de vous adresser dans ce but la note ci-jointe contenant l'exposé de nos griefr contre ce pays.
Signé, THouvENSt.
Note sur les griefs de la France.
Novembre 1861
^Depuis quelques années, la situation de nos nationaux au Mexique ^est cruellement Teseentie non seulement de l'était de désordre db pays, mais encore de l'instabilité des gouvememenSi et d'une canti-
nnité de dîssentioiis intestines qnî a amené à diverses reprises 1» coexistence de plusieurs autorités de fait* Le respect que la France professe pour l'indépendance des autres pays lui faisait cependant une loi de ne chercher à remédier au mal que par la voie des réclamations diplomatiques, tant qu'elle pouvait espérer que celles-ci ne seraient pas complètement inefficaces, et tant qu'il lui était possible de ne voir dans les préjudices causés à ses nationaux que les conséquences momentanées et inévitables, aussi bien pour eux que pour les citoyens du Mexique, de l'état politique de cette république. C'est ainsi qu'en 1853 était intervenue une première Convention qui devait assurer le règlement des réclamations existantes à cette époque. Les mêmes faits qui en avaient nécessité la conclusion ne tardaient cepen* dant pas à se reproduire, et ouvraient, dans ks années suivantes, une série de nouvelles réclamations, pour lesquelles nos agens an Mexique se trouvaient hors d'état d'obtenir satisfaction, eu présence de l'impuissance du gouvernement central à ressaisir le pouvoir qui Ini échappait sur une grande partie du territoire pour passer aux mains de ceux qui le combattaient. Devant l'inutilité trop constatée des efforts de nos agens pour obtenir réparation des dommages de toute nature causés k leurs résidens, il parut indispensable d'envoyer, en 1858, l'amiral Penaud à la Véracruz, avec mission de demander le paiement, en premier lieu, de l'arriéré de la Convention de 1858, et ensuite des indemnités dont le cWffre était considérable, pour les français qui avaient, postérieurement à cette Convention, souffert sur différens points du Mexique d'actes de violence et de pillage provenant du fait de chefs ou d'autorités relevant du gouvernement établi à la Véracruz. Le commandant en chef de nos forces navales crut devoir agir avec une extrême modération. H s'abstint de l'emploi de toute mesure coercitive, et se contenta dei^égocier, au commencement de 1859, un arrangement destiné ft régler à nouveau, an moins en partie, la question de nos réclamations. Mais à peine Vûr mirai Penaud avait-il quitté la Véracruz, que toutes les difficultés qu'il avait dû supposer aplanies reparaissaient aussitôt.
"La coexistance a Mexico et à la Véracruz de deux gouvememens qui se contestaient mutuellement leur légitimité, et dont l'impuissance à asseoir une administration définitive était aussi grande, avait en effet pour résultat non seulement de léser a chaque instant les intérêts de nos nationaux, et souvent mémo de créer entre eux un an-
tagonisme fàchenx, mais encore de nous mettre, la plupart du temps, absolument hors d'état de les protéger.
"Les embarras d'une telle situation ne se faisaient pas sentir pour nous seuls ; les autres puissances européennes qui ont de nombreux intérêts engagés au Mexique, U Grande-BretagnS et l'Espagne no« tamment, en souffraient comme nous. Les préoccupations de même nature que cet état de choses devait par conséquent inspirer aux trois gouvememens les avaient amenés, chacun de leur côté, à penser que la reconstitution au Mexique d'un pouvoir unique et suprême, dont l'action pourrait s'exercer sur toute l'étendue du territoire, était l'unique moyen de rendre à ce pays et à tous ses habitans, nationaux ou étrangers, l'ordre et la paix que troublait si profondément une lutte sanglante dont on ne prévoyait pas le terme. Il ne pouvait entrer d'ailleurs ni dans les vues du gouvernement français, ni dans celles du gouvernement, britannique do chercher à atteindre ce but en prêtant exclusivement à l'un des deux partis un appui matériel qui lui permit d'accabler l'autre. Les deux gouvernemens furent dés lors d'accord pour penser que la seule marche qu'ils eussent à suivre, afin d'arracher le Mexique à l'anarchie qui le dévorait, consistait à interposer leur médiation amicale entre les deux partis, de manière à les amener à s'entendre librement sur les conditions d'une réorganisation forte et durable du gouvernement mexicain. Les tentatives qui, en conséquence, furent faites en ce sens à diverses reprises, en 1859 et 1860, furent malheureusement tout à fait infructueuses. Les ouvertures des agens étrangers furent repoussées, et leurs propoeitions d'accommodement déclinées, bien qu'on se fût attaché à leur enlever tout ce qui eût pu leur donner l'apparence d'une immixtion dans les affaires intérieures du pavs. Nous étions bien évidemment en droit, à partir de ce moment, d'assurer directement et de la manière que nous jugerions la plus efficace la protection de nos nationaux et de leurs intérêts, si l'on persistait à se faire de l'état politique du pays à la fois un prétexte pour les soumettre à toute espèce d'avanies et d'extorsions et un argument pour en décliner la responsabilité et la rt^paratien. Nous songions pourtant à réitérer encore une fois nos précédens efforts de conciliation, lorsqu'à la fin de l'année dernière la situation fut complètement modifiée par les événemens qui amenèrent la chute du général Miramon et l'installation à Mexico même du gouvernement que M. Juarez dirigeait à la Yéracruz.
^Les obstacles que Pétat de choses antérieur apportait au règlement de nos réclamations semblaient écartés par le triomphe définitif de Pan des deux partis en lutte. Nous étions en présence d'un gouyernement mwenti seul désormais de l'autorité souveraine au Mexique. Le moment était donc venu de demander qu'on donnât enfin satisfaction à nos trop jtstes plaintes. L'espoir qu'elles seraient écoutées parut un instant devoir se réaliser. Les hommes aux mains desquels la direction des affaires se trouvait entièrement remise semblaient Se montrer animés de diposUions conciliantes, et notre représentant à Mexico, qui n'avait pas hésité à reconnaître officiellement le nouveau gouvernement, concluait avec lui une Convention qui paraissait témoigner d'un désir sincère de résoudre avec équité toutes les dif* ficnltés pendantes. Nous nous félicitions donc d'un début qui était de nature à promettre un retour de sécurité pour nos nationaux et un meilleur avenir à nos relations avec le Mexique, lorsque le gouvernement de M. Juarez, rentrant subitement dans les plus déplorable^ erremens de l'administration mexicaine, a contraint la légation de France et celle d'Angleterre à rompre tous rapports diplomatiques avec lui.
*T[1 a proposé et fait voter par le Congrès, le 17 juillet dernier, une loi dont le premier article prononce la suppression pendant deux ans des Conventions étrangères, c'est-à-dire le délie d'obligations solennelles, annule des engagemens qui s'exécutaient, et met à néant toutes les garanties de réparation que nous avions eu tant de peine à obtenir. Le gouvernement mexicain a cherché & expliquer cette injustifiable conduite par quelques raisons sans valeur; la vérité est qu'il a voulu mettre la main sur les fonds qui étaient déjà prélevés à ce mo« ment sur les revenus des douanes pour être appliqués au paiement des Conventions étrangères. Une violation aussî^agrante d'engagemens indiscutables constatait trop manifestement son intention do né plus avoir égard à aucune notion de droit et de justice dès qu'il y verrait un obstacle à ses convoitises, pour que les représentans de là France et de l'Angleterre eussent à hésiter sur la résolution qu'ils avaient à prendre: ils ont donc rompu leurs relations. Leur attitude ne pouvait qu'être approuvée à Paris et à Londres; on le leur a par conséquent fait savoir, en leur prescrivant de quitter Mexico s'ils nVbtenaient le retrait immédiat de la loi du 17 juillet dernier et l'établissement dans les ports de la Yeracruz et de Tampico de commis-
saireB AésigaiB par leg puissanoes mtéreadées pour assurer la Femise entre leurs mains des fonds à prôleyer sur les douanes, en exécutioB des Conventions étrangères, a'nsi que celles des antres sommes deal la restitution leur serait déjà due, pes commissaires devant aToir, 6|i outre, le pouvoir de réduire les droits actueUemeat p^us à la Veraoruz et à Tampico. Comme les dispositions du gotfvernemeBl meadeain ne permettaient pas d'ailleurs de s'attendre, «t c'est ce que coa* firment les informations les plus récentes, à ce qu'il déférât â ces demandes, nous avons dû accepter la nécessité d'agir directement et énergiquement en vue d'assurer k nos nationaux la justiee et la pro* lection qui leur faisaient défaut, et l'Empereur a décidé qu'une expédition serait préparée dans ce but contre le Mexique.
^Œl ressort sufBsamment de ce qui précède que nous n'en sommes venus à cette extrémité qu'après avoir épuisé tous les moyens qui pouvaient s'offrir à nous de sauvegarder pacifiquement les intérêts dont la défense nous est confiée. Depuis longtemps le gouvernement de l'Empereur eût été justifié d'eqiplojer la force pour obtenir la justiot qu'on lui réfusait, s'il n'avait eu à cœur de pousser la modération jusqu'à son extrême limite. Il a dû résister, pour cela, à des sollicitations pressantes et réitérées, qui, en appelant i sa protection, tendaient toutes k le convaincre que les mesures de rigueur étaient indispensables pour faire comprendre au Mexique qu'il était tenu de respecter la personne et les biens des résidons étrangers. On aérait fondé à croie e, en effets que les différens partis éy sont jugés égor lement dispensés, à leur égard^ de tous méfiagemens^ de toute jusiice, et en droit de faire peser plus particulièrement sur eus les maux de toute nature résultant du bouleversement politique du pays: vols, pillages, exactions de toute espèce, dénis de justice, il n'est pas un de ces act^pi dont nos nationnaux n'aient eu à se plaindre. L'instabilité de l'administration leiir a interdit tout recours sérieux contre ces abus, qu'il 7 a surtout lieu d'imputer aux chefs qui appartiennent au parti actuellement au pouvoir. L'opinion unanime de nos agens est qu'on est persuadé, au Mexiquci de Fimpuissanee des nations étrangères à réprimer de tels méfaits, et des paroles échappées aux hommes qui sont à la tête même du gouvernement ne laissent pas de doute qu'ils sont encouragés i les commettre par la confiance qu'ils resteront impunis. Le commerce étranger, qui paie déjà la presque totalité des droits d'importation et d'exportation; qui a à sup*
porter des droits de circulation, de patente, etc., etc., qai est accablé de contributions de guerre, soumis à des impôts qui no sont que des emprunts forcés déguisés, fournit, en somme, au gouvernement mexicain les neuf dixièmes de ses ressourees. Il semble condamné ainsi i entretenir exclusivement à ses frais la guerre civile, dont il a plus que qui que ce sdlt à souffrir, puisqu'elle amène Peniière stagnation des affaires, en enlevant toute sécurité à ses opérations, en Texposant, comme cela lui est arrivé trop souvent, à voir les conduites considô* lables d'argent qu'il a l'habitude de diriger de l'intérieur sur les ports d'embarquement saisies tantôt par un parti, tantôt par l'autre. Il faut avant tout que le gouvernement mexicain ait de l'argent pour remplir le trésor public qu'une dilapidation effrénée épuise incessament; il iM recule donc devant aucune extorsion, devant aucun moyen, si violent et immoral qu'il soit, pour se procurer à chaque instant des res^ sources nouvelles.
'Tl serait impossible de faire ici la longue énumération des violencesy des sévices et des dommages infligés à nos nationaux, et Ton ne saurait apprécier le montant exact des indemnités à réclamer sous une forme ou sous une autre; mais le chiffre n'en saurait être, dans son ensemble, pour ces dernières années, au-dessous de 10 millions, sauf défalcation des paiemens déjà commencée et qui sont aujourd'hui complètement interrompus. Les violences personnelles n'ont malheu* reusement pas été pins épargnées, en outre, ft nos nationaux que les mesures injustes et. vexatoires qui les affectaient si gravement dans leurs intérêts matériels. Nombre d'entre eux se plaignent d'avoir été arbitrairement emprisonnés, ou dPavoir dû chercher leur salut dans la fuite, après le pillage et Pincendie de leurs propriétés. Nos agena eux-*mêmes n'ont pas été respectés. Notre vice-consul à Zacatecaa a été incarcéré pour s'être refusé à pajer une t#xe illégale; notre vice-oonsul à Tepic a eu à subir pour un refus pareil de si cruels trai* temens, qu'il en est mort. Nous avons, il est vrai, obtenu unç indemlûté pour sa famille; mais l'un des auteurs de ces indignes vielencest lé colonel Bojas, qui devait être destitué de ses grades et emploisi vient d'être, après un semblant de punition, réintégré dans l'armée avec un grade supérieur; dt, investi d'un commandement important, a &it sa rentrée, h la tête de ses troupes, à Tépic même, dont une partie de la population s'est enfuie à son approche, redoutant aveo
raison de heuveUes atrocités de sa part* Mp a trois ansj plusieurs
français étaient déjà assassinés dans les rues de Mexico, Dans ces derniers temps, les attaques contre eux se sont multipliées de la manière la plus inquiétante. Les tristes informations qui nous sont parvenues à ce sujet nous ont appris que sur différens points plusietirs de nos nationaux avaient été enlevés^ maltraités, rançonnés, sans que les autorités mexicaines se fussent aucunement préoccupées de leur prêter protection ou de poursuivre les coupables. Huit français ont déjà p(^ri de la sorte ou succombé aux suites de leurs blessures. Il n'est jusqu'à la personne de notre représentant à Mexico qui n'ait failli être victime d'un de ces attentats dont les étran* gers sont si fréquemment l'objet. Le gouvernement de l'empereur a donc fait preuve d'une assez grande longanimité, pour être autorisé i demander compte aujourd'hui au Mexique, autrement que par la voie inefficace des négociations, des griefe dont ses derniers actes ont comblé la mesure*
'* La Grande Bretagne et l'Espagne, qui ont aussi à demander an Mexique le redressement de leurs propres grieft, non moins nombreux, non moins graves que les nôtres, vont s'associer aux mesures de coercition que la conduite «ies autorités mexicaines a rendues nécessaires, et les forces combinées des trois puissances poursuivront de concert les opérations propres à atteindre le but qu'elles se proposent "
Le plus grave de tous ces griefs est, sans contrefit, celui qui a trait aux violences commises envers nos compatriotes, car, s'il est quelque cbose de sacré à nos yeux, c'est le respect que nous devons tous avôr pour !a vie de nos semblables; et partisan déclaré de l'abolition de la peine de mort, nous ne pensons pas qu'il soit jamais possible de compenser une seule goutte de sang versé hoi% le cas de légitime défense. Mais la responsabilité des crimes commis ne doit cependant atteindre que les véritables coupables, et nous avons prouvé, i l'occasion de l'assassinat du malheureux Lacoste, combien il était facile « l'autorité française do rendre effective une partie de cette responsabilité. M. de Thouvene*, lui-même, reconnait implicitement la vérité de tout ce que nous avons avancé jusqu'ici quand il ëcrit: Il y a trois ans, c'està-dire, durant l'administration émanée du coup d'Etat, plusieursfrançais étaient déjà assassinés dans les rues de Mexico; et plus bas: Les tristes informations qui nous sont parvenues à ce sujet (la ©w-
tiplicité des attaques contre les personnes) nous ont appris que sur différons points plusieurs de nos nationaux ont élé enlevés^ maltraités^ rançonnés^ sans que les autorités mexicaines se fussent aucunement préoccupées de leur prêter protection ou de poursuivre les coupables: ce qui, sauf bien entendu l'opinion mille fois respectable de ceux qui sont payés poar en savoir plus que nous, signifie que plusieurs de nos compatriotes ont été etilevéSy maltraités^ rançonnés^ sur des points où les bandes réactionnaires avaient momentanément établi leurs repaires, et qu'on fait aujourd'hui un crime au gouvernement constitutionnel de ne point avoir fait pendre ces bandes qui disparaissaient devant les forces envoyées à leur poursuite, comme une troupe d'oiseaux de nuit devant les rayons du soleil.
Il est vrai que plus haut il dit aussi: On serait fondé à croire, en effet, que les dtfférens partis s* y sont jugés (au Mexique) également dispensés à leur égard (c'est-à-dire à l'égard des étrangers) dé tous métiagemens et de toute justice. Le reproche, cette fois, pèse sur les deux partis qui, naguère encore, se disputaient l'empire de la Répu< blique; mais pour être juste, en ce cas, il faudrait ne s'attacher ni à l'une ni à l'autre des opinions contendantes, et si l'expédition n'a pour but, ainsi qu'on la répété tant de fois, que les garanties légitimes de la population étrangère, nous ne voyons pas comment les conservateurs dont les chefs ont fait fonctionner le pillage et l'assassinat par coupes savamment réglées chaque fois qu'ils sont arrivés au pouvoir; pourraient ofiFrir plus de sécurité aux gouvememens européens que les hommes qui n'ont peut-être péché, jusqu'à ce jour, que par^exccs d'indulgence envers leurs ennemis.
Nous aurions désiré, pour répondre dignement à la gravité des inculpations dont le gouvernement constitutionnel est l'objet en cette circonstance, avoir des renseignemens précis sur la situation que gardent nos compatriotes dans tous lès Etats de la République, mais mais nous n'avons que la liste suivante dressée par le tribunal supérieur de Guadalajara, conformément aux ordres de M. Pedro Ogazon, gouverneur de Jalisco, et nous la reproduisons en son entier afin do prouver aux plus incrédules, que dans cet Etat du moins, en dépit de la présence du fameux colonel Antonio Rojas, aucun d'eux via été obligé de chercher son salut dans la fuite, après avoir assisté à Pincendij de ses propriétés.
ETA T canienani les n&mg des eUeyens français rêsidens à Cruor dalajara et à Té]^ic^ qui furent appelés devant le irihunal suprême de Justice de VJtltat de JeUisco, pour y manifester les plaintes quHls avaient à formuler contre les autorités constitutionnelles du dit Etat,
r£sidens a gvadalajara.
1. MM. George Delonne^ a déclaré qu'il n'avait pas de plainte à
formuler.
Paul Lëautaudj idem.
Antoine Léautaud. idem.
Antoine Lacroix n'a pas fait de déclarati(m.
Gilbert Lacroix^ absent.
Alexandre Lyon^ a déclaré qu'il n'avait pas de plainte â
formuler.
Louis Ag-uerre, idem.
Gustave Aguerre^ idem.
Bamon Camhuston, absent.
Célestin Bordes^ a déclaré qu'il n'avait pas de plûute à for*
muler.
Jacques Gandoulf idem.
Emile Gandoulf idem.
Augustin Gandoulf idem.
Clément Gandoulf a déclaré qu'il n'avait point de plainte è
formuler.
Théophile Lèbe^ idem.
Antoine Wonve^ idem* Paul A ChalUf idem.
André Blanc, idem.
Ëmost Trappe, absent, Antoine Didier^ idem.
Charles Deltour, a déclaré qu*il n'avait point de plainte à
formuler Jacques Bougon, idem.
Joseph Léautaud, idem.
Jean B. Léautaud, idem.
25. MSf . Théophile Fourtol, a déclaré qu'il n'avait p^nt de plainte
à formuler.