PRISE DE VÉRACRUZ PAR LES ESPAGNOLS
Pendant qu'à Londres, les négociateurs, fidèles aux us et coutumes de la diplomatie, cherchaient le plus honnêtement du monde à se tromper mutuellement, et consumaient leur veilles à étudier les mo-
jeaB dlntrodnire dans la GonTention certains mota i double sens qui permissent, pins tard, à chacune des parties contractantes d'interprfi* ter l'œuvre commune dans le sens de ses rues particulières: à Paris, M. de Thouvenel, tout en reconnaissant qu'il n'était pas permis de fidre usage de la force pour entrer, malgré elle, dans les affaires intérieures d'une puissance indépendante et l'obliget à accepter telle ou telle f(»rme de gouvernement, établissait cependant une distinction subtile entre une interventitm qui s'imposerait par la force au Mexiqusj intervention dont il était le premier à repousser l'idée, et une excitation indirecte^ ayant pour butéPen^ager les tnexicaius à pro* fiter de la présence des troupes alliées dans leur pays, pour secouer lejong de la tyrannie qui pèse sur eux; et Lord John, convaincu par des raisons aussi solides, admettait que, dans le cas ob les populations du Mexique, &tiguées comme les grenouilles de la fiible du régime démocratique, réclameraient un roi| dut celui-ci ressembler à un SO' Uveau ou à une grue, il ne voyait pas de motif sérieux pour leur tefuser les bénéfices d'une monarchie.
Pe son côté le gouvernement espagnol, sans s'expliquer plus catégoriquement que M. de Thouvenel reprenait en sous œuvre l'idée de la royauté, et insinuait discrètement àToreille de l'ambassadeur d'Angleterre à Madrid, sir John Crampton, qt^it serait bon de profiter de Fimpression que devait immanquablement produire la présence des forces alliées sur Pesprii des populations du Mexique, pour exercer sur elles une influence morale en engageant les partis belligérans à déposer les armes et à s^entendrepour Vinstallation d?un gouvernement qui offrirait quelques garanties aux alliés et donnèrent au pays une espérance au moins de tranquilité.
De cette maniîH'e Lord Russell se trouvait élevé, par ses alliés euxmêmes, à la dignité de médiateurfmais comme il ne se décidait point assez vite au gré des impatiences intéressées; comme aussi il convenait à certaines personnes d'enrayer l'affaire dans un chemin dont elles espéraient qu'elle ne pourrait par la suite s'écarter ni à droite ni à gauche; le gouvernement espagnol, d'accord en cela avec ses alliés \ rejetait l'offre qui lui avait été fidte, au nom de son gouvernement^
1 Voir la dépéthe du ministre d'Etat espagnol, M. S. Cild^rMi GoUaates ^ au général Prin, an date du 15 ddoenlre lOSl*
par le ministre plénipotentiaire des Etate^Hnis, M. de Scliurz, d^ac* quitter, pendant un certain temps, l'intérêt des sommes dues à l'Espagne par la République mexicaine, sous prétexte que le gouvernement espagnol tf était déjà mis éPaceord ttvec les gouvememens de FYance et d^Angleterre^ pour obtenir de la dite RépubUquej au moyen d^une opér^jtion combinée^ les réparations et satisfactions qtiUs étaient en droit d'exiger pour les griefs dont ils avaient à se flcdiiébre^ et qu^en conséquence il lui était impossible d? entrer en arrangement sans avoir au préalable obtenu le concours de ses alaliés^ et se reposant désormais sur le zèle bien cozmu des autorités nbaltemes, il attendait le résultat des éTénemens qui se préparaient i la Hayane, où la flotte réunie depuis près de trois mois sous les or* dres de M. de Bubidcabay n'attendait de son côté qu'un signe de M. Serrano pour mettre à la yoile et cingler sur Yéracruz»
Cette flotte, partit en efiet le 29 novembre 1861 et atrira le S déeembre suivant dans les eaux de yéraora&.
I31e était composée:
1 ? De six frégates de guerre: Berenguelctj Blanca^ Princesay Cohcepcion et Lealtad.
2 ^ De six vapeurs de guerre: Isabel la Catôlica^ Francisco de^ AsiSf Pizarroj Blasco de Garay^ Velasco et Polonia.
t P Des transports de guerre: Le Ferroly Alba et Numéro 8.
4^ Des traniiport9 marchands à vapeur: PàjiÊrB dei Océanoy Cdrdena, Cuba, Cubana et Maisé,
5 P Des transports à voile: Santa Marîa^ Marigalante^ Sunrise et des numéros 2, 4, 6, 8 et 10.
6 ^ Enfin de Taviso Chiadalquivir, BUe avait à (Mx bord:
1 ^ En infanterie:
HOIBIBMX
1 ^ Deux bataillons da régiment du Roi, montant ensem-
Weà , 1,600
2^ Un bataillcm du régimentde Naple8...«4 .. • 800
8^ Un id. deCuba 800
4? Un id. des Ohasseura de l'Union. 800
5^ Un id. des Chassears de Baykn* 800
Tetal de l'iniSuiterie • . 4,800
2 ? En cavalerie, artillerie, ^cL
1 P Cavalerie 200
^P Génie 200
8P Artillerie 200
4 ? Etat-Major et serrice de santé • • • 200
Total des forces espagnoles de débarquement 6,600
Non compris l'artillerie de marine qui ne devùt débarquer qu'en cas de besoin.
L'amiral trouva la ville et la forteresse d'Ulûa entièrement démantelées, et en prit possession paisible le 15 au matin après avoir échangé les communications suivantes avec le gouverneur de l'Etat de Yéracruz.
CommandÈnce générale des farces navales de S. M, C aux
Antilles.
<* Monsieur le Gouverneur :
*' La longue série de griefs causés au gouvernement de S. M. C. par celui de la République mexicaine; les violences réitérées commises contre les sujets espagnols ; et l'obstination aveugle avec la quelle le gouvernement de la République s'est constamment nié à écouter les réclamations de l'Espagne, réclamations présentées cependant
V7ec la modération et la retenue qui oonviennent i une nation aussi générense, ont placé mon gouvernement dans le cas de perdre tout à fait l'espérance d'obtenir par des moyens de conciliation l'arrangement convenable des graves difficultés qui existent entre les deux pays * ,
** En conséquence, le gouvernement de S. M. s'est décidé à obtelùT une réparation complète de tant d^outrages, et m'a ordonné de commencer mes opérations par l'occupation de la place de Véracruz et de la forteresse de san Juan de Ulûa, qui resteront entre ses mains e»mme gages, jusqu'à ce que le gouvernement dé S. M. soit assuré que, dans l'avenir, la nation espagnole sera traitée avec la considération qui lui est d&e, et que les conventions célébrées entre les deux gouvernemens seront religieusement observées.
'* y. S. me communiquera par l'intermédiaire de M. le consul de France, chargé de représenter les intérêts commerciaux de l'Espagne, et dans le terme précis de 24 heures, qui commenceront à compter du moment où vous recevrez la présente sommation, si vous consentez ou non à me remettre la ville et la forteresse ; parce que, dans le cas où votre réponse serait négative, ou bien si, à l'expiration du terme ci-dessus fixé je n'avais point reçu de réponse, Y. S. pour- ^t considérer les hostilités comme commencées, car je débarqueras immédiatement les troupes qui sont à bord de l'escadre.
** Je ne dois pas non plus cacher à T. S/que bien que je fasse cette iommation au nom seul de l'Espagne, en vertu des instructions que
1 Nooi ayons vu ci- dessoi, pages :291 et 292» qu'en présence da sénat espagnol, M. Cald^ran Collantes a reconnu au contraire ^ ue, par troisjvisi le gouvernement mexicain a déclaré à celui de ('Espagne que l'expulsion de M. Pacheco était an fait dirigé exclusivement contre cet ambassadeur et non contre la nation qu'il représentait) et lui a offert de terminer par un traité les difficultés dont parle M. de Rabalcaba. Entre le ministre qui dit oui et l'amiral qui soutient non^ il y en a nécessairement un des deux qui ne dit pas la vérité. M. de Rubalcaba savait sans doute à quoi s'en tenir à cet égaid, mais il avait reçu du gouverneur gênérai Serrano l'ordre de s'emparer de Yéracruz, et pour justifier la brutalité de son agression, nous convenons qu'il n'avait pas le choix des moyens. — En pareille circonstance on fait ce qu'on peut, et non pas ce qu'on veut. Seulement il nous semble qu'il aurait pu passer sous silence UgMrotUé et la retenue tant vantées de son gouvernement.
^ai reçues, roccupation de la place et de la forteresse servira cependant également de garantie pour les droits et les réclamations que les gouvememens d'Angleterre et de France ont à introduire. contre celui du Mexique.
" n me reste à déclarer à Y. S. que les forces lispagnoles ne doiyent sous aucun prétexte intervenir dans les affaires intérieures du pays. Toutes les opinions seront respectées : les troupes ne commettront aucun acte répréhensible, et du moment où elles occuperont la place dont il s'agit, les chefs espagnols reprendront de la sûreté des personnes et des intérêts de ses habitants sans distinction de nationalité. C'est à y. S. qu'il appartient de donner aux étrangers les garanties nécessaires jusqu'à ce que cette occupation ait lieu, soit pacifiquement soit par la force.
" Si les sujets espagnols où les autres étrangers étaient poursuivis ou insultés, les forces qui composent cette expédition se trouveraient dans la dure mais imprescriptible nécessité d'user de représailles.
'^ J^ai cependant Fespérance que Y. S. quelle que soit la résolution à la quelle elle s'arrête, se conduira avec le tact qui convient i la circonstance, et que convaincue que les forces espagnoles, toujours humaines, toujours généreuses et loyales envers leurs ennemis, ne donneront pas l'exemple de violences réprouvées, même dans le cas où la guerre serait déclarée, évitera de prendre des mesures dont l'uni» que résultat serait de rendre plus difficile, si non impossible, l'arrangement des questions internationales actuellement pendantes»
" Je profite d^ette circonstance pour offrir a Y. S. l'assurance de ma considération.
<' Yapeur Isabel la CcUôlicay ancré à Anton lizardo le 14 décembre 1861.
'' Signé, Joaquin Gutierrez de Bubalcaba.
" A M. le gouverneur de l'Etat de Yéracruz."
Cette sommation était une chose prévue depxds l'arrivée de l'es-
cadre espagnole au mouillage d'Anton Lizardo ; tellement prévae que dans l'attente des événemens qui allaient se passer, le gouvernement avait ordonné à l'avance de démanteler la ville et le château, et cependant elle produisit une sensation dont il serait impossible .de se figure une idée si, pour en comprendre les motifs, on ne tenait compte en même temps^de la façon toute insolite des procédés de l'amiral espagnol.
En effet, le droit .de guerre, selon l'expression de Yatel ^ n'appartient aux nations qu'à titre de remède suprême contre l'injustice : c'est le résultat d'une malheureuse nécessité. Ce remède est si ter* rible dans ses effets ; si funeste à l'humanité entière, et même si contraire aux véritables intérêts de celui qui l'emploie, que la loi naturelle ne l'autorise que dans les cas extrêmes; c'est-à-dire, quand il est moralement et physiquement démontré que tous les autres moyens d'obtenir justice sont insuffisans. H faut, c'est toujours Yatel qui parle, pour être autorisé à en appeler à la force des armes :
1 ^ Que nous ayons un juste motif de plainte;
2 ^ Que la puissance que nous attaquons nous ait refusé toute satisfiiction légitime;
S ^ Enfin que nous considérions auparavant, avec la plus grande attention, s'il est véritablement utile à notre propre pays de soutenir notre droit par la force des armes.
n faut plus encore, comme il est possible, en dernier ressort, que la crainte d'une attaque de notre part fasse impression sur Pesprit de notre adversaire et le contraigne ainsi à s'exécuteff nous devons à l'humanité en général, et au respect que méritent la vie et la tranquilité de nos propres nationaux, de déclarer préablement à la nation que nous voulons attaquer, ou à son chef, que nous allons enfin recourir aux derniers moyens et employer la force ouverte pour la contraindre à écouter la voix de 'la raison. C'est ce qui se nomme, dans la langue du droit international déclarer la guerre. L'état de guerre doit donc être notifié préalablement à la puissance ennemie, scms quoi les en-
1 Ur.lU. Cliap.IV. «.51.
tf éprises qu'on organise contre die sont justement qualijl€es cf oe* tes de brigandages et de piraterie: et c'est ce qui arriva, en 180$, lors de la rupture de la paix d^ Amiens par les anglais K II doit £tre notifié ans neutres^ afin qu'ils puissent éviter de se mettre en oonflit avec les puissances belligérantes. Il doit être notifié aux nationaux eux-mêmes, quand ce n'est pas le pays qui déclare U guerre, afin que par ignorance ils ne compromettent ni leurs biens, ni leur liberté, ni leur vie. Enfin il est nécessaire de fixer par un acte précis le commeneemeût des hostilités, afin de fiiciliter le règlement des réclamations réciproques lorsque la paix en vue de la quelle toute guerre se soutient aura été conclue.
Cette fois^ aucune des formalités prescrites par le droit des gens n'avait été remplie. I/état de guerre avait biai lieu; mais il existait sans déclaration préalable de la part de l'Espagne, et seulmnent à la Suite d'une intimation adressée par le commandant en chef de l'escadre, Joaquin Gutierrez de Rubaloaba, au gouverneur de Yérmcru^ de lui livrer la place et la forteresse de Ulûa dans le terme de 24 heures, sous menace d'opérer, en cas de refus, le débarquement immédiat de ses troupes.
Cependant soyons francs! Une agression aussi brutale qu'inusité dans sa forme, n'était pas seulement le résultat du fameux traité Mon- Almonté en vertu du quel le gouvernement de la Péninsule, pour ne pas compromettre les avantages que lui assurait ce traité humiliant pour le Mexique, ne voulait reconnaître d'autre gouvernement du pays que celui des hommes de Tacubaya; mais des fausses idées répandues en Srurope, par les intéressés, sur la situation intérieure de la République, comme il est facile de s'en convaincre par les lignes suivantes efnpruntées au jottraal la Pairie, numéra du 22 octobre 1861.
^ L'action collective des trois puissances, disait-il dixjours avant la " signature de la Convention de Londres, aura pour objet là répara- ^ tion des outrages dont elles ont à se plaindre, et dans ce but elles ** occuperont les douanes de Tampico et de Véracruz. Mais si TE-
1 Cette ^\x Arguée le Itt ma» Idd^^ éUtfê Ift PhHtt^, l^Ati^ghrttrrto, V'Bkçtgtit et la HoUande, ne fut en réalitd qu'une trèv^e qui fournit à l'Angleterre l ' o ccaai o n de l'emparer de la pluf grande paxtie de notre BMiine marebande.
^ t€tt dF anarchie oà 9e trouve la République obligeait les trois puis- *^ sances à pénétrer jusqu^à la capitale ^ ou si, pour en terminer " avec leurs misérables tyrans et établir un gouvernement stabhj ^ les mexicains se déclaraient enfaiveur éPun protectorat européen *, ^ alors P Angleterre, la France et t Espagne contribueraient en *^ commun à layondation de cette muvre.^^
C'est-à-dire qu'à l'idée très-légitime, sans contredit, d'assurer le paiement fotur de leurs conventions célébrées avec le gonremement de la République, se mêlait déji dans l'esprit des puissances contractantes Pidée de convoquer le peuple mexicain afin d'imposer, sous la pression de leurs bayonnettes, leur protectorat d'abord; puis de changer, si les circonstances le permettaient, ce protectorat en monarchie, à la tête de la quelle on aurait placé l'archiduc Mazimilien d'Au*triche.
Ces espérances liberticides maintenues avec soin par les évéques et quelques réactionnaires mexicains qui se trouvaient à l'étranger, étaient partagées par les anciens chefs du parti clérico-militaire de l'intérieur; et pour qu'il ne reste aucun doute à cet égard, il nous suffira de citer quelques phrases de la correspondance trouvée dans la maison d'un de leurs coryphées,^ le sieur Mufioz-Ledo.
Dans ces lettres cyniques, écrites par Ahnonté au sus -dit Muf!oz- Ledo, les conspirateurs supputaient entre eux, cinq mois avant l'attaque de Yéracruz, le nombre de jours qui restaient encore à vivre k la malheureuse République; et en parlant d'un voyage que l'ex-ambassadenr Pacheco, de triste mémoire, se disposait à fSûre à Madrid, le premier de ces personnages s'exprimait ainsi: ■§
^' M. Pacheca partira d'ici le 2 du mois prochain (août) pour Ma- •* drid. Vous pouvez être certain qu'il y va muni de bons renseigne- " mens, surtout bien disposé à travailler énergiqùement au sénat. En ^ octobre, les Certes se réuniront et alors Troie (c'est-nà-dire Mexico) '^ sera en feu."
1 On ne devait donc pas pônîtiretteiit pénftirar à riatérieur da pays.
2 II n'était dane point ancora ^aaaftîaa bo» plus da nanaichia.
Dans une antre lettre, datée du 27 juillet, Âlmonté revenait sur cette idée de l'intervention espagnole et disait:
'' Je vois avec plaisir que la situation du parti qui domine aujour- '' d'hui au Mexique empire de jour en jour, et je ne crois pas qu'il lui " soit possible de se maintenir encore plus de deux ou trois mois \ " Qu'arrivera-t-il après? — Dieu seul le sait.
" J'ai reçu d'un de mes amis, membre des Certes, la lettre que je << vous adresse ci-joint Je pense comme lui: avant la fin de l'année, " t Espagne aura pris des mesures énergiques contre la faction " qui domine en ce moment au Mexique ^ P
Voilà certainement, il serait difficile de le nier, des preuves dé* monstratives de la bonne harmonie, si nous ne disons de la trahison d'une partie des conservateurs, et de leur entente cordiale avec les ennemis étemels de l'indépendance du Mexique. Si même ces derniers, encouragés par les Almonté et les Estrada è l'étranger ; par les Mufioz Ledo et les Bobles à l'intérieur, on pu songer un instant qu'ils pourraient imposer la loi à la République et la faire passer sous le joug de ce fameux traité dont le honte appartient toute entière à ceux qui l'on signé, il faut avouer que loin de les désillusionner à cet égard la réponse du gouverneur de Yéracruz à l'intimation de l'amiral espagnol était au contraire de nature à augmenter, s'il était possible encore, l'orgueil des envahisseurs, et à leur persuader que dans leur lutte contre la République, ils n'auraient comme César dans la guer* re contre Phamace, qu'à se présenter pour vaincre. Autant cette sommation était arrogante, dure, nous dirons même insultante, autant la réponse de M. de La Llave était froide, raisonnée, tranquille. Il se contentait de repousser les allégations erronées dont le gouvernement de la péninsule, sur la foi de ses complices, faisait autant de crimes à celui de la République, en lui donnant comme preuve la
1 II y a plus d'an an que cette lettre a été écrite, et le futur dictateur Almonté n'a encore recueilli que la honte, qui s'attache au nom de tous lea traîtres,
2 Au mois de décembre 1861, c'est-à-dire au moment même de l'attaque de Téracruz par l'amiral Rubalcaba, on faisait circuler à Mexico un manifeste de Zaloaga dans le quel on disait que les espagnols venaient rétahUr la rdigion profanée par îei libéraux^ remédier atuc maux causée par Padmimstration de M. Juaret et venger le$ outrages commis etwers les étrangers.
— sisprotection constante dont les espagnols eux-mêmes n'avaient cessé d'être entourés, en dépit de l'excitation causée par la nouvelle de l'attaque projetée par l'Espagne contre le Mexique ; et sans faiblesse comme sans fanfaronnade, il terminait en lui déclarant que, pour se conformer aux ordres du gouvernement suprême, il allait abandonner la ville dans la quelle il ne laisserait que l'ayuntamiento et la force de police nécessaire à la protection des habitants paisibles de la cité.
'^ J'ai reçu la note de Y. S., qui m'a été remise, le 14 à 1 heure de l'après midi par vos commissaires. Après en avoir pris connaissance j'en ai adressé copie au général en chef de l'armée d'Orient pour sa gouverne, et l'ai transmise par un courier à toute vitese au premier magistrat de la nation.
^ y. S. a résolu, passé un délai de 24 heures, d'attaquer la place et la forterese d'Ulûa. Si vous en effectuez lk)Ccupation dans les termes que vous énoncez, c'est-à-dire en vertu d'une mission qui se borne, dites-vous, à la conserver à titre de gage {prenda pretoria\ je me transporterai avec mon gouvernement sur un point situé à proximité de cette place, tant pour veiller au maintien de l'ordre que pour transmettre à V. S. la réponse du gouvernement fédéral dont je dépends.
** La recommandation que vous me faites relativement aux égards dûs aux étrangers peut être considérée par V. S. comme superflue. Les personnes de nationalité étrangère sont tellement respectées et jouissent de tels avantages que V. S. peut avoir l'assurance que la situation du citoyen mexicain est désavantageuse, comparée à celle de l'étranger. Gomme preuve de cote assertion*Je peux citer le témoignage des étrangers honorables qui vivent parmi nous ; et surtout la conduite suivie par les mexicains dans les circonstances critiques du moment.
'^ La nouvelle de la guerre portée par l'Espagne sur le territoire mexicain circulait depuis plusieurs jours parmi nous ; cependant, malgré 'cela, malgré l'excitation produite par les faits injurieux contenus dans quelques journaux de la Péninsule, les espagnols ont été respectés, et non seulement ils n'ont pas été maltraités mais ils n'ont pas reçu la plus légère insulte.
Des personnea malintentioimées, peuir4tre mêo^e des mesioams dénaturés auront fourni des renseignemens malveillaiiB aux gouvei^ nemenfi européens ; mais la vérité est telle que je viens de le dédar' rer, et le moment viendra où vous la eonstateres par vous-même»
'' Quelque soit le sort de ces places, je dois &ire sftvoir à Y. S. que par ordre du gouvernement fédéral je laisse PS. Ayuniamiento av^ee une force de police et quelques étrangers neutres, lesquels se sont ar« mes à ma demande, dans le seul but de mainteidr Fordre jusqu'au dernier moment
*^ Le louable objet des forces dont je viens de parler se réduisant h ce que j'ai dit, j'espère que vos sentiments d'honneur et la discipline de vos troupes seront une garantie du respect et des égards dûs, tant à la sus dite corporation qu'aux forces sus-mentionnées,
" Dans cette circonstance je dois également déclarer à Y. S. combien je regrette que des nations qui, par leur origine, leur identité, leur communauté de langue et de mœurs, devaient rester unies et en relations d'étroite amitié, se voient aujourd'hui^ pour des motifs que je trouve sans fondemfsnt, à la veille de se faire la guerre et de se jeter dans une lutte dont il est impossible de prévoir le terme.
" Je profite de cette occasion pour donner à Y. S. l'assurance de ma considération.
^^ liberté et Informe. Yéracmz, le 14 Décembre 1861.
" Signé, Ignacio de la Llave.
" A M. le commandant général des forces de S. M. 0, aux Antilles ^tc."
La place iut, en eflet, immédiatement évaeuée, non seulemoit par les troupes mexicaines mais par la population elle-même ; et quand les espagnols débarquèrent sur cette plage encore frémissante au seul souvenir de leurs pères, il ne restait dans la ville que les malheureux dont le patriotisme avait été cette fois vaincu par ja pauvreté.
lies coiMula étrangers firent, dit-on, débarquer quelques marins anglus et français pour le maintien de l'ordre, et le 17, le commandant des forces espagnoles, Gasset j Mercader, pris possession de la place en affichant la disposition suivante :
** Emmanuel €f(is9et y Mercader^ Grand Croix de V ordre royal et distingué de Chyles III et de P ordre américain dC Isabelle la Catholique ; commandeur de Vordre de la Couronne de Chêne des Pays-Bctë ; chevalier de première dctsse des ordres royaux et militaires de Saint Ferdinand, de Saint HermenegUde et de plusieurs autres décorations gagnées à la guerre ; Bien Méritant de la patrie ; Maréchal de camp et com/mandant en Aef des forces espagnoles au Mexique :
'* Ayant assumé, dans les circonstances spéciales où se ^uyc le pays, le commandement suprême tant au point de vue politique qu'au pMnt de vue militaire, et bien déddé h punir avec toute la sévérité des lois militaires tous ceux qui, de quelque manière que se soit, troubleraient l'ordre public, la sécurité personnelle ou les propriétés des habitans pacifiques, j'û décrété ce qui suit :
" Art IV Cette viUe et les autres points occupés par les troupes espagnoles, son déclarés et état de siège.
'' Art. 2.* n est établi une commission militaire chargée de connaître de tous les délits qui pourraient être commis tant par les habitants que par l'armée.
'' Art. 8.* Les fautes légères et les simples <Mits seront punis gouvemementalement.
" Art 4.* Tout mdividu qui aura en sa possession des armes à feu, de quelle que nature qu'dles soient, devra ks déposer, dans le terme précis de vingt quatre heures à compter de la publication du présent bando, entre les mains du gouverneur de cette place. •
Véracmz,
*' Signé, Emkanuel Gasset."
Le sort en était jeté ! Les espagnols avaient commencé la guerre, non seulement en violant, ainsi que nous l'avons démontré ci-dessus, toutes les prescriptions du droit international sur la matière, mais ce que est pis, sans même respecter la Convention sur la quelle reposaient leurs espérances d'invasion ; et il paraissait désormais impossible que les commissaires de France et d'Angleterre, instruits de ce qui venait de se passer, consentissent à abriter sous l'honneur de leur propre pays, la perfidie d'un gouvernement que se disait le représentant de la générosité même dans ce qu'elle avait de plus chevaleresque.
O^est en vain que pour expliquer plus tard ce manque de foi, M. Xavier de Tsturitz prétendra que l'ordre expédié, par le voie de New- York, au gouverneur de Cuba, pour suspendre l'expédition, n'est parvenu dans cette ite que vers le milieu de décembre h il paraisait disons-nous, impossible que les commissaires alliés consentissent à partager la responsabilité de l'acte commis, en cette circonstance, par le gouvernement espagnol; et si nous voulions récriminer à notre tour nous pourrions demander à ce gouvernement qui parle à chaque instant de sa générosité.
Ir S'il est bien sûr de n'avoir jamais rien eu à se reprocher dans sa conduite envers une République qu'il considère toujours comme une proie qui lui est échappée, et dont il voudrait s'emparer de nouveau, à quelque prix que ce fut ?
2.* Si ses représentans dont la conduite est réglée à l'avance par des ordres secrets, toujours identiques quand au fond, n'ont pas constamment joué au Mexique un rôle qui donne le démenti le plus formel à cette générosité dont l'Amiral Bubalcaba se plaisait tant à faire parade dans sa note du 14 décembre dernier '.
8.* Si le Cabinet de Madrid n'a pas toujours prêté ostensiblement son appui au parti clérical, dans l'espérance sans doute de pou-
1 Dépèche de M. Istaritz au comte Russell, en date da 18 janvier 1862.
2 Nous n'exemptons pas même de ce reproche le général Prim ; et nous nous engageons à établir plus tard que si^ au lieu d'une monarchie autrichienne il eut été question d'une monarchie de race espagnole, la conduite du général aurait été toute différente de ce quelle a été.
voir, avec son concours, réussir à s'emparer de nouveau de son ancienne colonie?
4.« En un mot, si la guerre civile qui désole la République depuis si longtemps n'a pas été entretenue avec l'argent de quelques espagnols dont il serait bien facile de livrer les noms à la vindicte publique; et maintenue dans l'intérieur par d'autres espagnols tels que les deux Cobos, José Marf a et Marceline, AcévcU, Oagen^ Ferez Gomez^ Lindoro Cctgigas, Ibarguren- et tant d'autres qu'il serait trop long de nommer.
Mais ces faits s'imposent seuls par la logique de leur toute puissance: ils n'ont besoin d'aucune preuve et nous tenons, pour le moment, à nous maintenir de la manière la plus stricte dans la situation &ite au Mexique par la convention signée à Londres le 81 octobre de l'année dernière, entre les gouvernemens d'Angleterre, d'Espagne et de France, pour obtenir, disaient les plénipotentiares qui signèrent cet acte, la réparation due aux griefs dont ces trois nations avaient à se plaindre.
Le premier paragraphe de l'article If de cette Convention porte qu'immédiatement après la signature de l'acte dont il était question, les puissances intervenantes s^engageaient à faire les préparatifs nécessaires pour envoyer sur les côtes du Mexique une expédition combinée^ militaire et navale ; et le troisième paragraphe ajoute que: toutes les mesures devaient être prises au nom des puissances contractantes, sans qu'il fut nécessaire de spécifier la nationalité d^^ forces qui seraient chargées de telle ou teUe opération militaire. ^
D'où l'on devrait conclure à première vue que les gouvernemens d'Angleterre et de France doivent partager avec l'Espagne la responsabilité de l'attaque de Yéracruz exécutée sans déclaration de guerre.
Mais en examinant de plus près l'acte dont nous nous occupons la question change immédiatement d'aspect. Le premier paragraphe de l'article IV dit, en effet, q^ie Von communiquera une copie de la Convention dont U sfagit au gouvernement des Etats- Unis en Finvi-
— siston/ à s'unir aux alliés ; et le second, qae uouB copions tout entier ajoute les paroles suivantes sur les quelles nous appuyons prindpalement, en appelant sur elles l'attention sérieuse et réfléchie de nos lecteurs.
Toutefois^ comme un retard quelconque dansVacoomplissemeni des stipulations qui font P objet des articles I et II de la présente Convention^ pourrait compromettre le succès de PexpécUtion^ les hautes parties contractantes déclarent qu^elles continueront leurs préparatifs, et que malgré le désir qu^ elles ont d'obtenir VaccessUm du gouvernement des Etats- Unis, ce désir cependant ne fera pas retarder le commencement des opérations plus de tems que celui qui est nécessaire pour réunir les forces combinées dans les eaux de Véracruz.
Cette Convention a été signée à Londres le 81 octobre 1861j et d'après les stipulations contenues dans l'article Y, les ratifications devaient en être échangées, dans le terme précis de quinze jourSi c'est-à-dire le 15 novembre suivant.
Donc, tant que ces ratifications n'avaient point été échangées, le traité devait être considéré comme s'il n'existait pas, car dans l'i^orance où se trouvaient les parties contractantes sur le sort de ces ratifications, aucune d'elles ne pouvait, en vertu des conditions menr tionnées dans le troisième paragraphe de l'article 1 V , compromettre par* ses actes isolés l'adhésion jusque là réservée de ses alliées»
Bien plus, même après l'échange des ratifications, les trois puis* sauces, en proposant au gouvernement des Etats-Unis d'accéder à la Convention et de s'unir à elles s'étaient par le même acte interdit à elles-mêmes une^btervention quelconque, nous ne dirons pas avant d'avoir reçu la réponse du cabinet de Washington, mtds avant la réunion des farces alliées dans les eaux de Véracruz, terme fixé d'un commun accord au gouvernement des Etats-Unis pour £Biireoo&naitre ses intentions.
Dès lors l'amiral espagnol en fiiisant sommaticMi au gouverneur de cette ville de lui livrer la place et le château d'Ulûa avant la réunion des forces combinées de France, d'Angleterre et d'Espagne, se rendait pour le moins coupabk d'une ia&ulte grave envers le goaveme-
ment des Etats-Unis, et les gonvenieinens d'Angleterre et de France ne ponyaient, sons aucun prétexte, accepter la responsabilité d'une insulte que le cabinet de Washington n'aurait pas sans doute laissée inaperçue, si son action n'eut été empêchée par le guerre civile allumée dans son propre pays.
Ayant de sortir de la Havane, l'Amiral Rubalcaba connaissait ou ne connaissait pas les stipulations contenues dans la Convention du 31 octobre.
S'il ne les <$onBaissait pas, il ne pouvait, en s'emparant de Yéracnu en vertu de l'article 1 f de cette Convention, agir simultanément au nom de la France, de l'Angleterre et de lEspagne.
S'il les connaissait au contraire, et ïnalgré les dénégations de M. Isturitz nous pensons qu'il devait les connaître, il jetait, ainsi que nous l'avons dis plus haut, une insulte des plus graves à la face du goniTeniement des Etats^-Unis, et les commissaires de France et d'Angleterre ne pouvaient, sans rendre leurs gouvernemens complices de oette insulte, accepter la responsabilité d'un acte entièrement espagnol et directement en opposition avec les engageniens pris par les puissances intervenantes.
Dans l'un et l'autre cas la responsabilité de cette attaque appartenait à l'Espagne seule, dont le représentant au nom de la générosité ri vantée par lui de son pays, commençait ses opérations par une perfidie dont le but était^ sans doute, de précipiter les alliés dans les ha- Murdi d'une aventore, dont sa patrie, grâce aux intelligences qu'elle avnit avec les réactionnaires de l'intérieur, devait seule recueillir plus tard les avantages. ^
Kous pensons, en conséquence, que l'Amiral Rubalcaba et son digne émule le général Gasset, se rendirent alors coupable d'un véritable acte de piraterie; et nous avons lieu de croire que les commandans anglais et français des frégates la Foudre et le Jason^ mouillées toutes deux à Sacrificios, partageaient, à cet égard, notre manière de Toîr, oar ils déclinèrent Pun et l'autre la proposition qui leur fut adreeiée de réunir leurs forces à celles de l'Espagne, afin de s'emparer en ispmmun de ce gage, et répondirent, qu'en l'absence d'ordres formelâf
ils ne pouvaient assumer sur eux la responsabilité d'im acte qui devait nécessairement entraîner une guerre entre la République et leurs propres gouvememens. Nous pourrions même, ci nous le voulions, justifier l'opinion que nous venon^ d'émettre à l'occasion de la prise de Yéracruz, en invoquant la destitution du général (xasset ^ et les déclarations rétrospectives de cet officier; mais nouii croyons en avoir dit assez pour faire connaître toute l'iniquité de cette étrange manière de faire la guerre, et pour ne pas perdre le fil des événemens nous allons revenir à la Convention, et raconter les œuvres de la diplomatie au fur et à mesure de leur entrée dans le domsdne des fiûts.