‹ Le Mexique (volume 2)Chapitre 10 sur 17 · DOCUMENT N- V · texte numérisé non relu

DOCUMENT N- V

aEPaÉSENTATIOIl ADRESSEE AU SUPaÊME GONGllÈS GENERAL.

De Soto la Marina, 17 juillet i8i4>

C*est avec la plus grande émotion que je viens d'apprendre que ce corps souverain m'a proscrit , déclaré hors la loi , et a publié un décret à cet effet. Une si terrible résolution, dictée par l'autorité la plus respectable de la Nation , dont le caractère doit se distinguer par des égards les plus scrupuleux de justice et de prudence , m'a porté à examiner attentivement ma conduite pour connaître quels sont les crimes atroces dont j'ai pu me rendre coupable, et qui jus.tifient une mesure si

cmelle dbe la part des Représenians d'une Nation qui a tant da droits à être Ûère de sa ciécaence.

. Je me demandais si mon crime était d'avoir ooapu et exécuté le plan d'I gaula, et d'avoir formé une armée dont les victoires ont élevré la Nation de l'état d'esclavage à 4?elui de souveraineté; s'il consistait en ce que j'avais établi le système constitutionnel dans le Mexique; que j'avais convoqué un Gon** grès pour donner des lois, telles que la volonté et le bonheur du pays le demandaient ; »'il consistait dans le refus formel, deux fois répété, qu'on me proclamât monarque, en 1B21, ou peut-être dans l'acceptation de la Couronne, quand H m'était «lésormais impossible de la refuser, ayant fait ce grand sacrifice pour délivrer mon pays, que cet événement seul a certain* nement soustrait ù l'anarchie destructive qui le menaçait; s'il consistait eh ce que je me suis constamment obstiné ù ne pas iaoeordèr d'emplois à mes parens les plus proches, et les ai eaooaséqueace empêchés d'accumuler des richesses ; s'il eon** siaCait en ce que j'ai conservé la représentation nationale , au moyen d'une assemblée- constituante , dissolvant un Gongrèsy ({ul> pendant neuf mois, n'avait rien fait pour la Constitution, pour Ifarmée, pour lés financés, et dont -tons les actes tondaient, ou directement çku indirectement, à nous précîfMler daofi un état d'anarchie , pour noust remettre sous le j:ougdp la tyrannie Espagnole ; s'il consistait en ce que je contpeearrai les mesures et trompai. les vues de cette législature, qui, dès ie moment mênoe de son organisation, avait juré de maintenir séparés les trois pouvoirs constituant la Nation, et les annula deipuis en totalité, dépassant ainsi les J;M)rnes de l'autorité dont elle était investie, violant les sermens les plus solennels, et se Kenidant indigne de la confiance publique; ce qui, plilè tard,.defint manifeste ù toute laNatiooj» dépouillée, après mdn départ, de tous les pouvoirs d^iit elfe avail été originale r^ement revêtue ; ou en ce que )e convoquai encorè'un Gonr*

gréa pour «xtîrper Tanarchie» ai nneiifiçaiite pirair iiolfte pajs^ laissant ainsi, à mon départ , un p^îot central d'union, quoi-» que datts la certitude que cette Assemblée me nuirait de tous ses moyessy j reconnaissant ( il me pèse de le dire ) un esprit de parti, d'Immoralité et de bassesse ; s'il coimstait en ce q«e le dépesai un sceptre que farais été forcé d'accepter^ et pou- Tais Qonsenrer, quand ce désir de la Natton me fut intimé par dcttx ou trois JOéputès de Province et quelques soldais; on en ce que ^e me jetai avec confiance entre les mains de ceux qui m'avaient déjà trabi, quand j'étais suprême Magistrat de la Nation, exposant ma ¥te sous le couteau de gens qm, naguère, y avaient lâcbement attenté, préférant ainsi toutes sortes de sacrifices , de dangers^ d'humUfations^ ii l^dée qu'une seule goutte de sang national pût être fersée pour ma défense ; ou s'il consistait en ee que je renonçai k toutes dignités , ricbes^ ses, famille, amiS| etc., pour évitef une guerre intestine, qui eût offert de grands avantages à la âictîon Boorbonique, teo* dante alors, comme aujouird^luii, à ne«is diviser, afin de nous diarger de nouvelies chaînes ; s^il consistait en ce que je sus abandonner mon père, vénérable sous tous ks rapports, daii|S l'indigence, et partir, dénué mei«'méo|e de tout, avec -ma femme et buit en&ns, me livrant à mon sort malbeiireuK, qui me transportait à plus de deui( mille lieues loin de mes Péonates ; ou, pendant que j'avais tout le trésor natioiial à ma 41sposition, je ne m'appropriai pas même cette somme que la Nation elie-pmême m'avait assignée, aimant mienx aggraver mes propres besoins, pour la voir employée à alléger le fardeau et mon pays, à payer les appcuintemen^ de ceux noènies ^ui «e cessaient de me cal<»Bnier. Que n'ai^jo pas fait pour ma Patrie? J'ai déjoiié toutes les trames de la 9iainte**AUiaace, pour me mettre en état de voler au secours des Meticains ; je lue suis empressé dUufotiikieF de tout le souveraiii Co^lgrès, pourlui démontrer la pureté de mes intentions, et la francbise

<lemoi'{>rQoédéft:; pour énitèr dlnfluenoer qui qiie ce noh eti' ma faveur^ je me su» abstenu d'écrire , même à mes paren» leaplus proches 9. à mes amis les plus intimes* l'ai franchement aToué auCoBgEës lues pensées, ma dérotîon, mon désir de coopéra d'une manière quelconque à la défense de mon pays, oubliant le passé, et me consacrant tout^entîer à biî dtils Tarenir ; me dévouant d'avance à cette forme de GouTerasment que la Nation eroîraît lui être plus convenable ; je suis yenu lui offrir armes et argent , tout ce qui serait nécessaite pour sa défense); oà sont-ils donc) ces crimes qui amraîepi pu nie mériter une si cruelle punition ? Après nn exa men serupuleuz, je ne saurais y trouver d'autres causes que la nnscblaiaeté de mes eâoemis , que le désir de satisfaire les v«ttx €0«p&bles des^nnenùs de mon pays. Si vous en aVez à' m'imputer^remlkz mêles oommjnniquèr, pour que je puisse cm^sîper- l'erreur oa combattre la calomnie. Consultant ma' ceaacvBaoe, certes fe ne sauipis m'en reprocher; je n'y trouver qi9i0 le plus ardient désir d'être utile à ma Patrie, d'autre ambi^ tion (pie C€Ufl'.de aà gkiiie et de^ son indépeqdance. . Xes Nations civîlîlwes,toat le monde en général, et les gsè« aéraiEleAsItttuceft demeureront étQnnées de ce décret ; et }epriê* le SiMiverakn Congrès cpœ, pour votre propre honneur> et plus pour celtei de la grakide Nation que vous représentez, vous vt^itiUes relire àltentmmeiit, et soumettre à lapins scrupu*^ kusa appréciation la repiésentartion que }e rocs ai envoyée de Londres, eniiate du i3 février, et celle du 8 du courant, afin que vea délibérations repoàent sur cette prudence et circon*^ spestinD que demandent leS' circonstances ; je réclame de tous el de chaedik dés Députés, qo^s veuillent consulter leth' eeeur duns leurs dâleminatioas', et juger impartialement ; quéf ohabml se t>éiièlfê qufélant dans cette ciroonstanôe seid juge et aettl:godjrerBe«r,ildoit9 en délibémnt stif ma conduite, témrcoDBpte destèoips bien difficiles où Je me sais toujours

trouvé, plutôt que de. se laisser influencer par des Siiggè^ tiûns de cœurs ou pervers ou pusillanimes 9 qui^ ou inclinent à penser tout le mal des autres , ou s'épouyantent* au seul aspect de leur ombre. Je désire que le Congrès prenne en considération la partqueje peux avoir au bonlieur du pays comme point de réunion et d'aHiance de tous les cœurs , comme un moy-en apte d'assoupir tontes les dissensions , sans. quoi il est presque impossible de nous sauver des dangers imminens qui nous menacent* > • . * ' .

Il est hors de doute , que la France a envoya cent cinquante mille hommes en Espagne, et loi a fourni des. sommes immenses 9 dans le seul but d'y écraser le système ;constitu* tionnel. Que ne fera-t-elle pas la nême Nation , maintenant qu'elle est parfaitement d'aeoord avec la ^Sainte- Alliance contre l;out ce qui est libérai? que ne fem-^-^elle' contre les nouvelles républiques d'Amérique,. afin. de n^ns' réduire de nonveau en colonies, sons le joug d^nos anciens maîtres^ yo^os alléguant.le .vain prétexte de«onserver ces droits de légitt* mité , fondement prétendii de leurs dynasties oooirae de leur d<ispotisme? Votre souverain Congrès n'oubliera pas, sans doute, que les Cortès d'Espagne, prédsémént parce qm^elle» ont négligé de prendre, les mesures nécessaires chez eux, se fiant, imprudemment à des assonances trompeuses' de puissances étrangères , ont laissé précipiter tout l'édifice de la Liberté, de l'Indépendance de la Nation* On sait. tout œ «{ui en est résulté.' La même destinée attend le Meiâquê^si ceux qui sont appelés à le défendre suivent le même système. Enfin , )eprîe le souverain Congrès de vouloir me considérer, mm comme un ennemi ^ mais coinine .un. fils le j^us aifieotionné de ma Patrie > de croife que je retourne poar donner une preuTe de ma fidélité, démon attachement.Patriotique, dans iede^ sein û-tfkvAv^r la plus imp/ortantede toulèS'Useombinaisons : i'miité de senliment .pamii le peuplé, -dont l'affectioii à ma

personne est, j^en suis sûr, en raison de 97 à 3. C'est sous l'influence de toutes ces considérations, que je suis venu, promptement et ouvertement, sans aucune préparation hostile, fermement déterminé de megouvèhier par les plus strie-» tes principes de rectitude. Et si, vraiment j mon sang est né** cessaire pour arroser l'arbre de la Liberté et de la Paix démon pays, avec quel plaisir, avec quelle gloire le répandtai-je, sur le champ de bataille comme ailleurs , le mêlant , mais sans Id confondre, avec celui des ennemis de la Nation ! La ruine de mon pays, et mon déshonneur, sont les deux choses auxquelles j'ai juré de ne point survivre.

A ce point de ma repigpsentâtiôn, s^est présenté chek mol Fadjudant Gastillô ; et, quand je m'y attendais le moins 9 il m'a annoncé de la part du Général de la Garza, ma sentence de mort , me déclarant qu'elle doit avoir son exécution à trois heures de l'après-midi. J'en étais séparé par un quart«d'heure.. . Dieu puissant!... Comment pourrais-je exprimer les senti-

mens qui pèsent sur mon cœur? Je vois mon pays prêt à

devenir la victiiîie des divisions intestines, la proie de ses ennemis irréconciliables, les Espagnols !. Des mains Américaines ont rédigé ma sentence de mort, et des mains Américaines sont prêtes à l'exécuter. On me condamne, sans que l'aie eu connaissance du décret lancé contre moi ; car ce décret est du a8 avril , et mon départ de PAngleteite eut lieu le 1 1 mai suivant ; et je n'ai touché à aucun port avant d'arriver au Soto de la Marina^ on va exécuter la sentence et je n'ai pas été entendu dans mes défenses; et, ce qui est pis encore, on ne m'accorde pas même assez de temps pour mourir en bon chrétien; ayant six enfans à l'Étranger, et deux, un de sept ansetl'dutre de quatre, encore à bord du brick, avec leur mère infortunée, qui en porte un neuvième dans son sein. Je vois... mais à quoi bon perdre du temps par de tristes observations ? Je continuerai à vous occuper de la partie principale de cette

représeiitfitio.n : la p^rte d'une yie qui s'est si souTent eiqfiosée pour son pays 9 pour le salut et le bouheur de nies cojqcitojeas. Je n'ai Jamais deinandé, et ne d^nuudde pas d^ l'épargner; )e réclame seulement quelques jours, peadaqt le»^ quels je puisse me mettre en paix arec mon Dieu, ma con-* science, malheureusemeni;, n'étant pas aussi nette dans ma y re privée , quc^ pour tout ce qui concerne ma rie publique , pou? que je puisse laisser tbutes les instructions nécessaires pour ma femme et mes enfans^ Je prie qu'on Touille épargner la cruelle destinée qu'on me prépare^ à mondi^ne ami, Charles Beneski, plus innocent, s'il est possible, que moi-même; qui ne m'a suivi que sous l'influence de l'amitié qui nous lie , et dans la certitude de mes intentions ; résolu, convie iDoi> d'offrir encore ses services à la Nation qui nous condaouie» Le Général de la Garza, ne doutant pas de la justice de mes représentations, et voyant que je mie suis présenté moi-même devant lui, de la meilleure foi du monde, sanshomi^es, sans fusil, ni d'autres démonstrations hostiles, et dans une proyince où j'ai le moins d'amis ; voyant ma résolution sincère d'obéir au suprême Congrès général, s'il accepte mes services, ou de partir sur-le-champ pour l'Étranger, s'il les refuse , a pris sur lui de suspendre l'exécution de cette terrible sentence, et part avec moi ce soir pour Padilia afin de me consigner an

Congrès de la» Taumnlipa^,

Augustin de Iturbide.

Page 1