‹ Le Mexique (volume 2)Chapitre 5 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

( 274 ) et de paroles que le Jésuitisme a combinés pour asservir de nouveau les deux mondes; deTautre, la sagesse de la Logique et de TEvangile.

Pour moi, si j'étais juge, je condamnerais l'Évéque à l'hôpital des fous. — Mais , U me souvient que Brutus aussi faisait le fou, et qu'il opéra une des plus grandes révolutions que l'histoire nous ait transmises.

Les journaux font un grand tapage à l'égard de l'emprunt anglais que le Gouvernement s'est trouvé dans la nécessité de faire : l'un dit : < Malheureuse Amérique! A peine s'est-elle soiistraite au joug d*une tyrannie qu'elle tombe sous le jodg d'une autre!» Mais ce n'est [pas là l'affaire d'un pèlerin ; passons outre. Il faut nous remettre en chemin.

Je laisse Mexico et ses aimables habitans^ non avec indifférence, quoique je m'achemine vers l'Est: le point sacré des Anciens, qu'ils considéraient comme le foyer de la ' lumière et des consolations. Hélas ! Il n'offre à moi que l'aspect des malheurs de mon pays; des souvenirs amers; un présent qui recule, et un avenir ténébreux, moins flatteur que menaçant. Mais j'y possède votre amitié — Je pars avec plaisir. .

D'un caractère irrésistiblement indépendant, je n'aime ni à contrarier ni à l'être ; il me plait d'aller, de m'arrêter et de voir sans gêner et sans qu'on me gêne. La volonté d'un seul, si elle émane d'une âme ferme et résolue, franchit les obstacles , surmonte les dangers et va loin ; un homme seul ne donne

aucun ombrage , et avec son fuaU « son hame^ çon, etc. , il trouve partout à vivre. PluBieul*» volontés, au contraire, ne fût-ce même . que deux, quoique bien combinées, sa croisent, se heurtent, échouent ou s'arrêtent ; et les besoin^^ la disette, le découragement, la jalousie, pu les craintes des peuples qu'on rencontre, font souvent reculer le nombre. C'est le premier moyen qui seul a pu me pousser au milieu de hordes des plus féroces sau* vages, et me ménager, en les mpntrant à la gépgrar phie, la découverte des sources du Missiçsipi, et l'aspect de tout son cours immense ; c'est par le second qu'ont manqué de succès |ous Jes efforts des expéditions nombreuses qui avaient tenté aviint moi cette entreprise. Yoilà pourquoi j'ai aussi,, dans le Mexique, toujours voyagé seul et fort de ma propre volonté.

Mais je n ai pu me refuser à la compagnie d'un ami, de Mexico jusqu'à Puebla; un ami qui avait la bonté de regarder la mienne conime un soulagement à ses malheurs^ et qui me fournissait souvent l'occasion de faire écho aux accens de s on admiration pour yos sublimes qualités. Devinez quel ami, Comtesse! l'infortuné Prince, Fignatelli Cerchiara ; 4e ces^ Pignatelli , dont la reQQi|imée remonte l'illustre famille aux siècles les plus historiques du mediève ; le personnage , que nous avons vu lieutenant-général, gouverneur de Naples, ambassadfiM 9 et commandant une des divisions que 1 iu«

lirai, l'iiliprlid^nt Murât, associa aux Anglais let tiu\ Autrichiens pour cettibattre son bienfaiteur et 601% maitxe; "un^ de ces divisions qui coirtribuèrent à plonger l'Italie dans Tesclayage où elle se retrouve, fet ouvrirent ensuite au traître lui-même la

catastrophe et le tombeau de Pizzo.

Pignatelfi, jetë par les changemens politiques, et par des tracasseries domestiques , dans lé vague d'une vie ambulante et sans dessein , sa destinée le porta dans le Wouveau-Monde. Il croyait trouver à Philadelphie, -clans Joseph Bonaparte, une consoriation à ses inalheurs, une récompense de ce qu'il «venait lui dévouer, mais il ne vit en lui qu^un de se^ ancvens Rois ; et vèiis savez que les Roi^ , en général , ne se piquent pas trop , ni de générosit-é , ni de reconnaissance;

Toujours poursuivi par le besoin , qui redouble les privatiotis pour celui qui n'a jamais connu que la prospérité et fa -grandeur, il tourna la prOue vers THespérie dé l'Amérique ; vers le Mexique: le ï)orado, Tiappeau de tous ^les hommets , oii avides , ou déSe&péres.

11 arma à Mexico, que le cotË>te Luc^ié^i était Picoré en ichemih pour s'y rendre'. Son n^m ilhistre l'accompagnaÉit , et ce nom est le mltoie , et de la même famille que cdui de l'hérîtiérdu Marquis sado det Vûlle.

l^ous savez iqu' André Pign^èBi , colossalement ri(jhe, et piiiissant Ministre, sous les pr^mfiers Bouf-

boiiA de Naples, fit de ses domaines quatre ina)o* XdLtA , en faveux: de ses quatre en&ns ; de là les Pignatelli, ducs de Monteleone; les Pignatelli, princes de Strongoli ; Içs Pignatelli ^ princes de Cerchiora, et les Pignatelli, princes.»., je ne me rappelle plus de quelle ville ou province.

Il vit cet immense héritage de Cortès entre les mams de toutes sortes de harpyes et, de Cacu&; il se crut autorisé . par sa parenté avec Monteleone ^ à s'en mêler. Cependant Luchesi arrive ; don Lucas Allaman, qui avait déjà les arrière - pensées que, dans la lettre précédente^ nous lui avons vu aocomr plir, lui peint Pignatelli comme un Usurpateur des droits et des pouvoirs que le Duc héritier avait fondés en lui seul^ Luchesi ; et sème des sentimens de discorde et d'animo^ité entre deux personnfiges, entre deux compatriotes , qui se devaient réciprp* quement tous les égards possibles,, dignes^ d'u«i mutuel respect sous tous les rapports. Un trihmial (ou Allaman) interdit Pignatelli , et Luchesi (ou AUaoïan) exclut entièrement le Prince malheur reux , le parent de Monteleone, de tout emploi , de toiite participation à cette Cocagne, où s'étaient en^ grais^s, et s'engraissaient encore, tant de fripons étrangers à la Êimille, qu'on aurait pu chasser, comme indignes de toute commisération.

Dons toute cette affaire, le comte Luchesi , environné eit surpris par une caterve d'iutrigans puis-

( ^78) sans , n'est coupable que de faiblesse, et de certain manque de générosité ; on ne peut reprocher à Pignatelli que quelque imprudence ; et sa situation malheureuse , ses relations de parenté avec Monter leone sont des excuses. Allaman en est le Séjan, le Tartufe et le triomphateur.

Après le départ de Luchesi , cet homme , jaloux jusque de la présence de Pignatelli , lui a de même fermé tout accès à quelque emploi qu'il ait sollicité auprès du Gouvernement ; c'est ce qui Ta forcé de partir pour Oaxaja , où le Général Bonilla Fa appelé , en ami ou en protecteur.

J'ai dû m'occuper un instant de cette affaire, malgré ma répugnance prononcée pojur tout commérage , et surtout pour les chik^chaks privés. Les Protées l'ont représentée d'une manière calomnieuse . tantôt contre Pignatelli , tantôt contre Luchesi , selon la couleur que leurs fins leur conseillaient ; et je devais à deux amis distingués l'empressement de dévoiler les ressorts trompeurs qui animèrent leur rivalité , et surprirent leur dignité et leurs sentîmens généreux ; il m'importait de dis* sîper les fâcheuses préventions que la méchaoceté se serait étudiée à répandre contre l'un ou l'autre, au delà de l'Atlantique. Au reste , devant vous parler de Pignatelli et de son infortune , il fallait bien vous initier aux nouvelles causes qui ont empiré sa 3ituc(tîon, ne fût-ce que pour exciter en sa faveur et

( ^79 ) la sympathie dès amis , et celle de ses parens , qui semblent assez indifférens à son sort malheureux. — Mais poursuivons.

Dans les temps du Vieux Mexico , en sortant die* la yUle du côté de TEst , on marchait dans l'eau : if n'y avait point de calzadas^ de digues , qui |oigiii*sent cette Capitale à la terre ferme, comme au Sud, à l'Ouest et au Nord ; maintenant c'est sur ui^ digue magnifique qu'on parcourt les quatre pre-^ miers milles de la route de Puebla : de la porte de Saint-Lazare jusqu'à lo$ Reyes.

Le Vice-Roi Yelasco la fit construire , après l'inondation qu'éprouva Mexico, en i555; dans le but; d'abord , d'empêcher l'irruption des eaux du lao do Ghalco sur celui de Tescuco.

Cet ouvrage souffrit beaucoup dans une autre inondation, en i58o; et il feOut, en i6ô4, le réUsiblir totalement. La Capitale ne fut pas^ moius inondée, en 1607; ce qui fit voir l'inutilité de tcHiteé ces calzadasj et penser sérieusement aux moyens de la préserver de ces fléaux destructeurs. €e fut alors que fut conçu le projet du fameux Desague, que nous avons vu. Construite sur le modèle de celles des anciens Indiens , cette digue est d'un passage agréable, entre des myriades d'oiseaux aquatiques de toute espèce; elle offre comme un phénomène éton^ nant , dans la diversité surprenante des eaux qu'elli? par tage r douces , sur sa droite, celles du* lac de Chalco; salées, sur sa gauche , ceHes du Tescuco.^

Des collinui pyraitlidales ^ qui s'âèv^it à l'EsW Sud-Est joiasquent une grande partie des beaux pa-» rages que baignent les eaux du Çhalcçk On ne se rdssasie point de voir tous ce&lx qui s'étendent à rEjStrNord-Est sur les bords du Tescuco. Le. to^t^ domisaé par le Grand Volcan et d'autres montagnes qiû r^ivironnent ^ forme un tableau des plus yariéa et des plus imposans que la Nature offre et a Far^ tiste et a,ux âmes senstt>les.

On peut reposer ses yeux et son imagination^ pendant qu'on traverse le pays nu aujourd'hui et toujours assc^z stérile des anciens Tepanacas, jusqu'à ce qu'on commence à monter le passage ro^ niantiqite , qui ^ ^parant le Grand Volcan , au Sud^ des montagnes Matlatcueyes ^ au Nord, conduit I9 VQ}^eur ^ tantôt sur la crête des rochers escarpés , tantôt 4aâs des valloné profonds; ici, sur le bord de riantes prairies > là , à travers des bois épais , ou le sapin et le cyprès couvrent d'un deu|l touchant, éternel i le Ciel et la Terre.

Ârrétez-v-ou^ d'abord sur un petit promontoire au-Klessus de Iti^V enta (ou mauvaise auberge) de Cordpvli. L'âme apathique des habitans ne vou» {indiquera |)a$ , msûs la vôtre saura bien le trouver. I^ là VQUs doQiMierez toute la vallée de Chalco, une grande partie de celle de Mexico, dont les dôtf^es et ks dochers semblent des points imperceptibles '^ qui Scperdent contre le bord Oriental des montagne^ de Toluca. Derrière, sur la gauche , le

( *6> ) Yolca0« . . . mais voyez-le? par vous-même, ces gran^' des perspective», cette réunion de choses sublimes que vous ménagent la Nature et TOptique.

De sombres sinuosités, que le soleil ne pénètre jamaîs , forment le sommet de ce passage. Arrêtezvous dans celle qu'on appelle le Piano ; tourne^- YO^s au Sud, et, les yeux élevés, vous serez étonnée de voir le Volcan rivaliser encore avec les Gieux , quoique vous soyez déjà peut-être à plus de deux mille pieds au-dessus de la vallée de Mexico, qui est elle-même, d'après M. de Humboldt, â deux mille deux cent soixante-dix-sept mètres au^essus du niveau de la men

De là on descend pour cinq milles environ jusqu'à Rio'FriOf ainsi nommé d'un ruisseau d'une eau toujours très-froide : il est même dangereux d'en bbire un peu échauffé. Là vient aboutir un des points historiques les phis importans de la Conquête; et dont l'intérêt se rehausse encore par le silence de tous les écrivains qui semblent ne l'avoir pas remarqué. Pour l'expliquer, il faut revenir un instant sur l'histoire de la Conquête.

Quand Cortès se fut ménagé l'amitié des Tlascalthecas , il résolut de marcher droit sur Mexico. Le chemin qui conduit directement de Tlascala à Mexico , traverse les montagnes de Tlascala, de l'Est à l'Ouest, va aboutir entre Tescuco et Otumba, et pa^se sur la catzada > ou digue , que je vous ai mon-^ tr|é$ de.SaU'^hristobâl. C'est le chemin que Cortès

Toulait tenir , et que lui indiquaient les ambassadeurs de Moctezuma, chargés déjà de l'inviter. Mais le Renard Castillan, se doutant de quelque piège, de quelque embûche, prétexta que ses soldats, n'aimant qu'à surmonter des difficultés et à bvaver des dangers , n'allaient jamais par des grands chemins; qu'ils choisissaient ceux presque inaccessibles à tout autre, et il prit un chemin sauvage, longeant les revers Orientaux des montagnes Matlalcueyes , qui, de Tlascala^ conduisent du Nord au Sud au grand Volcan , et alla aboutir précisément au Rio- Frio. Ge fut là qu'il reçut aussi une députation de Cholultecas , et qu'il obtempéra à leurs instances de se rendre à Gholula , où nous verrons tout à l'heure la catastrophe qui l'y attendait et dont il sut triompher.

On descend , pendant 1 8 milles environ , de Rio- Frio à Saint-Martin , toujours sur un plan doucement incliné , à travers un pays varié. Saint-Martin est sis au milieu d'une vaste plaine , très-riche en toutes sortes de denrées, et les montagnes qui le surmontent lui donnent de l'eau en abondance pour une irrigation utile. C'est un village qui montre partout de l'aisance. Il faut en excepter le Meson , l'un des plus misérables et des plus sales , un cloaque ; mais on ne l'appelle pas moins la Sainie^Trinitèi Je frémis toutes les fois que j'entends prostituer ainsi les noms et les choses les plus sacrés ! Comment alors distinguer les églises? Tout est ainsi profané dans

le Mexique, ou par l'aveugle superstition des uns ^ ou par l'intérêt sordide des autres.

A moitié chemin, de Saint-Martin à PueUa, je laissai Pignatelli, qui voyageait en voiture, et pris, avec un guide , une route de traverse qui mène à Cholula , à quatre ou cinq milles au Sud du grand chemin. Son grand Theocalli se montrait de loin à mes yeux, et je ne pus résister.

*En traversant cette campagne ^ on trouve , dans un endroit tout solitaire, deuxgrandes buttes isolées, formées par des blocs en pierres entassés , dont la masse cyclopéenne étonne. Tout porte à croire qu'on a dû les transporter jusque du bord du revers Oriental du grand Volcan , qui se manifeste là , à la distance de 1 2 à 1 5 milles, sous une forme pyramidale^ de la plus sublime majesté. C'était un beau jour : on le voyait tout entier. Un seul petit nuage, que quelque savant croit être de hi fumée ^ mais qui, à mon avis , n'est qu'une petite vapeur d'attraction , couvrait sa crête altière, et, comme un lien de conjonction céleste, l'unissait au firmament. Ces deux buttes étaient certainement le commencement ou les ruines de deux Theocalli.

Les Tulthecas, je vous l'ai dit, émigrèrent les premiers du Nord, dans l'Anahuac, s'établirent à Tula , et , affligés par la peste et d'autres calamités , furent ou dispersés ou anéantis. On prétend qu'une partie des premiers vinrent fonder la ville de Cholula, et bâtirent le grand Theocalli, qui y

( a64) existe encpre^ le consacr^uit à leur Dieu Quetzalr^ coalt.

Cette gfande masse, qu'on ne saurait appeler' un bâtiment^ est une colline artificielle, élevée en forme pyramidale, ayant à sa Base, carrée, plus d'un mille de circonférence ; elle est formée de grandes mottes de terre, coupées en forme de grandes briques ; et Ton voit encore quelque part les interstices qui les séparent* Il parait qu elle était composée de quatre étages rentrans , un de moins cfu'au grand Theocalli de Mexico; mais ils devaient êti^ bien plus larges , et la masse bien plus grande* U parait même que ce monument de la Religion de Cholulthecas, était encore loin d'être achevé. On y monte maintenant par une rampe inclinée cou-*pant les étages , et tournant à zigzag. Peut-être est--ce la même que Fancienne; du moins on n^ voit les traces d'aucune autre.

Sur le plateau de la pyramide, on a élevé une église à Notre-Dame-de-los-Remedios , dont le prêtre desservant doit être de race pure Indienne. Cette église occupe probablement la place où figuraient autrefois les deux Sancta Sanctormriyl^^àeiix foyers du feu saa'é, et l'autel des grands sacrifices. Elle y occupe la place que ^ comme j'ai dé)à observé, aurait dû occuper la Cathédrale de Mexico Bur le Grand Tlieocalti. Elle y règne majestueusement , quoique petit et chétif bâtiment.

Un écrivain a dit que cette p5Framide était creuse.

Il paratt que non : on >& sefcdem^it tiaHvé quelque petit cadeau, peut-^tre mortuaire, du côté du ^k)rd•, où des Barberini m ont ooupé une partie pour y ffayer le chemiu qui , de Cliolula eouduit â Puebla. ie ne vous raconterai riai de plus de cette aiâi^uité, tous renvoy&nt à ce qu'en. dit M. de Humboldt; après lui ce serait audace que de youioir approfondir ce sujet. Je me bornerai seulement à remarquer que , perché sur le haut du docher , je me suis vu pour un instant le dominateur d'une des parties du monde les plus extraordinaires.

Cholula , au temps de la Conquête , était une Tille des plus considérables de l'Anabude , en puis^ sance temporelle , et la première en puissance spirituelle : c'était la Palestine , la Rome , la Meca de l'Anahuac , l'endroit où tous les peuples de ces vastes régions se rendaient en pélerinag>e pour visiter les Lieux Saints ; où les Dieux etles préIres i»saisît plus de mk'aoles qu'ailleurs , et dictaient les plus pures doctrines de la foi. Et, chose singvilièrev tous ces peuples regardaient les Cholulthecas , tiomme dans le Yieux-Monde on •regaf'de les Palesfins , les Romains et -ceux de la Meca , des hamme9 de Stmctuaïres , des marchands d'indulgences , des Pharisiens avides et simoniaques. Autre rappro«cfaement non moins bizarre de cette Ville Sainte avec les nôtres : elle regorgeait de pauvres , d'escrocs et de filous , tandis qu'on n'en trouvait pas dans toutes les au.tFes vittes du Mexique. Ce grand

sanctuaire était donc le sanctuaire universel des différens peuples du Mexique; comme d'autres sanctuaires le sont ailleurs pour d'autres peuples. On a beau dire , d'un bout à l'autre des mondes , toutes les religions se rencontrent plus ou moins analogues, quand elles reposent sur l'imposture et l'intérêt.

 Cholula , outre le grand temple, il y avait, diton, autant de petits temples que de jours dans l'année. Certes , cela seul annonce une yille aussi grande que sainte. On voit, encore par quelque endroit que la tradition des Indiens vous indique^ qu'dle s'étendait bien loin sur la vaste plaine qui l'environne.

Cholula étsdt une espèce de République qui, avec tant de prêtres et de sanctuaires , devait être bien aristocratique , ou plutôt oligarchico-théocratico-aristocratique.

On dit que la foi punique y régnait plus que partout ailleurs dans le Mexique , et que ce fut sous sa devise qu'ils invitèrent Cortès à recevoir leur dé^ voûment d'amitié et d*obéissance au Grand Rai de las Castillas. Sans Dona Marina, et une autre femme qui lui apprit le grand secret , Cortès était pris au piège, et perdu avec tous ses invulnérables; tant il est vrai que les complots des prêtres sont les plus formidables ; et ils ne ménagent ni les peuples ni les rois.

Cortès ne perdit pas de. temps : renforcé des

( 38? ) Tlascalthecas,.qui le suivaient en graiïd nombre, il fondit d'abord sur les prêitres et les Seigneurs, et brûla, avec les temples, tous ceux qui s'y étaient réfugiés. Que le Ciel et. la sagesse de nos Rois nous délivrent du malheur de si terribles réactions ! En contraignant les peuples à s'insurger contre leurs usurpations et leur tyrannie , les ennemis de l'Humanité, sous Je voile de la Religion, portent de bien fâcheuses atteintes au Catholicisme ; et ceux qui les favorisent, dans Fespoir d'un appui , oublient peut - être qu'avec eux on ne va jamais qu'à leur suite, et souvent à sa propre perte.

On dit que Moctezuma trempait dans cette conspiration; aussi. Certes, à son départ de Cholula, pour continuer sa route, au lieu du chemin ordinaire qui de Rio-Frio mène à Mexico (celui que nous avons fait en venant ), en prit41 un autre sur la droite, à travers les Cordillières Matlalcueyes, afin d'éviter de nouvelles embûches. Il alla aboutir à Tescuco; là, il se dirigea vers le Sud, passa par Chalco, et rentra dans la grande Capitale de l'Anahuac,. par la Calzada de Iztapalapan, la Calzada Méridionale.

Ce grand détour, à travers des obstacles que les Mexicains croyaient insurmontables, et la leçon qu'il donna aux Cholulthecas, ne contribuèrent pas peu à rehausser à leurs yeux sa Divinité et celle de ses aventuriers, et à faciliter son entrée dans Mexico. — Enfin, Cholula l'ancienne fut une des

trois Républiques qui apposèrent une invincible résistance contre les Rois de Mexico. Les deux autpeé étaient Tkscala et Huetxoçingo.

Cbolula moderne est enéore un grand village, très-riant, dont les rues sont spacieuses et coupées au cordeau. Autour sont beaucoup de jardins potagers, dont les haies de Maguey forment des petits carreaux, qui, vus du sommet de mon clocher, offrent un assemblage très-étendu de parterres bizarres.

Le couvent de Saint-François est un des plus anciens du Mexique. On voit par sa structure qu'il a été fondé au milieu du sang et de la disc(»*de : il a Tair d'une forteresse, tenable même contre des armes que n'avaient pas les Indiens. J'y ai trouvé une curiosité : un petit registre des premiers baptè* mes et des mariages que les moines de la Conquête y célébrèrent sur leurs premiers néophytes. Le bap-» tême est représenté par une tête avec le nom chrétien du Catéchumène; le mariage, par deux tètes, mâle et femelle, qui se regardent, et on y inscrit les noms Chrétiens et Indiens des deux époux. Ils sont sur un papyrus différent de ceux que nous avons déjà vus ; je ne sache à queUe espèce végé^ taie il appartient. J'ai pu l'obtenir, moyennant une elemâsina pour une messe; mais les messes scmt chères au Mexique : avec l'argent que cette messe me coûte, je pourrais en faire dire cinquante en Italie. Continuons notre chemin, et joignons Pi-* gnatelli, qui nous attend à Puebla.

Il m'avait fait préparer un bon sôilper chez un de ces Créoles courtois et hospitaliers^ qu'on trouve assez souvent au Mexique : chez D. José Garcia^ Fun des plus riches et des plus honnêtes ptirticuliefi de la ville.

Puebla est peut-être la seule ville du Mexique qui soit née entièrement Espagnole; toutei^ les autres ont été rebâties sur lés ruines de villes ou de villages Indiens.

Quand la Conquête fut en quelque sorte assurée, la mer vomissait tous les jours sur les côtes de l'Airahuac des batelées dé Loups affatnés^ qui venaient é(;hanger la morgue et la foi Espagnoles avec Tor et la liberté de ces infortunés Indiens. La ville de MeXicd en regorgeait et n'avait plus la <>apacîié ni physique ni morale de le^ contenir. On avisa de fixer une colonicf où ces harpyes deviendraient moins voraces en se rassasiant un peu des fruits de la terre. Le site de l'actuelle Puéblâ fut bien choisi, réunissant tout ce dont la nature peut cou* roniier l'industrie : et les premières exploitations du terrain répondirent prodigieusement à l'essai : la terre, comme celle d'Isaac, rendait le cent pour un; les sourées d'une eau cristalline fournissaient une boisson salubre, et les puisi^eaux découlant du Volcan, de los nevados, etc., fertilisaient les champs d'une irrigation nîtréuse, imprégnée de sucs végé^ taux. Le coton et le fil de Magney y abondaient sans le secours de l'agriculture, de mêiiGie que tous les

T. If* 19

( ^9« ) fruits du pay$ ; ce climat céjeste, le pays riant, doré par un soleil rayonnant d'une splendeur nouvelle, et sa situation, presque mitoyenne entre Mexico et YQra-Cruz, étaient autant de prophètes de sa prospérité future. Le plan de la ville fut tracé sous les auspices de la bénédiction du Frère Toribio MotilinÎA 9 ce moine, homme de grand mérite, que nous avons déjà vu Tun des premiers Conquistadores,

Elle ne fut d'abord qu'une petite réunion de huttes bâties en chaume ; plus tard des murailles en pisé , et enfin des bâtimens en pierres en ont fait une des plus belles villes du Mexique , disputant maintenant à Guadalaxara la primatie , après Mexico, Elle est la ville la plus commerçante de FAnahuac , si Ton excepte Mexico, Saint -Louis- Potosi, Vera-Gruz, et les autres entrepôts noiaritimes qui s'ouvrent maintenant sur le Golfe.

Comme Mexico , elle est presque toute sacrée ; )e veux dire qu'elle appartient, les trois quarts, aux prêtres, aux moines, aux religieuses, aux Congrégations , etc» , ainsi que les terres de la Province. C'est encore une grande* ressource pour le trésor national.

Les couvens et les églises y sont sup^bes. Voyez Saint-DcMuinique , Saint-Augustin, Saint-François. Dans cette %Use, cm. vénère une image de la Yierge, sous le nom de la Conquistadora; c'est la profaner de la manière la plus imprudente : ce serait assez pour inspirer de la h^ne 5 au lieu de Ta-

( ^9» ) doration , si les Indiens pouvaient exercer leurs fa-* cultes intellectuelles, indépendamment de la vo- Icmté des moines. Il est cruel (disent quelques-uns) de voir faire offrande à la Conquistador a du peu que les Conquistadores n'ont pas pu nous arracher !

Aux Carmes , on voit quatre beaux tableaux de Morillo; il y en avait huit; mais un de ces distributeurs de belles promesses de liberté, et d! incendies, qui ont aussi tant de fois bouleversé la pauvre Italie, vint, pendant la Révolution, flatter ces peuples de la protection de son Cabinet, en convoita quatre , et sans doute les meilleurs ; et on n'a plus rien su, ni de lui , ni de son Cabinet, ni des tableaux.

La Cathédrale est, de même que celle de Mexico, un des plus beaux temples du Monde, et surtout un des plus riches. Le grand autel a coûté presque un demi -million de piastres, et tout est du pays ; les mari)res et la main d'œuvre, Tor et l'argent, qui y dominent avec élégance, quoique avec profusion ; deux choses qui rarement s'accordent ensemble. Si Saint-Pierre, à Rome, n'avait pas sa confession^ il envierait cet autel à la Cathédrale de Puebla ; mais la Cathédrale de Puebla ne lui envie pas sa confession; car on sait ici, comme ailleurs, qu'elle a coûté, comme les Palais du Népotisme, la destruction des plus beaux monumens de l'Antiquité.

La façade et les deux tours , avec tout l'intérieur de ee grand édifice offrent un ensemble architecto-

nique , auquel on est bien loin de s'attendre quand on débarque des deux mers sur les plages misérables du Mexique. Chose étonnante! partout ailleurs , c'est dans les plaines et près de la mer qu'est réuni ce qu'il y a de grand dans le pays; ici on le rencontre sur les plus hautes montagnes et dans les terres les plus reculées. Un bon climat est le premier des bienfaits de la Nature , et Tune des principales influences sur l'industrie et les beaux-arts. Témoin notre pauvre Italie , où le génie renaît toujours de ses propres cendres, malgré les efforts* qu'une politique anguicrinite et le vandalisme le plus barbare emploient sans cesse pour l'éteindre ou l'avilir.

Puisque nous sommes sur l'article églises, n'oubliez pas , si vous venez dans ces pays , d'aller offrir vos prières à Notre-Dame-de-Loreto , située sur le sommet de la colline qui domine la ville au Nord. La promenade qui vous y conduit et la vue que l'endroit vous offre donneront de la ferveur et en même temps du prix à votre dévotion.

Puebla est la Capitale de l'État fédéral du même nom; elle pourrait l'être d'un empire, comme Mexico, Guadalaxara et YaUadolid , la Capitale du Mechouacan , tant elle brille de beaux édifices , de belles places ; tant elle regorge de richesses territoriales , et se distingue par des établissemens d'utilité publique.

Elle vient d'ouvrir une grande école gratuite où la

( 290 ) jeunesse trouve une éducation complète, depuis les premiers rudimens de renseignement mutuel, jusqu'à la latinité, les mathématiques et la philosophie. Toute la jeunesse étant dirigée par le zèle vraiment patriotique, et, en conséquence, purement religieux, du Révérend /)• Antonio Maria de la Rosa , éclairée par ses lumières profondes , et encouragée par sa douceur et ses manières, les plus attrayantes , elle n'a besoin que de bonne volonté et de docilité pour bien réussir.

Cet homme distingué a réuni dans le même local , qui est vaste et bien distribué , une Académie de beaux-arts , également gratuite. C'est une nouvelle magie philanthropique, qui, mettant les jeunes gens en contact du beau et du sublime, agace leur émulation , leur ambition de passer de l'instruction de première nécessité à celle du crayon , du pinceau , du burin , du ciseau , etc. ; de se montrer dignes d'entrer dans le temple délie tre arti sorelle.

Cette institution est fille du génie et de l'âme bien née de ce vénérable ecclésiastique , et , au noble exemple de sa générosité , tous les citoyens notables, le Congrès lui-même, dont il est le Président , se sont empressés de venir au secours de son projet. Elle prospère , et sera un jour un monument illustre de son illustre fondateur.

Je voyais dans les Églises et dans les maisons particulières de beaux tableaux , de belles sculptures en bois, et l'on me disait qu'ils appartenaient à des

ciseaux, à des pinceaux Créoles; je regrettais de n avoir pas le loisir de m en occuper pour me ménager un petit aperçu historique des arts et des artistes de cette ville distinguée. Mais ce Révérend Père du peuple et des Étrangers, aussi aimablo qu'instruit, voulut lui-même venir à mon aide, et, dans peu de pages, me donna tout ce que je désirais connaître* C est une pièce pleine de grâce , d'élégance, d'éloquence , d'une critique à la fois profonde et impartiale ; son style modeste , tranquille et coulant , fait aimer la langue Espagnole. C'est un morceau précieux que je serais fâché de perdre, et que je garderai toujours avec orgueil , comme un gage de bonté de cet illustre personnage : je vous en envoie une copie très-fidèle *. C'est de tous mes envois, y compris même mes lettres, le seul, qui, à mes yeux, me mérite vos remercimens.

Yoilà , Comtesse, un prêtre comme il en faudrait beaucoup ! Et ne croyez pas qu'il ait trempé, comme tant d'autres prêtres et moines, ses sentimens libéraux à l'enclume du Fanatisme et des réactions! Non , Comtesse , ses mains de paix n'ont jamais été souillées par les armes de la guerre ; il ne s'est jamais éloigné des devoirs du sacerdoce ; en préchant le bien qu'il fait, et en faisant le bien qu'il prêche, il a mieux servi son pays que ces prêtres et moines poussés par l'Irréligion où l'Ambition à jeter le bré-

* Vuyez-la ii la fin du volume sous 1« n® ic.

( 295 ) Tiaire pour l'épée. TotijourB modéré sans cesser un moment d'être bon Patriote , il a été élevé aux premières dignités de TÉtat , parce que l'Église le chérit, que le Public Tadmire, et que tous les hommes de bien apprécient ses talens et ses hautes qualités du cœur,

L'État dePuebla, quoique nouyeau comme tous les autres , et plus environné d'obstacles de toutes sortes, est déjà fort avancé dans ses institutions administratives y judiciaires et économiques.

Aucun État de la Confédération n'a été plus agité par les convulsions politiques. C'était le foyer principal de toutes les intrigues , de toutes les conspirations des Espagnols contre-révolutionnaires, et le théâtre des réactions qui les suivirent. Des chefs de factions, sous des prétextes spécieux de défense» livraient le pays à toutes les horreurs de passions avides et parricides.

Récemment encore , un certain VicetUe Gotnês > qui , pendant la révolution , a figuré , tantôt en patriote , tantôt en séditieux , tantôt en traître , et toujours en monstre , parcourait la province , à la tête d'une horde de brigaùds, simulant une révolte contre le Gouvernement , prétendant lui faire la loi et le forcer à chasser tous lès Espagnols ; et, sous ce prétexte, couvrait le pays d'assassinats et de racines ^ pour s'emparer de tous les convoîà de Vera-Cruz a Mexico, et vice versa ^ et assouvir les passions les plus brutales et les plus sanguinaires. Maintenant

(^96) il. s'est retiré, après une amnistie honteuse; mais des restes de sa bande , et lui-même peut-être , infestent encore ce3 contréçs et les grands chemins. Pour vous donner la plus exacte idée de cet homme et de l'état où il avait réduit le pays, )'ai transcrit un passage d'un manifeste du Président du Con«grès, le Révérend de la Rosa. C'est un fragment digne de son éloquence subliiue et de son âme gé*néreuse. «Sin otras luces ( Gomez ) que una ciega inclinacion a los vicios mas dégradantes, fortificada por el exercicio constante de ellos ; sin otro titulo , que su antojo, y sin otro motivo, que el desanfreno de su furor, osa intimar a la cara patria que renunce à la po^ession de- sus libertades, y que se abeze y se encorve de nuevo bajo el yugo que gloriosamente quebrantô. Estrçmo increibile de temeridad ! Loco arrojo que las voces no bastan a esplicar en lo que incluye de absurde , como la indigna-rcion no alcanza a persegqir con la vehemencià debida a lo quç tiene de perfide ! — Pretender que la ilustracion céda su puesto al capricho de un rudo salvage ! Intentas que desaparezca^ nuestras sabiaa instituoiones , fruto de los costosos sacrificios de tantos anos, nada mas que porque a si place a un ruin y l^^civo satyre , a un ferez y despiadado ci<r plope !

» Vengad, o pueblos , el oprobrio conque os des*honra el soez tirano que aspira a.incadenaros; re» peled çon noble fi(ereza el vilipendio con quç trat^

( ^97 ) de abaliros ; purgad vuestro delicioso territorio de ese infâme oionstruo, que doquiera que posa sus immondas plantas , lleva consigo el Uauto, el luto y la desesperacion. » *

Pour achever le portrait de ce monstre, j'ajou-» terai un autre fait historique. Tous les Espagnols qui tombaient entre ses mains , pendant la Révolution, échappaient difficilement à son couteau homicide ; il mutilait ceux à qui il faisait grâce^ pour qu'ils n'eussent pas, disait-il, à renouveler leur race.

Avant de quitter la Puebla, je dois vous dire un mot de son Évéque. C'est un personnage démérite, très-distingué par ses talens , ses nobles manières ,

* J'piB§ le traduire ; mais je doute que la traduction vaille Toriginal :

« Sans autre lumière qu'une aveugle inclination à tous les vices les plus infamans, fortifiée par l'exercice constant qu'il en fait; sans autre droit que son audace ; sans autre mobile que le sentiment de sa fureur effré-r née ; il ose intimer (Gomès) à notre chère Patrie de renoncer à ses libertés, de s'abaisser et se prostituer de nouveau sous le joug qu'elle a glorieusement brisé. O témérité extrême, incroyable i O si folle présomption qu'oQ ne trouve pas dans la langue d'expression assez forte pour en estractériser l'absurdité, et dans l'indignation assez de véhémence pour foudroyer ce qu'elle a de perfide! Prétendre que la Civilisation recule devant le caprice d'un rude Sauvage ! Tenter le renversement de sages institutions , friiits de coûteux sacrifices de tant d'années , rien que pour le bon plaisir d'un Satyre lascif et éhoaté , d'un féroce et sanguinaire Cyclope I

» Vengez , ô peuples , l'opprobre dont nous déshonore le tyran sordide qui aspire à nous enchaîner! Repoussez , avec une noble fierté , l'avilissement où il s'efforce de vous ravaler! Purgez ce beau pays de ce monstre infâme qui , partout où il porte la plante immonde de ses pieds ^ traîne à §îk isuite et imprime la douleur , le deuil et la conslçrnation ! »

( «9») et son amabilité : à tel point qu'on lui fait un crime di avoir plu à tout le monde.

Président des Cortès d'Espagne, quand Ferdinand rentra du mauvais collège de Valencey, où, comme tant d'autres , il nV rien appris et rien oublié y il plut à son souverain , et fut nommé Évéque de Puebla , la ville qu'il représentait , et où il n'était que chanoine. Rentré dans sa patrie, et à son poste', U s'y tint assez bien avec toutes les factions qui s'y succédèrent. Impérialiste avec Iturbide , Centraliste avec les Alaman , les Bravo , etc. , et il est maintenant Fédéraliste avec Victoria et Guerrero. Cette heureuse conduite pourrait le faire paraître Épicurien , comme les prêtres de tant d'autres pays, dont le motto est Dùm vivimus^ vivamus et in abundantiâ et lœtitiâ; mais , suivant moi , c'est le vrai honune de l'Évangile , qui se répète à chaque nouveau météore. Obedite prœpositis vestris, etiamsi discolis, et marche son chemin avec ses 80,000 piastres par an, avec son goût pour les beauxarts, avec son beau palais, dont la Sobrina n'est pas le meuble le moins précieux.

Le temps arrive de nous séparer du prince Pignatelli , que nous ne verrons peut-être plus. Je lui fis accepter tout ce que ma situation, plus heureuse que la sienne, me permettait de lui offrir ; plus heureuse, car jusqu'à présent ma fière indépendance ne s'est encore jamais baissée , ni devant la morgue des parvenus, ni devant la hauteur des grands , ni

( ^99 ) devant le besoin.— Nous nous sommes embrassés , non sans nous baigner de larmes. — Il partit pour Oxaja.... Que le ciel le bénisse !..• Je me dirigeai vers cette ville ( Tlascala ).

Parmi les peuples qui, du Septentrion, émigrérent au Sud , et vinrent s'arrêter dans la Tallée de r Anahuac , ou de Mexico , étaient aussi les Théochichimecas.

Accueillis hospitalement par Xolotl , premier Roi de Tescuco, ils se fixèrent d'abord sur le bord Oriental du lac de ce même nom , entre les Tescu* cos 9 les Xochimilcos , les Colhuas , les Tepanecas et les ChalcQS , peuples qui les avaient précédés , et qui s'étaient déjà établis en nations différentes , quoique leur empire ne fût pas plus grand que la viUe ou village respectif , sous le nom duquel ils s'étaient rebaptisés.

Leurs besoins grossissaient avec leur population^, et le pays , aride sur les bords du lac , stérile et rocheux sur la montagne , ne donnait qu'un peu de pèche et un peu de chasse. La nécessité de s'élargir inspira de la jalousie à leurs voisins. LesTescucos, au contr^ure, déjà puissans et sans crainte, les laissaient faire ; et peut-être les poussaient à quelque entreprise pour affaiblir les nations voisines, et redoubler ainsi leurs forces et leur puissance, en empirant celles des autres , d'après l'école du Cabinet de Saint-^ames. Les Xochimilcos , Colhuas , Tepanecas et Chalcos donnent dans le piège , s'arment pol^ir détruire les

( 3oo )

Theochichimecas ; mais le désespoir et le besoin combattaient dans les rangs de ces derniers , encouragés d'ailleurs par des assurances secrètes des Tescucos. Ils attaquent avant d'être attaqués ( car on est toujours plus résolu quand on n'a rien à perdre), battent l'ennemi en détail, et triomphent.

Mais ensuite la force des Theochichimecas faisait la faiblesse des Tescucos. On envoya dire aux vainqueurs le fin mot; Os le comprirent. Se voyant alors entre deux ennemis , et de vainqueurs pouvant devenir vaincus, ils capitulèrent, obtinrent un passage , et , rôdant autour du Volcan , allèrent aboutir sur sa droite , dans ces belles plaines que je vous ai déjà montrées du sommet du clocher du nouveau sanctuaire de Cholula.

Là ils se partagèrent en deux colonnes : une s'achemina vers le Sud et peupla ces régions qui s'étendent jusqu'au Poyanhtecatl^ ou le Volcan d'Orizaba; l'autre s'achemina vers le Nord, longeant le bord du revers Oriental des Cordillières Matlacueyes , battit et chassa les Olmecas et les Xikalancas, anciens habitans de ces pays , et se fortifièrent sur une de ces montagnes pour résister aux conséquences de la jalousie et des craintes que leur arrivée avait réveillées chez les peuples voisins, et principalement chez les Huexocincos et les Ckolulthecas.

Une lutte sérieuse entre ces deux peuples et les Theochichimecas semblait inévitable. Ces derniers demandèrent le secours du Roi de TesoUco, qui

( 3oi )

crut de sou iutérêt de le leur accorder : leâ Tepa-*necas le promirent aux premiers, mais, en même temps, ils envoyèrent assurer les Theochichimecas qu'ils n'en feraient rien. Enhardis par cette perfidie, et forts de la coopération des Tescucos, 1(» Theochichimecas attaquèrent sans retard avec courage et résolution. Les Cholulos et les Huexocincos furent battus et complètement déroutés. Cette nouvelle victoire les laissait en repos sur les terres conquises; ils descendirent la montagne et vinrent se fixer d'abord à un endroit qui s'appelait Tepeticpac^ qui fut le premier siège de leur Empire sous le Chef Gohuaghuitecuitlij devenu leur Roi, Son frère, comme les anciens Césars, partagea ensuite la souveraineté de l'État, et alla établir sa cour sur une autre hauteur, qui s'appelait Ocotelolco ( la petite montagne du Pin).

Les historiens Espagnols appellent ce Roi associé sous le nom de Theoyohualminqui^ mais un arbre gé-* néalogigue^ peint surpapyrus très-ancien deMaguey, que j'ai trouvé ici à Tlascala, et que je possède, l'indique sous le nom de Timarmautli. Il est vrai que, quoique les figures soient certainement, ainsi que le^ap}TUS, de manufacture Indienne, ce nom, écrit en caractères latins, ne peut avoir été tracé que par un des premiers Conquistadores, ou par qudir que néophyte Indien, déjà initié à notre alphabet Quoiqu'il en soit, il était plus facile au temps de la Conquête de retracer les noms des anciens Rois^

Tlascalthèques , les historien^ Espagnols n'ayant écrit que plus tard, et tous étant d'ailleurs tombés dans mille absurdités et contradictions; j'attache donc plus d'authenticité aux noms inscrits dans mon arbre généalogique. — Poursuivons.

Quelques seigneurs de Tepcticpac, peu contens de leur Roi, s'en séparèrent et allèrent former un autre Royaume (àla mode d'alors), sur une autre colline voisine, appelée Tizatlan. Ils érigèrent en Roi un certain Tepolohuatecuhtli (Dieu leur pardonne leurs noms, ils m'écorchent la bouche.). Enfin arriva une autre colonne de leurs compagnons d'émigration et d'aventures, qui, en s'éloignant d'eux après la bataille contre les Tepanecas, les Chalcos, etc. , avai^it pris un autre chemin; et s'étaient fait aussi un Royaume et un Roi ^ le Royaume, sous la domination de Quiahuaiztlan, le Roi dans la personne d'un certain MizquitL Et voilai quatre Royaumes, qui n'étaient p^s à deux ,milles de distance l'un de l'autre, avec quatre Rois; comme ceux qu'Âhrabam vainquît avec ses trois cent dix-huît domestiques. On les mettrait aujourd'hui dans un jeu de cartes.

Us ne tardèrent pas^ je crois, à sentir le ridicule de cette Tétrarchie ; car ils se confédérèrent bientôt en République Oligarchique, dont les quatre chefs, érigés eu succession héréditaire, formantcomme une espèce de Diète, délibéraient de lapaix et de laguerre, statuaient sur les besoins de FÉtat, et j ugeaient de

la vie et de la mort , et du contentieux de leurs sujets.

Les voisins vinrent souvent les accuser d'uBurpa-tion / et c'est peut-être ce qui leur inspira la sagesse d'éviter toute discorde intestine et de se resserrer d'union et d'amitié. Ils répondirent d abord que c'était de leur Dieu qu'ils avaient l'ordre de s'arrêter è cet endroit. C'est la jurisprudence ordinaire qu'on emprunte au Ciel, quand on ne trouve aucun moyen de se justifier sur la terre : les Égyptiens faisaient parler des grenouilles; Moïse, des buissons ardens; les Grecs et les Romains, des coqs et des corbeaux ; Constantin, le Labarum; les Papes, saint Pierre et saint Paul ; Mahomet , un morceau de lune ; les Capets, l'oriflamme, et tant d'autres argumens également irrésistibles. Voilà comme on s'empare par autorité divine de ce que refusent les lois humaines et la morale. Et en Angleterre on pend un pauvre homme qui prend cinq guinées 1 On ne saurait répéter assez :

Ille crucem sceUris pretium iuUi, hic, diadema.

Ils répondirent ensuite par le droit du plus fort. Leur République s'étendit et prospéra, devint, après Mexico, l'État le plus pui3sant de l'Anahuac. C'est alors que cette République prit le nom de Tlascallarij qui veut dire terre de pain^ d'aban," dançe, comme un autre Bethléem; et ces peuples, de T heochickimecas qu'ils étaient, s'appelèrent Tlasç(itêhecas.

Cette République fldrissait en même temps que l'Empire de Mexico : ce fut peut-être le motif de cette jalousie qui les anima toujours d'une inimitié irréconciliable Tune contre l'autre , qui les entraîna dans une commune ruiné.

Après cette sage réunion, par ces quatre Chefs, de leiU^s moyens, de leur pouvoir, et de leurs conseils, la ville deTlascallan prît un accroissement considérable. Les quatre promontoires, qui n'avaient été d'abord que quatre Cours Royales, devinrent comme quatre boulevards situés anx quatre points cardinaux, et la ville fut placée au centre, siège d'un grand marché, où affluaient tous les peuples voisins pour échanger leur superflu contre le nécessaire qu'ils n'avaient pas , et que le territoire de TlascaN lan donnait en grande abondance ; comme grains , légumes , coton , toiles de Magneu , cochenille. La culture de cet insecte y était déjà florissante et b meilleure de l'Anahuac.

Des étrangers vinrent s'y établir ; même de ces peuples qui n'avaient pas cessé d'être leurs ennemis. Quelques-uns y apportaient des conspirations ourdies pour bouleverser la République'; mais ils tom-* bèrent victimes de leur témérité.

Les approches de la ville confédérée étaient gàr-dées , à l'Ouest , par des tranchées et des fossés , dont apparaissent encore des vestiges; à l'Est, paœ une muraille d'environ six milles de long, qui offre des traces de ses ruines. Les montagne»

Mattakueytt la défôniient au Sud , et d'autres moiir tagues escarpées la surmontent au Nord, comme d'inexpugnables remparts. Â l'époque où les flèche^ eu os , en bois , en pierre , étaient les seules armes offensives, sa situation devait résister à toute inva-^ ston ^aûgère. L^ambition des Rois Mexicains , la jalousie des peuples voisins avaient rendu les lias-' caljthecas les peuples les plus belliqueux , les plus vaillans de l'Aiiahuac.

Leur territoire n'était pas moins peuplé que la Capitale. Toutes les villes avaient été érigées comme en une esfNàce de baronnies. Les barons qui les régentaient relevaîeiU; des quatre Chefs, et tous ensemble formaient le g^ajid conseil , qui choisissait celui de ces Chefs préposé au command^nent des armées , toujours le pliis brai^ et le |^s habile ; ils opinaient mac les questions impoiHtantes de la République ; et, comme les barons de l'Europe du medieve , contribuaient de leur contingent respectif en hommes d'armes^ en provisions, etc.

C*étaiecit eux qui administraient la justice jus-? qu'a une certaine compétence , chacun dans son district; mais on se pourvoyait devant la Diète, c'est-à-dire, devant les quatre Chefs réunis, qui étaient à la fois pouvoir judiciaire , sujwême, et pouvoir exécutif pour les affaires de haute impor-^

^ tance , et principalement pour les déclinatoires de

forum. Vous trouverez dans ces institutions de la

^ République de Tlascallan , bi«a des rapproche-

mens avec des peuples de tous les temps; mais, ce qui surtout étonne, c'est que les quatre Chefs se rendaient chacun dans ses districts, à une certaine époque de l'année , pour administrer la justice , comme le Préteur Peliegrinus et les Proconsuls des Romains, comme les Chefs-justice de l'Angleterre et des États-Unis du Nord de l'Amérique, comme les Juges des Cours Royales de la France» Chose singulière ! Les Sections Anglaises, les Assises Françaises, institution sublime dont les Anglais réclament la création, étaient pratiquées dé}à p^r des peuples qu'on a peints et traités comme des brutes, quand l'Angleterre et ta France gémissaient sôus la même tyrannie (ou sous une .tyrannie de la même espèce) qui vint opprimer plus tard les Indiens. Les sellm curulesj où ils siégeaient pro tribunalv^ à la campagne ; les endroits sélectif existent eflicore en grande partie. J'en ai vu moi-même deux , sur le chemin qui V de Puebla, conduit à Tlascaia : une près de la taverne del Gatto^ à dix milles de Tlascaia, oX l'autre à Topoyacco, a six milles. C'est un banc en pierre dans une espèce de petite BasUica^ comme celle où les Prêteurs Pellegrini administraient la justice. ' .

C'est dans cette situation politique^ civile et militaire que Certes trouva Tlascaia Ixirs de la Conquête. Maxixcatzin était celui des quatre Chefs qui présidait alors la Diète et commandait les armées. Il fut d'avis qu'on reçût les Espagnols en amis

et comme des auxiliaires formidables contre leurs ennemis invétérés, les Mexicains. Tout porte à présumer que les Espagnols ne pouvaient être considérés que sous cet aspect : je suis donc tenté de croire qu'elle est bien fabuleuse, ou bien exagérée, cette histoire toute Espagnole des grandes batailles que les Tlascalthecas leur livrèrent. Et cette armée de cent cinquante mille combattans^ que leur auraient opposée les Theochîchimecas, qui n'étaient qu'une petite horde sans terre et sans toit , deux cents ans avant la Conquête ! Ce nombre ne fût-il pas exagéré , qui croira que quatre ou cinq cents aventuriers , même armés de toutes les foudres de Jupiter et couverts de tous les boucliers enchantés, de toutes les égides des temps anciens et modernes, aient pu résister et combattre une armée si . considérable d'hommes élevés au courage ^ à la valeur, vieillis au milieu des combats et des dangers? Ce sont des. fanfaronnades et du merveilleux, jetés au^ yetix de croy ans bé ans. Je le répète, les Espagnols, aidés par les prestiges des oracleis Indiens, par le spectacle nouveau et imposant de leur arrivée sur des palais volant sur tes eaux^ aidés par la terreur que le tonnerre de leurs canons, les coups de leurs fusils , le tranchant de leurs épées , l'éclat de leurs cuvasses, l'aspect monstrueux de leurs chevaux, inspiraient à ces peuples surpris ; aidés par les secours desCempealthecas, des Xocoalthecasj des Tlascalthecas et de tant d'autres Indiens , tous ennemis de

( 5io ) chose remarquable ! n'ont jamais prédit que malheur et ruine.

Je vous ai dit franchement , et à plusieurs reprises , ce que je pense de la Conquête ^ tirant mes conjectures et mon opinion du contact avec le pays, avec les monumens et les traditions; mais au milieu de mon pyrrhonisme, je dois confesser que la sagacité , la prudence et la valeur de Cortès , surent tirer un grand parti des circonstances favorables , qui aidèrent si puissamment son aventure et son entreprise.

Les Tlascalthecas , après la Conquête, étaient les principaux objets de la surveillance des Espagnols ; on le conçoit sans peine : c'est ce qui arrive en tout temps , aux plus forts des peuples conquis ; surtout s'ils ont des titres à la reconnaissance du Conquérant. Le divide et impera de Machiavel fut donc de suite employé, et les Tlascalthecas dispersés en différentes petites divisions , et envoyés persuader et civiliser les Chichimecas, comme nous avons déjà vu à Saint-Louis-Potosi.

Cependant la décence voulait qu'on accordât quelque» privilèges à Tlascala : on la laissa Repu-blique, avec le droit de se faire régir par ses. propres Cachiques ^ mais sous la suzeraineté de l'Edpagne , &OUS la surveillance d'un surintendant Espagnol, et à condition d'un tribut anQuel.

Cette concession me parait un acte de politiques plutôt que de générosité : on contentait ainsi l'or-*

guei|.de ces peuples , et on les détachait en même temps de toute connivence, de toute conspiration avec les peuples voisins , sans rien abdiquer de la souveraineté suprême sur tout le Mexique. Au reste , les Cachiques n'étaient rien où se trouvaient des Moines et un Évëque ; et ce fut là que les Espagnols jBxèrent leur premier couvent et le premier siège épiscopal du Mexique.

Cette République demeura dans cet. état précaire , plus ou moins esclave , jusqu'à la Révolution ; elle devint alors plus pauvre dans ses , ressources , sans rien gagner dans l'opinion publique. Pendant l'Empire , elle offrit son culte à \ Idole avec le langage servile de son ancienne Aristocratie , et depuis que le Fédéralisme règne , elle s'est fort débattue pour devenir un État ; mais le Congrès général n'en a fait qu'un territoire , que l'État de Puebla vour drait, avec raison , se ménager. Je dis, avec r^son, car le territoire de Tlascala est presque enclavé dans celui de Puebla* Sans moyens, sans force, sans Gouvernement , elle sera de plus en plus un repaire de brigands qui infestent ses voisins; seule, elle ne sera jamais rien^ et elle participerait à tous les avantages des sages institutions de Puebla , si elle était réunie à son État.

Tlascala, aujourd'hui, est un misérable village, qui n'a d'autres souvenirs de son ancienne splendeur que les pauvres ruines que nous avons vues ; d'autres restes des bienfaits de la Conquête, qu'une

auge où furent baptisés âes premiers néophytes, la maison épiscopale sans éyêché , et lin couvent de moines , sis sur les ruines du temple de leurs anciennes Divinités , où , certes , rien n'inspire le respect du aux nouvelles ; un village, qui$ pour sortir de sa nullité politique, n'a d'autre moyen que de renoncer à sa souveraineté , pour se livrer à la direc* tion et à la tutelle d'un État voisin.

Vous avez assez , je crois , de TIascala ! Comme pèlerin , )e devrais vous conduire à son Sanctuaire de Okatlan ^ mais votre sainte religion et votre pure tnorale demeureraient choquées à l'aspect du commerce sacrilège qu'on y fait de la Divinité et de la Foi. Le récit <le son origine fabuleuse et de ses progrès mendiés ne déroulerait à vos yeux qu'un tissu scandaleux d'impostures, d'escroqueries et de profanations qui révoltent le sens commun , et excitent l'indignation. — Ma plume est rétive : laisson94a reposer , avec votre patience.

%VVVV V »VI>V»V»VWVV»VVVVVV\VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV%»VVVVVVVVVV^»VVVVVVVVVV\^>^^

Page 1