‹ Le Mexique (volume 3)Chapitre 14 sur 39 · HUITIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME LETTRE

SOMMAI»

Lettre d'Europe, et réflexions. — Guanaxuato. — Centrée du MarphiL — La Douane et les Anglais. — Chemin du Marphil à Guanaxuato ; horreurs et tristes sourenlrs qu'il retrace.— La Lonéigat le prêtre Hidalgo et les Espagnols; massacres ; réactions sanguinaires du monstre Calléja. — Les Espagnols : ce qu'ils ont été, ce qu'ils peuvent être, — Aperçus historiques. — Horreurs commises par les Espagnols au Mexique, dans la Colombie 9 à Buenos-Aires, etc. — Les Espagnols soi-disant libéraux , aussi barbares que les absolutiste. — Opinion dé l'auteur et èe Rajnal sur" les Espagnols, en géaéraL — Le Cabinet de Saint-James.— Le Morning Herald , journal anglais , et les Anglais.*— Origine de Guanaxuato. — Conséquences de la soif de l'or peur la science de l'histoire. — Mines de Guanaxuato; le sommet de la montagne de la Sirena; la Sirena, la Raya, le Melrlado, la Cafta , la Valenùan a , mines principales. — La Vsta-Madr*. — Condition des mineurs. — La montagne de Santa+Rosa et -ses mines.— Le talion qui la séparer dé ta montagne de Guanaxuato. — Le YÎUffge 4a Los Doéotes et Hidalgo. — L'Administration des mines. — La vente du minerai. — Richesses immenses de ces mines; leur état actuel. — Les mines et l'agriculture. — Les mines et les Anglais.— Grandes vues politiques , rattachées aux spéculations métallurgiques des Anglais dans l'Amérique. — Les fourbes et les dupes. — L'opulence Anglaise et la pauvreté Spartiate. — Le Cabinet Saint-James et ses amis. — A Tau-

(Mi )

tages généraux qui découlent dés mine*. -«-Moyens de succès pour l'entreprise des Anglais , et conséquences Euro* péennes de ce succès.

Guaoaxuato, 7 décembre i8a4.

Encore un jour de fête , car on ne se rassasie jamais de lire et relire les expressions généreuses d'une noble amitié : je viens de recevoir votre trèschère lettre du 2 septembre de Tannée passée.

Je vous comprends, Comtesse; vos réticences couvrent , sous le voile de la prudence, l'éloquence des femmes Spartiates, qui, d'un seul signe, se faisaient mieux entendre que les orateurs qui leur refusaient la parole : je comprends qu'on ne cesse de me tirailler. Mais ces Messieurs s'étudient, je crois, à vous occuper de moi, pour que vous leur v fassiez l'honneur de vous occuper d'eux ; condamnezles au silence du mépris; et, permettes que je vous le répète encore , c'est ce que vous devez à votre dignité et à leur bassesse. Votre estime me dédommage de toute leur perversité; et j'ose espérer que tous les hommes de bien qui me connaissent me sympathisent également de la leur. Le suffrage de ceux qui ne me connaissent pas m'est assuré , sHfa savent que vous me daignez compter parmi vos amis. La Multitude , je ne m'en soucie guère : quand elle est influencée par les Anna* et les Caiphaê, elle lie crie que pour les Baraàèa*. — CovtimioM nos promenades.

En Rapprochant de Guanaxuato, sur le chemin de Sillao, la perspective qui se déroule à vos yeux est toute romantique : vous ne voyez que de hautes montagnes, rabotteuses, escarpées et arides, laissant échapper de leur sein la pointe de quelques clochers, qui seuls suffisent à distinguer de loin les endroits où l'or et l'argent demeurent en plus grande abondance : car, où les mines sont pauvres, il n'y a ni clocher ni prêtre.

Au pied de la montagne dont les sinuosités renferment Guanaxuato , on trouve la débouchée d'un vallon étroit; débouohée qui s'appelle MarfU, du nom d'une hacienda de Plat a , qui n'existe maintenant que dans ses ruines. On peut la considérer comme la première porte d'entrée de la ville; c'est là du moins qu'on rencontre la première ligne des douaniers , lesquels , m ayant pris pour un Anglais, ne- m'ennuyèrent en aucune manière. De là , vous comprendrez que les Anglais sont déjà les maîtres de Guanaxuato.

Un ruisseau, coulant au milieu du Ut d'un grand torrent, est le chemin qui conduit à Guanaxuato : je l'ai traversé plus de cinquante fois avant d'y arriver. Il serpente pendant plus de quatre milles dans ce vallon , du Marfil à la ville.

11 alimentait autrefois de ses eaux les haciendas de Plat a , qui s'élevaient en grand nombre sur ses bords , appuyées aux rochers qui côtoient le vallon; elles sont maintenant presque toutes en ruines. H

n'est pas, je crois, dans le monde, un endroit qui retrace un plus horrible portrait des conséquences d'une Révolution et Contre-Révolution fratricides. Le sombre aspect de cette gorge étroite , les montagnes épouvantables qui la surmontent de tous côtés, ajoutent encore à l'horreur et à la tristesse des souvenirs qu'on y rencontre.

À un mille seulement de Guanaxuato , se laisse apercevoir l'extrémité d'un faubourg, au Mord- Ouest , et l'on ne voit la ville que lorsqu'on y entre, en tournant le coin d'une montagne qui la cache à ceux qui y arrivent du côté de l'Ouest , et la renferme dans un demi'bercle du côté de l'Est, du Sud et du Nord.

La soif de l'or pouvait seule bâtir une ville dans un tel site, tant il est extraordinaire et périlleux : toutes les gorges qui conduisent aux différentes mines venant aboutir ici , les eaux des montagnes environnantes y confluent lors des pluies , et grossissent à tel point dans son sein , qu'elles ont souvent emporté une partie de ses bâtimens, et la menacent sans cesse, minant les substructions profondes entre lesquelles on cherche en vain à la renfermer.

Mais l'or et l'argent , triomphant de sa situation grotesque et difficile , ont trouvé le moyen de l'embellir, et delà rendre même, en quelqu endroit, magnifique. On a su tirer parti de toutes JeS Sinuosités du lieu, s'y ménager deux places assez jolies, etcon-

( 384 ) struire de beaux bâttaens, de superbes églises, des maisons élégantes , un petit théâtre et une Londiga : est désigné aous ce nom un grand bâtiment , qui sert à la fois d'entrepôt et de marché à toutes les denrées céréales qu'on introduit pour le commerce et la consommation de la ville- Cette Londiga est malheureusement trop mémorable dans Thistoire de la Révolution , pour que je ne vous arrête pas un instant sur les événemens tragiques qu'elle rappelle. C'est à Guanaïuàto même , c'est dans ce bâtiment que la Révolution et la Contre-Ré vol ut ion commencèrent à déployer les horreurs qui ont récemment ensanglanté le sol mexicain.

Hidalgo venait d'insurger au village de b$ Dolores : il descend aussitôt à Ztloya , où grand nombre de révolutionnaires se réunit à lui ; de là , il se porte sur Guanaxuato Riano commandait la plaoe; ne pouvant résister contre cette horde assaillante, il s'était renfermé , avec tous les riches propriétaires Espagnols, et le peu de force qu'il avait, dans la Londiga. Hidalgo 9 d'ailleurs plein d'estime pour lui, lui fait les propositions les plus avantageuses; mais on les refuse. Une résistance meurtrière irrite les assaillans , animés déjà d'une haine mortelle contre

les Gaciupino*, les Espagnols, leurs oppresseurs; et le massacre accompagne la prise de la place, sans que la voix d'Hidalgo puisse l'arrêter. Il parvient cependant à satwejr plusieurs familles de la ville, qui, sans lui , n'auraient pas échappé au carnage.

Calléja^ ayant depuis battu Hidalgo à la bataille de las C racés, vint reprendre Guanaxuato. Il y entra sans obstacle, car les révolutionnaires, après une faible résistance au Mur fil, théâtre d'horreurs., se retirèrent vers Guadalaxara.

Ce monstre y entra* altéré de sang. Ne pouvant assouvir sa rage sur Feoneini en fuite , sa fureur tomba sur les pauvres habitans. Pour mieux jouir du spectacle affreux qu'il destinait à cette ville., il employa tous les charpentiers à élever des potences ; mais les cordes manquaient, et les bourreaux n'étaient pas non plus en assez grand nombre pour les victimes qu'il vouait â la vengeance Espagnole. Alors il eut recours à un moyen plus expéditif , au couteau ; et des milliers d'hommes, dé femmes et d'enfans ensanglantèrent, égorgés , tous les torrcns de la ville. La fusillade n'était pas assez ravissante pour lui; et, s'il préférait le spectacle du couteau, c'est qu'encore, disait -il , on épargne de cette manière \k poudre , les balles et les pierres à fusil. C'est ce qu'il n'eut pas honte d'écrire officiellement au Yice- Roi Yenegas. — Mais il savait à qui il écrivait. Il paraît que pendant la nuit ce naonstre rêvait avec plaisir toutes ces horreurs, car le matin il s'en ré-* galait à son réveil ; et il se ménagea ce friand déjeuner pendant plusieurs jours. Jugez par là, Comtesse, de la trempe de cette âme plus qu'infernale! Et ici je ne peux m empêcher de frémir à la seule pensée que tant d'abominations se consommaient par un repré-

sentant et sous les auspices d'un /Gouvernement qui prétendait manifester des sentiment libéraux, sous la Régence ou les Gortès de Cadix. Mais , et c'est un fait remarquable, les Espagnols , quelles qu'aient été leurs opinions ou la forme de leur Gouvernement , se sont partout montrés cruels et sanguinaires ; un coup d'oeil rétrospectif sur leur histoire générale , suffira pour en convaincre les plus aveugles, le* plus incrédules de leurs apologistes.

Nous passerons sous silence leurs guerres micidiales au temps des Romains , car ceux-ci les y provoquèrent sans cesse. •

Les princes Goths, Suèves, Visigoths et Vandales ont régné , ou ensemble , ou séparément en Espagne, depuis le milieu du cinquième siècle jusqu'au commencement du huitième, mais tous et toujours dans le sang.

Les troubles de religion, l'ambition des Évêques , les haines et les réactions des peuples accompagnèrent les deux premières dynasties , et l'assassinat en éteignit jusqu'au dernier rejeton. C'est toute l'histoire du règne des Goths et des Suèves. Celle des Visigoths n'est pas phis bellef ; mais , pour éviter trop de laconisme, je vous donnerai de cette dernière quelque petit détail fugitif.

Theudis, le premier Roi Visigoth, expire sous le fer meurtrier de la faction qui l'avait mis sur le trône.

Des assassins renversent Agita de ce trône qui fumait encore du sang de son prédécesseur.

Des prétextes d& religion brouillent Ovigilde et Hermenogilde, père et fils; celui-ci succombe , victime d'un parricide.

Les Ariens et les Catholiques fixèrent des époques d'inhumanité affreuse pendant le règne de Recarede, second fils de Le ovigilde.

À Recarede succède Liuva , qu'on assassine. On proclame Piteric, son meurtrier, qui, après quelques années d'un règne sanguinaire , est poignardé.

Suinthila est déposé; on le déclare indigne de la couronne , et ses enfans inhabiles â la réclamer.

Chintila fait des lois barbares , persécute cruellement et chasse les Juifs , pour plaire au clergé , qui ,' par récompense , dépose son fils Tulga.

Des factions sanguinaires agitèrent les règnes de Chindasuintlte et de Recesuintke.

On dépose, avec un attentat le plus perfidie, l'excellent* Wamba , qu'on avait forcé , l'épée à la main , d'accepter la couronne , et on la. donne au méchant Ervige , qui finit par être rasé et revêtu du froc.

MJn Concile spirituel bouleverse temporellement

le royaume , et donne pour roi un imbécile Egina , contre lequel une autre assemblée d'Évêques oppose le monstre Witiza. C'est ce que les Jésuites préparent à bien des royaumes.

Witiza outrage la fille d'un Julien, qui appelle les Sarrazins , croyant trouver dans l'Islamisme plus de protection pour la vertu , et plus de bonheur pour

les peuples, que n'en avpit produit le Catholicisme de la race, à la fois bigote tit infâme , des rois Visigoths; et la bataille de Xérès, en ji i > éteint dans Rodrigue la dynastie des Yisigoths.

Ces Anges tutélaires, qu'on avait appelés au secours d'un pays désolé par la méchanceté des peuples et des rois, d'abord ne firent pas mieux ; et la terreur, le fer et la flamme furent les premiers ministres des Rois Mantes.

AbdMiz, pour pxrçir vpulu essayer d'être boa et humain , est assassiné ; et don successeur , qui cobséquçmment trouve rojyeux d'être méchant et cruel, chasse dans les Asturies tous les Espagnols les plus distingués, çt principalementleClergéet la Noblesse.

Ces réfugiés éliredt un roi, qui fut don Pelage, d'origine vandale; ici commence cette lutte sanguinaire, ces ftOènçti affrewes d'assassinats , de parricides, de fratricides, d'tnoestes, et^i quisouiBèreat les tronc* .des Asturies et de Cas tille, et durèrent presque sept eentsana. Bans ce terrible iahicrègue de la Morale et de l'Humanité, s'établirent les nombreuses sou^eroineté^^ 4|ui ont- couvert l'Espagne de çoyaumss, r4gta t^^pw^esMabainétans, tantôt par des Chrétien*.

L'histoire de ces* tempe n'e$t , a quelque: nuance près, qu'un portrait de «aoastaes et d'hoireurs, d'hypooriaie et. de supefetititm , de barbarie et dH^trigues, qui ont eoftvert cobeau pays dé sang «atde désolation* H n'est pas jusqu'aux ordres che~

rtileresques qu'on y créa, qui ne prirent racine dans les massacres et dans le brigandage : c'étaient des honneurs, entés sur le crime.

Le prétendu «èle de religion ajouta aux rivalités, à la haine des partis qui avaient allumé tant de feu en Espagne , et la joncha de ruines et de cadavres. Comme si les Chrétiens n'avaient pas afsez dq leur animossté religieuse coBtre'les Maures , ils s'en» créaient contre eux-mêmes. Une fois, te fut «ne seule question sur la liturgie qui bouleversa tous1 ce» royaumes catholiques.

11 faudrait être sourd à la voix de L'humanité pour n'être pas attendri du sort des Maures; il faut une âme laite aux horreurs, et rebelle à la*voîx de l'Évangile , pour célébrer, comme un triomphe de la Religion, la perfidie, les atrocités'commises sur ce* peuples ; atrocités ^commencées par Ferdinand ,' continuées par Ximebès , et consommée» par Philippe II , qui ouvrit sa àmrrière royale par un Autodafé.

L'Htetoire a dû mille fris- gémir en retraçant les exploits des Espagnols au temps et après la découverte du<No«ve*wMèffide, La* Superstition, R&tatrtce y dominaient avec deux sceptres, l'un dW, pour les oppresseurs ; l'outre de fer* pour ' ces wuseerts op^ primés. Le pillage et le rda^sacre étaient l'autoritédes premiers ; les souffrances et l'esclavage, te partage des seconds, de Ceux'qui suwivaiâ8t à «es1 invasionshomicides ; et, comme si le fer et là flamme Veus»'

sent pas suffi à immoler les victimes , on appelait les chiens mâtins au secours de l'Inhumanité.

Pour augmenter, et rendre plus atroces les conséquences de la soiC de For, les moines promettaient le pardon de toutes les cruautés commises dans ce monde, et mille béatitudes dans l'autre, à ceux qui paieraient plus cher leurs indulgences , une bénédiction, un tombeau sacré ; et les de las Casas, le Sakagun , et d'autres . ministres fidèles de la vraie religion devenaient des impies , des rebelles , parce qu'ils osaient opposer les maximes de notre divin législateur, de l'Humanité et de la Morale, à ces féroces assaajjns.

Pendant qu'une partie de la. Nation Espagnole faisait une boucherie , ou un marché de chair humaine en Amérique, l'autre partie était ai Espagne victime ou satellite de la Tyrannie ou de l'Inquisition ; de façon que toute la nation , ou active ou passive , a offert constamment et partout un spectacle affreux à l'espèce humaine. On a vu aussi la pauvre Italie se couvrir souvent devant elle du voile funéraire.

Je vous ai donné dans mes lettres un petit échantillon des horreurs Espagnoles dans la guerre de la Révolution du Mexique ; quand une histoire fidèle les montrera toutes sous leur vrai aspect , une âme bien née ne pourra résister à leâ lire. Un Revollo , XknBustamente, unTruxitlo, un Iturbide, un Crus, \\n Calleja> un Linan, et tant d'autres chefs Roya-

( 3<M ) listes recommandaient , comme le plus digne de la munificence royale, tout homme qui avait commis le plus d'atrocités; on exaltait comme des héros ceux qui massacraient , ,'parmi les insurgés , leurs amis , leurs neveux , leurs frères , etc.

Mais, au Mexique , la mesure n'a pas été tout-àfait à son comble , en comparaison de ce qu'on a commis dans les autres parties de rAmérique Espagnole , et surtout ai Colombie. Il vous suffira de savoir que Morillo , ce grand Morillo , que des journaux libéraux appelèrent ensuite le soutien de la Constitution , écrivait de Bogota ; « Toute personne des deux sexes capable de lire et d'écrireii été traitée comme rebelle ( c'est-à-dire massacrée ) . En détruisant tous ceux qui savent lire et écrire, j'espère couper à sa racine l'esprit de révolution. » Garde à l'Angleterre et aux États-Unis , où tout le monde a ce savoir!

Quant aux souffrances des autres pays de L'Amérique Espagnole dans cette lutte terrible , une proclamation du' Congrès de Buenos-Ayres , du a 5 octobre i$i 6, vous en donnera une peinture bien plus fidèle que je ne le pourrais faire moi-même. Et ne croyez pas , Comtesse , que ce soit un ouvrage de parti , où la passion , sans hommage à la vérité , n'a vu qu'un instrument de sédition. La tradition, et d'autres documens historiques, attestent les faits qui y sont rappelés. Du reste , je ne choisis pas entre tous les monumens des atrocités Espagnoles :

(3g4) sur la place publique, attachés sur des canons.

» Ils ont établi un système inquisitorial contre ceux de nos pauvres concitoyens qu'ils ont transportés de l'autre côté de l'Océan , où ils ont été exécutés sans forme de procès.

»Ils ont attaqué nos côtes maritimes, et massacré les paisibles habitans , sans épargner ni les Ministres du sanctuaire, ai les vieillards tombant sous le poids de l'âge. Par ordre du général Puzuela, ils ont brûlé la ville de Puna ; et n'y rencontrant aucun autre habitant, ils ont passé au fildel'épée les vieillards , les femmes et les enfans. Ils ont forcé nos frères , nos propres enfans à prendre les armes contre nous , et à nous combattre sous le commandement d'officiers Espagnols. Ils ont excité des insurrections domestiques , en corrompant par l'or et des séductions de toute sorte les habitans pacifiques du pays, afin.de noqp environner d'anarchie et nous rendre plus faibles, en nous divisant. Ils ont déployé un raffinement d'horreur en empoisonnant les fontaines et les vivres dans la ville de la Paz, et, pour nous récompenser du traitement généreux que , rendus à discrétion dans cette place , ils ont reçu de nous , ils firent sauter les quartiers , quand nous y étions logés, mettant le feu à des mines qu'ils y avaient préparées, tuant de cette manière perfide plus de cent cinquante des nôtres.

» Ils ont déclaré que les lois de la guerre , observées par toutes les nations civilisées , ne devaient

(395) point l'être envers nous ; ils répondirent avee la plus méprisante indifférence au général Belgreno, qu'on ne pouvait ni accorder ni observer des traités avec des insurgés.

* C'est au nom de Ferdinand de Bourbon, que les têtes d'officiers prisonniers furent affichées sur les cheitJns publics ; qu'un de nos généraux fut empâté, et que le monstre Cemtano , après avoir infligé la même mort cruelle au colonel Camargo, envoya sa tête comme un présent à notre général Puzuela, lui disant que c'était un miracle de Notre- Dame du Carmet , insultant ainsi aux hommes et aux Dieux.

» C'est Ferdinand de Bourbon qui a envoyé ses généraux avec des décrets d'amnistie et de pardon général, rien que pour tromper les crédules et les ignorans , afin de nous faire entrer avec confiance dans leurs villes et leurs villages , donnant en même temps des instructions secrètes de massacrer , de pendre, d'infliger toute espèce de souffrances à ceux qui seraient ainsi tombés dans le piège.

» Que peut donc attendre la malheureuse Amérique d'un Roi animé de tels sentimens au moment même où il vient de remonter sur le trône? d'un Roi qui n'a réservé que chaînes et potences pour ses propres Espagnols qui ont fait tant de sacrifices pour le délivrer de sa captivité , et lui conserver son royaume; des sujets qui ont répandu leur sang pour lui orner la tête d'une couronne? Si ces hommes,

(396) auxquels il devait tout, reçoivent la mort , ou soat: condamnés à un emprisonnement perpétuel, oh à un esclavage mgnominieux, pour le seul fait d'avoir formé une Constitution, quelle destinée peut nous réserver un tel Roi? Espérer un doux traitement de lui et de ses Ministres sanguinaires, c'egt chercher parmi les tigres de la sécurité pour des agneaux. . On répéterait sur nous les scènes sanguinaires de Caracas , de Carthagena , de Quito , etc. Nous aurions ainsi méprisé les cendres de quatre vingt mille personnes, victimes de la furie et de la cruauté de cet ennemi monstrueux; victimes, dont les mânes Hlustres demandent vengeance ; et nous mériterions l'exécration des générations futures y etc., etc. »

Mais vous direz peut-être que toutes ces infamies se sont commues sous. le Gouvernement de Ferdinand! Non, Comtesse ; au contraire, les pi uscruelles et les plus sanguinaires ont signalé le Gouvernement libéral des Cortès.

Vous aurez entendu parler du libéralississime décret des Cortès, du 1 o avril 1 8 1 3, où elles déclarent c qu'il est dérogatoire à la majesté et dignité du Congrès national de confirmer une capitulaion , faite avec de méprisables insurgés. » Ce serait la honte même d'une législation d'un Néron et d'un Caligula. Le Consulado, ou collège de commerce, de Mexico , tout composé de membres Européens, manifesta aux Cortès , dans une de ses délibérations solennelles, que t les Américains étaient une race de bruits,

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( 397 ) ' pleine de vices et d'ignorance ; des automate*, %4wiip gnes de représenter et d'être représentés, » et d'au- 1 tires expressions non moins agréables. Enfin , le gér néral Francisco Espoz y Mina , qui a été aussi mille 1 fois proclamé comme un homme de sentimens généreux, comme un défenseur de la Constitution, quand il prit le commandement de .ces aimables hordes , que les uns, je le répète, appelaient dès Guerriltas, les autres des brigands ou des assassine, ne publïa pas moins que la généreuse proclamation qui suit : « £71 Navarra se déclara guerra -a muerte y sin quartely sin distinction de sotdados ni de géfes, incluso el Emperador de las Franceses. Et il était si libéral qu'il pendait ou fusillait i( pour son cher Ferdinand) vingt Français pour un Espagnol \ C'est savoir évaluer modestement sa notion; mais je doute que les Français se tiennent au prix. auquel il amis la leur; et vraiment vingt Français pour un Espagnol, c'est un peu trop*

De tout ce que nous venons de voir, quelle conclusion faut-il tirer? celle de l'Histoire : que les Espagnols ont toujours été les mêmes; ce qu'un grand philosophe et prêtre, Raynal, exprime en ces termes : « Il n'y a peut-être pas eu de peuples plus fermement attachés à leurs préjugés nationaux , $ie les Espagnols l'ont été et le sont encore. C'est par ces préjugés que tous leurs senti-

Il parait qu'il en ferait encore autant, car, dans son Bbevb Extbacto » publié k Londres en i8a5 , il s'en vante avec nn air de complaisance.

(39») mens* sont dictés , leurs jugemens influencés , et leurs caractères formés. Cet ardent 'génie dont la nature les a doués ne sert qu'à les aider à inventer des sophismes pour s'obstiner dans leurs erreurs. Jamais la perversion de la raison humaine n'a fixé, comme en Espagne , plus de dogmatisme , de détermination, d'obstination et de subtilités; et leur attachement à leurs habitudes n'est pas moins fort que leurs préjugés. Ils croient qu'il n'y a point de peuples sur la terre plus intelligent,. plus' éclairé, plus vertueux qu'eux-mêmes. Cet orgueil national , porté à un excès de folie 9 au-delà de tout exemple, les induirait à voir, à considérer les Athéniens avec le même mépris qu'ils ont vu les TIascaliens. Ils traiteraient les Chinois comme des brutes ; et partout où ils ont été, ils ont laissé derrière eux l'empreinte de l'outrage , de l'oppression et de la dévastation. » D'autres illustres historiens sont entièrement d'accord avec Raynal.

Pour moi, résumant les inductions des traditions des philosophes et des historiens, je ne peux que répéter ce que j'ai déjà dit, qu'un peuplequi a été consr tamment ou vil esclave de la Tyrannie, ou Tyran hideux lui-même, n'est point fait pour être libre, avant qu'il se refonde dans des générations nouvelles, différentes de celles qui l'ont jusqu'à cette iietfre produit; car « on ne peut affranchir le corps, qu'aprh avoir affranchi l'âme ». Sans ce préliminaire, soyez sûre, Comtesse, que les peuples feront toujours

( 399 ) tïes vains efforts pour se renouveler à des institutions libérales. Nos Titus le savent, et voilà pourquoi Us s'efforcent de menacer de nouveau leurs peuples de la Compagnie de Jésus.

Ceux qui attendent de la liberté de la Nation Espagnole actuelle sont aussi fous que ceux qui en attendent du cabinet de Saint - James. La première ne peut pas donner ce qu'elle n'est pas encore en état d'avoir pour elle - même ; le second conspirera plutôt à éloigner, on paralyser, ou détruire sur le continent de l'Europe des institutions dont la privative promet les plus grands avantages à la Nation qu'il représente. LordCastlereagh faisait semblant de prêcher pour la liberté des Nègres, au moment qu'il conspirait contre celle de tous les blancs qui n'étaient pas Anglais *. Mais j'avais oublié que je suis à Guanaxuato : retournons donc à notre promenade.

Guanaxuato, au temps de la Conquête, n'appartenait point à Moctezuma; il n'appartenait pas non plus au roi du Mechouacan ; c'était un pays tout sauvage. Il ne contribuait aucunement aux richesses d'or et d'argent que les Espagnols recueillirent d'abord dans ces deux royaumes. Les Chichi-

* La médaille que les Français ont consacrée à Canniûg porte pour exergue : « Liberté civile et religieuse dam le inonde entier. • Le Morning Herald, i3 septembre 1828, se moque de l'exergue et des Français, et ajoute, comme sWctrine nationale: •None has taken thit (l'exergue-) in cmrnest inEnglawi;» et le Portugal parle encore plus clair que M. V Herald.

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mecas, ou les Sauvages, n'y ramassaient que quelques morceaux de ces métaux, trouvés dans le torrent que nous avons vu à l'entrée du vallon (ou tanada) de Marfil, et ce fut par ces petites trouvailles que les Espagnols soupçonnèrent ensuite les trésors que ces montagnes recelaient dans leur sein.

Ce n'est que dans ces données générales quoa peut puiser l'origine des premiers étabJissemens que les premiers Européens y formèrent. L'histoire parait en avoir ou négligé ou perdu les traces incontestables ; j'ignore du moins qu'elle tes ait positivement transmises à la postérité ; défaut remarquable pour un pays qui est devenu plus tard si célèbre; mais défaut qui, d'après ma manière de voir les choses 9 n'a pas lieu d'étonner. Que fait l'homme qui n'a d'autre soif que celle des riches* ses? où il les trouve, il ne se fixe que sur le présent, et ne perce que dans le futur ; le passé n est pas même un objet d'indifférence pour lui; car, en quelque sorte, il ignore qu'il existe. L'un succède à l'autre avec les mêmes sentimens , et l'histoire demeure sans soutien. C'est comme l'Arabe oui1 Africain , qui , caché derrière une colonne , un tombeau , un tas de pierres, épie sa proie, sans penser un instant qu'il foule les ruines de la plus belle ville de l'Antiquité.

La ville de Guanaxuato est le noyau d'un g*30" nombre d'autres villes qui lui font couronne dans

les gorges , tes vallons et les montagnes qui l'entourent , et qui sont plus ou moins considérables, en proportion de la richesse des mines qui en sont l'origine. Je dis des villes, car celle qui porte le nom de la mine de la Valenziana avait plus de seize mille habitans avant la Révolution.

Avant la Révolution , à mesure que dans ces mines on pénétrait les entrailles de la terre, %n sortait sans cesse toute l'eau qui pouvait y couler ou jaillir d'une manière quelconque. Des puits profonds allaient aboutir à des couloirs, et par-là se desséchait la mine et se tirait le minerai, au moyen de cabestans. Ces ouvrages répondent aux richesses qui en étaient le but , et donnent une haute idée de la bâtisse des Espagnols. Mais pendant la Révolution tous ces soins furent ou négligés ou impossibles, et l'eau s'est emparée des mines , de celles principalement qui avaient autrefois le plus de célébrité , parce qu'elles avaient le plus de profondeur. Dans la mine de la Valenziana on pourrait faire une expédition aquatique souterraine.

Si vous voulez, nous irons faire une petite promenade sur ces montagnes et dans ces vallons, pour passer légèrement en revue les principales de ces mines.

Prenons le Canada , ou vallon , qui conduit à Guanaxuatito, à trois milles au Sud de la ville. On a appelé ainsi cet endroit comme une tfrbs atià, qui rivalisait en diminutif avec Guanaxuato, pour

la richesse de ses mines; et vraiment la magnificence des seules ruines de ses bâtimens porte à conjecturer que le nom convenait à la chose. Si l'on excepte la mine proprement dite Guanaxuatito , celle de la Sirena est la plus considérable de cette Canada : son minerai, très-argentifère, contenait beaucoup d'aloi d'or; mais elle est pleine d'eau jusqu'à son embouchure. On commence à en sortir un peu, et l'on construit à cet effet de nouvelles machines ; mais je crains qu'ils ne se ménagent le supplice des Danaïdes , car le torrent du vallon passe exactement dessus. Cette mine a donné de grandes richesses ; il faudra qu'on y puise beaucoup avant qu'elle en donne encore.

On remonte au Nord la montagne appelée pareillement de la Sirena, et l'on trouve les mines de las Anima** de Penafield, del Sol, etc. ; ces deux dernières donnent aussi un riche aloi.

Du sommet de cette montagne, mon guide me montrait plus de deux cents mines , dispersées çà et là dans des gorges, des vallons, sur des pencha ns, des plateaux, etc. , toutes renfermées dans un vaste amphithéâtre , dont la ville de Guanaxuato forme ïarena , et figure le principal acteur de ce grand Diorama.

Le tableau que je viens de vous montrer est celui du revers Occidental de la Sirena; tournant les yeux vers son revers Oriental, la perspective est toute sauvage et romantique. Au Nord , la montagne de

Santa-Rosa présente dans le lointain d'autres séminaires de mines, où les apparences de civilisation , c'est-à-dire leurs maisons et leurs clochers, font un contraste frappant avec l'horrible de ces rochers préadamites.

Endescendantle revers Occidental du côté duNord, on rencontre des mine»partout , ou abandonnées, ou de nouvel essai. La mine récemment ouverte , qui parait promettre davantage , est la San-Vincente , d'où l'on descend à la fameuse Raya , une des plus anciennes et des plus riches , qui a ménagé à son propriétaire lé nom de Marquis , comme la Valenziana avait ménagé au sien celui de Comte. Maintenant elle regorge d'eau ; son minerai est d'un aloi très-riche en or ; j'en possède de beaux échantillons. Santa-Anita est à quatre pas au Nord de la Raya; elle a été abondante; mais, pour le moment, elle ne donne aussi que de l'eau. Cette mine renfermait de jolies cristallisations en améthyste; j'ai pu en obtenir quelques-unes.

Un petit vallon sépare la Raya et la Santa-Anita du Mellado , autre mine de haute renommée. C'est une de celles qui exploitent encore beaucoup de minerai , quoique les meilleurs filons soient sous l'eau. 11 parait que, dans ses entrailles, elîe communique avec la Raya , car on dit qu*en desséchant la Raya , on dessécherait également le Mellado. Les propriétaires se sont offerts , je crois , de concourir dans les dépenses. Ces deux mines ont , comme la Sirena>

leur grand ennemi, le torrent coulant dans le vallon qui les sépare et qui passe sur quelques-unes des sinuosités souterraines de leurs galeries.

Le Mellado donne de superbes cristallisations avec des combinaisons et des modifications les plus rares, les plus curieuses. J'ai des échantillons fort caractéristiques d'une aggrégation de carbonate de fer , de chaux et de magnésie en beaux cristaux de formes diverses , d'une blancheur splendide, parsemés de quartz et de petits cristaux très-brilJans de spath perlé, séléniteux, laiteux et chatoyant Us sont aussi beaux à l'œil que peut-être intéressant en histoire naturelle ; je dis peut-être , car en fait de sciences, je suis un des bien-aimés de l'Évangile: pauper spiritu.

Des échantillons d'argent natif et sulfuré, cristallisé en cubes, en dendrites, etc., jaillissant de beaux morceaux de quartz, de spath brunissant , feuilleté, tubulaire, laminaire, intersecté de petits points brillans de différentes nuances, sont également le produit de cette mine , qui n'est pas moins riche en argent et en or , qu'elle ne l'est en tw H0tureç. Parmi ces derniers, le plus singulier que je possède , est une cristallisation feuilletée perpendiculaire de chaux carbonatée-ferromanganésifère, asper&ee d'une lanugina de spath chatoyant, d'une délicatesse telle qu'elle s'envolerait , ce semble, au plus léger souffle, reposant sur une base axn^ thistine d'une cristallisation pyramidale. C'est du

directeur de la mine que je la tiens : il la troqua complaisamment avec un petit retour de ma reconnaissance.

Le Mellado et la Raya constituent deux jolis villages qui se touchent et forment ensemble une jolie petite ville. Les moines de la Mer cède y exploitent les consciences, les mines et les ménages.

Du Mellado, on descend dans un vallon profond qu'on appelle la Canada de la Catta. La mine de ce nom réclame la suprématie sur toutes celles qui l'environnent ; noms la Calice parait offrir maintenant une exploitation plus riche ; et,- située sur un4 élévation, l'eau n'a pas pu atteindre encore tous ses filons fertiles. Les Secho, San-Lorenzo et la* Maravi lias , pour l'époque où l'on pourra les fouiller dans les régions qui sont aujourd'hui sous l'empire de l'eau, flattent encore l'espoir des spéculateurs. J'ai des échantillons de toutes ces mines , dont le minerai , plus ou moins riche,, n'offre que l'aspect de l'argent sulfuré, avec une variété de modifications et de mélanges hétérogènes; de la Catta, j'en ai un d'argent natif, répandu en protubérances sur du roc. Toutes ces mines forment encore un grand village.

Du vallon de la Catta on monte d'abord à la Tepeyac, puis à la Quebradilla, et enfin à la fameuse V alenziana. Les mines de YBsperanza et autres ne sont qu'une espèce de dépendance de la Yalenziana. Toutes ces mines ont donné autrefois de grandes

richesses à leurs propriétaires et de beaux échantillons d'étude à la science. C'est dans les coffres des femmes de mineurs qu'on trouve encore préservés quelques-uns de ces échantillons anciens. Les femmes, en général, sont très-propres à conserver ce qu'elle» croient curieux ou rare; or, elles sont les seules qui peuvent en enlever des mines , quand leurs maris, ou parens, ou amis y en découvrent. En leur portant â dîner, elles les soustraient, sous leurs jupes ou autrement , à la vigilance des Cerbères placés à l'embouchure de l'antre. Ils fouillent rigoureusement tous les mineurs qui sortent; mais ils n'osent ou ne s'avisent pas, peut-être, de fouiller, d'une main profane et toute sale, des repaires sacrés. C'est en devenant l'ami de ces femmes, à la faveur de quelque petit cadeau Européen, que j'ai réussi à en faire une collection, qui comprend quelque belle améthyste joliment cristallisée, des groupe» de quartz hyalin, prismatique, avec spath magnésien rhomboïdal, des morceaux d'argent natif, ramuleux et noir; des cristallisations bizarre», lenticulaires , tabulaires , etc. , de spath perlé , brunissant ; deux échantillons du fa* meux filon de la Valenziana, qui, dans l'année 1 799' a donné, à ce qu'on prétend, environ deux millions de piastres ; un échantillon d'argent sulfuré, capilliforme; un autre grand morceau massif de ce même métal, aspersé de poudre aurifère et de jolies petites cristallisations quartzeuses, etc. Jera-

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(4o- } masse çà et là ces curiosités , persuadé qu'en Europe elles seront peut-être de quelque intérêt pour les sa vans, ou de quelque utilité pour la science.

La description que j'en fais est purement matérielle , aidée de quelque mot technique que j'emprunte comme un perroquet, et applique de mon mieux à des caractères apparens qui semblent se rapporter à l'étymologie de différens textes de l'Évangile des Savons. Cette patience, chez un homme aussi impatient que moi , n'est qu'une preuve de plus de la dévotion que mon ignorance docile consacre au savoir. J'espère que vous voudrez bien lu* accorder quelque prix , ainsi que votre Cercle lumineux.

Les mines que nous venons de voir, et qui embrassent un espace d'environ quatre milles, du Sud- Ouest au Nord-Ouest, de Guanaxuatilo à la Valenzianaj reposent toutes sur ce qu'on appelle ici la Veta-Madre, la grande masse métallifère qui traverse cette Cordillière.

Comparez l'enfoncement des vallons où sont les mines de la Sirena, de la Raya, surtout celle de Secfio, de la Maravillas et de la Catta, et l'élévation où siègent les mines del Sol, de San-Vincente, del Mellado et de la Valenziana, et jugez de la profondeur prodigieuse de cette Veta-Madre, et partant des richesses immenses qu'elle a produites, incalculables, je crois, et de celles, moins calculables encore, que cette Cordillière renferme dans son sein. La Va-

lenziana seule fournit une grande preuve de celle profondeur : on prétend que ses galeries pénètrent déjà à plus de 5oo varras (1800 pieds «aviron ) dans les entrailles de la terre; çt M. Obregon, le premier qui commença à l'exploiter en 1 760, devenu depuis Comtede la Valenziana, trouva du minerai argentifère presque à la surface de son élévation. Il est vrai qu'il ne découvrit qu'à une certaine profondeur les trésors qui, de l'état de pauvre Espagnol aventurier 9 relevèrent à celui d'un des plus puissans particuliers de la terre.

Il est des hommes qui, pénétrant de leur œil perçant dans les plus basses régions de la terre, comme dans les plus élevées du ciel, prétendent donner la mesure de ce grand répertoire métallique; mais, comme quelques-unes des mines que nous avons vues , et grand nombre d'autres que je ne vous ai pas nommées, se trouvent sur des lignes divergentes de la ligne directe de la Veta-Madre, on serait porté à croire que cette mesure présomptive est fondée sur l'erreur. Dans ce monde, il faut a tout un nom distinctif ; on attribué donc celui de Vcta- Madre à cette ligne, où, jusqu'à cette heure, on a exploité plus de riche minerai qu'ailleurs ; mais qui sait l'étendue des régions qu'elle embrasse dans le sein de la terre? Qui sait si olle n'est pas, peut-être, qu'un bras du grand corps qui se cache encore à l'avarice Inqpaine? Ce sont des assurances, des infaillibilités dont les spéculateurs se favorisent et

( 4o9 ) trompent les crédules ; et c'est de cette manière, je ( crois, que des fourbes et d'autres habiles raisonr neurs ont vendu ou fait apprécier leur pierre philosophale à des pacotilleurs de gainées.

Je cuis descendu dans plusieurs mines, mais l'eau ue vous laisse pas aller loin.. Néanmoins, les régions qu'on parcourt dans les galeries de la Va* lenziana sont encore un monde souterrain, quoiqu'on prétende qu'il y ait plus de deux cents vartas d eau. Il est inutile que je vous occupe des détails de cette inspection , car toutes les mines portent à peu près les mêmes caractères quand elles ne sont pas distinguées par quelque phénomène , ou quel* que trait extraordinaire de la Nature.

Il y a ici, comme partout ailleurs, des ténèbres; de grands creux où l'on a trouvé plus de métal : ce sont les salons de ces appartemens ; de petites issues d'un passage difficile, où l'on n'en a pas trouvé s ce sont les escaliers spiraux du palais; des hommes , qui ne voient la lumière que pour aller à la me#sç le dimanche , et s'enquérir, comme de» révérons, si le Curé et les amis ont soin. de leurs femmes pendant qu'ils travaillent à se creuser une fortune, ou, souvent, un tombeau dans un tombeau. Il y a , plus que dans nos mines Européennes, une grande jouissance que la cupidité puise dans des probabilités plus fondées et plus flatteuses; une ardeur plus vive, où l'espoir se berce, en croyant, à chaque pas en avant , qu'un roc , une paroi ca-

(4io)

che derrière eux des richesses immenses ; richesses qui souvent échappent quoique à deux doigts de la main qui les fouille.

Tout ce qu'on a dit des malheur» et de l'oppression des gens employés aux mines est 9 depuis longtemps, ou faux ou exagéré. Ils ne sont malheureux maintenant que là où l'eau empêché l'exploitation des mines. Ils partagent avec le propriétaire des mines le minerai qu'ils exploitent; ou leur salaire, s'ils en préfèrent un , est assez fort pour eux et leurs familles 9 dans un pays surtout où le mais , le seul article de nécessité absolue, est ordinairement à très-bon marché. Les femmes et les enfans gagnent aussi leur journée ; quand ils n'ont rien de mieux à faire, ils font los buscones : ils vont glaner le peu de minerai qui demeure toujours entremêlé avec los petates , avec ces fossiles hétérogènes qui renferment le filon convoité ou l'entrecoupent, et qu'on jette comme he valant pas la peine de les éplucher. Le mouvement et la gaîté se montrent où la mine est en activité, comme à la Valenziana, à la Catta, etc. ; la solitude et la tristesse où l'exploitation a cessé, comme à la Sirena , à la Raya , etc.

Maintenant , de la Valenziana faisons une petite promenade à la montagne de Santa-Rosa , au Nord- Est, une des plus hautes Gordillières du Mexique, et qui est également une pépinière de mines.

H est des géographes qui indiquent Guanaxuato comme situé sur le revers Méridional de la monta-

gne de Santa-Rosa. Selon moi, c'est une erreur, car la montagne où nous venons de voir toutes ces mines en est totalement séparée par un grand vallon qui la rend presque isolée. C'est une montagne au milieu des montagnes, qu'on devrait appeler du nom distinct ou de la Sirena, ou de Saint-Nicolas, comme d'autres l'appellent, ou des mines proprement dites de Guanaxuato.

Quelque chemin qu'on prenne pour aller à Santa- Rosa, ou celui de la Valenziana, ou celui du Mel~ lado, on descend de leurs hauteurs dans un vallon profond qui entrecoupe ces deux montagnes de l'Est à l'Ouest; et un torrent qui descend de la même direction est une preuve que ce vallon les se-* pare jusqu'à la plaine du Baiio, où il va aboutir.

Du vallon , pour arriver au puerto de Saata-Rosa, c'est-à-dire sur le dos , d'où l'on commence à descendre son revers ou Oriental ou Septentrional, la montée est peut-être plus que quadruple de la descente des hauteurs de la Valenziana ou du Mellado. Arrivé à ce point élevé, je voudrais vous tracer une esquisse du grand tableau que l'œil y découvre et que l'imagination agrandit; mais le Jupiter des voyageurs, le savant baron de Humboldt y est passé. Ce serait audace que de vouloir peindre ce qu'il a peint; je cache donc mon humble pinceau, et vous renvoie à lui. Je me hasarderai seulement de vous dire ce qui ne pouvait pas alors tomber sous sa considérât on : on voit, au Mord-Est, le Pueblo de

appartient

ces associés ait une hacienda à lui-même, il achète le minerai de sa mine aux même* conditions que tout autre ; et le mode de cette vente est trop curieux pour que je ne vous l'indique pas. ' Chaque mine a, chaque semaine, ses jours assignés pour la vente du minerai. On létale sur la place de la mine en petits morceaux, exposés à l'examen des acheteurs. A midi 9 le chargé de la vente reçoit à l'oreille le prix de chaque convoiteur , et quand ils ont tous fait leur offre secrète , il l'adjuge en nommant celui qui a offert le plus; et Y écrivain 9 qui suit la vente, registre le monceau sous le nom prononcé. Vous croirez, et je l'ai cru moimême d'abord, que le vendeur, ne registrant tant d'offres que dans ses oreilles, peut ou se méprendre, ou oublier , ou commettre quelque partialité , et même quelque petite infidélité 9 ou volontaire , ou concertée; cependant on m'a assuré que rien de tout cela n'arrive jamais; ce qui est un prodige de mémoire , d'exactitude et de conscience. Ces ventes se font avec un ordre , une tranquillité , un silence aussi étonnans que le caractère et l'adresse du vendeur paraissent extraordinaires. Je crois qu'un homme qui a fait ce métier plusieurs années , sans qu'on ait eu lieu de lui reprocher la moindre faute, peut compter dans la hiérarchie des justes, presque des saints , et au Ciel et sur la Terre. Les Hacienderos , propriétaires de mines , ne be-

(4i5) néficient souvent que les minerais qu'ils achètent çà et là dans les autres mines ; et ce système a réminent avantage de mettre un connaisseur à portée d'évaluer tous les minerais des environs., etde pouvoir, sur d'autres mines , entrer mieux dans de nouvelles spéculations.

Ne croyez pas non plus' que toutes les grandes fortunes Mexicaines aient été faites par les seuls propriétaires des mines. Une foule d'hacienderos qui n'en ont jamais eu , se sont beaucoup enrichis par le seul bénéfice du. minerai; et s'ils ont le bon esprit d'avoir à la fois une hacienda de campo et une hacienda de plata, leur fortune, selon moi, est presque certaine , car la première produit toutes les denrées nécessaires à la seconde , et la seconde procure à l'autre les moyens pécuniaires de la faire fleurir. Elle lui fournirait même l'engrais de tant de mulets qu'on y emploie , si au Mexique on voulait s'en servir. L'engrais se transporterait avec les mêmes bêtes qui viennent y porter les denrées , et s'en retournent à la égère. Cette combinaison serait la cornucape réunie au caducée.

Mais , je vois votre impatience de savoir à quel usage on destine actuellement toutes ces mines 9 naguère si florissantes et aujourd'hui pleines d'eau? Pour le moment , on n'en fait pas grand chose ; mais il parait que les Anglais se proposent de les rappeler à leur ancien état de prospérité. S'ils y réussissent, ils auront monté un nouveau coup politique;

(4i6) car l'or du Mexique ajoutera à cette grande influence que leurs guinées et la domination des mers leur assurent déjà sur toute la terre. Qu'ils aient un égal succès dans leurs entreprises métallurgiques , dans le Guatimala, la Colombie, le Pérou, etc., et alors Us posséderont toute la principale puissance des deux plus puissans élémens : f Eau , et la Terre. L'Air se marie à ces élémens par consentement naturel ; dn Feu, on en allume tant qu'on veut, au moyen de tant de métaux incendiaire*. Les quatre élémens en leur pouvoir , ils seront , comme les Romains ( et dans des temps beaucoup plus difficiles), les maîtres du monde. Il n'y aura tout a» plus que la semi-cêlette milice , la milice des Jésuites qui pourra leur résister ; et, que les Anglais y prennent garde, avec ces Messieurs , il n'y a pas de pantomime ni de partage à faire : ils veulent tout ; et , en ruse , ils surpassent encore le Cabinet de SainfiJames. Mais , me voilà politique comme le Patquate de h comédie , et au milieu des mines de Guanaxuato. Reprenons notre promenade.

Les Anglais donc , comme nous le distons , se proposent de rendre aux mines du Mexique leur ancienne prospérité , mais ils n'auront pas peu à faire; elles ne sont plus des mines, les principales surtout , mais des Océans»

Les difficultés de les dessécher, et les dépenses préparatoires seront d'autant plus onéreuses qu'on ne saurait y employer la vapeur pour animer les

(4i7) machines nécessaires : ces montagnes arides ne fournissent que de petits arbustes, et l'on a échoué dans toutes les tentatives de découvrir quelque carrière de charbon de terre.

Sans doute les connaissances supérieures des Anglais , en mécanique ; peuvent améliorer, même perfectionner les moyens opératoires qui y existent maintenant; mais que d'années et de guinées ne faudra-t-il pas pour en assurer le succès ; d'autant plus qu'il faut aller bien loin chercher le bois de charpente , et il leur en faut beaucoup pour reproduire tant de machines brûlées , dévastées ou péries par le temps , ou les ajuster sur un nouveau plan.

La quantité immense de fer dont ils ont besoin est aussi un objet bien coûteux dans ce pays , où , pour courir après les métaux précieux , on a toujours méprisé l'exploitation des métaux de première nécessité ; ce mépris était ménagé peut-être par les Espagnols , qui se réservaient ainsi de les leur vendre , au prix de l'argent. De tels métaux, en Angleterre , sont à bon marché ; mais , avant qu'ils arrivent ici dans l'intérieur des terres, leur cherté sera exorbitante; et si jamais des convulsions politiques venaient à intercepter les transports maritimes !

Le monopole de Catjix ne demande plus sa portion, mais ici des monopolistes la veulent à sa place. Fourbes dans les affaires ', comme en nolili-

( 4i» ) que , ils ont environné les novices , venus bouchi béante \ qui, croyant posséder la science infuse dans leur Bourse, ou dans celle de leurs commettans , et raisonnant par les rêves de leur imagination, aperçoivent tout d'un seul coup d'oeil , savent tout calculer d'un trait de plume , et décident avec le fiât de leur infaillibilité. Les voyant si exaltés du passé, si aveugles sur le présent , et pleins du futur , les propriétaires des mines leur ont montré le Dorado dans le lointain d'un microcosme, et un nouvel empire sur les eaux des mines ,. comme ils en ont un sur celles de l'Océan. Les Anglais se bercent tellement dans leur confiance du succès de cette entreprise, qu'ils achètent déjà des palais pour y loger une administration qui n'a rien encore à administrer, des haciendas de plat a, qu'ils rebâtissent royalement pour y bénéficier le minerai qu'ils n'ont pas encore, et allouent de grands salaires à une caterve d'employés encore oisifs. Ils en allouent même , et de bien riches , à des fourbes qui , n'ayant rien à perdre, ont fait semblant de devenir leurs associés, .pour mieux les attirer dans le panneau et s'emparer de la direction des affaires ; direction où ils espèrent trouver ce talisman, que pour long-temps ils chercheraient en vain dans la feinte association. Gela fait honneur aux Anglais ; car, il faut le dire , tout ce qu'ils entreprennent est conduit avec grandeur et dignité ; mais ces belles qualités , réunies à la sagesse , sont plus belles en-

(4i9) core, plus utiles et plus durables. Enfin, les Anglais n'exploitent maintenant que de l'eau ; tandis que les Hispano - Mexicains exploitent à pleines mains leurs guinées.

Jusqu'ici, je n'ai vu peut-être la chose que d'un œil économique, trop borné, trop prudent, d'un œil trop italien, habitué à considérer seulement les mesquinités et les misères dont nos maîtres nous environnent de toutes parts. Mais voyons-la sous l'aspect qui s'offre probablement aux Anglais ; parcourons d'un regard scrutateur les vastes champs et les chances immenses d'une spéculation, la plus grande peut-être qui puisse tenter un particulier, et qui, selon toute apparence , n'est pas étrangère non plus aux vues de la profonde politique du grand

FOYER du MACHIAVÉLISME.

Il n'est pas douteux que les Anglais verront les entrailles de la terre engloutir de grandes sommes avant qu'ils parviennent à leur arracher ce nouvel empire; ils en laisseront même dévorer aux retour* qui les circonviennent, pour s'asservir leur avarice et les faire tomber à leur tour dans le panneau. En pareil cas, les difficultés de l'entreprise ne sont qu'un moyen de succès : les Anglais se délivrent par-là de toute concurrence. Mais qu'à la fin ils réussissent , et alors leur puissance est au comble. La pauvreté Spartiate ne donne plus des héros ni des victoires , encore moins des Empires : l'argent fait tout. Je le dis avec peine pour la morale; c'est une malheu-

reuse vérité , et ce n'est pas seulement un vice dv siècle : à Sparte, les belles tnééaittes d'or de la Perse vinrent subjuguer ses gros sous incommodes. Si Ton doit en croire Jugurtha , Rome était à lui s'il avait eu plus d'argent. César disait : avec de V argent on fait des soldats, et uvec des soldats de l'argent. Le Cabinet de Saint-James dit à «on tour, qu'a- . vec ses guinées, il trouve partout des frsinds (des amis) sur le Continent, et qu'avec ces frsmtds, il peut bouleverser, diviser et mener toutes les nations qtri dérangeraient un peu sa politique. Enfin, quand l'Empereur Maximilien s'avisait de menacer les riches Vénitiens, ceux-ci se moquaient de lui et de ses menaces, et ne lui répondaient que par le ridicule du sobriquet : Maximum ! dochi penabi. (Maximilien!... il n'a pas le sou.)

Au moment où je termine ces mémoires, j'apprends que Canning vient de reconnaître Y Indépendance du Mexique. Voyez, Comtesse , si votre profonde sagacité pourra trouver dans cette mesure de Saint-James quelque accord avec ce que j'observais tout à l'heure sur ses combinaisons machiavéliques.

Mais , dira-t-on , l'Espagne aussi possédait à elle seule une grande partie de l'or de la terre , et cependant die est devenue la plus misérable, la plus abjecte nation du monde. On peut répondre, je crois, que les Espagnols avaient beaucoup d'or et point d'industrie; que, sans industrie, toute nation

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dbàgcnère bientôt et s'éclipse; et les Anglais, les Français et les Hollandais finissaient par empocher presque tout l'or Espagnol , en paiement des productions de leurs manufactures, des denrées et autres objets de luxe des Indes Orientales, dont l'Espagne remplissait ses ports, et principalement celui de Cadix. Le reste servait à nourrir et développer , avec toutes sortes de vices, la fainéantise et la corruption du peuple et du Gouvernement. Mais, avec les Anglais, l'empire des myies, réuni à la domination de la 01er -et à l'activité étonnante d'une industrie toujours renaissante, formera une triple alliance, la plus solide et la plus formidable qui ait jama» existé sur la terre; alliance d'autant plus imposante et durable , qu'elle repose sur un concert de mêmes volontés , sur une harmonie sans contraste et sans jalousies.

De quelque manière qu'on envisage cette entreprise Anglaise, on ne saurait nier qu'elle ne «oit de la plus grande utilité privée et publique, pour les Mexicains mêmes. En ranimant les mines, elle ranime toute la machine sociale de la République.

Au Mexique, les règnes végétal et animal dépendent beaucoup encore du .règne minéral, dans ces districts surtout qui n'ont pas pu s'adonner entièrement à l'agriculture. L'agriculture elle-même tire de grands avantages de l'exploitation des mines, par <]'<énorme consommation qu'on y (ait de ses produits. Il est des habitudes, d'ailleurs, qui nous por-

tent , comme l'avarice , à nous occuper de ce qui, depuis notre enfance, est l'objet de notre industrie ; on voit ici des hommes sur qui l'habitude a physiquement opéré ce qu'opèrent moralement sur leurs adeptes certaines factions : ils préfèrent* les ténèbres à la lumière : ils sont chez eux dans les mines, et paraissent comme égarés, <piand ils jouissent long-temps des rayons du soleil.

A ces avantages économiques , il faut ajouter les avantages politiques que cette entreprise anglaise apporte à la situation agitée où se trouve actuellement la Nation Mexicaine. Elle lui ménage l'amitié, et peut-être la protection cachée du cabinet de Saint-James, sans la médiation duquel, ou tacite ou expresse , elle lutterait difficilement contre les mouvemens et les conspirations des ennemis de son indépendance; contre YEspagnolisme, extérieur et intérieur, qui ne cesse de lui tendre des embûches , pour l'asservir de nouveau sous le joug Européen.

Les Anglais, quelqu'une que soit au Mexique leur entreprise , n'y sont pas cependant les bienvenus ; ils sont vus avec des sentiinçns ingrats par ceux- mêmes qui déjà reçoivent à pleines mains leurs guinées. La jalousie et l'animosit^ Espagnoles s'évertuent à réveiller contre eux les mille préjugés de la populace. Il est vrai que les Anglais ne sont pas sans quelque faute à s'imputer : leur orgueil ne leur laisse pas sentir la sagesse de ménager celai

de§ autres , et surtout l'orgueil d'un peuple que le confessionnal a habitué à les regarder comme des kérétiques, des usurpateurs, etc. Les Anglais veulent partout être en Angleterre; ils méprisent tout ce qui n'est pas Anglais. Vous le savez : on pardonne la haine 9 mais jamais le mépris. Je parle des Anglais en général; j'en connais qui usent plus philosophiquement de leur pouvoir et de leurs connaissances. Qu'on choisisse parmi ceux-ci pour les expéditions ou entreprises nouvelles dans les pays étrangers et lointain*, Us réussiront mieux, et avec moins de guinées.

Vous serez peut-être étonnée, Comtesse, qu'on ait eu besoin de l'or Anglais pour ranimer ces mines, lorqu elles en ont tant donné aux notables du Mexique. J'aurais partagé votre étonnement , si je n'avais vu les ruines que la Révolution a laissées derrière elle; si je ne savais quelles contributions de toute espèce elle a imposées aux riches propriétaires du pays ; si je ne savais, de plus , que de grands trésors ont été enfouis , et qu'on ne peut y toucher encore, vu que leurs propriétaires espèrent les utiliser pour le triomphe d'une contre-Révolution , dont ils sont les principaux meneurs. Rappelez-vous, Comtesse, l'argent que tylina trouva enfoui dans l'hacienda du Comte del JazaI , et qui lui fut indiqué par un domestique infidèle ; cette somme n'est qu'un petit échantillon des trésors immenses , en monnaie et en barres , qui dorment depuis long-temps , et dor-

mirant encore dans le sein de la terre. Si l'on en réveille quelques-uns, ce n'est que pour les envoyer peu à peu à quelque port dp mer, et de là en- Europe; ou pour payer aux Compagnies Anglaises des traites sur Londres : c'est ce même argent Mexicain qui sert aux Anglais pour solder le prêt qu'Us ont fait au Gouvernement du Mexique; et à quelques mining compatîtes pour entreprendre l'exploitation des métaux Mexicains. Si quelque grande maison ou compagnie anglaise venait è faillir, que d'Espagnols et de Mexicains voua verriez réduits à faire de leur papier des cijarrito* * , en échange de leur plata et de leurs doublons **i Et si jamais il arrivait que les Espagnols dussent quitter le Mexique, que d'embarras, que d'incertitude*, et peut-être que de grands vols et d'assassinats en seraient la déplorable suite *** !

Mais une autre circonstance, bien puissante, a mis les mines entre les mains des Anglais-

Au Mexique , il arrive en grand ce qui se voit chez nous en petit. Que les propriétaires négligent l'administration de leurs biens, les agens font mainbasse et parfois deviennent à leur four les maîtres. Au Mexique, cette pratique est poussée plus loin qu'ailleurs; et la raison en est daire : ce qu'on ac-

* An Mexique, tous les cigarres qu'on fume sont enveloppés dans do papier.

** L'énorme banqueroute de la fameuse maison Goldsmlth , de Z*>ndres, a , quelque temps après, vérifié mes conjectures.

••* Cela s'est aussi vérifié lors de leur récente expulsion du Mexique.

< quiert sans peine ne fixe pas trop notre attention i sur les moyens de le conserver. Un peuple qui dort î la siesta une partie du jour, et consacre l'autre au jeu ou à d'autres vices , n'a pas trop le temps ni l'ardeur , quand il est devebu riche, de s'occuper de la gestion de ses affaires ; de là de pauvres Scribes, devenus Âpoderados , deviennent eux-mêmes Haçienderos, Comtes, Marquis, Gouverneurs, Ministres, etc. Le Gouverneur actuel de l'État de Guanaxuato, est YApoderado du Comte de la Valenziana , qui n'a pas le sou maintenant pour ranimer ses mines ; le Ministre des affaires étrangères de la Confédération , originaire aussi de Guanaxuato, est le grand Mentor direct ou indirect des plus puissantes de ces Compagnies anglaises , et dirige en despote , les Marquis de las Rayas, Rul, Otero, etc., les maîtres autrefois de sa famille ; obligés aujourd'hui de livrer pareillement leurs mines , faute de moyens de les dessécher. La Fortune , marchant sur une roue , ne saurait être stationnaire , et j'aime assez à la voir se promener un peu sur les différentes classes de la société , même pour qu'elle punisse et réprime l'orgueil et tes vices des uns , anime le courage et récompense les mérites et les vertus des autres; mais le mal est que, presque toujours, elle favorise les Intrigans, les Fripons et les Caméléons. Maintenant, retournons aux mines et aux Anglais, et jetons quelques petites réflexions sur l'avenir , pour le

bien des Anglais et des mines; car les uns et les autres méritent tout l'intérêt du philanthrope pour les efforts que les premiers prêtent à ces peuples (quel qu'en soit le but) en des momens si difficiles;et pour les avantages que les secondes promettent à l'indépendance M exicaine.

Vous vous rappelez, Comtesse, ce que je vous disais dans ma lettre d'Aguos-Callientes, sur la grspide question soulevée par l'Hôtel - Monnaie de Mexico, qui s'est toujours arrogé, à lui seui, le droit de frapper monnaie dans tout le Mexique; la question a été résolue par la Révolution ; puisque Ton a établi des Hôtels-Monnaies à Durango, à Zacatecas, à Guadalaxara et à Guanaxuato, où, avant cette époque, circulait beaucoup d'or et d'argent, et point de monnaie, de façon que l'argent et l'or étaient , comme toutes les autres marchandises , la proie du monopole Espagnol. Une question accessoire pend encore : ces Hôtels-Monnaies peuventils être établis partout ailleurs où ils seront jugés nécessaires ? Le Congrès général de la Confédération ne saurait se décider autrement que pour l'affirmative : chaque État a le droit de se constituer intérieurement avec tous les avantages particuliers , qui ne sont point nuisibles aux intérêts généraux de la Nation ; or , quelle n'est pas l'utilité d'un tel établissement pour la minerie , qui, autrefois, était obligée d'envoyer à la Capitale son argent , ou de le

( 4*7 ) vendre à des agioteurs, pour avoir de la monnaie pour payer ses ouvriers , et pour la circulation nécessaire du commerce du pays?

Une autre grande question se présente, selon moi , et sa solution domine , avec bien plus d'influence encore , le succès des spéculations Anglaises , tant que la chimie ne suppléera pas le mercure par quelqu'autre moyen pour séparer l'or et l'argent des matières hétérogènes qui s'y trouvent réunies dans le minerai.

Cette question nouvelle a deux branches : d'abord , les mines actuelles de mercure en donneront-: elles une quantité suffisante pour servir à tout le minerai qui sortira du grand nombre de" mines qu'on a entrepris de dessécher , surtout s\ elles recouvrent leur premier état de prospérité , qui peut même se développer par la découverte de nouveaux filons de bonanzas ( d'abondance ) ? En second lieu , peut-on en trouver assez? les avantages de l'exploitation en couvriront-ils le prix?

La stérilité toujours croissante des mines de .ce métal d'Idria , dans la Garniole , et à'Almaden , en Espagne ; la pauvreté de celles de Guamavelica dans le Pérou , qui n'en fournit pas même une quantité suffisante à cçs mines , quoique elles soient inondées , semblent répondre négativement à la première partie de la question , et il en résulte par conséquence immédiate , que si ce métal est actuellement , malgré la stagnation des mines , au prix

excessif de quatre-vingts piastres le quintal , il peut monter dans le futur à un prix au delà de tout calcul , et de toute spéculation. Je me suis mal expliqué peut-être, et je manque d'expressions dans une matière qui n'est de ma compétence que par quelquesréflexions qui s'offrent spontanément à l'aspect de ces lieux. En résumé, les Anglais devraient, avant tout, s'occuper de découvrir dans le Mexique quelques mines de mercure. On m'a assuré, comme je vous l'ai déjà dit, que dans la Sonora on en a découvert quelques-unes ; mais c'est trop loin : 1er transport leur coûterait trop ; elles ne serviront qu'à ranimer les mines du pays, presqu'entièrement abandonnées , et qu'on croit fort riches. Pour les mines du Mexique, il faudrait que les mines de mercure se trouvassent dans un point plus central. C'est un objet digne d'une recherche Anglaise, et qui, en cas de succès, leur ménagerait, avec beaucoup d'honneur, d'incalculables avantages. II faut qu'ils s'occupent aussi du moyen d'avoir de la poudre et du sel en plus grande quantité , et conséquemment à meilleur marché.

Sans ces précautions la Spéculation pourrait rencontrer de grandes difficultés , surtout si l'Autriche et l'Espagne venaient à détourner le cours de leur mercure, et que l'Espagne réussit à ranimer ces mines d'or et d'argent que célébraient autrefois les Romains et l'histoire.

Les mines de Guanaxuato offrent, je crois, un

(4*9) vaste champ aux philosophes pour exalter leur intelligence, aux savans pour exercer leur empire sur les secrets de la Nature ; mais moi , je n'ai pu vous en dire que le peu que la topographie , l'histoire et l'entendement commun ont bien voulu me suggérer. Je sens mes limites , et je m'y renferme ; vous connaissez ma bonne volonté, vous saurez l'apprécier dans ce que je me suis efforcé de vous montrer et de vous expliquer. Je ne puis davantage.

Veuillez, Comtesse, renouveler mon zèle, en égayant et ranimant mes idées par le charme de votre correspondance.

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