‹ Le Mexique (volume 3)Chapitre 25 sur 39 · ONZIEME LETTRE · texte numérisé non relu

ONZIEME LETTRE

SOMMAIRE

Tmoehtitta*, maintenant Mexico. — Les clifférens quartiers de l'ancien et du moderne Mexico ; ses barrières et ses remparts; autrefois une Venise , maintenant presque toute continentale. — Tableau statistique et critique des couvens de Mexico. — L'Inquisition, la Sainte-Hermandad. — Plan de Mexico. — La Cathédrale. — Prestige pour la multitude. — Empire despotique de l'opinion ou d'un bon mot d'un grand homme. — Le Sagrario : le Panthéon. — Merveilles et pensées du haut de la tour de la cathédrale. — Le grand volcan Popocatepetl ; les lacs Chaico et Xochimitc*. — L'ancien temple , et le nouveau, de Mexico. — La grande Place et le Palais du Gouvernement. — Le Palais du Marquisado del Voile ; histoire qui s'y rattache. — L'auteur et le Duc de Monteleone. — L'Italie , l'auteur, et la Restauration. — L'héritier du Duc de Monteleone, et son héritage au Mexique. — Cet héritage , les Espagnols , et le Ministre Maman. — Les Barbares et les Barber ini. — Magnificence , richesses des couvens et des églises Mexicains. — Le Catholicisme et les Beaux- Arts. — Histoire des Beaux- Arts du Mexique ; les Artistes Mexicains les plus célèbres; leurs étonnans ouvrages. — L'Académie des Beaux-Arts : influence de cet établissement. — Le Muséum. — La statue équestre de Charles IV. — Le Tribunal et l'École de Minerie. — L'Observatoire et le Baron de Uumboldt. — Chefs-d'œuvre en ciselure. — Le Monastère de ta Conception. — Une Religieuse et l'auteur : Réflexions. — Le Monastère de Vlnar-

nation. — Les Religieuses, •fturbide et les Prêtres. — ISAlameda : promenade publique. — Idée générale de Mexico; ses environs, ses digues, ses aqueducs, etc. — Le grand sanctuaire de Notre-Dame-de-Guadalupe; origine prodigieuse de ce sanctuaire; ses progrés. — Thomas "Woolston, Lord Bolingbrocke , Acosta et Torquemada. — Causes véritables de la Révolution du Mexique. — Causes du Triomphe des Mexicains sur la Tyrannie Européenne. —

— Le Fédéralisme et ses avantages. — Le Centralisme agite et agitera à jamais la Colombia, la Guatimala, le Pérou, etc.

— Les Àmphictyons et la Ligue Achéenne. — Progrés des Mexicains pendant le séjour de l'auteur au Mexique. — Sagesse et modération du Gouvernement Mexicain. — Les calomniateurs, les mauvais prophètes des Mexicains ; prophéties de l'auteur. — * Forme et progrès de leur Gouvernement. — Le personnel du Gouvernement : le Président Vittoria, le Vice- Président Bravo, les Ministres, le Congrès , le Sénat, l'Ordre judiciai re , etc. — Éloquence et sagesse du Prêtre de ia Llave, Ministre du Culte et de la Justice. — Le Pape Lambertini et l'Évangile. — La Religion : réflexions politiques ; aveu conûdentiel et remarquable de Boyer, Président de San- Domingo. — Les Papes auraient besoin de connaître ce que sont au Mexique la Religion et le Clergé. — L'Ambassadeur Mexicain à la Cour de Rome. — La politique des Puissances Étrangères envers le Mexique. — Désintéressement des Députés de la France et de l'Angleterre ; avarice coupable de ceux du Mexique.

— Le génie politique des Mexicains. — Les Journaux Mexicains.— Grande question, controversée entre le Gouvernement fédéral de la République, et le Gouvernement particulier de l'État de Mexico. — Opinion de l'auteur, et Histoire de la Capitale fédérale de 'Washington. — Palais on siègent Us Congrès de la Confédération et de l'État. — Les habitant

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can, entre l'Occidentale et la Septentrionale; et celui de San - Sébastien , Atzacuatco , entre la barrière Septentrionale et la barrière Orientale. H n'a point de murailles , mais son enceinte est, de toutes parts, close de fossés et de marécages qui en défendent assez bien les approches.

On nous a toujours peint l'ancienne viHe de Mexico comme Venise, bâtie sur des îlots, au milieu d'une lagune , je veux dire dans les eaux du lac de Tescuco ; maintenant elle appartient presque toute au continent, du côté surtout de l'Ouest , les eaux de Tescuco s'étant beaucoup retiFées. À l'Est, au Sud et au Nord^on l'approche encore sur des calzadas , sur des digues qui ont leur base dans les marécages du Lac.

Mexico est la ville sainte de l'Amérique; ou du moins ses bâtimens sont la plupart sacrés, il y a 26 couvens de moines : quatre de Dominicains : el Convento Grande, Porta Cœli, la Piedad et San-Jacinto; cinq de saint François : elCovento Grande , Sant-Iago de TlateMco, Recoleccion de San-Costne, San-Fernando de M issioneros de propaganda fide, et losdescalzosdeSan-Diego; quatre de Saint- Augustin : elCovento Grande jSan-Pablo, et los hospiciosdeSan- Nicolas et de San-Toma*; trois de la Merced : Convento Grande y San-Pedro Pas quai de Belen, et la Merced de las huertas; un de Carmes; deurxdeSan- Juan de Dios ; deux de la orden de la Caridad^ San- Hippolito et lo Spirho-Santo ; un de los retigiosos

Betlemitas ; un de los Canonigos Regulares de San- Antonio Abad; un de S an-Felipe Neri; un de loi Monges Benitos ; un de los Padres Agonizantes , et deuxde Jésuites : elNoviciado et la Professa , c'est-àdtre,lecouventdesnovices,etceluidesvieux/fcniznfr. Vous savez que ces messieurs tenaient toujours leurs néophites loin des initiés, Matadores , afin de leur rendre inaccessibles les hauts mystères de Tordre, tant qu'ils ne s'étalent pas bien épurés au creuset d'un long noviciat et soumis à mille sortes d'épreuves.

On comptait vingt Couvens de religieuses; sa* voir : El Convento Reaide la Conception, de Regina, de Balvanera; el Convento Real de Jesus-Maria; el Convento Real de San-Geronimo; la Encarnaccwn; San-Lorenzo; Santa-Ines; San-Josepk de Gracia; San-Bernardo; San$a-Teresa-la-Antigua ; Santa- Teresa-la-Nueva ; las Capucinas; Santa-Brigida; la Ensenanza, ou Salezas; Santa-Catalina deSena; Santa- Clara; S an- Juan de la Penitencia; Santa- Isabel; el Corpus Christi de Senoras Capucine Indias. Tous ces Couvens, si Ton excepte les Jésuites et les Bétlémites, conservent encore leur pleine activité.

Plusieurs sont de petites villes, renfermant dans leur enceinte d'autres Églises et Confréries, outre l'Église et le Couvent principaux. Le Grand San- Francisco a, dans ses murs, de plus que la grande Église, celles de Xorden tercera9 de San-J&tp^

de los IndioSy de de Nuestra-Senora de Aranzazitj del Santo-Christo de Burgos et de Nuestra Senara de Balvanera. On compte peut-être une centaine d'autres établissemens sacrés, comme les Paroisses, les Sagrarios, etc. Et ce qui n'est pas Églises, Couverts, et établissemens sacrés, appartient presque tout aux établissemens sacrés, aux Couvens et aux Églises. Des rues entières sont la propriété de moines, de religieuses, de cohfrères, etc.

Ce petit aperçu statistique me conduit à conclure qu'il n'est pas étonnant que dans un tel pays le spirituel empiète si puissamment sur le temporel; et toutes les autres villes principales du Mexique ressemblent en ce point à Mexico. Ajoutez les maisons de l'Inquisition, de la Santa-Hermandad, de ï A cor dada, de las Missiones, de la Cruzada, de las Temporalitades, les grands évéchés, prebendas, etc. , et imaginez quel petit empire avaient ici les humbles apôtres de Notre-Seigneur, auxquels il a dit, Regnum meum non est de hoc mundo; imaginez à quels abus, à quelle licence, a dû entraîner le vaste pouvoir profane, ces prétendus ministres du sanctuaire. Rome, le siège du vicaire de Christ sur la terre, la capitale du monde catholique, n'offre peut-être pas autant d'élémens de domination mixte que Mexico. Là, au moins, la volonté cède quelquefois à la décence ; ici l'on ne connaît d'autre frein que la satiété, l'assouvissement de tous les

( iM) et de toutes les passions. Mais continuons à nous promener sous un point de vue tout matériel dans cette métropole transatlantique.

Le plan de la ville est carré; les rues sont spacieuses et tirées au cordeau ; richement ornées de grands et beaux bâtimens. Les principales vteonenl aboutir, des quatre points cardinaux , sur la grande place : ce serait précisément Une image de Tarin. si la place de cette dernière ville n'était bouchée au Mord par le Palais du Roi.

Au Nord de la grande place, s'élève, surprenante et majestueuse , la Cathédrale. C'est devant elle que, comme les Anciens devant le temple de Béfus, ou d'Osiris, ou de Jupiter, nous devons d'abord nous prosterner : elle mérite toute notre vénération. C'est un de ces bâtimens qui inspirent vraiment ce que signifie l'étymologie de temple de la contemplation , et font croire, ajoutant ainsi à l'opinion de certains philosophes, que si Dieu n'a pas besoin de temple, les hommes, au moins, ont besoin d'un endroit qui les dispose à mieux se recueillir pour s'élever à là hauteur de la Divinité dont ils sont l'image.

La façade est imposante, quoiqu'un mélange A' licence et de caprices architectoniques. Je ne m arrêterai pas à la superfluité de ses ornemens; cette manie Bcrorhinetque a plus de vogue encore que la plus s«£e critique des imitatenrs de Vitruvt\ *

( i87 ) Palladius, de Sansovfti, otc. De petits ornemens sur l'extérieur d'un grand édifice sonl comme des mouches sur un éléphant : ils interrompent l'œil 4>du spectateur sans le fixer; c'est du travail perdu ; ,,ce sont des épisodes nuisibles à la noble simplicité , qui doit régner sur tout ce qui n'est pas à portée , d'un jugement de détail. Précisément, les plus beaux ornemens de cette façade sont placés à sa . partie la plus élevée ; il faut , pour les voir, un té* lescope , et du torcicollo. Cette partie , on l'appelle la partie Italienne , depuis qu'un grand voyageur l'a ainsi baptisée. C'est du mauvais goût dans les arts, et une calomnie de plus contre la pauvre Italie. S'il avait dit Turque, tout le monde répéterait Turque. Malheur au bon sens quand un grand savant consacre <une sottise ! elle devient bientôt un oracle. On a répété long-temps, et quelques-uns répètent encore , que les poissons ont été les progéinteurs des hommes : pourquoi? c'est que Thaïes avait enseigné aux Grecs que ltfau est le premier principe de la Nature , et Maillet, sur ces données, avait bâti un système à peu près semblable. C'est l'autorité du grand auteur de l'Histoire naturelle qui fait redire de leur chaire à des professeurs, que les coquilles sont les matériaux dont la Nature s'est servie pour former plusieurs pierres ; que la chaux, la marne, etc. , ne sont que de la poussière, des fragmens de coquilles. Ci c'était votre très-humble pèlerin qui osât prononcer de pareilles bêtises, on

( «8* ) me pendrait , sans miséricorde , dans tous les journaux littéraires et non littéraires :

llle crucem prttium sceteris tulit, hic diadema.

La façade est surmontée de deux côtés par deux belles tours. Je n'aime pas cette monstruosité ; c'est à mes yeux une anomalie en architecture. Les tours, selon moi, doivent être entièrement isolées : et votez vraiment quels beaux monumens de l'art forment par elles-mêmes la tour de Saint-Marco à Venise, celles des Cathédrales de Florence et de Pise ! il faut cependant pardonner à l'architecte la distribution de ces tours, en considération de la beauté et des proportions qu'il a su y combiner. Des critiqua l'ont blâmé de ne les avoir pas faites plus hautes : eh quoi ! cette façade a maintenant les oreilles de lièvre; elle les aurait donc eu de bourique , comme l'Église de Westminster. Pour moi, \e les admire, et quoique peu élevées, elles sont bien loin de paraître deux ècritoireS) comme celles ajoutées, parles Barbarini, au Panthéon à Rome, et par Wren^ au Saint- Paul de Londres.

Un grand défaut, à mon idée, ôte beaucoup à la majesté extérieure de ce superbe édifice : c'est que l'atrium est au rez-de-terre. Rien ne relève plus fa majesté d'un temple qu'un grand escalier, ou une rampe qui conduise à son entrée. Voyez comme la Cathédrale d'Arezzo se montre presque céleste par ce bel escalier qui en fait presque tout le tour. Si un vaste parvis ouvrait devant elle une perspective

( i89) ointaine, graduant la montée vers la petite aomnité sur laquelle elle est sise , la Divinité s'y montrerait dans toute sa majesté aux yeux et à l'imagination de l'homme. Enfin un grand temple , sans •in grand escalier qui y conduise , est comme un rône au niveau des sièges des courtisans qui l'environnent.

' L'intérieur est léger et en même temps magnifique: combinaison difficile. C'est une belle et vaste croix latine , surmontée , au centre de ses jonctions, par un grand dôme, reposant sur quatre piliers aussi hardis qu'élégans. Cinq nefs en partagent la largeur , qui est de soixante-quinze varas *, et en mesurent toute la longueur, qui est de cent trentetrois varas. Ces dimensions sont de la plus belle proportion : l'œil s'y reposerait enchanté , ravi , s'il y voyait deux nefs de moins, et que le chœur ne bouchât pas presque toute celle du milieu. Je vous renverrai ici aux réflexions déjà faites à cet égard dans la Cathédrale de Guadalaxara ; mais la sublimité morale qui découle de ce système de placer le chœur devant le grand autel, ne compense peutêtre pas la majesté physique qu'il dérobe à un grand temple, comme celui de Mexico.

La grandeur des sacristies ne répond pas à celle de l'Église ; mais on y remarque des peintures superbes des meilleurs pinceaux Espagnols ; des pin-

* La vûfûê est plue qu'un* aune.

( i9o ) ccaux Créoles s'y montrent aussi d'une'mauière distinguée. C'est dommage qu'on ne puisse presque pas les voir; elles sont placées sous un faux jour, et dans des pièces extrêmement sombres , faute double et impardonnable sous un si beau Ciel.

L'Église, jointe à la Cathédrale (el Sagrario). celle qui sert aux fonctions paroissiales y est selon moi un accessoire plus grand que, le principal. comme morceau d'architecture. C'est un grand carré qui wyut la forme du Panthéon ; comme le temple du Vatican , plus je le voyais , plus il grandissait à mes yeux.

Je ne vous parlerai pas de leurs richesses en ornemensd'or, d'argent, de pierreries, etc.; elles déliassent mes calculs; et notez que beaucoup ont déjà glissé en Espagne. Vous le sentez , .quand on a une conscience assez imperturbable pour se soustraire à des ouailles , et mieux aimer courir où des passions nous appellent que gouverner leur destinée spirituelle , on ne retourne pas les mains' vides aux montagnes des Asturies et devant des Marâtres de qui on attend, pour récompense de sa désertion , un de ces humbles évêchés de l'Espagne.

C'est sous le cruel Philippe II, qu'on jeta la première pierre de ces grands édifices réunis ; ils faron t achevés sous le règne du débonnaire Charles II. qui, plus par faiblesse que par volonté, légua une guerre terrible à ses sujets.

Saint Hippnlyte est le patron de la Cathédrale.

( 19» ) 3n l'a consacrée sous ce nom pour fêter le jour de 'entrée des Conquistadores dans Mexico. Tous les tns , au retour de ce jour , on faisait une grande procession pontificale, exactions de grâces, pour :et heureux événement. Remercier la Divinité en pareil cas , c'est vouloir la rendre complice d'horreurs qu'elle abhorre , ou s'associer aux Grands pour de grands crimes, afin d'ébloui? et rendre muets les Petits. -

Montons maintenant sur une de ces tours , pour jouir de là -haut du grand spectacle qu'elle domine.

Voyons le d'abord à la levée du soleil, je veux dire quand le soleil surmonte le sommet des hautes montagnes qui s'élèvent à l'Est et au Sud, et forment au centre de l'Anahuac cette célèbre vallée qu'on appelle de Mexico.

Des vapeurs légères, formées par les eaux qui couyrent, comme en neumachie, presque toute Yarea de ce grand amphithéâtre, éclipsent comme d'un voile transparent les profonds lointains de l'horizon. Le spectateur curieux cherche en vain à le percer de ses yeux avides pour atteindre les objets qui s'y meuvent derrière, il n'en saisit que l'ombre. Il lutte plus inutilement encore, quand le soleil, ne dorant que la crête des montagnes , comprime, en les chassant , ces vapeurs importunes contre le profond de la vallée. Mais qu'il est beau , Comtesse , de les voir se resserrer comme en une couche de

( »9») Vénus , à mesure que les rayons du soleil acquirent de la vigueur, et les dardent contre la surlke de la terre , qui les dévorent à la fin , ou les fat engloutir par ces mêmes-eaux qui les ont produite*' Alors la grande toile est levée , et le spectacle le pte imposant se présente à nos regards , soit qu'on le* élève vers ce beau Ciel, dont le pinceau deDéjardin ne saurait rendre l'azur ; soit qu'on les arrête sur la terre, qui offre de fous côtés* des scènes que Claude essaierait en vain d'imiter. Et qui pourrait peindre le grand Volcan de Popocatepetlj au Sud- Sud-Est, élevant au Ciel son encens, perçant de sa cime les régions aériennes à 2,771 toises (Hurnboldt) au-dessus du niveau de la mer, et redoublant sou offrande , en se renouvelant , comme dans un miroir, dans les eaux du Chako et du \ocY1Vmilc0, qu'il nourrit lui-même de la fonte de ses neige éternelles ? Qui décrira le contraste frappant de col lines les plus riantes, les plus variées , avec des rochers les plus escarpés , les plus romantiques , qui surmontent la vallée à l'Est et à l'Ouest? Qui peiudra , enfin , la débouchée , au Nord , dont Vélévalii* insensible se perd dans les brouillards du lointain? Et ces villages répandus dans ce vaste bas sin , dont quelques-uns semblent sortir avec lettr

clocher du sein des eaux des lacs , tous grands tf sodés et grands acteurs sur la scène? Et le mer* veilleux panorama de Mexico et des environs <p vous avez sous les yeux? Et les pensées qui vienne

( «93 ) vous agiter sur le passé , vous étonper du présent,

et vous faire pénétrer de mille vagues conjectures

à travers l'avenir? Ce sont des tableaux et des émc-

tions que ma pluiïie ne saurait vous tracer, mais vous saurez les imaginer.

Encore un mot sur cette Cathédrale. Elle est sise sur le même terrain où s'élevait le grand Théocalli, Que n'employait-on , au lieu de le détruire , ce beau monument de l'antiquité Àzthèque pour servir de base à la Cathédrale, d'où elle eût dominé , comme d'un trône vraiment divin , toute la ville et la vallée? Ces deux grands colosses réunis auraient formé le plus beau séjour que la Divinité ait jamais eu sur la terre, et un édifice unique dans son genre. Quelle grandeur !. . . Quelle majesté ! . . . Quel spectacle surprenant !... Je ne peux en détacher mon imagination. Il aurait attiré bien d'autres pèlerins que moi du monde entier. Mais les Orthodoxes me répondront : « Nolite miscere sacra profanis. m Ce serait interpréter bien mal le sens de l'Ecriture : c'est des langues impies , imprudentes , dont elle entend parler par ce précepte. Elle dit aussi : Sanctifiez les endroits impurs. On utilise de la sorte, en accomplissant le vœu de l'Évangile , ce que la superstition se plaît à vandaliser. Et ne s'eston pas servi d'une grande partie des pierres du Théocalli pour bâtir la Cathédrale?

La Cathédrale forme , comme je vous l'ai dit , la partie Septentrionale de la grande place. Le palais ,

T. II. i3

( 194 ) autrefois des Vice-Rois, maintenant du Gouvernement , en longe toute* la partie Orientale. C'est un grand carré isolé , qui peut-être a plus d'un mille de tour; c est la résidence du Président , et le dicastère de tous les ministères , de tous les tribunaux , et d autres départemens administratifs; c'est le siége#de l'Hôtel-Monnaie , le seul jadis dans le Mexique , partant riche et célèbre , mais paralyse aujourd'hui par la concurrence d'autres Hôtels que la Révolution a sagement élevés dans plusieurs provinces. Ce grand palais contient encore d'autres établissemens publics, un quartier de soldats, et le jardin botanique. Des cours spacieuses et de beaux portiques en resserrent , à l'intérieur, la grandeur et la magnificence.

A l'Ouest de la Cathédrale s'élève le palais del MarquUado del Faite. Il faut que je vous explique ce nom par une petite narration, où je me permettrai de glisser aussi par incident votre très-huniMe serviteur.

Vous savez que Cor tes, comme Colombo, eut la douleur de voir l'envie et la calomnie conspirer contre lui. Dans une Cour aussi soupçonneuse et corrompue que celle d'Espagne, il ne fut pas difficile de le faire passer comme ambitieux, et de le mettre à deux doigts de sa perte. Il était encore au Mexique, que le ministère envoya un Vice-Roi prendre les rênes de ce Gouvernement, qu'on avait, en quelque sorte, octroyé à sa famille comme tu*

( «9r> ) récompense de la Conquête. Cependant le sentiment de la décence et de la gratitude criant un peu fort, le Roi lui accorda en propriété une grands étendue de terres, qu'on érigea en Majorasœ, soUs le titre de MarquUado del Vallo, le marquisat <fe la vallée â'Oaxaca, qui renfermait la plus grande partie de terres allouées* Le Roi, à l'exemple du pape Alexandre VI, faisait don de ce qui ne lui appartenait pas ; mais, ce qui est plus monstrueux encore, c'est qu'il donnait avec ces régions, tous les Indiens qui les habitaient, de façon que ces malheureux se virent à la fois dépouillés de leurs propriétés et livrés au plus affreux esclavage. Qui ne frémirait d'indignation au souvenir de telles horreurs?

Ce marquisat passa régulièrement à toute sa descendance, qui finit par une femme, mariée dans la maison des Ducs de Moriteleone, à Naples; ce fut donc l'aîné de la maison Monteleone, qui de-» vint de droit l'héritier de ce grand Majorasoo. Mais on n'en tirait pas le gain attendu : les ministres, les Vice-Rois, las Audiencia$> etc., tous se plaisaient à mettre la main dans cette riche cornucope ; tout le monde en tirait quelque fruit ; et la rapacité des administrateurs ne demeurait pas oisive.

11 vous souvient qu'en 1812, ma santé était trèsdélabrée, et que les médecins , attribuant quelquefois les maladies à ce qu'ils croient pouvoir flatter les malades, disaient qu'il me fallait un peu de re-

( »96) pos, changer d'air, etc. Le Grand-Juge, ministre de la justice, m'accorda un congé d'absence, et je fus passer l'hiver à Florence. Là, j'eus l'honneur de faire la connaissance du Duc de Monteleone, qui venait de Paris, jadis Ambassadeur pour Murât, à la Cour de Napoléon. Il daigna m'ouvrir son amitié et agréer la mienne. Ses bontés pour moi, et ma dévotion pour lui, augmentant tous les jours, se changèrent bientôt en la plus étroite intimité. 0 me parla de son Marquisat Mexicain. Voyant déjà de la pélegrinomanie dans mes désirs, il me proposa, si je voulais y faire un voyage, d'y régler ses affaires.

Conseiller à une Cour Royale, et sachant que le Vice -Roi m'avait proposé comme Président à la sanction de Napoléon, c'eût été une ingratitude d'abandonner mon poste, et même une bassesse dans un temps où les affaires politiques et militaires commençaient à menacer ruine : nous remîmes donc la partie à d'autres temps.

Cependant lord Renthink vint débarquer à L'ivourneavec ses troupes, de toutes les couleurs, proclamant Y Indépendance Italienne, qu'il alla enterrer au marché de Gênes. Il venait de Sicile, et portait des lettres pour Monteleone. C'était son beau-frère, le Comte de San -Marco , et d'autres de ses illustres parens, qui lui apprenaient que le Roi Ferdinand avait fait lever la saisie fiscale de ses domaines en Sicile; qu'il tirait un voile sur les vertiges que h

( l91 ) Révolution française avait apportés en Italie, lui rendait sa grâce et son affection , et qu'il le verrait avec plaisir se rapprocher de lui. On l'assurait qu'H n'y avait rien d'insidieux dans l'expression de ces sentimens ; qu'il n'avait rien à redouter, puisque Carolina n'était plus là. Il ne tarda pas à partir sur un vaisseau Anglais, et rentra fêté par les siens, comblé de bontés par le Roi.

Au milieu de ses consolations et de ses grandeurs, il n'oublia pas, vous le savez, votre serviteur, qu'il honorait, comme vous, du titre précieux d'ami. Il m'écrivait souvent, et me rappelait parfois l'affaire du Mexique.

La Restauration, qui empiétait impitoyablement sur tout, avait aussi détruit le plus bel édifice que l'Italie ancienne et moderne eût jamais consacré à l'Humanité : l'ordre judiciaire et l'administration de la justice créés par Napoléon *. J'étais donc li-

* Le lecteur qui sentirait quelque sympathie pour moi aimerait peut- Cire a savoir que la Restauration n'eut pas la satisfaction de me balayer devant elle comme tous mes collègues .* je la prévins, et je rappelle avec quelque orgueil cette circonstance.

Deux ou trois de ces Variation, qui transigent facilement avec tous les temps et toutes les opinions, avaient déjà adjoint à la Cour, en qualité de suppléans , des hommes qui méritaient plutôt d'être jugés que juges, mais dont on croyait se faire des protecteurs pro futurU contingentihus. D'un caractère peu malléable , et le moins cérémonieux dans le langage que me dicte ma conscience ou ma dignité , je refusai nettement de siéger dans l'enceinte auguste de la Justice avec-cette sorte de quorum ; je protestai formellement devant toute la Cour réunie , déposant ma dé-» mission sur le bureau du Premier Président. Les Autrichiens occupaient alors pour Sa Sainteté le* Marches d* A ncône (prises sur Murât) : leCom-

( «9») bre alors, la Cour ayant été remplacée par l'Inquisition, les juges par des Jeffery; et je voyais avec plaiiir que le bon Duc daignât toujours flatter mon inclination ambulatoire. J'étais sur le point de partir pour la Sicile, où il m'avait fréquemment invité avec une insigne bonté, quand une lettre de son secrétaire m'annonça sa mort. Des chagrins amers avaient, en peu de jours, dérobé à la société un de ses plus illustres, plus aimables ornemens ; à ses amis, l'âme la plus noble, la plus généreuse; aux siens, le parent le plus aimant et le plus digne d'être aimé.

Son héritier , le Duc actuel , que je n'ai pas l'honneur de connaître , volait , de son imagination , plus ardemment encore que sqn péra, sur ce Dorodo réel ; il disposa tout pour le resserrer dans ses mains, et chargea de l'exécution de ses volontés M. le Comte Luchesi, frère du Prince de Campo-Franco, dont le jeune Duc venait d'épouser la fille. M. le Comte s'acquitta avec talent de la commission; il sut tirer parti de ce qu'Iturbide convoitait la cUentelle des grands , pour s'en faire un appui. En lui

missaire Impérial te refusa à ma demande. Je pris ma démission A /«urfo, et me retirai à la campagne. J'y Tirai» depuis deux mois frettt ma§oêik , sirar wmiathtm pritea.gemg , quand la Rattaurmtùm Tiat obaMer la Coer , les Juges et la Justice» Ceux qui comptaient le pbi» sur leu» aaanege» et leur souplesse politique , furent éeondnits de plus mao«i* gvAce encore que tons les autres. C'est une bonne leçon pour qoieooese croit qu'on puisse si facilement tiaasiger arec de viméls* hmbàmém, à* v'mUêê perruques , eut n'ont rim apprit vtritn ouklfi.

( '99 ) faisant sa cour , il obtint , pour sou commettant, la réintégration du Marquisado , qui avait été , en quelque sorte, séquestré pour le compte du Gouvernement , et que la Révolution menaçait et menace encore de confiscation.

11 est impossible de vous montrer les richesses de cet héritage; qu'il vous suffise de savoir qu'une grande partie de ce qui n'appartient pas aux moines, aux religieuses , etc. , dans la ville , est la propriété de Monteleone ; et que des régions immenses dans la province d'Oaxaca et ailleurs , sont sous la rubrique du Marquisado del Valle. Les millions de têtes de bétail qui se trouvent encore dans ses haciendas , formeraient seuls un des plus riches patrimoines Européens. Tels et si vastes étaient les domaines de ce Marquisado > que Cortès , au lit de la mort , prescrivait à son héritier , dans son testament , c de consulter les théologiens sur les richesses immenses qu'il avait obtenues comme récompense de la Conquête; de s'enquérir si la possession de tant de biens volés aux Aztèques était légitime ; si les lois divines ou humaines permettaient de les dépouiller ainsi, et de les réduire à l'esclavage, par cela seul qu'ils n'étaient pas Chrétiens ; il lui prescrivait enfin de les rendre aux anciens propriétaires ou à leurs héritiers , avec leur liberté, si les casuistes réputaient injustes toutes ces usurpations. » Il paraît que, ou cet héritier n'en a rien fait, ou que les

casuUtes n'ont pas été bien scrupuleux : ce Marymsado est encore tel quel.

Les administrateurs avaient envahi la plupart des revenus de cette grande Cocagne ; c'est ainsi que de misérables Espagnols , qui étaient venus égratigner le pavé de Mexico de leurs clous biscaïens, sont devenus millionnaires. Les chasser, c'eût été ouvrir la porte à d'autres qui se seraient senti la rolonté ou le besoin d'en faire autant ; les animaux gras dévastent moins un terrain que les maigres : M. Luchesi a donc eu la sagesse de transiger avec eux pour le passé et l'avenir; il les a presque tous maintenus dans leurs emplois. Pour s'appuyer aussi , comme les Mineurs Anglais , à l'influence d'un homme qui sait faire valoir les prestiges d'une faveur aveugle, et qui a le pied dans tous les étriers , il en a confié , avec la procuration générale , la surintendance à M. le Ministre des affaires extérieures. C'est l'homme foshionable du jour; tout le

monde croit y trouver son affaire, et il fait les siennes

à merveille.

]\J. le Comte de Luchesi est déjà rentré en Sicile , pour rendre compte de ses opérations à M. le Duc de Monteleone, qui doit en être satisfait Voilà l'histoire du Marquisado del Valle, ab wo usquead mala. J'ajouterai , comme un hùrs-d'&uvrt, que Monteleone , avec un tel surcroît de richesses, et quoique déjà par lui-même l'un des plus riches Magnâtes de l'Europe , allait tomber dans la p'us

? grande détresse , par une suite des péripéties de la Révolution, si la main généreuse de Napoléon , quit l'estimait beaucoup , n'était venue à son secours.

Le palais du Marquisado était autrefois le palais r du Gouvernement , et celui du Gouvernement , le , palais du Marquisado. Une ordonnance royale en fit . u n échange ; e t , vraiment , l'un était trop étroit pour le premier , et l'autre trop spacieux pour le second. C'est un beau bâtiment; il contenait quelques manuscrits précieux ; mais quod non barbari fecerunt bar barini , comme dans le palais du Gouvernement. 11 est sis sur l'endroit qu'occupait le palais de Moctezuma. C'est le plus illustre souvenir qui maintenant le distingue.

Les églises et les couvens de Saint-Augustin , de Saint-François, de Saint-Fernando, de Saint-Dominique et de la Professa, méritent l'attention même du voyageur qui arriverait directement de Rome. Grandeur , magnificence , majesté et richesse, et les beaux-arts y ont tout prodigué, et en ont fait de superbes muséum. La peinture sur* tout y domine d'une manière admirable.

Le Catholicisme , par la multiplicité des temples , des objets et des images qu'il consacre à son culte , est partout le grand protecteur délie tre arti sorelle \ Mais je n'aurais jamais cru qu'il e&t pu leur faire passer l'Atlantique avec tout leur luxe , leur élé-

• U$ trois Arts sœurs, l'Architecture , la Peinture et la Sculpture,

gance et leur beauté. J'imaginais, et les mines favorisaient ma conjecture , qu'au Mexique , les riches** si vantées de ses temples , de ses palais , etc. , consistaient simplement en une grande profusion d'or et d'argent. Un étalage si extraordinaire de talens, de beaux-arts dans cette partie lointaine de la Terre, m'a donné le désir d'en recueillir, çà et là, une petite histoire; elle vous intéressera , je crois, d'autant plus qu'elle est également inconnue ici et au delà des mers , et que vous y verrez des Indiens s) placer au rang des plus habiles artistes.

Les mosaïques en plumes, que j'ai illustrées dans ma lettre sur le Mechouacan, et les quatorze petits tableaux qui vous ont montré, dans ma précédente, toute la Dynastie des anciens Rois de Mexico , doivent être considérés, à mon avis, comme les chaînons entre les beaux-arts de l'ancien Ànahuac et ceux du moderne. Ces chaînons ayant été faits au moment même de la Conquête, touchent à l'apogée de leurs beaux-arts , comme unissant l époque où le naturel des Indiens leur avait donné le plus de lustre et celle où les modèles , apportés par les Espagnols, commencèrent à seconder la nature, et perfectionnèrent le produit de ses natives inspirations, en répandant les notions du dessin. La transition de ces deux périodes dut donc être plu* brusque ou moins insensiblement ménagée qu* dans notre Vieux Monde , où presque toujours les beaux -arts joignent une vieillesse décrépite

là une jeunesse capricieuse et sang expérience.

Après la Conquête, le premier artiste Européen qui apporta ces lumières dans le Mexique, le premier au moins que j'aie pu retrouver dans mes re- ; cherches , fut un certain Arteaga. Un tableau , la , Visitât ion de la Vierge à santa Theresa-l' Antiguay fait connaître que son pinceau appartenait à ce style élevé, expressif et touchant qui distinguait alors l'école Espagnole. Il était aussi architecte , et c'est peut-être à lui que sont dus une partie des beaux édifices de la ville. On croit qu'un Indien, nommé Tetpochtepico, et qu'on prétend l'auteur de mes quatorze tableaux chronologiques, a étudié sous cet artiste, et a fait avec lui de grands progrès. C'était un Indien du Mechouacan , l'Attique de l'ancien Mexique.

Christobal Villalando vint après; il était pareillement peintre et architecte. On voit de superbes peintures de lui à Saint-Augustin et à Saint-François ; s'il est vrai que le dessin de l'église Saint- Augustin soit son ouvrage, certes, c'était le Palladius de sa nation. A mon avis, c'est l'édifice le plus hardi, le plus majestueux qui soit au Mexique. Il a peint à Zelaya , à Queretaro et ailleurs ; et partout son pinceau a été admirable.

Le Révérend père Prieur des Augustins m'a montré un tableau sur bois, qu'an laisse dévorer par la poussière, dans un corridor du couvent. Il l'attribue i ViUapando, sans se douter qne c'est peut-être ua

( *o4 ) des plus beaux ouvrages de Morillo. C'est un saiof Pierre qui se repent d avoir uié trois fois notre Seigneur. On y voit la grossièreté et la faiblesse d'an humble pécheur, le repentir humain marié à un divin espoir, que répand déjà sur ses traits la grâce, avant-coureur du Saint-Esprit, qui doit résider en lui. Les traits du coq expriment tous les reproche* amers dont il perce son cœur de son chant indigné et pénétrant. La solitude de la scène est (a plus sombre et la plus touchante : on s'y promène dans la plus profonde contemplation, sous des arbres touffus, au milieu d'antres et de rochers. Le romantique, le sublime, le terrestre et le céleste, tout y est peint de la manière la plus frappante , et le sujet rappelle, avec la plus naïve expression, les tant d'autres apôtres qui, tous les jours, nient, par leurs actions néfandes, ce divin Rédempteur, que leur voix hypocrite offre sans cesse aux autres comme modèle à imiter. Si quelqu'un de nos amis vient à Mexico, qu'il ne laisse pas de voir ce chef-d'œuvre de l'art, en supposant qu'il l'y trouve encore; mais en y allant l'admirer souvent , je crois en avoir relevé un peu trop le prix aux yeux de ces Révérends Pères qui céderont, en conséquence, à la tentation de le faire disparaître.

Le troisième artiste Espagnol fut Baldasar Chaves. Il a laissé, de bien beaux tableaux à la Profesw- Ou y voit beaucoup de la manière du Guercino.

Le dix-septième siècle eut grand nombre dartis-

( **5 ) es Mexicains, la plupart élèves de ces trois artistes. ,es plus illustres furent Manuel Oretlano, Antonio {qui 1er a, José Torres, Clémente Lopez^ André* Lo~ ez et Herrera, surnommé et Divino, parce qu'il teignait divinement. Les deux tableaux que j'ai vus le lui, l'un dans la cathédrale et l'autre dans l'église le Jésus et Maria, justifient assez l'épithète qui 'honore. Dans l'église del Encarnacion, une Notte- Jame-de-Guadalupe offre un grand talent de dessin t de coloris dans YAquilera, et le palais de l'Inquiition montre un pinceau hardi, quoique un peu naniéré, dans les peintures de Torres.

Le dix-huitième siècle fut le siècle de Léon X du lexique : on y a vu briller des artistes , dont les >uvrages orneraient, avec distinction, les meilleures galeries de l'Europe.

Les trois Rodriguez, Louis, Juanet Nicolas, floissaîent au commencement de ce siècle. Les ouvrages de Juan à la Cathédrale, à la Professa, méritent vraiment le sobriquet de Grand, dont les Mexicains 'ont distingué, etson saint Christophe à Saint-Augustin est un morceau aussi gigantesque dans sa igure que dans . la perfection de l'art. On voit beaucoup du Car ace i dans son pinceau, et peutître en est-il plus parfait dans son dessin et son oloris. Son oncle Louis et son frère Nicolas mènent de la même manière le ngm de Rodriguez ; le souvent de Saint-François et Saint-Lazare en font îautement foi. Ils étaient Mexicains.

Le père Manuel , Jésuite Mexicain, peignait ai mirablemeot des deux mains. La Cœna, danskftfectoire des Pères Fernandinos, est un bel échaoti- Ion de son talent.

Juan Correa devait posséder autant de facilité^? détalent dans la peinture; car il a rempli le Mexique de ses ouvrages. Son coloris n'est pas le plus beau. mais sa composition est grande et sublime. Ses tableaux, dans la sacristie de la Cathédrale, et ses fraqxm,deto*l'Éghse\ieSanta-Theresa-la-j4 ntigtii,tf$ tous leurs défauts, annoncent un fameux artiste; grand en tout , il a fait aussi un grand nombre d'éfe- Tes, qui, tous Mexicains, se sont plus ou moins distingués, tels que le Cabrera , José Sbarra, Antanù Aquillara, Antonio Sanchez, Jo$édeCrudecindo^ etc.. qui firent fleurir , avec d'autres , le milieu <to dix-huitième siècle.

Quelques-unes des peintures de Cabrera fuient appelées les merveilles Américaines, et toutes sont d'un haut prix. La vie de saint Dominique, peinto par lui dans le cloître de Samt-Domœiquet la à de saint Ignace, et l'histoire du cœur de Vkomnt* déformé par le péché mortel, et régénéré à la n* ligion et à la vertu , peinte dans le cloître à b Professa, offrent deux galeries que ne surpassent pas le cloître de Sainte-Marie-Novdla à Horen*et le Campo-Santo de Pi se. Je hasarde trop f** être, si je dis que Cabrera vaut tout seul, dansfri deux cloîtres, ce que valent tous ensemble te *'

érens artistes qui ont peint ces deux grandes galeies Italiennes. Il a les contours de Coreggio , Verni* né de Dominicbino, et le pathétique de Morille >es Épisodes , comme les Anges , etc. , sont d'une >eauté rare. Suivant moi, c'est un grand peintre. 1 était aussi architecte et sculpteur en bois : le Aichel-Ànge du Mexique.

François-Antoine Valleso , un bon peintre de ces emps, a laissé dans le collège de Saint -Ydelphonse le précieux monumens de son art, et notamment e tableau de la mort de saint François Xavier.

Les peintures dans le cloître de Saint-Fernando ►firent aussi un artiste distingué dans José de Paez.

José I barra , contemporain de Cabrera, et élève, omme lui , de Correa , a transmis , à Sainte-Ynes , lux Betlémites et ailleurs, de beaux modèles à la >ostérité.

M aria no Vasquez est le Carlin Dolce du Mexique: ligue élève de Cabrera. Ses ouvrages, à l'Académie t ailleurs, motivent mon opinion.

Les peintures que l'on a conservées de José Aidât dans le cloître supérieur du couvent de Saint- Lugustin , attestent qu'il n'a pas été bien inférieur t son maître , VI barra. Un saint Louis Gonsaga, [ans le Sacrario de la Cathédrale, s'offre sous un spect non moins remarquable.

Domingo Maurique, fut un grand ornatiste et >on architecte.

La fin du siècle eut ses grands artistes comme le commencement et le milieu.

Joaquin Esquive! aurait été classique s'il eûtH moins pressé dans ses ouvrages , qu'il a fort wègés. Il couchait son génie, si je puis m'exprima ainsi, sur ses peintures, sans trop s'arrêter au dessin et aux concordances. C'est ce dont témoignent^ tableaux dans le cloître de la Merced , et dans l'Église de Loreto. Il était né grand peintre, mais il n'eut pas la patience de le devenir. Ses ouvrages me semblent annoncer de grandes qualités et de grand* défauts : ce n'était pas moins un notable artiste

Juan Saens a peint presque tout l'intérieur du dôme de la Cathédrale. La mort le surprit au milieu de son entreprise. Elle fut achevée par Raphaël Ximenes, directeur actuel de cette Académie des beaux-arts. Il a dignement remplacé l'artiste Mexicain ; mais ce qui reste du pinceau Mexicain est uo pendant de comparaison bien importun pour Tarn our-propre rival de l'artiste Espagnol. Au reste, le second n'a travaillé, je crois, que sur les étude» et les dessins du premier.

Manuel Garcia , et Juan de Urtado furent grau* peintres en perspective , et bons architectes. Od leur doit la plupart des monumens , ou les Soncti Sanctorum, qui resplendissent de beauté, de richesses et de magnificence sur les grands autel? des Églises principales du Mexique.

( aog )

Le dix-huitième siècle a compté d'autres artistes distingués en tout genre : comme, les trois frères, José 9 Mariano et Alessandro Guerrero ; les* José Alfano9 Manuel Sema, Ignacio Caestro, Raphaël Gutieres, André* In tas, etc. Tous Mexicains. .

Notez , Comtesse , que ces artistes , qui fixent les meilleurs temps des beaux-arts dans. Je Mexique, ont tous principalement puisé leur perfection dans leur propre génie , n'ayant ni académies , ni autres établissemens publics, pour le cultiver ou le foire naître , et que leur siècle Léonin a fini avec le corn» qiencement d'une Académie fondée ea 1 78 1 . Depuis son établissement, il n'y a plus eu un seul artiste qui se soit même approché des ViUalpando , des Rodriguez, des Herrera, des Correa, des Cabrera, des Ibarra, etc. Et pourquoi? C'est qu'en établissant des académies sans de beaux modèles et de sages règlemens, on fait pire qu'à n'en fixer, pas du tout. C'est faire violence au Génie que la nature inspire et que le goût et le bon sens corrigent, sans l'instruire; c'est décourager ou arrêter l'élan naturel sans le régler; c'est détruire sans réédifier,

ou réédifier mal.

On solennisa l'ouverture de l'Académie par le concours del Virey* de la Audiencia, etc., et on h| mit sous les auspices de Carlos Tercero. Ceci convenait d'autant mieux que Carlos Tercero était un assez bon Roi ; mais .il ne résulte pas de là une Aoar demie; il faut de bons professeurs, et l'on doit

ménager l'ov^ueë, linon national (puisqu'on s'était

bien gardé de laitier prendre de la nationalité aux Mexicains, comme on fait en Italie des Italiens) an moins populaire* On la remplit d'Espagnols ; elle devint tout Espagnole, Ses élèves, ou bons ou mauvais , étaient uuh artistes de droit , et le génie Mexicain rentra tout entier dans le siècle passé. Maintenant l'Académie n'a qu'un beau local , une galerie passable , et une collection de plâtres trèschoisie. Un gouvernement national peut lui donner un nouvel élan; mais il ïaut du temps; car, «avant tout, il doit sagement s'occuper de sa situation politique et financière; et les beaux-arts reviennent lentement. Qu'on ait soin , en attendant, de conserver ce que leur a légué le génie de leurs anciens artistes. Il y a de quoi former une -des plus belles galeries du Monde.

Voilà , Comtesse , un court aperçu des beauxarts et des artistes Mexicains. Sans dont e il est loin d'être complet, et je n'ose même me flatter qu'il soit correct ;- mais il peut servir de guide à d'autres qui' auront plus de moyens d'en faire une histoire soignée» Cartes , l'objet en vaut la peine, et je désire qu'on rectifie mes fautes. Je n'écris que des lettres, et 1s style épistolaire n'est pas propre à de grandes matières et de longs détails: il est trop glissant. Quiconque s'en occupera sérieusement rendra un grand service à cette Nation, qui , en ce point cétoine sur tant d'autres, ignore entièrement ce

qu'elle possède , ce qu'elle vaut et peut valoir ; et avancera Fhistoire générale, qui n'a pas encore bien percé dans ces régions lointaines, cachées jusqu'à présent sous le voile épais d'une politique jalou*e et tyrannique.

Puisque nous sommés sur le chemin des beauxarts, passons un instant au Muséum. C'est un bâtiment médiocre. On y voit des restes des anciens Mexicains , et notamment une grande statue en pierre. On s'étonne que ces peuples , sans instruirons en fer , aient pu couper et ciseler des masses si énormes. La seule statue moderne qui mérite une mention honorable, est la statué équestre de Charles IV , fondue en bronze. Certes, M. Tolza s'y montre un artiste distingué ; mais c'est se moquer de lui que de lui dire qu'il a surpassé l'artiste Romain qui éleva le Marc-Aurèle dû CampidoKo. Ce serait même trop que de comparer sa statue ati Barthélémy Cokoni^ sur la place de Saint- Jean et Saint-Paul à Venise, aux Mëdicis, à Florence, et à tels autres, que je ne me rappelle plus, sur là placé de Plaisance. Mes yeux la trouvent trop lourde dans son ensemble comme dans ses détails. M. Tolza n'avait pas devant lui , je crois, un cheval en mouvement quand il moula le sien. Le Roi est comme il doit être, tout bouffi, comme un Charles IF métamorphosé en héros.

Je voudrais vous conduire voir l'École ou le Tribunal des Mines , la Mineria ; mais je crains qu'elle

ne tombe sur vous. Quel dommage qu'un si bel édifice menace ruine ayant même qu'il ait été achevé! Cependant • nous pouvons nous y gli

du côté de l'Ouest, où les fondemens n'ont pas encore manqué ; nous pouvons même monter le grand escalier, qui se présente , sous un aspect trèsmajestueux , vis-à-vis de la grande porte d'entrée, et pous hasarder à pousser jusqu'à la Spécula 3 d'où le coup d'oeil est ravissant. Ici , offrons un hommage de notre vénération à M. le Baron Humboldt, comme de l'endroit d'où il a enrichi le monde de nouvelles observations astronomiques, et l'a tiré d'erreurs où l'avaient entraîné d'autres savans. . Ce bâtiment devait servir pour l'École de toutes les sciences. M. Del-Rio , un des plus célèbres minéralogistes , y a encore sa chaire; M. Cervantes , professeur de botanique , que les savans Européens ne dédaignent pas de consulter , a sagement transporté la sienne au jardin botanique , pour mettre en contact la théorie et la pratique. Incapable d'apprécier le talent supérieur de ces deux illustres savans, je me bornerai à louer la manière courtoise et affable (manière assez rare chez les savans ) dont ils m'ont reçu toutes k$ fois que je Suis allé les importuner de mon tnquUitive et moleste curiosité.

Encore un mot sur les Couvens. Le chœur de San-Fernando est] un des plus beaux chefs-d'oeuvre que je connaisse en ciselure et mosaïque en bois. Je le apis même supérieur à ceux qu'on admire

tant , et avec raison , dan» les églises de Santa- Maria Maggiore , et de San-Alexandre , à Bergâme.

Le couvent de la Conception est une ville. Plus de quatre-vingts religieuses y vivaient , dans de grands appartenions séparés, en princesses, comme les religieuses de Saqta-Clara , à Naples ; et, à leur exemple, elles reçoivent splendidement ceux qui ont Phonneur de leur être présentés. Je me rappelle les Diavoloni de Santa-Clara, qui memettaient en feu ; ici, à la Conception, quoiqu'on ne m'ait donné que du chocolat, la belle main et la bouche divine qui l'offraient in élevaient en extase et en contemplation. Comment croire que des êtres sicharmans, entourés de privations agaçantes et de tout ce qu'il y a de plus astucieux, de plus audacieux dans le monde, puissent renoncer à la créature pour laquelle le Créateur les a fait naître l II faut le demander à leurs pères confesseurs, qui sont dans le secret de leur cœur. Aussi , a-t-on vu ici comme ailleurs des scandales crians; et souvent le désir de les cacher tes a convertis en des crimes atroces.

Une de ces aimables cénobite* me demanda Si j'étais marié; je lui répondis que j'attendais à le faire quand j'aurais pu réunir dans ce sacrement un acte de pitié à un devoir social : quand j'aurais pu me marier à une religieuse rendue à sa liberté et à. ses droits. Elle me comprit, baissa les yeux,

et $es joues d'albâtre se couvrirent d'un ineawi le phi» éloquent. Une toile créature» et le chaîne et le sentiment qui découlait de telles âtuatktf de roman, vraiment touchantes, tenteraient l'homme le plu» dévoué au célibat; c'est bien ce qui sympathiserait avec une âme que tant de péripéties*»* abreuvée d'angoisses et d'amertume 1 Elle m'a bit présent d'un chapelet... Je le guidera aveck plus grande dévotion.

Le couvent de l'Incarnation est. sur le même ton de grandeur et d'aisance. On ma dit qu'aulrefos U y avait plus de cent religieuses avec trois ceats servantes.

Si Fou doit juger des richesses de ces deux <»m~ veps par celles de leurs églises, certes, leur opulence a de quoi étonner; et notez, Comtes*, <ptë ccs bonnes créatures, toutes crédules, trompées cofluae ]p* autres corporations religieuses, par l'hypocrisie d'iturbide, par la protection dont le secondaient des moines et des évêqiues, lui donnèrent vokstaH rement des trésors en ornepnens d'or et d'tfp**' C'étaient des directeurs de conscience qui leu* P*^ mettaient d'en dépouille?, pour une telle cfc*^ leurs temples et la Divinité.

Dans l'église de l'Inearnation est une statue de Notre-Dame en argent massif, dont la forme, » mou avis, vaut bien la matière; en y voit aussi t* grand lustre tout en argent, que les manufactura

( ai5 )

an cristaux, à Londres et è Par», ne saunaent faire plus élégant et plus fiqi. Tous lqp deux sont le produit de l'art mexicain.

Ija Révolution, mais plus, la rapacité éhontée des administrateurs, ont fort réduit les richesses de tous ces Couvons.

- lùAkuma n'est pas loin de l'Incarnation; allons-y foire «tue promenade. C'est un jardin public, oà Ton ae croirait dans une des plus grande» capitales 4* monde, à ne considérer que la magnificence de ses fontaines, et d'autres accessoires; osais le

principal, le boisage, a trop de symétrie ; et Ton se rencontre trop souvent, lorsqu'on s'y promèùe, tant sa périphérie est étroite t les amans ne seront pas de m^i avis. La structura et le petit nombre <fe leurs équipages, et la singularité du costuma grotesque de lpurs muscadins à cheval, sont des épi* sodés qui ramèneraient bientôt au. Mexique» si, au premier aspeot, l'imagination nous transportait ailleurs.

Maiico a une satio de épeotadb qui, quoique passable, m'est pas au* niveau de la grandeur de la ville.* On y chanta mal, mai» «a représente asses bien» Compte* trois eii quatre bons aetanvs ; et Garray me parait excellent; mais acteur avesturier plutôt qu'artiste, et Espagnol; il rebute à force <k présomptioto et cf arrogance.

La » oà TœU rencontre vrament les spectacles Aomams, c'est le grand aaapfcithéàtre de la chasse

aux taureamx. U eat en] bote, mal construit, mai paré dans toutes ses loges d'un peuple naturellement bruyant, gai, et en pareil cas exultant jusqu'au fanatisme. Son arena est imposante par tant de gladiateur* féroces, à pied et à cheval , luttant contre des animaux indomptables, qu'un bras courageux et adroit peut seul arrêter de son fer miàdial. C'est un spectacle dont je pardonne la barbarie pour sa grandeur.

Enfin Mexico est une grande et belle ville, ayant aussi des hospices et des hôpitaux spacieux, de beaux collèges , susceptibles de profondes amélioration* $ de superbes palais, dont deux abritent encore des rejetons du grand Mocterama, et de considérables établissemens pubMos. On évalue maintenant sa population de cent-dix à cent-vingt nAlfe habitans de «toutes races et couleurs , excepté la noire, qui s'est refondue ou a disparu. Quant aux environs de Mexico , je voms les indiquerai ; mais Ie ne m'arrêterai que sur les plus intéressant

Toutes les collines, à l'Ouest de Mexico, qui de

Tambu s'étendent * au Sud-Ouest, vers San-Antonio, méritent d'être parcourues ; alors on se rencontre à Tactxéaya , avec la maison de plaisance de l'Archevêque de Mexico, et à Ckuruitu*<fuo, ai* des restes d'un ancien aqueduc Mexicain, qui conduisait des eaux salubres à la «Capitale. Au Nord ou entre dans ce fameux Royaume à'AtzapuzalcOi dont nous dvonstaotparié dans maltttre précédente.

( *'7 ) g Si, entreChurubusquo cf Tacubaya, on remonte, yA l'Ouest, la vallée de Santa -Fé, on trouve les ^ouroes des meilleures eaux , portées maintenant % „.Vfexico par un aqueduc moderne qui vaut un ^îqueduc Romain. ïl parcourt une distance de huit .^milles environ, supporté le plus souvent par des arches , au nombre, dit-on, de plus de neuf cents, qui viennent aboutir à la partie Occidentale de la ville. Cet ouvrage n'est pas inoèas admirable par sa solidité que par l'aspect imposant et romantique qu'il répand dans toute la campagne, où il distribue ses eaux.

Chapultepech, la quatrième station , comme nous l'avons vu, que choisirent les Aztèques, quand ils vinrent s'établir dans cette vallée, est situé éntçfe Tacuba et Tacubaya. C'est un roc isolé, entièrement détaché de la chaîne de coffines que nous considérions tout à l'heure , environné autrefois par les eaux du Tescuco, qui arrivaient jusque contre les collines. #

Une belle source d'eau est aussi conduite dans la* ville sur des arches; mais- on la trouve moins bonne que celle de Santa- Pé. Au sommet * de oe roc , le vice-roi, comte de Galvez, fit bâtir un beau Palais. Probablement il n'avait que l'intention de 1 s'y ménager une maison de plaisance; mais la Cour d'Espagne crut y voir un château fort et des projets ' ambitieux. Elle désapproma la dépense et en ordonna la vente : on ne trouva pas d'acquéreur. Quoi de

plu» naturel! Chacun \ à plot faite raison , deuil craihdre le même sort ; car le vice-roi était soq>cramé. La conscience de ses turpitudes rend I» jours la tyrannie ombrageuse. Le Ministre des > Nnces, ne pouvant mieux faire, fit vandaUm t Château. On vendit tout ce qu'il fut possible defc arracher, comme, vitres» châssis, etc. ; le restée maintenant tout abandonné. C'est dommage; à situation est vraiment digne d'un Palais , et k Pahs de la situation. Cette partie, qui regarde la vïlfc. ressemble asser à une forteresse* ayant des terrasse saillantes à différens étages, soutenues par des ssb» structurai profondes et solides. IturWde s'en étiw empoté pendant son Empire, Cet endroit n'est qu'a quatre milles de Mexico.

Une excursion , au Sud,anxlac*deTLocbimile< etde Chalco est très-agtéabte. Onpeul même b tain en bateau sur le canal qui, de ces lacs , vient aboaio au milieu de Mexico. Surmontés an Sud par L Sierra-Nevada et le Volcan, au Word par des a* Unes isolées, offirant à l'Est des volées piufandcst de petits villages répandus sur leurs bords , ces br présentent une scène des plus variées et des pK pathétiques.

A l'Est des villages épsrs sur le rivage du I* * lescuoo , et an pisd de collines qui , s'éftevantiu» sur l'autre, comme des degrés > conduisent sa hautes montagnes de Tlascala qui les surmonta* tous ces parages, que, comme U Rùrierm di Genc °

( **9 ) appellera la Rivière de Eetctàce, offrent despaysqgas Lignes des plus habiles pinceaux. Tescuco, l'Athée** p l'ancien Anahuac, n'est plus qu'un assemblage p ruines, où, plus qu'ailleurs, se montre sous uelques traits de grandeur l'antiquité Mericsame ; ,u'un assemblage de chaumières , humble abri des eaoendans des Aealhuacans, qui furent, ayant 3a Aztèques, les dominateurs de toutes les régions nvironnantes : épisodes aussi attrapons pour Yoàt (u'inftévessana pour Fhistoône.

Au Nord , noua avons vu déjà le grand De$ag**> es lacs de Zumpango, de Saint- Cristobal, etc. Sous avons vu aussi, en passant, le sanctuaire cte \otre-Dome-<b^uadalttpe : nous doua y arrêta rons un peu ; 6t vraiment, pour un pèlerin, il est bemps que j'aille y faire ma révérence, et mes' offrandes. Mais pour mieux y fixer notre dévotion avec notre curiosité, il feut , avant tout, que nqu* connaissions le grand mûrade qui fut l'erigipade oe grand sanctuaire.

Pour ne rien insérer dans cette histoire qui me fût propre, j'ai demandé à un Chanoine de cette Cathédrale quel était le plus exact des auteurs qui en ont parlé; car, comme vous savei, en miracles comme en médecine, on trouve difficilement f deux écrivains qui s'aoeordentensemMe. M. le Char» 'nome m'a fait l'honneur de m'indiquer el Podr* ^Flàrencîa Cabrera , dans son Estrella del Nord ( sou 'Étoile du Mord). C'est donc son histoire que je tra-.

( ssfo )

dûs à la leUre; ou du moins oe qui peut nous» connaître le grand prodige par lequel la Vierçr mmda l'édification de ce temple.

c Juan Diego, un jeune Indien deTefretk9 rendait à Tlatebko pour y entendre k messe. l'explication de la Doctrine Chrétienne, que* ftransciscains y enseignaient aux Indiens nouié ment convertis à la Foi Catholique. C'était ko* tobre i55i. En passant près de ht petite monfcç* que de sa forme les Indiens appellent lie Tepejûca il entendit, à son sommet, une douce harmoùt comme un gazouillement touchant if amoureuse pttkunèles , qui arrêta ses pas et son attention. Vm voix, prononçant parfaitement san nom dans s* langue, l'appelait : il Jèie les yeux vers Vendroil doil partaient tous ces charmes, efc volt un nuap blanc comme la neige , resplendissant tout autour d'une iris brillante de couleurs éblouissantes. d sise majestueusement dans- le centre une Motrom bellissùna, semblable à celle qui, -sons limage de Notr*»Paaoe-de-Guadalupe % est le grand taan * notre dévotion , laquelle lui adressant k parde , lui dk : Sache, mon enfant s que j'aime tendrement, f je suis la Vieuge Marie , mère du vrai Dieu , d « * ma volonté qu'on m'eJifie à cet endroit un ""^ dans lequel je rm montrerai mère affectionnée ^0 et pour le$ tiens, pour tous mes dévùU et tous *

* Il y avait et H y a encore , je croii , en Kapagnc , un sancto^1 ce nom.

fc»-

invoqueront mes consolations dans leurs tr&utai». fa voir CEvêque, et tu lui diras en mon nom t ce que tu as vu et oui, et mot., reconnaissante 3 paierai ton obéissance de ma bienfaisance. '*"» JL* vénérable Don Fray Juan de Zufnarraga , de rdre de Saint-François, était l'Archevêque (le minier ) de cette Métropole. Doutant de la vérité JS ce que rapportait cet Indien Plébéien ( dé cette 1 ^asse était Juan Diego) , il ne voulut pas même se donner la peine de l'entendre , et il le fit renvoyer *'une manière à n'être pas bien flatté de sa réception. Tous les historiens conviennent que Maria e'unctissim a attendait Diego au même endroit pour ta réponse ; et que celui-ci , après avoir fait toutes les révérences accoutumées , qui sont , parmi les Indiens Mexicains , des démonstrations de politesse et de respect, dite Nuestra Senora 3 que pour reukr plir sa commission il avait attendu presque toute la journée dans le palais ; qu'il avait demandé plusieurs fois l'honneur de parler à l'illustrissime Évéque, mais en vain ;-qu'il lui avait fait communiquer par ses domestiques , son message ; mais qu'à b manière dont il avait été congédié, il augurait qu'on ne lavait pas cru; que pourtant il la priait de vouloir bien charger de cette mission une personne d'autorité , puisqu'il paraissait qu'on faisait peu de ces de lui , humble Indien et Plébéien.

» La Sacratissima Virgin, écoutant avec bénignité et douceur l'humble Juan , qurlui faisait ac-

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