SS
Je suis satisfaite, Juan , de tes soins et de ton obéissance; ***** pourtant que, quoique j'aie beaucoup de personnages de qualité à employer , c'est toi seul qui dois effectuer mon ménage, et solliciter ma demande : t'est ma volonté* et je t'ordonne de retour* ner demain matin chez VÉvique : tu lui dira» que je t'envoie, pour In seconde fois, réitérer le même message* Vas, et fais ce que je t'ordonne; je serai r*~ connaissante à ton obéissance.
* Le lendemain, le boa Diego, qui avait donaé ta parole de remplir Ja commission de Nueetra Senora, A l'aube du jour (c'était un Dimanche) , retourna au palais de l'Évéque, et, quoiqu'il trouvât de la résistance dans les domestiques pour kii par* ler,U0bttaÀUfin,àforro(ftn&tai^ l'audience qu'il désirait 5 il lui fit son ambassade , confirmant , les larmes aux yeux , ce qu'il lui avait fait savoir la veille, et ajouta qu'il était retourné , parce que la Sanctissima Virgen n'avait pas voulu le dispenser du message, fiknseigfteur l'Évéque voyant ators que cette persévérance ne pouvait être que l'efiet d'une force supérieure , vu la pusillanimité innée de l'Indien, répétant mille demandes sur les circonstances du message, lui répondit en peu de mots : que,attgndu le prodige de l'affaire, on ne devait se fier à ses seules aasértians ; il le charges de dire è Nueetra Senora qu'elle voulût bien lui envoyer quelque preuve plus rassurante de sa vo-
ZTi.
( «3 ) lonté. Maïs voyant que Diego n'hésitait pas à ne* tourner vers Maria Sedtoiia lui demander cette preuve , il attacha dès lors plus d'importance et au message, et au messager, et se pénétra de la nécessité de découvrir Ja vérité. Il manda* donc à deux personnes de sa confiance de cuivre en cachette Juan Diego jusqu'à l'endroit où il disait avoir ces conversations avec la Virgen ; de noter qui lui parlait 9 et en quels termes. Ges commissaires l'épièrent soigneusement; mais à peine fut-il près de l'endroit, qu'il disparut tout d'un coup à leurs yeux , et ils ne virent ni n'entendirent rien; Saisis de colère et de dépit à cet incident imprévu, ils vinrent persuader au Prélat que tout était ou une fourberie, ou un rêve de cet Indien superstitieux.
c fJAugustis*ima Senora descendit pour la troisième fois des Cieux, et recevant, assise sûr le sommet de la montagne, la réponse que portait son ambassadeur bien-aimé , lui paria de cette manière j Mon enfant* Juan, demain tu reviendras me voir* et je te donnerai wLÙgnatpar lequel tu remplira* mieux mon ambassade* et qui, donnant du poids et du crédit à tee parole** te fera mieux considérer et honorer* Rappelie+toi que te* soins ne doivent point demeurer *an* récompense.
« Juan* rentré chez lui , prouve son onde Bernardin grièvement malade. 11 lui administre tous les simples possibles; mais voyant que rien ne relève son corps, il s'occupe du salut de son âme.
Le lendemain» jour de lundi, et le pliis hems pour ce Nouveau-Monde, il s'achemine, de trèsbonne heure, yen le couvent de Tlatefelcopovv appeler un confesseur , qui administrât les «airô Sacremena au malade; mais le chemin quiyc* duisait passait précisément par l'endroit où la St grada l'attendait pour la quatrième fois; cfiàgoBù qu'elle ne l'y arrêtât trop long-temps, dtfstm oncle mourût sans Sacremens, il crut, dans son innocente simplicité, qu'il importait plus d'aller vers le confesseur, que de se diriger au rendez-vous de Maria : arrivé donc à cet endroit où jaillit de la terre une source bouillante , au lieu de suivre le chemin ordinaire vers l'Occident, U en prit un de traverse vers le Midi; mais voilà quïl voitYAnuihilimrru Senôtyi descendre la montagne, Sttrpria alors, d honteux, il s'arrête , se trouble et se confond. Mais la Virgen èenignmmm, lui montrant un .visage aimable, et parlant un tendre langage de Ferdedm Madré, lui dit : Où tuu-ta, mon enfant? Quest-a que le chemin que tu prends-là ? Aces*paroles déboute Juan reprend haleine, et, prosterné contre terre lui répond : Ne te fâches pas , Nina mia muy amsà, de ce que je nais te dire 1 Et, lui racontant l'histoire du malheureux accident qui le détournait du chemin, il lui demande pardon de ne pas tenir par^ et la prie de l'attendre jusqu'au retour de sa mte"0 importante , qui n'admet point de retard. La Setf* écoute les excuses de son ambassadeur, etsepà**
trant de son affliction 9 elle lui dit , avec une iueffable bénignité : Écoute, mon enfant , que rien ne te tourmente ni t'afflige , ne crains ni infirmités, ni douleurs, ni d'autre accident pénible. Nesuis-je pas ici, moi , ta mère ? N'es-tu pas sous mon ombre et ma protection ? Que te faut-il de plus ? Que la maladie de ton oncle ne te donne aucune peine , ni crainte; il ne mourra pas cette fois; sois sûr qu'au moment où je te parle, il est bien portant. Monte maintenant' sur le sommet de cette montagne; à [endroit d'où je t'ai parlé l'autre jour tu trouveras des fleurs , coupe-les , mets-les dans ta tilma (dans la langue Mexicaine, c'est le même que capa ) , et reviens à moi. L'Indien , plein de joie , obéit : et , dans ce lieu , le plus aride et le plus escarpé , fertile seulement en ronces et épines , il trouve , quoique au cœur de l'hiver , une grande variété de fleurs fraîches et odorantes, comme des roses Ôl Alexandrie et de Castille, œiHets, jasmins , lis, etc. ; il retourne promptement sur ses pas, les présente à "Maria, qui l'attendait au pied d'un arbre que les Indiens appellent Quautzahuatl , qui veut dire , arbre de toile d'araignée. La Senora les recevant de ses propres mains , et les sanctifiant de son précieux contact, les place dans la capa grossera de Juan , et lui dit : Ces roses sont le signal que tu dois porter à l'Êvêque, pour qu'il se décide à te crotte; dis-lui, de ma part, tout ce que tu as vu, et qu'il fasse sur-le-champ ce que je lui demande. Porte-les avec soin , et prends garde de ne les montrer qu'à l'Évique. t. h. i5
< aati )
L'obéissant Juan part comjne un oiseau pour se rendre au palais de 1 lUuUrummo Seftor Zqmarraga, où , après nouvelle résistance copine l'indiscrétion des domestiques, qui prétendaient voir le témoignage qu'il apportait de sa vérité, 9 parvient a être admis à la présence de l'f véquç , et lui fait un? relation détaillée de tout ce qui s'çst passé entre lui et la Sefiora. 11 déploie sa capa; quelques roses tombent,, et Ton voit imprimée sur leurs feuilles Yamabilissiiiitf Itnagen de Maria Sbnora nukstra, que tes Américains vénèrent, sous l'invocation sainte de G» aj>alofe , comme un trésor du Ciel, et comme un gage sur de leur vrai bonheur distingué.»
Sans prolonger ce récit, Comtesse, quïl vous suffise de connaître la conséquence des faits qui précèdent C'est un grand temple, un grand sanctuaire, où s'opèrent de grands miracles, qui a produit et produit encore. des richesses immenses, qui tait la grande, dévotion 4s» Mexicains et le gaudeamus in Démina des prêtres et des cabaUero* de la Castilla VUja, qui le pilleq( pieusement pour l'administrer.
Ce. sanctuaire est partagé eu trois temples, probablement pour ménager aux bons croyans le moyen de mieux, se. montrer dans leur dévotion, et leurs Qflrandes.
Un de ces tçmpies. est sis sur| l'endroit où laVierge parla d'abord à Juan Diego , et où les fleur*- naissaient sou* ses mains, comme me disait \e Cicérone.
( «7 ) Un autre est bâti sur la fontaine ou source bouillante, où 'la Vierge arrêta Juan , au moment qu'il voulait lui échapper par le chemin de traverse.. Cette eau guérit toute maladie, si l'on en croit ce desservant , qui en offre à tous les pèlerins pour leur argent ; mais tes médecin disent, au contraire, qu'çlle n'est utile qu'à leur boutique : vraiment elle empoisenoe a la. boire*. Le troisième temple s'élève sur l'endroit qu'occupait l'arbre Quautzakuatl , oà fer Vierge plaça les fleurs dans la capa de Juan Diego* C'est le principal temple, grand et majestueux ; c'est lui qui abrite , sous sa voûte céleste. Image de ta Vierge, et cette image a été peinte par la Vierge ellemême. Voici k témoignage tfu'en offre le même Florencia Cabrera.
« Le Père Mathieu de la Cmœ9 dans sa relation de la santisêima Imagen de Guadalupe; el Paére Àntmia deOrebedûy dans son ZodiacoMariano^et Y illustriez simo Seftor doeiût-Don Juan Jo$e de Eguiara y Egt*~ ronr etc. , dans leurs sermons portant pour titre : Maria Santmbuia pintandim tnilagrosamente en set imagen de Guadalupe de Mexico : ces trais grandes autorités sont d'avi» que la misma Divin a Sbnora peignit sa portemtos* Imagen avee dé jus de roses.» On dit , et je le répète-comme on me l'a dit au sanctuane, mais sans» citer des autorité», que cette image a été trouvée au pied de l'arbre Quautzahuall, quand l'Évêque s'y rendit processionneHement pour se prosterner devant la Vierge dont le
bon Diego était l'ambassadeur. On m'a même ajouté qu'il ne fut pas assez élu pour la voir :' peut-être voulait-elle le punir de son obstination par le refus de cette grâce distinguée. Ce fut Diego qui la trouva et l'offrit à l'adoration publique.
Au reste, elle ne venait que pour les Indiens, c'était donc à un Indien qu elle devait d'abord se manifester ; voilà pourquoi elle s'est peinte de leur couleurée basan (quoique avec le jus de roses) , et sur un morceau de toile grossière de coton de manufacture Indienne. En Espagne, elle est peinte sous de beaux coloris et sur bois : aussi , les Espagnols la regardent-ils comme une Divinité du pays; Us la vénèrent plus par politique et par intérêt, que par croyance et dévotion , et nous avons déjà vu qu'ils lui ont formé une rivale dans la Vierge de fas Rentedios* importée d'Espagne et vénérée dans la cathédrale. On appelle celle-ci la Virgen Gacicpina; mais celle de Guadalupe est considérée toute Mexicaine. . Les ornemens en or , en argent , en pierreries abondent dans ce temple , quoiqu'unebonneportion ait été mise, si j'en crois mon Cicérone, sous la sauvegardede sa sœur : Nuestra Seiïora de Guadalupe , en Espagne. Un grand palais réuni au sanctuaire offre des habitations magnifiques à des gros chanoines , qui répètent souvent, me dit-on, dans leurs délices, et dans leurs restrictions mentales : Dùm vivimus vivamus. . »
Le Révérend Thttaas Wodsto», et- Lord Bolin?-
broke, qui ont écrit, l'un six longs sermons, 1 autre six gros volumes contre les miracles, se refuseraient peut-être au premier de ceux que je viens de voua raconter, je veux dire, à l'histoire du* Reprend père Florencia Cabrera , d'autant plus que Acosta et Torquemada ( chose remarquable ) n'en disent pas un mot ; mais il leur serait impossible , avec tous leurs subtils sophismes, de détruire l'évidence et l'existence des autres faits : les temples , leurs richesses, et l'embonpoint des chanoines.
Le sanctuaire le plus fréquenté dans notre soidisant Vieux-Monde est sans contredit celui de la Mecca ; il embrasse la dévotion d'une grande partie de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, et il n'est peut-être pas un musulman, ayant de l'argent à dépenser , qui n'aille ou n'envoie lui faire une visite , au moins une fois dans sa vie ; le sanctuaire le plus révéré, dans ce que nous appelons le Nouveau-Monde, estcelui deNotre-Dame-de-Guadalupe: on ne citerait peut-être pas un Indien, un Mexicain qui ne lui ai fait une fois au moins ses offrandes; et .beaucoup s'y rendent annuellement en grandes caravanes, comme font les peuples du royaume de Naples à N otre-Dame-de-Loreto.
Ici finit ma narration sur la partie matérielle du moderne Mexico. Je passe à sa partie politique et morale. Commençons par le gouvernement qui régit maintenant ces contrées.
Que n'a-t-on pas dit , en Europe , <Jes nouvelles
(sSo)
Républiques de l'Amérique. Entends les uns , ce sont les Anglais qui y ont répandu l'esprit révolutionnaire, pour punir l'Espagne d'avoir d'abord aidé ses cdonies de la* (easylvanie, de New-York, etc., à secouer le joug dece qu'on est convenu de nommer la Mère Patrie, et de s'être plus tard alliée à la France, dans les dernières guerres Européennes; selon d'autres, c'est la Révolution française, qui y a apporté les mêmes principes dont die avait un instant vaincu le despotisme monarchique. Que ces circonstances aient eu une influence générale sur les agitations des Amériques Espagnoles , c'est possible t mais qu'elles aient été les causes immédiates de la Révolution du Mexique , je ne peux le croire. Il est faux , et ce sont Jes Jésuites qui ne cessent de calomnier ainsi le* Mexicains , que leur c révolution ait sa source dans Y esprit d'impiété. Les Mexicains sont toujours les meilleurs catholiques, et , en général , de bonne foi; la seule classe qui ne l'est pas , est précisément celle de ses accusateurs , la classe des moines. C'est l'oppression du Gouvernement Espagnol qui les a soulevés ; c'est l'insolence outrageante, les turpitudes tyranniques de cette caste blanche, qui venait insulter à leur couleur comme à leurs droits , et dévorer tout ce que convoitait la plus insatiable avarice. Ils cherchèrent, dans l'indignation et la force, cette rédemption que leurs prières et la voix de la justice avaient en vain mille fqjs réclamée ; et dans leur lutte, l'histoire
n'en rappelle peut-être pas de plus terribles. Les Mexicain* peuvent *e vanter 'de n'avoir eu d autres secourt qtiè celui de leur énéfrgte , de leur courage et de lettï persévérance hérèf qtife-. Ce n'est qu'au prix de teUtf propre saiig qu'ils ont acheté l'indépendâtaee. Ils ne doivent rfeti à personne- Au plus fort dé la lutte, Y Étranger ne disait que, on paralyser leur mouvement , ott Multiplier les obstacles. Le cabinet de Saint -James servait alors la Sainte- Alliance ; celui des États-Unis se cachait honteusement derrière une politique égoïste ; le eabinet des Tuileries envoyait des émissaires y répandre la discorde et la perfidie; et Vous sente* que les Espagnols tte demeuraient pas les mains en rriaiA \ Oui, Cottitesse , leur triomphe leur appartient tout entier, et leur Révolution fournira des pages étonnantes â l'histoire et à la postérité.
Déjà non» ftVbns parlé de letar République fédérale ; c'est la sétile forme de gouvernement , je le répète, qui puisse convenu4 à ces pays , et pour mieux le prouver, nous pouVobs ajouter tpieltjiie argument de plus à ceux qtie bous avons déjà démontrés.
Là où chaque province est un inonde, ôft les cent bras, et même les cëtit têtes (s'il les avait) de Briarée, renfermés dans une sente capitale, agiraient et veilleraient en vain poufr régler l'adittinis-
* Exprcuion italienne , dont l'énergie et la force perdraient » si on n« la traduirait pas à la Ici Ire.
( *32 ) tration et pourvoir aux besoins sans cesse renaissons de six ou. sept millions d'hommes dispersés sur la terre, comme les étoiles sur les espaces immenses du firmament, etsoymis à diverses influences physiques et morales des différons climats de toutes les zones, un gouvernement central reculerait, au lieu d'avancer la civilisation ; et d'une République centrale au despotisme, il n'y a qu'un pas : témoins Rome, et la Grèce,et le 1 8 brumaire. Je n'augure pas bien des Républiques de Colombia, de Guatimala, du Pérou , etc. Malheur à un pays qui, après une révolution politique, recommence avec une forme de gouvernement qui ne lui convient pas ; une autre Révolution est inévitable, et il est ainsi, d chaque instant, menacé de succomber, de rentrer dans l'esclavage.
Dans une République fédérale, les différons États qui la composent sont autant de corps séparés qui, de tous leurs moyens, contribuent au bonheur et à la puissance du grand corps de l'Empire. Comme les sectes religieuses, chacun de ces États se pique d'exceller sur les autres ; cette émulation épure la morale et les mœurs de toute la nation, réveille et anime l'industrie et le commerce. Tous les citoyens sont à portée de puiser aux sources principales de la lumière et de la justice; le Gouvernement , en contact avec ses administrés, voit et peut mieux peser tout ce qui importe à leur instruction et à leur prospérité; de cette manière, le temps qu'on em-
(aW)
i ploierait pour aller représenter, solliciter ou défens dre ses droits à de lointaines distances , dans une : capitale d'un Gouvernement central, est gagné pour . l'agriculture , les sciences et les. arts ; ce qui offre i d'incalculables avantages publics et particuliers, i Chaque État est une sentinelle surveillante et r surveillée , qui assure la tranquillité et l'indépen- ; dance de toute la grande famille. Tous ne sont , qu'un dans la capitale de la Confédération, qui est à la fois la maîtresse et la propriété de tous , et chacun d'eux est lui, lui seul, dans sa propre capitale. Leur Congrès général est le dominateur du Mexique, comme le conseil des Amphictyons à Delphes l'était de la Grèce ; leur Congrès respectif n'est que le maître de soi-même, comme les villes de la Ligue Achéenne.
Tous contribuent pour une armée de ligne, ' préposée par le Gouvernement général à la défense de l'Empire, et chaque État a son armée particulière dans sa milice, dont la discipline est ehtièrement remise à ses soins ; de façon qu'à un roulement de tambour, toute la Confédération peut se mouvoir en masse dans le même jour , à la même heure. Enfin, il n'est pas jusqu'à l'ambition, le tombeau si souvent d'une République centrale, qui ne devienne utile dans une République fédérale : surveillée par la jalousie et la crainte de tant à* Argus soupçonneux, et serrée étroitement entre leurs barrières, elle n'a d'autres moyens de se montrer que par l'amour
de la patrie et de la gloire, d'autre conquête à tire que l'estime et b reconnaissance de aes concitoyw: témoins les États-Unis de l'Amérique du Nord, yi sont parvenus presque au aénit de leur prospéré en moins de temps que n'en ont mis les Grecs et te Romains pour apprendre à lire et à écrire, et dont les peuples forment déjà* j'ose le dire, la jwffitëç nation du Monde.
Les Mexicains eux-mêmes n'ont pas peu fait depuis qu'ils se sont constitués en République fédérale. J'entrais au Mexique au moment qu'ils commençaient à déployer cette nouvelle forme de Gouvernement, et je les ai tus dompter les Centraliste ambitieux, agens conspirateurs peut-être de là tyrannie Européenne, fet former une constitution générale pour toute la Confédération et les Constitutions particulières à chaque État* Je les ai tus organiser l'ordre judiciaire, qui était uh ébstùB où se perdaient les droi tiret la justice, la fortune de tous les plaideurs non Espagnols; fonder Jwrlout des établissemens d'instruction publique là où! instruction était proscrite comme impie , où Vu b c même était généralement de YÀlcoran. Je les ai tus organiser et discipliner l'armée, qui n'avait été jusqu'alors que des masses de partisans et souvent de brigand plutôt que des légions de soldats; cooîdoflnerte lois anciennes , rejeter les vicieuses , chdifrif celles que les circonstances ont fait juger encore nécessaires, et en ajouter encore de nouvelles, pour tqp
l'administration des finances, de la rainerie, des postes, etc. Je les ai vus trancher la tête de l'hydre (Iturbide) sans verser d autre sang national que la sien, épargnant même celui de l'Étranger qui raccompagnait, quoique évidemment complice et récidif. Je les ai vus enfin paralyser les menées criminelles d'un grand nombre d'Espagnols, sans sortir des bornes de la justice et de la modération, modération qui doit bien étonner dans un pays ou les opinions les plus exaltées et les passions les plus féroces ont été si long-temps aux prises, et sont encore, toutes oscillantes de souvenirs et de haines; où les vices et la soif sanguinaire de l'Europe ne cessent pas de combattre la générosité et les ver*tus naturelles des Amériques.
Tels sont, Comtesse, les effets du Fédéralisme, qui, en dispersant le pouvoir et répandant partout l'enthousiasme, l'émulation et les lumières, paralyse le» vues ambitieuses, réveille dans les peuples le sentiment de leur propre dignité, les excite à le déployer, et leur enseigne leurs vrais intérêts et les moyens de les faire valoir. Le Centralisme, je le répète, est dangereux partout, mais plus en Amérique, où les borgnes ont la chance, plus facile qu'ailleurs, de devenir les Rois; où les chefs de la Révolution se reposent encore sur leur épée, comme Hercule sur sa massue ; où l'aveugle superstition et l'intrigueambitieuse, masquées du voile de la Religion, conservent encore un grand empire.
Des publicistes se plaisent à faire peser smce pays des réflexions outrageantes et de sinistres prophéties. On peut les distinguer en deux classes: les uns parlent à dessein, les autres par incousidératioh. Aux premiers on peut répondre qu'ils oui beau dire, prédire et calomnier , le Mexique n'en marchera pas moins, ne le voulût-il pas, tant iJ est poussé par l'élan irrésistible, commun à toutes les Amériques : la résolution inébranlable de se soustraire à jamais à tout pouvoir Européen, et de ne vivre que sous la dépendance des lois que chaque République a jugées ou jugera compatibles arec les circonstances politiques et les mœurs de la Nation ; avec le climat et la situation ëcoaomiVfue et géographique des pays respectifs. Que quelques dissensions éclatent encore, rien de plus naturel; elles sont inévitables chez; des peuples qui , sortant de l'enfance et de l'aveuglement, ont appris à se déchirer avant de connaître le patriotisme et les intérêts qui les appellent à se réunir dans une famille de frères et de coopérateurs ; chez des peuples qui n'ont pas eu le temps d'expérimenter les bienfaits de la réforme. Elles sont inévitables, dans un pays où l'Ignorance et le préjugé continuent d'être éblouis par les traces décevantes q^ l'imposture et la superstition ont laissées derrière elles, et qu'on croit être de l'or, comme ces traces dont le limaçon trompa les enfans dans la faM(,; dans un pays enfin , où Y Aquilon Europ#éen et ^
r secte perfide, renaissante du sein de ceux mêmes ,: qui l'avaient proscrite et écrasée , ne cessent de soufi fier de tous leurs moyens le brandon de la discorde. . Mais la vipère mordra encore une fois le charlatan. , Ces efforts insidieux produiront au Mexique , dans % toute l'Amérique , les mêmes effets contraires qu'ils . ont produits et semblent recommencer à produire encore en Europe : ils réveilleront les bons et démasqueront les méchans ; ils apprendront mieux aux peuples et leurs périls et les moyens de les éviter ; en resserrant leur union , ils les ramèneront à une expression plus ferme et plus décidée de leur volonté, à une résolution prononcée de sacrifier les ambitions particulières à l'ambition nationale ; on verra de bonnes lois (le Palladium des libertés publiques ) s'élever et se raffermir sur les ruines mêmes de cette anarchie 9 par laquelle on conspirait à les détruire.
Quant aux publicistes inconsidérés 9 beaucoup viennent voir le Nouveau-Monde , comme on le voit dans le vieux : dans le microcosme ou d'une injuste prévention, ou de préjugés trompeurs;- et alors comment le bien juger? D'autres s'élèvent contre la défiance, la rudesse j X inhospitalité de ces peuples, sans réfléchir que souvent ils y sont forcés par la mauvaise conduite des Européens mêmes. Un grand nombre d'anciens monopolistes regrettent et ne peuvent pardonner d'avoir perdu l'empire absolu qu'ils exerçaient sur toutes les ressources , les spé-
culationset le commerce du pays: ne pouvant battre le ch**al,ils battent la seik, je Yeux dire , ne pouvant s'en prendre aux Anglais, qui les ont ropplatté» , ils jettent de hauts cris contre les pauvre» Mexicains, qui naturellement aiment mieux lesgiônées Anglaises que l'insolence et la tyrawaie Espagnoles. Mais ceux qui font le grand tapage, sont ces petits spéculateurs aventuriers, venant dans /'espoir , même avec la certitude, d'y trouver l'mÉûlUbilité de feues calculs et autant de Dorcui&s qui) v a de villages; et se rencontrant partout arec une foule de compétiteurs, ma hem de s'aider d'usé union bien entendue , ils se dédnreot réciproquement d'une jalousie qui les dévête; alors la concurrence baisse les prix, les beaux calculs et le» Dorados disparaissent, et la pacotille tombe en ruine De là des murmures de colère et des préventions hostiles contre les Mexicains. Et voilà , Comtesse, sur quelles bases se fixe souvent la réputation d'an pays, d'une nation. Vous savez en outre qu'il y a de ces hommes qui prétendent trouver partout tondra et Parti.
Que les Politiques raisonnent et déraisonnent tant qu'ils voudront , les Mexicains , dans les seuls onze mois que je me trouve au Mexique y ont fait des pas de géans , des miracles ; qu'on menace , et qu'on prophétise au gré d'opinions servîtes et féroces. TAmérique n'offre pas moins un grand spectacle d'éneigie, de courage» d'entendement, et de grandes
aédkationç ppur* l'Europe. Tout le boa, que les résuites et la pauvre politique de ceux qui les caressent, dégoûtent ou proscrivent eu Europe, vient grossir puissamment les destinées de l'Amérique; ;t si oa laisse faire ces Messieurs, un jour viendra que les Américains trouveront une grande partie le, notre Continent beaucoup plus barbare que Colombo , Yespucci , Veraczani et Cabetto ne trouvé-* rent le leur. L'Amérique sera ce qu'est maintenant l'Europe , et l'Europe ce que fut jadis l'Amérique.
Noua avons vu la forme de lem? gouvernement» et les bienfaits qui déjà qp découlent ; passons légèrement en revue le personnel qui le compose. Commençons par le Président.
Le vrai nom du Président est Dan Fèlkp* de la respectable Camille des Fewànju& de Duxango* Ferme dans sa dévotion religieuse , comme dans sa dévotion politique, il dédia ses premiers services pour sa patrie à Notjre-Dame-de-Guadalupe, et il voulut, es quelque sorte, être rebaptisé par elle sous le nom de Guadalupa. Fier de ce nom ,. et plein de confiance dans la protection de la Vierge, il. marcha plus courageux contre l'ennemi de l'indépendance de son pays , et il le battit dès la pre- 1 tofère rencontre* IL alla faire hommage à la saipte 'protectrice des trophées dp sa victoire, mfc sou 1 bâton de commandement * à ses pieds comme un
* Au Mexique tous les officiers supérieurs portent la canne , comme ! une distinction de commandement.
acte de sa soumission , et le nom de f^ittork fut ajouté à celui de Guadalupe. Je vous envoie, cijointe, une planche qui vous donnera une idée fripante de l'offrande et de l'histoire, et vous montrera l'Image de Guadalupe , telle que la vit Jm Diego \
Vittoria a été l'un des plus vaillans et en même temps des plus modérés, champions de la cause de l'Indépendance. Imperturbable dans les dangers, comme dans les privations les plus épouvantables , et toujours en avant quand il a été en mesure de combattre l'ennemi, il a toujours reculé devant toutes sortes de transactions avec les oppresseurs de son pays , dédaignant, ainsi que Guerrero , de céder à une amnistie trompeuse et déshonorante sou» laquelle la tyrannie avait réussi à faire ployer tous les plus grands héros de la Révolution. Les ennemis extérieurs et intérieurs domptés , il a été généreux envers les vaincus , et aussi ferme que calme dans ses opinions politiques et religieuses.
Il fut le premier à proclamer,* à accuser les vues ambitieuses d'Iturbide , et le premier à combattre et à renverser son despotisme ; le premier à relever la liberté périssante, et â fonder dans un Gouvernement provisoire les bases d'une République fédérale ; le premier il fut proclamé , par un décret du Souverain Congrès, comme le Patriote qui avait bien
* Voyez ce que j'ai (Ut plus haut des autres gravures.
mérité de ta Patrie ; décret qui fait hoaneur également à son mérite et à la Nation ; premier citoyen, il était juste qu'il fût le premier magistrat de l'Empire, légalement constitué. Le seul reproche que je lui ferai toujours, et peut-être l'histoire avec moi, c'est, et je l'ai déjà dit, d avoir sacrifié Mina (en le laissant sans sa coopération), et partant une plus prompte rédemption de son pays , à sa jalousie pour les Étrangers. Mais cette sorte de jalousie a peut-être ses grandes raisons et son apologie. . .
Élevé au collège de Saint-Idelphonse , le meilleur du Mexique, il ne manque pas d'instruction; mais surchargé et épouvanté par la masse énorme de soins et de difficultés qui tombent sur la Présidence naissante d'un pays et d'un peuple, lancés dans une nouvelle carrière politique, il a dû, au milieu de cet embarras , penser à alléger le fardeau en le partageant. Une Faction ennemie , couverte indignement du manteau Maçonique , mais qui n'est que Bourbonique, n'a pas laissé échapper l'occasion : elle l'a entouré de ses créatures, qui pénètrent jusque dans Sa secrétairerie privée; qui l'épient et le circonviennent partout, même à sa table, dans le but insidieux de lui faire commettre des fautes , pour ériger sur elles et sur sa chute l'empire de Bravo , l'homme qui convient le plus à la faction. Mais des personnes respectables, amies de leur pays, qu'il honore de toute sa confiance , sauront , j 'espère , déjouer les projets des traîtres.
T. ii. 16
Il est dans mes principes, je le répète, qu'un étranger ne doit jamais se mêler activement des affaires politiques d'un pays qui n'est pas le sien, encore moins un simple Pèlerin. Qu'il s'occupe de tout ce qui s'y passe , sous le point de vue historique, je ne conteste pas ce droit : l'histoire appartient â tous , ou nous appartenons tous à l'histoire; mais il ne doit faire un pas au delà. C'est d'après ce principe, qu'à ma manière explicite, j'ai éludé la réponse à une foule de questions inquisitives , dont on m'entourait à mon arrivée dans cette Capitale , sur ce que j'avais vu, oui dire, reconnu, jugé, etc., etc. , etc. , eji parcourant ces provinces. C'est le même principe qui me porta â préférer l'occasion d'une audience publique pouf faire une visite au Président. De cette manière je me bornai à lui présenter mes hommages 9 et à admirer ses nobles manières et ses politesses, qu'il poussa jusqu'à m'offrir ses services, comme il l'avait déjà fait dans une lettre qui finit par l'expression généreuse, « Me ofretco m vos comovuestro muyadictoy obligado servidor, » et que je conserve aussi comme une curiosité transatlantique. Je l'ai rencontré nue fois chez la marqufee de San -Roman; mais là il me fut permis de m occuper de l'aimable conversation et de la beauté attrayante de sa belle-fille , plutôt que de questions politiques. Cette Venus Mexicaine est fille de ce fameux Comte del Xaral , à qui Mina fit une visite si incommode. Mais trop de digressions !
— Retournons au personnel du Gouvernement.
Bravo est le Vice-Président. Il fait semblant d'être dégoûté du monde , et vit retiré à la campagne , comme un Cincinnatus* bien différent toutefois de celui de l'Antiquité. Il se fait désirer à la Capitale comme un homme nécessaire; et le Président a la bonhomie de l'y appeler. Que ne le condamne-t-il plutôt au mépris que mérite un homme qui sert de poupée à une faction parricide , et abandonne un poste qu'il doit aux suffrages honorables de ses concitoyens , et où son devoir et la Patrie réclament sa présence !
Du Président et du Vice-Président , il faut passer à ce personnage qui , selon moi 9 importe le plus à tout Gouvernement; chez un peuple, surtout, qui, encore dans le berceau , aie plus grand besoin d'une tutelle habile : le Ministre des finances.
C'est José Ignacio Ester a ; homme de haute capacité. On le dit dur et hautain : c'est parce qu'il repousse assez vaillamment la milice d'importuns qui l'obsèdent. Ici, tout le monde maiptenant a de grands droits à la reconnaissance de la Patrie; tous lui demandent à cette pauvre Patrie , et personne ne veut reconnaître ses besoins ni lui donner: ce qui doit, vous n'en doutez pas, aggraver fort l'embarras d'un ministre des finances. On l'accuse aussi d'avoir, comme on dit en France, quelques arrièrepensées; mais, quand la grande famille ne se montre pas d'un commun accord pour venir au secours de
( *44) la Patrie et consolider le nouvel édifice politique, comment espérer que l'individu fixe fermement ses opinions et son dévoûment? Quoi qu'il en soit, au milieu des difficultés qu'il rencontre de toutes parts. U a déjà fait des prodiges.
Pendant la domination tranquille de la couronne d'Espagne , les vautours qu'elle envoyait dans ce malheureux Monde dévoraient tout, jusqu'aux entrailles de la terre. Depuis le Grito de Dolores jusqu'à celui à'IgualaM plus terrible Révolution saccagea les champs, les maisons, les mines, les finances publiques et privées. Iturbide, par des dépenses extravagantes et ambitieuses, porta le dernier coup aux ressources de l'État; des débats anarchiques s élevèrent encore sur la nouvelle forme de Gouvernement à choisir, dans l'intervatte delà chute de l'Empire et du triomphe des Fédéralistes. Ce n'est donc que depuis l'établissement de la République fédérale qu'on a pu opposer quelque barrière contre la dilapidation des deniers publics. Cependant, la situation déplorable des financesn apas empêché M Esteva de relever le crédit de la République , au poiot d'obtenir déjà des prêts de l'Étranger : il a offert au Congrès général ses observationsetcombinaisons, pour lemettreenmesuredeconnaître quelles étaient autrefois et quelles sont actuellement les ressources financières du Mexique; comment et dans quelle proportion elles devraient subvenir aux besoins de l'État, et par quels moyens il est plus facile de les
obtenir. Ce dernier point est le plus problématique. La Dîme pèse déjà si lourdement sur les terres, qu'on ne saurait les charger d'impositions nouvelles, sans opprimer totalement les propriétaires et l'agriculture. Ces ministres du sanctuaire et de charité ne l'épargnent pas même aux poules : il faut qu elles donnent [aussi le dixième de leurs œufs, et tout cela pour ajouter aux quatre-vingts , quatrevingt-dix, cent mille piastres et plus de revenu des Évêques, aux six, huit, dix mille et plus de revenu des Chaqoines , qui ne font tous que dire l'office , engraisser leurs familles et des SobrinaSj aux dépens des peuples et au détriment de l'État. Le Pape Lambertini, aussi spirituel que de bonne foi, et qui n'aimait pas les contradictions, quand il se rencontrait dans l'Évangile avec le verset : Regnum meum non est de hoc mundo* le sautait sans y toucher; un indiscret lui en demanda le motif: C'est que, répondit-il, le ficaire de Jésus-Christ doit, ou faire comme lui, ou taire ses préceptes ; autrement c'^t se moquer de Jésus-Christ, et donner trop à dire de son Ficaire. Entendez les prêtres : ils prêchent toujours contre les Juifs , les persécutent ; l'Inquisition s'amuse même à les faire rôtir, et les prêtres ne suivent pas moins leurs lois, choisissant celles qui leur semblent le plus commodes : la Dîme est une loi juive. Cela me rappelle la Restauration, qui, en Italie, a anathématisé tout ce que Napoléon avait fait de bon, mais a gardé toutes
ses lois de finances , qui remplissent les coffres des dix ou douze souverains paternels qu'elle nous a légués. C'est aussi une de ces contradictions que Lambertini n'aurait pas non plus aimées, ou, du moins, il nous eût laissé quelque chose <Je bien, en y rétablissant tant de mal.
Dans l'ordre hiérarchique , le Culte et la Justice , par le respect, par la vénération qu'on leur doit, marchent avant tout ; et de là cette préséance de leurs ministres à la Cour ; mais , dans l'ordre administratif, ils ne sont rien sans argent; je les ai donc fait marcher ici après les finances.
Don Pablo de la Llave est le ministre du Culte et de la Justice , digne de l'être sous tous les rapports , prêtre instruit et citoyen honorable. Je vous ai signalé déjà dans le Mexique beaucoup d'autres ecclésiastiques respectables ; dans aucun autre pays du monde, je crois, les prêtres, en général, n'ont montré plus de patriotisme : les prêtres créoles, bien entendu. Je m'arrête quelquefois sur des abus crians , parce qu'ils se trouvent sur mon passage ; mais il est juste de convenir qu'ils sont fils plutôt d'institutions politiques, destinées parle Gouvernement Espagnol à tenir ces peuples dans l'abrutissement et l'esclavage , que de sanctions canoniques. J'oserai même dire que les Papes les ont généralement ignorées, et qjj'ijs les eussent fulminées de leur improbation , s'il les avaient connues. Il y a de grands motifs d'espérer que le Clergé, purement
( *47) Mexicain, le premier, donnera l'exemple du désihté ressèment et de son suffrage pour tout ce qui peut tendre raisonnablement à relever l'État de la situation pénible où sont ses finances.
Vous aurez une idée de la sainteté des principes religieux et patriotiques de cet illustre ecclésiastique, et partant de son ministère , en lisant un çetit fragment d'un noble discours qu'il a prononcé naguère devant le Congrès général. Je ne vous le traduirai pas, pour lui conserver toute sa dignité et son éloquence. « El Gobierno tiene la indecibile satisfaction de recomendar al Soberano Congreso la prudencia, grabedad, y Evangelico desinteres de los muy reverendos Prelados de la Iglesia Mexicana, que reconociendo los limites que circuyen su orbita, han jurado solemnemente, sin restriction ni tropieso* la constitution fédéral. Tan illustrado y circumspecto procéder sera siempre una censura severa, ô por mejor decir, la reprobacion mas cumplida de la conducta del Arzobispo de Mexico , que habiendo abandonado, desdefebrero del anode a3, sus ovejas pos motivos puramente polit icos* aunque con prétexta de regresar dentro del termino que prescriben los canones , o de irse a presentar en persona a la Cabeza de la Iglesia ( à Rome ) , se dirijio y subsiste entre nuestros enemigos , encomunicado con su grey 9 y fejtando à todas sus seguridades y projnesas. Tanestrano procedimiento parece quedebe liamar la atencion del Soberano Congresso, y entre-
( *4» ) tanto , el Gobierno absteniendose de procéder a ooa orden positiva de séquestre , ha mandado se le suspendait las mesadas que no tiene derecho a percibirinterin resida en un pais cuyo Gobierno esta coatinuamente machinando contro nuestra liberdad e independencia \ » L'Évêque de Sonora, un capucin, n'a pas vtmlu reconnaître le Gouvernement actuel, et il prêche tous les jours à ses diocésains, que le Gouvernement de Ferdinand est le seul béni de Dieu; néanmoins, voyez la générosité politique, \a charité chrétienne, la prudence du Révérend Père de a Llave! Il ne l'accuse 9 il ne le nomme même pas, pour éviter au public le scandale de sa honteuse conduite , et à la République les déplorables conséquences de la publication d'un exemple dange-
* « Le Gouvernement te plaît à donner de justes éloges devant le Congrès général , à la sagesse , à la dignité , et an désintéressement évangèliques des très-révérends Prélats de l'Église Mexicaine, tpà , reconnaissant les bornes de leur juridiction, ont solennellement ;nré, mns restriction mentale et sans déception, fidélité à la Constitution fédérale. Un ai noble exemple sera toujours une censure sévère, on, pour mieux dire, la réprobation la plus accablante de la conduite de l'Archevêque de Mexico, qui , depuis le mois de février 1819, a abandonné ses ouailles pour cause parement politique , sous le vain prétexte de rentrer dans k délai prescrit par les sacrés canons, ou d'aller se présenter en personne au Chef de l'Église à Rome , mais qui s'est rendu et demeure encore sa milieu de nos ennemis (en Espagne), sans entretenir aucune relation avec son troupeau , foulant ainsi aux pieds ses protestations et ses sermens. Ce révoltant abus doit provoquer la sollicitude du Congrès. Es attendant, le Gouvernement exécutif , sans en venir positivement à os ordre de séquestre , a suspendu son traitement mensuel , auquel il ces* d'avoir droit , tant qu'il réside dans un pays qui conspire perpctaeKement contre nos libertés et notre indépendance. >
reux. Il se borne à le rappeler à Tordre , à lui expliquer ses vrais devoirs; il réussira à le corriger, à moins que cet homme ne soit plus qu'un Induratum cor PharaontSj car rien ne persuade plus que les / nobles conseils d'une âme généreusement éyangélique. Mais, je vous entends dire : c 'est un capucin!. . . Zélé pour l'État comme pour la religion , pour la réforme des abus comme pour l'exaltation de la Divinité , ce Ministre Signale tous les désordres à réprimer, et toutes les souillures du culte à effacer ; il ne craint pas de dire publiquement au Congrès, que : « Tambien en cl sistema de cobranza décimal y en bs efectos d que se estiende* hay en algunos obispados vicios y desordenes que reclaman une pronta Providencia. » Il fait également connaître que toutes les Institutions pieuses , les plus utiles 9 qui dépendaient aussi des revenus énormes de la dîme, avaient été déjà envahies et pillées par le Gouvernement Espagnol et ses Co-religionnaires, avant la Révolution. Il propose sur un plan, le plus sagej une réforme de l'éducation ecclésiastique , où, ditil, l'instruction religieuse ne doit pas exclure les connaissances nécessaires pour être bon citoyen. * Enfin il démasque avec courage , mais noblement et de la manière la plus prudente , tous les privilèges et les distinctions qui empiétaient sur les gros béné-
* On dirait qu'il ■ prophétisé ou dicté cet ordonnances qui ont ravi, en France, aux Jésuites le sceptre de l'enseignement.
fices , au détriment et à l'exclusion injuste du vrai mérite. Une autre conception, également religieuse et politique, c'est sa proposition, déjà sanctionnée par le Congrès , d'envoyer à Rome un Ministre , un Prétre4 distingué , pour parler hautement des besoins spirituels de la Religion de ces pays. Cette mission seule révèle de profondes pensées ; mais vous l'apprécierez mieux encore dans les parafes toujours éloquentes du sage Ministre. « Entre tanto es de esperar que este procedimiento y gestion del Pueblo Mexicano , tan conforme al articulo 3 de su constitucion , y dirigida, no a un soberajso de Europa para que recQnozca en b civil su independencia , sino a la Cabeza de la Jglesia, para que en este orden acuda a sus nécessitâtes* sera acogida y deapachada fa vorablemente , sin que puedan servir de obstaculo considérations y miras politicas y terrenales; puesquç de lo contrario, séria como querer sancionar que la Religion esta ecentiatmente identificada ( écoutez ) cou la esclavitudj absurdo y sentimiento del tôdo incompatible cou la prévision , beaevolencia , y solicitud paternal del Gefe de los Fielbs. Enfin, sea quai fuere el resultado de esta mision , â los menos habremos hecho ver a todo el orbe Catolicoy que nuestro pueblo ha hecho lo possible por ser consiguiente, y llenar en esta parte k> que le cumple. * »
* « Par cette démarche , d'ailleurs si conforme au tara de la Constîta* tion (art. 3) , ce n'est pas à un Souverain de l'Europe que nous ooofe
Venons maintenant au Ministère de la Justice , qui ne mérite pas moins toute l'attention d'un lecteur Européen; ses oreilles ont dû retentir des hauts cris répétés tous les jours ou par l'exagération des voyageurs , ou par la méchanceté des ennemis du Mexique, contre le nouvel ordre de choses : contre les vols* le$ dénis de justice * etc., de ce pays.
Pendant une Révolution comme celle qui a dé-
a dressons pour qu'il reconnaisse notre indépendance. Ce n'est qu'au Chef de l'Église que nous demandons de pourvoir à nos besoins spirituels. Des considérations politiques et terrestres doivent donc être sans influence sur votre délibération, et ne pas s'opposer à ce que cette mesure réunisse tous vos suffrages. Confondre ici deux autorités si distinctes, ce aérait identifier la religion avec l'esclavage : théorie absurde , et combattue même par la bienveillance et la sollicitude paternelle du Chef fies Fidèles. Quoi qu'il résulte enfin de notre mission , nous aurons du moins fait voir à toute la Chrétienté que le Peuple Mexicain sait concilier ce qu'il doit à sa propre dignité , avec l'hommage de la soumission due , en cette matière , au premier Pasteur. •
Nota. L'Ambassadeur Mexicain, arrivé en Europe, a dû attendre long-temps à Bruxelles , et ailleurs , je crois , ses passeports pour Rome. On n'a rien connu depuis qui réponde dignement à cette noble et sainte mission. Il est à craindre que le Saint-Siège ne perde et sa juridiction et la Religion catholique en Amérique, pour écouter une profane Légitimité qui l'obsède et n'a rien à faire avec le spirituel. Un an après la date de cette lettre, Je me trouvais à San-Dowingo. Le président» Boyer, dans une conversation où il me fit l'honneur de m 'ouvrir consciencieusement son coeur religieux, se plaignait fortement de ce que Sa Sainteté condamnait depuis long-temps an silence ses humbles soumissions sur les affaires religieuses du pays; il finit par me dire pieusement : • On voudrait aue je mf émancipant de Borne , mais je ne serai jamais U premier à donner ce mauvais exempte, » Je serais heureux que cette observation historique pût inspirer quelque considération utile à l'Église et aux Fidèles.
( »5» ) vaste, ensanglanté et désorganisé ces contrées, l'administration de la Justice, certes, ne pouvait pas trop briller , et cette même Révolution devait naturellement laisser après elle de grands crimes, àt grands malfaiteurs à balayer ; cependant, Comtesse, on ne voit pas sans étonnement comme les Alcades seuls (les Maires du pays) ont pu si efficacement réprimer les uns et les autres ; et si Ton considère la perversité des temps , le nombre n'en a pas été bien grand.
Maintenant, l'Ordre judiciaire est presque entièrement organisé , du moins autant qu'on peut v réussir dans un pays où cette organisation n a jamais été tentée, même avant la Révolution; où les magistrats nécessaires manquent, ou ne sont pas adaptés pour tous les climats; ne pouvant, s'ils sont nés et ont été élevés sur les hautes terres , aller habiter les terres basses de la Pacifique ou de l'Atlantique , sans s'exposer aux %naladies homicides qui y régnent.
La Cour Suprême a été installée ; c'est le tribunal qui doit connaître de toute contestation relative aux intérêts généraux de la Confédération; des Cours , des Tribunaux de première instance , des Juges-de-paix ont été institués dans-chaque État le Gouvernement général, qui est nommé parla Constitution le tuteur des Territoires , pourvoira à l'administration judiciaire qui leur conviendra le mieux.
Le jury entre dans le vœu de la Constitution gé-
nérale ; mais chaque Congrès particulier pèse, dans sa sagesse , l'état de civilisation de sa famille i pour juger si ses membres sont ou non en mesure.de remplir les fonctions augustes, attachées à cette sublime institution , institution qui peut être aussi dangereuse chez un peuple ignorant, quelle est utile chez un peuple éclairé. Enfin, M. le Ministre de la Llave n'a pas non plus oublié de suggérer au Congrès général tout ce qui peut améliorer les prisons, en combinant la punition et le soulagement des criminels ; la répression du vice et l'exercice de la vertu.
Le Ministère de la guerre , pendant la Révolution , a été partagé entre les différent chefs Partisans qui l'alimentaient ; ce n'était qu'une anarchie ; et Iturbide ne s'occupa que de faire des satellites de son despotisme dans toutes les milices. Ce n'est donc que récemment que l'armée a pu être l'objet de quelque système disciplinaire et administratif. Assez de confusion y règne encore ; tout le monde veut être au moins colonel , et l'appel des généraux ne serait pas fait en moins d'une heure. Gomez Pedraza vient de remplacer le petit despote, plein de passions et d'ambition, Manuel de Miez y Teran : ce Teran, que nous avons vu faire son 18 Brumaire, son expulsion des Pharisiens* comme Cromwell de Saint- Etienne. *
* L'endroit où siège le Parlement d'Angleterre était autrefois l'église deSaint-Étienne.
Petraza était un des députés Mexicains aux Coitis d'Es]Mçne. Pendant que la Révolution déchaînait toutes ses furies dans son pays, il se formait en Europe. Il rentra peu avant le Grido d'Iguala , et se mêla dans la lutte qui en abattit l'idole. Nommé ensuite Gouverneur de Puebla, sa patrie, il refusa (disent les uns) ou fit semblant de refuser (disent les autres ) ; mais , nommé encore , il accepta. II fut démis sous des prétextes frivoles , plutôt que pour des motifs plausibles. Le Président a cru voir en lui l'bomme nécessaire pour réorganiser le Ministère de la guerre et Tannée. On le croit généralement très-habile, plein de résolution et de fermeté, au-dessus des difficultés et des partis. Et vraiment depuis le temps qu'il préside à ce département, on voit souvent des revues et des parades qui annoncent d'utiles réformes et beaucoup plus de discipline dans la troupe. La Marine, placée sous son administration , paraît aussi prendre du mouvement. On arme de petits bâtimens sur les côtes Atlantiques ; on fait construire quelque frégate dans les États-Unis , et on parle d'engager à la solde de là République des officiers et des marins de cette Nation , déjà si vaillamment maritime.
Quant aux affaires de l'intérieur, sous le système fédéral, elles peuvent faire de rapides progrès, pour peu qu'on les aide ; car chaque État s'occupe de sa police , de sa milice , de sa statistique , de son économie politique et administrative , de son instante-
tion publique, de ses Établisseméns de santé,* de charité, etc., ainsi que des chemins communaux; et tous peuvent beaucoup aider le Gouvernement général à réparer les grandes routes fédérales, qui, comme les premières, sont presque impraticables. 11 faudrait seulement éclairer toute la Confédération d'instructions générales, lui donner un plan qui facilitât une marche générale et uniforme, et c'est ce qu'on n'a pas fait , et ce qu'on ne fera pas , peutêtre , tant qu'il y aura un Ministre non fédéral, et trop occupé, d'ailleurs , avec les entrepreneurs des Mines, avec les Agens del Marquis ado del Valle, avec les Éditeurs de el Sol, et d'autres encore.
Quant aux affaires extérieures , elles ne marchent que par l'impulsion du dehors ou des puissances que leur intérêt porte à reconnaître la République; c'est ce que vient de faire le Cabinet de Saint-James, qui veut peut-être recouvrer, à la faveur de l'Amérique, cette Influence et ces ressources qu'il s'est laissé arracher en Europe par la Sainte-Alliance ; il vient de reconnaître aussi la République de Colombie Le Cabinet de Washington reconnaîtra à son tour la politique de l'Étranger, pour se mettre en concurrence avec les vues de l'Angleterre; mais jusqu'à présent on n'a pu lui faire épouser certains intérêts qui auraient donné à sa politique une allure plus décidée et plus généreuse. On n'a pas même été capable de former un pacte de
famille avec les tant d'autres gouvernement q* la Révolution a enfantés dans le Nouveau-Monde pwr se garantir, réciproquement , par une sage alliance, de nouvelles attaques du Vieux. Ce grand manque de précaution (facile) pourrait autoriser de forts soupçons contre M. le Ministre des affaires étranr
gères.
Ces deux ministères sont présidés par D. Lucas Alaman, député aux Cortès d'Espagne. D ne manque pas d'habileté. Vous sentez qu'il en faut pour savoir se ménager du crédit , quoi qu'il advienne. Il n'est pas peu enfariné de cette politique qu'on recueille dans les salons de Paris et les clubs de Londres. Quoiqu'il ait eu l'air de se faire désirer* je crois que Victoria ne tardera pas à voir que ce Ministre n'est point fait pour une République* , à moins qu'elle ne soit celle des trois Cai de Venise. Et une République ne peut pas être du goût d'un tel ministre , quoiqu'il y ait fait et y fasse encore sa fortune. Voilà une courte esquisse du personnel du Gouvernement général exécutif.
Le Corps Législatif, composé du Sénat et du Congrès , possède des talens distingués , et autorise de plus en plus à croire que ce sont vraiment les circonstances qui font les hommes. Il est un génie caché qui anime toutes les créatures humaines; s'il ne se montre pas, c'est qu'il lui manque un théâtre
* Il a été remplacé depuis long-temps.
( a&7 ) où il se produise et se développe; ou bien quelque force supérieure l'abrutit, le chasse ou l'opprime; tout nous le dit , Comtesse , Ovide lui-même :
Est De us in nobis , agitante calescimus iilo.
Nulle part ces réflexions ne se vérifient plus qu'au Mexique. Les Mexicains sont comme les neuf Muses : une improvisation des Dieux. Vous les entendez prononcer des discours éloquens, qui vous étonnent, sortant du chaos de l'ignorance et des ténèbres; ajoutez, et je vous les ai déjà montrés sous cet aspect, qu'ils sont prodigieux dans les beaux-arts.
Je ne dois finir cet article, sans faire un reproche à ces législateurs. Us devraient regarder comme une grande récompense l'opinion publique qui les élève à ce rang distingué ; et quand on est appelé à statuer sur les besoins de son pays on ne doit pas les aggraver par sa propre avarice. L'Angleterre et la France , deux grands types d'Assemblées Nationales, leur montrent en cela un imposant exemple : leurs Représentons du peuple ne reçoivent point d'appointemens pour leurs fonctions législatives. Les Mexicains devraient montrer plus de désintéressement envers une patrie , impliquée dans des ■ circonstances si difficiles. Les membres eux-mêmes I du Grand Congrès de Washington ne reçoivent : qu'une indemnité viatique, et un dietime plus petit encore.
Lefe journaux font» en quelque aorte, partie du Gouvernement. Les deux Coryphées de la Capital* sont YÀquila Mexicanaét el Sot. Le premier porte pour devise, Vitam impendere vero, quoiqu'il lui arrive souvent de dire de grands mensonges. Il voudrait paraître libéral, et se dit Journal National; il est, sous quelque rapport, l'un et l'autre; mais il manque de cette noble générosité qui doit être la première base du vrai libéralisme : c'est ce qui souvent le fait scorgere (montrer la corde) , comme disent si expressivement les Toscans. Le Sol est un Astre ténébreux , qui éclipserait volontiers ce qui luit déjà sur ces belles contrées. Sa devise est jPott nubila Pkœbus. Ce motto est une expression d espoir, et l'espoir n a jamais pour objet ce qu'on possède déjà ; le Sol donc déclare explicitement par sa devise que maintenant (sous ce Gouvernement) 1/ fait un temps affreux* mais qu'il espère que bientôt reviendra le soleil (les Espagnols). Cestà peu près le ton mot de Pasquino quand Marforio (à l'entrée des Français dans Rome,) lui demandait quel temps il faisait, il lui répondit tempo Aa ladri \ Ce Journal, dans une justification qu'il vient de faire dans son n° 670, montre qu'il se plaît beaucoup à répéter et bercer le nom de Ferdinandiste dont on l'accuse ; et , tout en se défendant, il témoigne évidem-
Expresaion italienne qui répond à la française : il fait un t*&f* d'enfer.
( *59) ment qu'il prend gfand plaisir à ce qu'on veuille ,
SpârÇèrt toces
In vttlfUm aihbigum.
Cfes deu* journaux sont toUs les deux ministériets} vous n'âVea pas besoin que je Vous répète à qtiél ministre le demie? appartient, et quelle unit fèghe par là datts le miniâtèf *.
Après ce court aperçu de tout ce qui constitue la forme et le personnel du Gouvernement général, il faut que je vous occupe Un peu de sa partie matérielle, c'eât-à-dife, de l'endroit où il doit siéger, et qui formera lé district fédéral : cet endroit est devenu une Hélène, une pomme de Ûiscorde.
Le Congrès général a décrété que Mexico serait lé district, la tille fédérale, la capitale de toute la Confédération \ maintenant le Congrès de l'État de Mètico insurge et la réclame comme fca capitale de dtûit, prétendant que l'eil prive* c'est la lui voler.
L'incident est assei curieUï , et voua dit les caquets qull a dû causer. Je passerai donc sur tous les verbiages, tous lès commérages qui occupent â cet égard la presse et les bouches de cette ôapitàle, cat si la discussion amuse et instruit, la dispute excite souvent l'impatience, le dégoût et TeUnUi: Je me bornerai à vous arrêter sur deux questions que je crois les plu* importantes et qui cependant n'ont jamais été approfondies. Vous sente* que, ferme dani mon système de ne me mêler Jamais
d'affaires politiques d'autrui, je me suis toujours gardé d'entrer dans leurs discussions , encore moins dans leurs disputes.
La ville de Mexico appartient-elle à l'État de Mexico parce qu'elle se trouve sur son terrain? Voilà la première question, et je dis franchement : Non.
Voudrait-on se protéger de la loi Romaine < Qui in solo alieno œdificat, etc.,.» pour soutenir Je contraire? l'argument serait absolument faux; dans ce cas le terrain devait appartenir à celui qui réclame, dès l'époque où l'on a bâti; or, certes, l'État de Mexico était in futuris contingentibw, lors de la construction de cette Capitale. Cette prétention conduirait plutôt à un aigument inverse : elle réveille l'idée que la ville de Mexico, ayant toujours été la Capitale, d'abord del'Ànahuac, ensuite de la Nouvelle-Espagne, doit l'être également de la Confédération Mexicaine. Washington, la Capitale des États-Unis du Nord, est, par analogie, une grande objection : bâtie sur le bord Septentrional du Potumak, le terrain appartient à l'État de Baltimore, qui le céda formellement à l'intérêt général de la Confédération ; la Virginie en céda autant sur le bord Méridional pour compléter autour de la Ville Fédérale un cercle qui fût comme de cortège et de splendeur au Gouvernement du grand Empire. De plus, Mexico est un peu trop pour un État : il pourrait renouveler la Société Léonine à la Fable ; tandis que sa prépondérance sur toutes les
( ^6, ) autres villes du Mexique, ses foyers de lumières, de richesses, de grandeur et de force conviennent parfaitement à une ville capitale d'une Confédération, comme le grand Jupiter, qui doit éclairer tout l'orbite de sa vaste famille, et la protéger de tant d'influences réunies. Un endroit qui n'a pas cessé d'être, et qui est encore le point central de toutes les affaires etdetoutle commerce delà Nation, ne pourrait devenir un point subalterne sans de grands inconvéniens politiques et économiques. Enfin, en pareil cas, est summum (Cicéron) Reipublicœ inspitiendumj non les chicanes futiles et pédantesques de quelque plagiaire légal, qui ne sait distinguer ni les questions, ni les circonstances.
Serait-il convenable que Mexico fût à la fois là Capitale de l'État et la Capitale de la Confédération? Telle est la seconde question ; et, à mon sens, l'administration et la politique utiliseraient cette distribution. L'administration y trouverait tout ce qu'il faut pour gérer deux Gouvernemens : des localités et des hommes éclairés. La politique aurait, dans le Gouvernement de l'État de Mexico, une sentinelle avancée pour les* autres États contre toute tentative ambitieuse du Gouvernement général; ils rivaliseraient de lumières et de sagesse, sans confondre ou entrechoquer leurs droits ou leurs attributions constitutionnel^*: Ces deux Gouvcrnemens y siègent depuis là création de la République Fédérale; je désire qu'ils conviennent de
continue? #ur le même plan avec hamopîe, » f^t-ce que pour émousser une arme de plus à oeu* qui se font de tout yn moyen de ternir la désunion, la discorde et l'anarchie.
Le Copgrès de l'Étal: siège au Palais de l'taqiûsition; celw dç Jft Gaptëdératiou, au Couvent d» Jésuite*. J'espère que les méditations tristement prpfondes, nées des souyeuirs que ces deux endroits retraçât t rendront Leurs délibérations eftoore plus sages et plus énergiques | qu'elles rappelleront au* divers membres de ces illustres assemblées que çep deu* séjours de la liberté et de la souveraiqeté Qatioualesa, redeviendraient le foyer de touteç i*o*reurs 9 de la plus cruelle tyrannie , si 'fuaaais Um yeu Qfrut ^ enfreindre le serment de soutenir et défendre l'Iudépeudappe Mexicaine; leur âéf&MIgiMfte deviendrait le lit de Procruste.
Que me restertrO encore à tous dire de la *ffle ^oderpe de Mejico? Ses babîtans? Daps les lettre* précédente* Wuf ave?: vij {racé* ça ef là Je» mœurs. Içp manière? , |e caractère, I'entendewent , etc. » des Mejricaips en général; cep* de la Capitale, 4 quelques nuances locales près , s<wt les mêmes. Cependant cette déférence , si légère qu'elle prit , méfiie quelque observation.
Nulle p£|rt, dans (opt }e tyfenque, la ça#te des Indien rç'est plu» l*Wt* qy'à Me*joo; et la m- 4pU en est claipp ; irrités à l'aspect con#tapt , et de plus en plifs mortifiant, de |a gtfipde distant*
qu'on mettait entre eux et lçrçrs oppresser*, le dépit e{ la haine ont nourri leu? cœur de sentiment hostiles et féroce^ contre tout homme qui pétajt; pas de leur couleur ; il est donc peut-être plu$ dangereux de se prpmeaer dans les environs de Mexico, que de voyager dans fout le Mexique. Plus en contact avec les Espagnols , qup 1<* soif dp For cqn^HÎ? $ait surtout à la Capitale, ces Indiens avaient pjpq 4'occusions d'apprendre des vices , et d'oublier \ç$ vertus naturelles de leyrs ancêtres. Ici, ils sentqieqf j ils voyaient ptys que dans les provinces leur e$c}avage ; et vous savez qu'Homère dirait , que Jupiter détruit la moitié de l'essence de l'homme quand il lus enlève la liberté. L'Indien s'enivre plus ici qu'aie leurs; c'est la conséquence de ses vices, et de ce besoin d as sou pif le sentiment de sa honte et de $3 misère. Mais la race ( combinaison étonnapte) pst 1$ même partout; tandiç que, dans le VipuxrMonde, Je Sund , le canal de Calais , le détroit de Gibraltar, le Faro de Messine , les Dardanelles , le golfe Adriatique , les Pyrénées , les Alpes , le Ilfrin , 1$ Yiçtule , le Boristhène , forment autant de racps dç peuples qu'ils séparent.
Les castes des Zartjbos et des Mulâtre? n'estent pas , à proprement parler , danq l'inférieur 4# Mexiqye. Jamais on n'a vji beauconp de n£gre? pur les hautes tprres , il n'y en 4 pa§ du tput inaiptenapt; et l'on en trpjjve fort pei} pur les pôfes iparîtimeq. ;
La race des Mestizos est la plus méchante du Mexique : issue le plus souvent de la brutalité des deux races qui l'ont procréée , elle partage par instinct naturel tous les vices des Blancs et des Indiens; car il est constant que les hommes , comme les brutes, reproduisent plus facilement les défauts physiques et moraux que les vertus et les beautés de leurs pères; c'est une fatalité dont on ne se rencf pas compte, mais qui n'est pas moins vraie. A Mexico, on rencontre fort peu de ces Mestizos , maïs ceux qu'on y voit présentent des physionomies patibulaires et des Picaros. C'est cette classe de peuple qui donne le plus de cette canaille qu'on appelle Leperos, les Lazzaroni de Naples; mais , comme à Naples, l'exagération en augmente beaucoup le nombre. Ils ne sont pas non plus aussi méchans que les voyageurs le disaient autrefois.
Ici s'offre une observation sur ces Mestizos, observation que je ne qualifierai ni physiologique, ni pathologique, mais qui, certes, peut prendre une place dans l'histoire naturelle ; elle a été faite par des personnes instruites, et puisée aux sources d'une longue expérience personnelle : c'est que les rejetons d'une femme blanche et d'un Indien sont bien plus méchans que ceux d'une Indienne et d'un blanc. Heureusement les premiers sont très-rares. Voilà encore de la moisson pour les savans.
Les Créole* * ou ceux nés au Mexique de sang Européen, sont, parmi les Mexicains, la race par
v^en^wf^
( «65) c excellence , beaucoup supérieure en esprit , en géî nie naturel , à cette Divina progenies , qu'on apt pelle los Blancos * par distinction suprême à ceux b nés en Europe et importés sur ces plages. f En général , il n'y a point de canaille de la race u Créole, quoique divisée en trois castes (la commerciale ou industrielle, l'agricole et la noble}. Elles se montrent toutes également fières , polies et d'une certaine dignité. Si les destinées du Mexique dépendaient de cette seule race, et qu'elle ne fût pas entravée dans ses nobles sentimens et sa courageuse énergie par la faiblesse superstitieuse des Indiens, la bassesse mercenaire des Mestizosj les conspirations iniques des Blancos , et par l'influence paralysante des Moines, le triomphe de l'Indépendance Mexicaine serait à jamais consolidé.
Ce sont les Créoles qui forment à Mexico, comme dans tout le Mexique, la meilleure société, presque les seuls qui offrent de la courtoisie et de l'hospitalité aux Étrangers. Leurs femmes sont les plus jolies, les plus aimables , les plus spirituelles , et , pendant la Révolution , elles ont donné des preuves fréquentes des sentimens les plus généreux, les plus héroïques. Elles ont beaucoup de grâce dans tout ce qu'elles disent et ce qu'elles font; je leur en trouve même dans leur ctupar, leur fumer, contre lequel tous les Étrangers crient si hautement.
Tenant gentillement, entre l'index et l'annulaire de la main droite, leur cigarito étincelant, elles Fap-
( a66 ) prochent nouchalammçpt, de temps à autre, ckto bouche , comme pour rallumer leur esprit et la vivacité; et, formant, de la fumée qu'elles en tirent un nuage léger qu'elles poussent eu avari, comme avant-coureur 4e la parole, elles annonça' les nouvelles grâces dopt elles vont ranimer la conversation. La main gauche les exprime avant qu'ejte les prononcent, et de beaux yeux noire marquent les mouvemens et l'impatience d'une âme gênée par cette étrange occupation c[u passage par w die veut se montrer. Jamais je np les ai vues si spirituelles et si animées que quand elles fument; le (eu de leurs yeux sejnble s'éteindre avec celui dp rip rito. Si, quancj on fait la cour a une cjawe, on fiente s'entendre dire quelque chose de b»en expressif et totfchant, je conseille qu'on la prie de cirçpar.
J'ai vu des amans se darder delà fumée du Ai*' rifo # c'était sans doute J'amour qui la portait de spu souffle, pu l'amour lu i-mème ipétamorpJip»* en fupiée ; il est si vrai que, quand on aime, pp trou\e l'impur ffapg tout ce qui appartient ^ la personne aimée l Heureusement, Cojntesse , je ne fume 9P pour faire ma cour aux Sauvages, cojnwM1** vous le rappel, quand nous étions spF ^ "**• ]}lis*isqipi; autreweuJ;, j'aurais, de cette m*** cpuru ici va grand danger de faire uu p£ché & P et d'uue pppàpe toute nouvelle.
âce
Les feiqipeq Mexique* W* bpaucpup fa &* upicj plie* dpnspnt; c'est qu'elles Rangent s*08*'
( «67 ) 'eptatien, à la diffiérejioe de* dames d'un certain yay$fa*bww*ble, qui dansent les yeux haisaés, comme a elles allaient a l'église, sans jamais regarder leur compagnon , comme si elles allaient renoncer aux hommes pour un couvent. Quelle expression peutop trouver 4ans une aange pu i) n'y a d'autres acteurs q\w les pieds ? De cette manière, si une danse pouvait décrire, j'aimerais, mima la lire que de la voir- Vous savez que je n'aime pas les contirpdifetioqs, tout sévère que je suis pour la décence.
J^eç dames Mexicaines donnent beaucoup de temps à la conversation, dont la plus grande partie est çék%H, e'eattjMlire avee les Moines. Au Me^iqpe, il n'y a pg§ une maison, aveo une jolie femme, qui n'ait l'assistance obligée d'un Moine.
X»a toilette des Mexicaines (je vois votre impatience), il n'est pas facile de la décrire. C'est un pot pavwi , composé de toutes les toilettas Eufût péennes et Américaines, lesquelles ne se font pas trop bonne compagnie. Je ne les qime que dans le costume du matin, avec le zendal â la Vénitienne, ou le mesaro à la Génoise. En général, elles «spnt assea propres.
En fait de complûpens , leur botche en est un torrent toujours enflé ; il est heureux qu'elles s'of* frent un cigarite a ciupar, autrement, pans ce 'moyen de pose et d'haleine, leurs poumons pourraient en souffrir.
Les hommes en font aussi profusion, ot si toutes
leurs expressions obligeantes partaient de leur gzbt. tous les cœurs des César du monde , réunis «l\e seul, n'en formeraient pas un assez vaste pour contenir.
Vous voyez, Comtesse, par ce que je vous ai ides Mexicains en général, que, malgré l'abrutie ment où le despotisme n'a cessé de les tenir, por trois siècles, la civilisation a trouvé dans \earaM des prodiges d'entendement , de génie et de sentimens généreux. Je me hasarderai même à Are que tout comparé et bien calculé, l'Esclave (la Nouvel Espagne) était plus avancée que le Maître (la Viôfr Espagne). Et quelle sera la supériorité des Mexicain sur les Espagnols, si, libres dans leurs nqjples face tés de l'âme, ils peuvent se livrer, sans obstacles € avides d'apprendre, aux institutions nouvelles , s lancer dans l'immense carrière de la perfection hu maine, que la Révolution, le temps et 1 expérienc leur ouvrent devant les yeux? Que le ciel second* leurs vœux, et je les prie d'agréer les miens biei sincères pour leur prospérité.
Ici je voudrais finir ma lettre, Comtesse ; mais, exacte dans ce que vous voyez faire comme dan; ce que vous faites, vous exigez que je vous rende compte de trois choses, que j'ai laissées en arrière, et dont je vous ai promis la solution à Mexico. Vou> avez raison, et je m'en acquitte.
Mon cheval, l'Hélène de Qucretaro, est toujours à moi. Don Mariano Herrera a écri t d'une marna?
( >69) I satisfaisante au juge et à mes adversaires , qui se . sont montrés dans cette ville, comme à Queretaro, t de la plus noble condescendance. Quant à l'espoir de vous montrer personnellement l'héroïne de la tragédie de Mina , la sœur de Don Mariano, j'ai le j regret de vous dire que je n'ai pas eu le plaisir de , la trouver dans cette capitale : elle en est absente. Ce qu'on m'a répété des traits de son âme généreuse me la représente de même, comme une idole devant laquelle on peut désirer de brûler quelque encens de vénération. Pour ce qui concerne ma troisième obligation, je vous envoie ci-jointe la nomenclature de ma Flora* qui s'est même augmentée depuis Guadalaxara*. C'est ce célèbre botajiiste, le professeur Cervantes, qui l'a baptisée. Les noms dont il l'a distinguée sont, en grande partie, putatifs* je crois, parce que toutes les plantes sont de genus novum ou de species nova* même pour le Mexique. De là on peut conclure sans hésiter, qu'ailleurs elles seront entièrement nouvelles ,, du moins de la dernière rareté. Je vous donne leurs noms comme ils me viennent à la main, avec leurs cartons et sans classification. C'est ma seule compétence dans une science où je suis plus que borgne. Je souhaite que cette Flora arrive en Europe, et que les sa vans la jugent digne de leur attention.
* Voyex à la fin du vola me, a. 8.
^i^.ujijtuLiVU-TW.iititixii'tKAivw»'*"''*'*1'11"1"*'111*1* ***"**!**-*** --•■•------- ~—^"^- -■--■•• ~ - n -- i-rn-mt—
ÛOUHÈttB lettre.
SOMMAIRE
Lé Mexique, mis par un Républicain sôùs l'etopire d'un Saint, et par un Capucin soub l'empire d'un DiabU : folies tet rébellion. — Départ de Mexico. — Avantage de voyager seul. — Le Prince Pignatelli au Mexique : ses malheurs* — Méchanceté du Ministre Àlaman. — La Grande Digue de Saint-Lazare : tableaux enchanteurs qu'elle offre. — Le Volcan et les Montagnes Matlatcuyts. — Passage de ces Montagnes. —Le Rio-Frio. —Chemin par où passa Cortès. —Saint-Martin et son Maso*. — Des restes d'ancien* Tetap» pies. — Le Volcan et sa oimei — Choinla l'aneienné et son Théocalli. — La Palestine, la Rome, la Méca de l'Ancien Mexique. — Les Cholulthécas et Cortès. — Foi punique punie. — Massacres. — Conspirations des Prêtres : conséquences.— Cholula la moderne; son Couvent de Saint- François. —Trouvaille curieuse. — La ville de Pûeblà : son origine; sa situation; ses richesses \ sa magnificence ; son «ontmerce; la beauté de son sol, ete. — La ConquUtaddr*. —La Cathédrale; son grand autel; ées richesse* — - La Confession, ou grand autel de Saint-Pierre à Rome. — Influence du climat. — Grand établissement d'éducation. — Le Révérend Don Antonio àtaria délia Rosa : sa philanthropie; ses vertus; son talent. — Académie des Êeaux-Arts.— Aperçu historique des artistes de Puebia* — L'État de Puebla. — Son Congrès : le brigand Go mes ; Manifeste qui le concerne. — L'Èvêque. — Séparation de l'auteur avec le
Grince ftgnatelli. — Ttascafa. — Aperçu historique de cette République et de ses peuples : trouvaille qui sert beaucoup à illustrer le nom de leurs Rois. — Les Rois Mexicains et les Rois vaincus par Abraham. — La Jurisprudence sacrée de tous les temps et de tous les pays. — Politique des anciens Tlascalthecas ; forme de leur Gouvernement. — Les Barons Tlascalthecas et les Barons du Médiève de l'Europe. — Les Sections des Anglais, les Assises des Français, ne sont qu'une ©opte «tonnante d'une institution des anciens Tlascalthecas. — Les Prœtores Pellegrini des Tlascalthecas et des Romains. " — Les Basilicœ 9 les Silliœ Curules des uns et des autres. — Ce qu'étaient les Tlascalthecas à t arrivée de Cortes. — Fables , fanfaronnades de l'histoire Espagnole sur la Conquisla et les Conquistadores. — bocumens et monumens contraires. — Ce sont les Tlascalthecas et d'autres peuples ennemis de Moctezmnfr, qui ont conquis Mexico. — La part qu'on doit accorder à Cottes et aux Espagnols. — Politique astucieuse des Espagnols pendant et après la Conquête. — Les Tlascalthecas de^pnus aussi esclaves , mais avec quelques privilèges. — Ce qu'ils ont été avant et pendant la Révolution ; ce qu'ils sont maintenant eux et leur ville. — Conclusion.
Tlaflc*ltt*8ftviili8»5.
Le nom de l'endroit d'où je vous écris doit exciter et Vofre curiosité et vtttre intérêt. Ces*, je crois, lé plus célèbre de toute l'Amérique, et, sans contredît, le £lus important de toute l'histoire du Mexique : l'endroit 'où les Espagnols trouvèrent l'égide puissante qui seule devait les sauver des effets de fetir témérité, et les aider à cette Conquête
( 27* ) qu'on a tant vantée, et qui n'est due, en pure analyse* qu'aux Tlascalthecas.
Mais retournons à Mexico, où je vous ai laissée dans ma dernière lettre. Arrêtons-nous-y un instant encore, et traçons de là le chemin que nous avons jusqu'ici parcouru.
Vers la fin de mon séjour à Mexico, deux choses assez singulières occupaient le public de cette capitale, et, je crois, de toute la Confédération : un soi-disant républicain voulait donner le Mexique à un saint, et un frère de la Charité chrétienne voulait le délivrer à un diable. Je vais vous expliquer ces deux anomalies.
Un de ces êtres arlequins, je veux dire, un de ces acteurs de toutes les couleurs, à plusieurs rôles, lequel fut d'abord Moine, puis Révolutionnaire, Àmnutiste, Impérialiste, CeiJfc-a liste, Fédéraliste, maintenant Évéque in partibus, voulant en quelque sorte rentrer dans les bonnes grâces du Ciel, puisqu'il se voit assez méprisé sur la terre, a fait proposer formellement au Congrès général de décréter saint Thomas pour patron du Mexique, comme l'apôtre, dit-il, qui vint y prêcher l'Évangile. On ignore d'où il a tiré ce point historique : peut-être de ces mêmes livres qui déclarent l'Amérique YAtlantide de Platon. Mais la discussion n'a pas moins été vive ; et s'il a exposé son héros à la mortification d'un ballottage noir, il peut se vanter d'avoir fait retentir son nom dans tout le Mexique. Je fus tenté
( *73 ) de lui faire observer qu'Abdias, un des plus grands historiens des temps apostoliques, dit formellement que saint Thomas alla, et prêcha le christianisme dans l'Asie, même à la Cour dU Roi Gondafer; mais, ne m'eût-il point répondu qu'il était pos-> sible à saint Thomas de se trouver à la fois en Asie et en Amérique, puisque saint Antoine s'était ainsi trouvé à Padoueet à Lisbonne? Voilà comment un zèle imprudent ou l'hypocrisie dé quelque tartufe exposent au ridicule ou profanent ce qu'ils prétendent exalter et honorer.
L'autre incident historique est un manifeste par lequel l'évêque de la Sonora, dont je vous ai parlé dans ma précédente, détruit la Confédération, la souveraineté du peuple, etc., et proclamé solennellement l'empire de la tyrannie à laquelle on venait de se soustraire.
Le Gouvernement a montré beaucoup de modération envers ce prélat ; le publie, néanmoins, no paraît pas trop disposé à l'acquitter si in diligemment s des pamphlets soulèvent coutre lui la rpmetir et l'indignation publiques. On en a publié de violehs. Par respect pour l'Épiscopat, sinon pour certains Évêques, je me bornerai à vous communiquer Iç plus châtié die ces écrite \
Vous verrez, dans ce manifeste qu'on a parodié en forme de dialogue bien original , d'un cotè> : tm langage conspirateur, une uniformité de principes
* Voyez-le à la fin du volume, *u n° 9. ' ..
(■74) et de paroles que le Jésuitisme a combinés pour asservir de nouveau les deux mondes ; de l'autre, la sagesse de la Logique et de l'Évangile.
Pour moi, fei j'étais juge, je condamnerais l'Évéque à l'hôpital des fous. — Mais , il me souvient que Brutus aussi faisait le fou, et qu'il opéra une des plus grandes révolutions que l'histoire nous ait transmises.
Les journaux font un grand tapage â l'égard de l'emprunt anglais que le Gouvernement s'est trouvé dans la nécessité de faire : l'un dit : « Malheureuse Amérique I A peine s' est-elle soustraite an joug d'une tyrannie qu'elle tombe sous le joug d'une autre!» Mais ce n'est 'pas là l'affaire d'un pèlerin ; passons outre. Il faut nous remettre en chemin.
Je laisse Mexico et ses aimables habitans> non avec indifférence, quoique je m'achemine vers V Est : le point sacré des Anciens, qu'ils considéraient comme le foyer de la lumière et des consolations. Hélas i II n'offre à moi que l'aspect des malheur* de mon pays; des souvenirs amers; un présent qui recule, et un avenir ténébreux, moins flatteur que menaçant. Mais j'y possède votre amitié — Je pars avec plaisir.
D'un caractère irrésistiblement indépendant, je n'aime ni à contrarier ni à l'être ; il me plaît d'aller, de m arrêter et de voir sans gêner et sans qu'on me gêne. La volonté d'un seul, si elle émane d'une âme ferme et résolue, franchit les obstacles , surmonte les dangers et va loin ; un homme seul ne donne
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aucun ombrage, et avec son fusil, son hameçon, etc., il trouve partout à vivre. Plusieurs volontés, au contraire, ne fût-ce même que deux, quoique bien combinées, se croisent, se l^urtent, échouent ou s'arrêtent ; et les besoins, la disette, le découragement, la jalousie, ou les craintes des peuples qu'on rencontre, font souvent reculer le nombre. C'est le premier moyen qui seul a pu me pousser au milieu de hordes des plus féroces sauvages, et me ménager, en les montrant à la géographie, la découverte des sources du Mississipi, et l'aspect de tout son cours immense ; c'est par le second qu'ont manqué de succès tous les efforts des expéditions nombreuses qui avaient tenté avant moi cette entreprise. Voilà pourquoi j'ai aussi, dans Je Mexique, toujours voyagé seul et fort de ma propre volonté.
Mais je n'ai pu me refuser â la compagnie d'un ami, de Mexico jusqu'à Puebla : un ami qui avait la bonté de regarder la mienne comme un soulage» ment à ses malheurs, et qui me fournissait souvent l'occasion de faire écho aux accens de son admira-» tion pour vos sublimes qualités. Devinez quel ami, Comtesse 1 l'infortuné Prince Pignatelli Cerchiara; de ces Pignatelli , dont la renommée remonte l'illustre famille aux siècles les plus historiques du mediève ; le personnage , que nous avons vu lieutenant «-général, gouverneur de Naples, ambassadeur , et commandant une des divisions que 1 in**
grat , l'imprudent Murât , associa aux Anglais et aux Autrichiens pour combattre son bienfaiteur et son maître ; une de ces divisions qui contribuèrent à plonger l'Italie dans l'esclavage où elle se retrouve, et ouvrirent ensuite au traître lui-même la catastrophe et le tombeau de Pizzo.
Pignatelli, jeté par les changemens politiques, et par des tracasseries domestiques, dans le vague d'une vie ambulante et sans dessein , sa destinée le porta dans le Nouveau-Monde. Il croyait trouver à Philadelphie , dans Joseph Bonaparte , une consolation à ses malheurs, une récompense de ce qu'il venait lui dévoiler, mais il ne vit en lui qu 'un de ses anciens Rois ; et vous savez que les Rois , en général, ne se piquent pas trop, ni de générosité, ni de reconnaissance.
Toujours poursuivi par le besoin , qui redouble les privations pour celui qui n'a jamais connu que la prospérité et la grandeur, il tourna la proue vers l'Hespérie de l'Amérique , vers le Mexique : le Dorado, l'appeau de tous les hommes , ou avides , ou désespérés.
11 arriva à Mexico , que le comte Luchesi était encore en chemin pour s'y rendre. Son nom illustre l'accompagnait , et ce nom est le même , et de la même famille que celui de l'héritier du Marquisado del Valle.
Vous savez qu'André Pignatelli , colossalement riche, et puissant Ministre, sous les premiers Bour-
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bons de ftaples, fit de ses domaines quatre majorats , en faveur de ses quatre enfans ; de là les Pignatelli, ducs de Monteieone; les Pignatelli, princes de Strongoli ; les Pignatelli , princes de Cerchiara , et les Pignatelli , princes. ... je ne me rappelle plus de quelle ville ou province.
Il vit cet immense héritage de Gortès entre les mains de toutes sortes de harpyes et de Cocus; il se crut autorisé , par sa parenté avec Monteieone , à s'en mêler. Cependant Luchesi arrive ; don Lucas Allaman, qui avait déjà les arrière - pensées que, dans la lettre précédente, nous lui avons vu accomplir^ lui peint Pignatelli comme un Usurpateur des droits et des pouvoirs que le Duc héritier avait fondés en lui seul, Luchesi ; et sème des sentimens de discorde et d'animosité entre deux personnages, entre deux compatriotes , qui se devaient réciproquement tous les égards possibles, dignes d'un mutuel respect sous tous les rapports. Un tribunal (ou Allaman) interdit Pigaatdli , et Luchesi (ou Allaman) exclut entièrement le Prince malheureux , le parent de Monteieone, de tout emploi , de toute participation à cette Cocagne* où s'étaient engraissés, et s'engraissaient encore, tant de fripons étrangers à la famille, qu'on aurait pu chasser, comme indignes de toute commisération.
Dans toute cette affaire , le comte Luchesi , environné et surpris par une caterve d'intrigans puis -
( a?8 ) sans, n'est coupable que de faiblesse, et de certain manque de générosité ; ou ne peut reprocha à Pignatelli que quelque imprudence ; et sa situation malheureuse , ses relations de parenté avec Honteleone sont des excuses. Allaman en est le Séjan, le Tartufe et le triomphateur.
Après le départ de Luchesi, cet homme , jaloux jusque de la présence de Pignatelli , lui a de même fermé tout accès à quelque emploi qu'il ait sollicité auprès du Gouvernement ; c'est ce qui la forcé de partir pour Oaxaja , où le Général Bonilla l'a appelé , en ami ou en protecteur.
J'ai dû m occuper un instant cte cette affaire, malgré ma répugnance prononcée pour tout commérage , et surtout pour les chik-ckok* privés. Les Protées l'ont représentée d'une manière calomnieuse, tantôt contre Pignatelli, tantôt contre Luchesi, selon, la couleur que leurs fins leur conseillaient; et je devais à deux amis distingués J empressement de dévoiler, les ressorts trompeurs qui animèrent leur rivalité , et surprirent leur dignité et leurs sentiment généreux 3 il m'importait de dissiper les fâcheuses préventions que la méchanceté se serait étudiée à répandre contre l'un ou l'autre, au de)d de l'Atlantique. Au reste, devant vous parler de Pignatelli et de son infortune, il fallait bien vous initier aux nouvelles causes qui ont empiré sa situation, ne fût-ce que pour exciter en sa faveur et
X *79 ) la sympathie des amis , et 4*Ue de ses parera , qui semblent assez indifférons à son sort mfttbeurerix:.**- Maès poursuivons.
Dans les temps du Vieux Mexico , as sortant de la ville du côté de l'Est , on marchait dans l'eau : H n'y avait point de catzadas, de digues , qui joignis sent cette Capitale â la terre ferme, comme au Sud; à l'Ouest et au Nord ; maintenant c'est sqir une* digue magnifique qu'on, parcourt les quatre premiers milles de la route de Puebla : de là pprte de Saint-Laiare jusqu'à hs Reyes.
Le ViceJloi Velasco la fit construire , après l'monation qu'éprouva Mexico, en i553; dons le but, d'abord,, d'empêcher l'irruption des. eaux du lac de Chalco sur celui de Tescuco.
Cet ouvrage souffrit beaucoup dans une autre
inondation, en i5$o; et il fallut, en i6o4> le rétablir totalement. La Capitale ne fut pas moins inondée , en 1 607 ; ce qui fit voir l'inutilité de toutes ces calzadaSj, et penser sérieusemetit aux moyens de la préserver de ces fléaux destructeurs. Ce fut alors que fut conçu le projet du fameux De&ague, que nous avons vu. Construite sur le modèle de celles des anciens Indiens , cette digue est d'un passage agréable, entre des myriades d'oiseaux aquatiques de toute espèce; elle offre commeun phénomène étonnant , dans la diversité surprenante des eaux qu'elle partage : douces, sur sa droite, celles du lac de Chalco; salées, sur sa gauche, celles du Tescuco.
Des cottmfas pyramidales, qui s'élèvent à l'Est Sud»E«t masquent une grande partie des beaux pa rages que baignent les eaux du Chalco. On ne se rassasie point de voir tous ceux qui s'étendent à l'Est-Nord-Est sur les bords du Tescuco. Le tout, dominé par le Grand Volcan et d'autres montagnes qui l'environnent, forme un tableau des plus variés et des plus imposans que la Nature offre et à l'artiste et aux âmes sensibles.
On peut reposer ses yeux et son imagination, pendant qu'on traverse le pays nu aujourd'hui et toujours assez stérile des anciens Tepanacas, jusqu'à ce qu'on commence à monter Je passage romantique, qui, séparant le Grand Volcan, an Sud, des montagnes Matlalcueyes, au Nord, conduit le voyageur , tantôt sur la crête des rochers escarpés , tantôt dans des vallons profonds; ici, sur le bord de riantes prairies, lé , à travers des bois épais, où le sapin et le cyprès couvrent d'un deuil touchant, éternel , le Ciel et la Terre.
Arrêtez-vous d'abord sur un petit promontoire au-dessus de la y enta ( ou mauvaise auberge) de Cordova. L'âme apathique des habitans ne vous l'indiquera pas , mais la vôtre saura bien le trouver. De là vous dominerez toute la vallée de Chalco, une grande partie de celle de Mexico, dont les dômes et les clochers semblent des points imper* ceptibles , qui se perdent contre le bord Oriental de* montagnes de Toluca. Derrière, sur la gauche, fe
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(aô. )
Volcan. ... mais voyez-les par vous-même, cesgran* clés perspectives , cette réunion de choses sublimes que vous ménagent la Nature et l'Optique.
De sombres sinuosités , que le soleil ne pénètre jamais, forment le sommet de ce passage. Arrêtezvous dans celle qu'on appelle le Piano ; tournezvous au Sud, et, les yeux élevés, tous serez étonnée de voir le Volcan rivaliser encore avec les Cieux , quoique vous soyez déjà peut-être à plus de deux mille pieds au-dessus delà vallée de Mexico, qui est elle-même, d'après M. de Humboldt, à deux mille deux cent soixante-dix-sept mètres au-dessus du niveau de la mer.
De là on descend pour cinq. milles environ jusqu'à RtO'FriOj ainsi nommé d'un ruisseau d'une eau toujours très-froide : il est même dangereux d'en boire un peu échauffé. Là vient aboutir un des points historiques les plus importons de la Conquête; et dont l'intérêt se rehausse encore par le silence de tous les écrivains qui semblent ne l'avoir pas remarqué. Pour l'expliquer, il faut revenir un instant sur l'histoire de la Conquête.
Quand Certes se fut ménagé l'amitié des Tlascalthecas, il résolut de marcher droit sur Mexico. Le chemin qui conduit directement de Tlascala à Mexico , traverse les montagnes de Tlascala , de l'Est à l'Ouest, va aboutir entre Tescuco et Otumba, et passe sur la calzada , ou digue, que je vous ai montrée de San-Christobal. C'est le chemin que Cortès
voulait tenir, et que lui indiquaient les ambasadeurs de Moctezuma, chargés déjà de l'inviter. Ma le Renard Castillan, se doutant de quelque piépT de quelque embûche, prétexta que ses soldais n'aimant qu'à surmonter des difficultés et à bran: des dangers , n'allaient jamais par des grands chemins; qu'ils choisissaient ceux presque inaccessibles à tout autre, et il prit un chemin sauvage, lomgmat les revers Orientaux des montagnes Matlalcueyes , qui, de Tlascala, conduisent du Nord au Sud ai grand Volcan , et alla aboutir précisément au Aio- Frio. Ce fut là qu'il reçut aussi une députa tion de Cholultecas , et qu'il obtempéra à leurs mstanœs de se rendre à Cholula , où nous Terrons tout à l'heurt la catastrophe qui l'y attendait et dont il sut triompher.
On descend , pendant i& milles environ, de Rio-
Frio à Saint-Martin , toujours sur un plan doucement incliné , à travers un pays varié. Saiitt-tfartia est sis au milieu d'une vaste plaine , très-fiche en toutes sortes de denrées, et les montagnes qui Ve surmontent lui donnent de l'eau en abondance pour
une irrigation utile. C'est un village qui montre partout de l'aisance. 11 faut on excepter leMeson, l'un des plus misérables et des plus sales , un cloaque; mais on ne l'appelle pas moins la Sainte-Trinité. Je frémis toutes les fois que j'entends prostituer ainsi les noms et les choses les plus sacrés l Comment alors distinguer les églises? Tont est ainsi profané dans
|ie Mexique , ou par l'aveugle superstition des uns , (Ou par l'intérêt sordide des autres.
A moitié chemin, de Saint-Martin à Puebla, je laissai Pignatelli, qui voyageait en voiture,, et pris, avec un guide , une route de traverse qui mène à Cholula , à quatre ou cinq milles au Sud du grand chemin. Son grand Theocalli se montrait de loin 4 mes yeux , et je ne pus résister*
En traversant cette, campagne , on trouve , dans un endroit tout solitaire, deux grandes buttes isolées, formées par des blocs en pierres entassés , dont la masse cyclopéenne étonne* Tout porte à croire qu'on adules transporter jusque du bord du revers Oriental du grand Volcan, qui se manifeste là, à la distance de 1 2 à 1 5 milles, sous une forme pyramidale, de la plus sublime majesté. C'était un beau jour ? on le voyait tout entier. Un seul petit nuage, que quelque savant croit être de la fumée 9 mais qui, à
mon avis , n'est qu'une petite vapeur d'attraction , couvrait sa crête altière, et, comme un lien de conjonction céleste, l'unissait au firmament Ces deux buttes étaient certainement le commencement ou les ruines de deux Theocalli.
Les Tulthecas, je vous l'ai dit, émigrèrent les pie* miers du Nord , dans l'Anahuac , s'établiront A Tula, et, affligés par la peste et d'autres calamités , furent ou dispersés ou anéantis. On prétend qu'une partie des premiers vinrent fonder la ville de Cholula, et bâtirent le grand Theocalli, qui y
( *W) existe encore, le consacrant à leur Dieu Quelzdcoalt.
Cette grande masse, qu'on ne saurait appeler un bâtiment, est une colline artificielle, élevée en forme pyramidale , ayant à sa base , carrée , plu» d'un mille de circonférence ; elle est formée de grandes mottes de terre, coupées en forme de grandes briques ; et Ton voit encore quelque part les interstices qui les séparent. Il parait qu'elle était composée de quatre étages rentrans , un de moins qu'au grand Theocalli de Mexico; mais ils devaient être bien plus larges , et la masse bien plus grande Il paraît même que ce monument de la Religion de Cholulthecas, était encore loin d'être achevé. On y monte maintenant par une rampe inclinée coupant les étages,. et tournant à zigzag. Peut-être est-ce la même que l'ancienne; du moins on ne voit les traces d'aucune autre.
Sur le plateau de la pyramide, on a élevé une église à Notre-Dame-de-los-Remedios, dont le prêtre desservant doit être de race pure Indienne. Cette église occupe probablement la place où figuraient autrefois les deux Sancta 5a nctorum, les deux foyers du feu sacré, et l'autel des grands sacrifices. Elle y occupe la place que , comme j'ai déjà observé, aurait dû occuper la Cathédrale de Mexico sur le Grand Tlieocalli. Elle y règne majestueusement , quoique petit et chétif bâtiment.
Un écrivain a dit que cette pyramide était creuse.
( 2»5 ) Il paraît que non : on a seulement trouvé quelque petit caveau, peut-être mortuaire, du côté du Mord, où des Barber ini en ont coupé une partie pour y frayer le chemin qui , de Cholula conduit à Puebla. Je ne vous raconterai rien de plus de cette antiquité, vous renvoyant à ce qu'en dit M. de Humboldt; après lui ce serait audace que de vouloir approfondir ce sujet. Je me bornerai seulement à remarquer que > perché sur le haut du clocher , je me suis vu pour un instant le dominateur d'une des parties du monde les plus extraordinaires.
Cholula, au temps de la Conquête , était une ville des plus considérables de l'Anahuac , en puissance temporelle , et la première en puissance spirituelle : c'était la Palestine , la Rome , la Meca de l'Anahuac , l'endroit où tous les peuples de ces vastes régions se rendaient en pèlerinage pour visiter les Lieux Saints ; où les Dieux et les prêtres faisaient plus de miracles qu'ailleurs , et dictaient les plus pures doctrines de la foi. Et, chose singulière, tous ces peuples regardaient les Cholulthecas , comme dans le Vieux-Monde on regarde fts Palestins , les Romains et ceux de la Meca , des hommes de Sanctuaires , des marchands d'indulgences, des Pharisiens avides et simoniaques. Autre rapprochement non moins bizarre de cette Ville Sainte avec les nôtres : elle regorgeait de pauvres , d'escrocs et de filous , tandis qu'on n'en trouvait pas dans toutes les autres villes du Mexique. Ce grand
( **& ) sanctuaire était donc le sanctuaire universel des différons peuples du Mexique; comme d'antm sanctuaires le sont ailleurs pour d'autres peuples. On a beau dire, d'un bout à l'autre des mondes. toutes les religions 9e rencontrent plus ou moin* analogues, quand elles reposent sur l'imposture et l'intérêt.
À Cholula , outre le grand temple, il y avait, diton, autant de petits temples que de jours dans Tannée. Certes , cela seul annonce une ViUe aussi grande que sainte. On voit, encore par quelque endroit que la tradition des Indiens vous indique, qu'elle s'étendait bien loin sur la vaste plaine qui l'environne.
Cholula était une espèce de République qui, avec tant de prêtres et de sanctuaires, devait être bien aristocratique , ou plutôt oligarchico-théocratico-aristocratique.
On dit que la foi punique y régnait phis que partout ailleurs dans le Mexique , et qne ce fut sous sa devise qu'ils invitèrent Cortès à recevoir leur devoûment dfamitié et d'obéissance au Grand Roi de las Castillas. Sans Doua Marina , et une autre femme qui lui apprit le grand secret , Cortès était pris an piège, et perdu avec tous ses invulnérables; tant il est vrai que les complots des prêtres sont les plus
formidables ; et ils ne ménagent ni les peuples oi les rois.
Cortès ne perdit pas de temps : renforcé des
•Jll«*l
( **1 ) Tlascalthecas, qui le suivaient en grand nombre, il fondit d'abord sur les prêtres et les Seigneurs, et brûla, avec les temples, tous ceux qui s'y étaient réfugiés. Que le Ciel et la sagesse de nos Rois nous délivrent du malheur de si terribles réactions ! En contraignant les peuples à s'insurger contre leurs usurpations et leur tyrannie , les ennemis de l'Humanité, sous le voile de la Religion, portent de bien fâcheuses atteintes au Catholicisme; et ceux qui les favorisent , dans l'espoir d'un appui , oublient peut-être qu'avec eux on ne va jamais qu'à leur suite, et souvent à sa propre perte.
On dit que Moctezuma trempait dans cette conspiration ; aussi, Cortès, à son départ de Choluta, pour continuer sa route, au lieu du chemin ordinaire qui de Rio-Frio mène à Mexico ( celui que nous avons fait en venant ) , en prit-il un autre sur la droite, à travers les Cordillières Matlalcueyes, afin d'éviter de nouvelles embûches. Il alla aboutir à Tescuco; là, il se dirigea vers le Sud, passa par Chalco, et rentra dans la grande Capitale de l'Anahuac, par la Calzada de Iztapalapan, la Calzada Méridionale.
Ce grand détour, à travers des obstacles que les
Mexicains croyaient insurmontables, et la leçon
qu'il donna aux Cholulthecas, ne contribuèrent pas peu à rehausser à leurs yeux sa Divinité et celle de ses aventuriers, et à faciliter son entrée dans Mexico. — Enfin, Cholula l'ancienne fut une des
trois Républiques qui opposèrent une . invintibl. résistance contre les Rois de Mexico. Les deux mtrès étaient Tlascala et Huetxocingo.
iCholula moderne est encore un grand villae» très-riant» dont les rues sont spacieuses et coup*** au cordeau. Autour sont beaucoup de jardins potagers, dont les baies de Maguey forment des petits carreaux, qui, vus du sommet de mon clocher, offrent un assemblage très-étendu de parterres bizarre. Le couvent de Saint-François est un des plus anciens du Mexique. On voit par sa structure qu il i été fondé au milieu du sang et de la discorde : il ■' l'air d'une forteresse, tenable même contre des armes que n'avaient pas les Indiens. Jy sn trouvé un» curiosité : un petit registre des premiers bapf **mes et des mariages que les moines de la Conque y célébrèrent sur leurs premiers néophytes. Le baptême est représenté par une tête avec le nom cbntien du Catéchumène ; le mariage, par deux tèto mâle et femelle, qtii se regardent, et on y inscrit les noms Chrétiens et Indiens des deux époux. IL sont, sur un papyrus différent de ceux que non* avons déjà vus ; je ne sache à quelle espèce jéçttaie il appartient. J'ai pu V obtenir, moyennant uix elemosina pour une messe; mais les messes soi* chères au Mexique : avec l'argent que cette intime coûte, je pourrais en faire dire cinquante <v Italie. Continuons notre chemin, et joignons IV gnatelli , qui nous attend à Puebla.
Il m'avait fait préparer un bon souper chez «11 de ces Créoles courtois et hospitaliers, qu'on trouve assez souvent au Mexique : chez D. José Garcia, l'un des plus riches et des plus honnêtes particuliers de la ville.
Puebla est peut-être la seule ville du Mexique qui soit née entièrement Espagnole ; toutes les autres ont été rebâties sur les ruines de villes ou de village» Indiens.
Quand la Conquête fut en quelque sorte assurée, la mer vomissait tous les jours sur les côtes de l'Anahuac des batelées de Loups affamés, qui venaient échanger la morgue et la foi Espagnoles avec l'or et la liberté de ces infortunés Indiens. La ville de Mexico en regorgeait et njft vait pi 110 , la capacité ni physique ni morale de les contenir. On avisa de fixer une colonie où ces harpyea zdetieawjraient moins voraces en se rassasiant un peu de% fruits de la terre. Le site de : l'actuelle Puebla, fut bien choisi, réunissant tout ce dont la nature peut couronner l'industrie : et les premières exploitations du terrain répondirent prodigieusement 4 l'esoai : la terre, comme celle d'Isaac, rendait le cent pour un ; les sources d'une eau cristalline fournissaient une boisson salubre, et les ruisseaux découlant du Volcan, de tos nevados, etc., fertilisaient les champs d'une irrigation nitreuse, imprégnée de sucs végétaux. Le coton et le fil de Magney y abondaient sans le secours de l'agriculture, de méiqe que tous les t. 11. 19
( *9° ) fruits du p*y* j cefcËmat céleste, le pays riant, doré par on soleil rayonnant d une splendeur nouveWe. et sa situation, presque mitoyenne entre Mexico et Yera-Cruz, étaient autant dé prophètes de sa prospérité future. Le plan de la ville fut tracé sous le» auspices de la bénédiction du Frère Toribio Motilinia , ce moine, homme de grand mérite, que nous avons déjà vu l'un des premiers Conqtd$iadorc$.
Elle ne fut d'abord qu'une petite réunion de huttes bâties en chaume ; plus tard des mwraïïks en pisé , et enfin des bâtimens en pierres en ont fait une des plus belles villes du Mexique , disputant maintenant à Guadataxara la prima tie , après Mexico. Elle est la ville la plus commerçante de l'Anahuac, si l'on excepte Mexico, Saint -Lcraîs- Potosi , VertHCruz, et. les autres entrepots maritimes qui s ouvrent maintenant sur le Golfe.
Comme Mexico , elle est presque toute sacrée ; je veux dire qu'elle appartient, les trois quarts, aux prêtre* , aux moines, aux religieuses, aux Congrégations , etc. ,* ainsi que les terres de la Province. C'est encore une grande ressource pour le trésor national.
Les couvens et les églises y sont superbes. Voyez Saint-t)ominique , Saint-Augustin, Saint-François. Dans cette Église , on vénère une image de la Vierge, sous le nom de la Conquistador a; c'est fa 'profaner de la manière la plus imprudente : ce serait assez pour inspirer de la haine , au lieu àe IV
( *9» ) doratîon, si les Indiens pouvaient exercer leurs fe* cultes intellectuelles, indépendamment de la volonté des moines. Il est cruel (disent quelques-uns) de voir faire offrande a la Conquistadora du peu que les Conquistadores n'ont pas pu nous arracher !
Aux Carmes , on voit quatre beaux tableaux de Morillo ; il y en avait huit ; mais un de ces distributeurs de belles promesses de liberté, et $ incendies* qui ont aussi tant de fois bouleversé la pauvre Italie, vint, pendant la Révolution , flatter ces peuples de la protection de son Cabinet* en convoita quatre, et sans doute les meilleurs ; et on p'a plus rien su, ni de lui , ni de son Cabinet* ni des tableau*.
La Cathédrale est, de même que ççlle de Mexico, un des plus beaux temples du Monde, et surtout un des plus riches. Le grand autel a cçi}té presque un demi-million d& piastres, et tout est du pays ; les marbres et la main d'oeuvre, For et l'argent, qui y dominent avec élégance, quoique avec profusion $ deux choses qui rarement s'accordent ensemble. Si Saint-Pierre, à Rome, n'avait pas sa confession, il envierait cet autel à la Cathédrale de Puebla ; mais la Cathédrale de Puebla ne lui envie pas sa confession; car on sait ici, comme ailleurs, qu'elle a coûté; comme les Palais du Népotisme* la destruction des plus beaux monumens de l'Antiquité.
La façade et les deux tours , avec toiji l'intérieur de' ce grand édifice offrent un ensemble qrefrîtecto-
( *9* ) nique , auquel on est bien loin de s attendre quand on débarque des deux mers sur les plages misérables du Mexique. Chose étonnante î partout ailleurs , c'est dans les plaines et près de la mer qu est réuni ce qull y a de grand dans le pays; ici on le rencontre sur les plus hautes montagnes et dans les terres les plus reculées. Un bon climat est le premier des bienfaits de la Nature , et 1 une des principales influences sur l'industrie et les beaux-arts. Témoin notre pauvre Italie , où le génie renaît toujours de ses propres cendres , malgré les efforts qu'une politique anguicrinRe et le vandalisme k plus barbare emploient sans cesse pour réteindre ou l'avilir.
Puisque nous sommes sur 1 article églises , n'oubliez pas, si vous venez dans ces pays , d'aller offrir Vos prières à Notre-Dame-de-Loreto , située sur le feommet de la colline -qui domine la ville au Nord. La promenade qui vous y conduit et la vue que l'endroit vous offre donneront de la fefrveur et en même temps du prix à votre dévotion.
Puebla est la Capitale de l'État fédéral du même nom;* elle pourrait l'être d'un empire, comme Mexico, Guadalaxara et Valladolid , la Capitale du Mechouacan, tant elle brille de beaux édifices, d? belles places ; tant elle regorge de richesses territoriales, et se distingue par des établissemens d'utilité publique.
Elle vient d'ouvrir une grande école gratuite où k
( «9* ) jeunesse trouve une éducation complète , depuis les premiers rudimens de renseignement mutuel, jusqu'à la latinité, les mathématiques et la philpsophie. Toute la jeunesse étant dirigée par le. zèle vraiment patriotique, et, en conséquence, purement religieux, du Révérend D. Antonio Maria de la Rosa , éclairée par ses lumières profondes, et en»couragée par sa douceur et ses manières, les plus attrayantes, elle n'a besoin que de bonne volonté et de docilité pour bien réussir.
Cet homme distingué a réuni dans le même local , qui est vaste et bien distribué , une Académie de beaux-arts , également gratuite. C'est une nouvelle magie philanthropique, qui, mettant les jeunes gens en contact du beau et du sublime, agace leur émulation , leur ambition de passer de l'instruction de première nécessité à celle du crayon, du pinceau , du burin, du ciseau, etc. ; de se montrer dignes d'entrer dans le temple délie tre arti sorelle.
Cette institution est fille du génie et de ' l'âme bien née de ce vénérable ecclésiastique , et, au noble exemple de sa générosité , tous les citoyens notables, le Congrès lui-même, dont il est le Président, se sont empressés de venir au secours de son projet. Elle prospère > et sera un jour un monument illustre de son illustre, fondateur.
Je voyais dans les Églises et dans les maisons particulières de beaux tableaux , de belles sculptures en bois, et l'on me disait qu'ils appartenaient à des
( *94) ciseaux, a des pinceaux Créoles; je regrettais ie n'avoiir pas le loisir de m'en occuper pour me ménager un petit aperçu historique des arts et des artistes de cette ville distinguée. Mais ce Révérend Père du peuple et des Étrangers, aussi aimable qu'instruit, voulut lui-même venir à mon aide et, dans peu de pages, me donna tout ce que je désirais connaître. C'est une pièce pleine de grâce, delégance. d'éloquence , d'une critique à la fois profonde et impartiale; son style modeste A tranquille et coulant, fait aimer la langue Espagnole. C'est un morceau précieux que je serais fâchéde perdre, et que je garderai toujours avec orgueil , comme nu gage de bonté de cet illustre personnage : je vous en envoie une copie très-fidèle *. C'est de tous mes envois , y compris même mes lettres, le seul, qui, à mes yeux, me mérite vos remercîmens.
Voilà , Comtesse, un prêtre comme il en faudrait beaucoup ! Etne croyez pas qu'il ait trempé, comme tant d'autres prêtres et moines, ses sentimens libéraux à l'enclume du Fanatisme et des réactions] Non , Comtesse , ses mains de paix n'ont jamais été souillées par les armes de la guerre ; il ne s'est jamais éloigné des devoirs du sacerdoce ; en prêchai le bien qu'il fait, et en faisant le bien qu'il prêche, il a mieux servi son pays que ces prêtres et moines poussés par l'Irréligion ou l'Ambition à jeter le bié-
• Vovet-h a la 60 du volume sot» le n« «*•
( »9&) ▼iaire pour l'épée. Toujours modéré sans cesser uu moment d'être bon Patriote 9 il a été élevé aux premières dignités de l'État , parce que l'Église le ché» rit , que le Public l'admire, et que tous les hommes de bien apprécient ses talens et ses hautes qualités du cœur.
L'État dePuebla, quoique nouveau comme tous les autres , et plus environné d'obstacles de toutes sortes , est déjà fort avancé dans ses institutions administratives , judiciaires et économiques.
Aucun État de la Confédération n'a été plus agité par les convulsions politiques. C'était le foyer principal de toutes les intrigues , de toutes les conspirations des Espagnols contre-révolutionnaires , et le théâtre des réactions qui les suivirent. Des chefs de factions, sous des prétextes spécieux de défense, livraient le pays à toutes les horreurs de passions avides et parricides.
Récemment encore , un certain Vicente Gomes , qui , pendant la révolution , a figuré , tantôt en patriote, tantôt en séditieux , tantôt en traître, et toujours en monstre , parcourait la province , à la tête d'une horde de brigands, simulant une révolte contre le Gouvernement , prétendant lui faire la loi et le forcer àchasser tous lesEspagnols; et, sous ce prétexte, couvrait le pays d'assassinats et de rapines » pour s'emparer de tous les convois de Vera^Cruz a Mexico, et vice tertâ* et assouvir les passions les plus brutales et les plus sanguinaires. Maintenant
(«9») il s'est retiré , après «ne amnistie honteuse ; nia» des restes de sa bande, et lui-même peut-être, infestent encore ces contrées et les grands chemins. Pour tous donner la plus exacte idée de cet homn* et de l'état où il avait réduit le pays, j'ai transcrit un passage d'un manifeste du Président du Congrès, le Révérend de la Rosa. C'est un fragment digne de son éloquence sublime et de son âme généreuse. « Sin otra£ kioes ( Gomez ) que una ciega inclinacion a los vicies mas dégradantes, fortificada por el efcercicio constante de ellos ; sin otro titulo . que su antojo, y sin otro motivo, que ej desanfreno de su furor , osa intimar a la cara patria qut renunce à la posession de sus Jiberfcades, y que se abeze y se encorve de nuevo bajo el yugo que gk>rio^ samente quebrantô. Estremo increîbile de temeridad \ Loco arrojo que las voces no bastan a esplicar en lo que incluye de absurdo, como la indignacion no alcanza a perseguir con la vehemqpc» debida a lo que tiene de perfido ! — Pretender que la îhistracion céda su puesto al capricho de un rudo salvage ! Intentas que desaparezean nuestras sabia* instituciones > fruto de los costosos sacrifieras de tantos anôs , nada mas que porque a si place a iw ruhi y lascivo satyro, a un feroz y despîadado ciclope!
» Vengad, o pueblos 9 el oprobrio conque os de?honra el soez tirano que aspira a incadenaros ; rvpeled con noble fiereza el vilipendio con que IraU
( *97 ) de abatiros ; purgad vuestro delicjoso territorio de ese infâme monstruo , que doquiera que posa sus immondaa plantas , lleva consigo el llanto, el luto y la desesperacion, » *
Pour achever le portrait de ce monstre , j'ajouterai un autre fait historique. Tous les Espagnols qui tombaient entre ses mains, pendant la Révolution , échappaient difficilement à son couteau homicide ; il mutilait ceux à qui il faisait grâce, pour qu'ils n'eussent pas , disait-il, à renouveler leur race.
Avant de quitter la Puebla, je dois vous dire un mot de son Évéque. C'est un personnage de mérite, très-distingué par ses talens , ses nobles manières ,
* .J'ose le traduire; mais je doute que la traduction vaille l'original :
« Sans autre lumière qu'une aveugle inclination a tous les vices les plus infamans , fortifiée p«r l'exercice constant qu'il en fait ; »ans autre droit que son audace ; sans antre mobile que le sentiment de sa fureur effrénée ; il ose intimer (Gomès) à notre chère Patrie de renoncer à ses libertés, de s'abaisser et se prostituer de nouveau sous le joug qu'elle a glo- 1 ieusement brisé. O témérité extrême, incroyable ! O si folle présoni piton qu'on ne trouve pas dans la langue d'expression assez forte pour en cas î-actériser l'absurdité , et dans l'indignation assez de véhémence pour foudroyer ce qu'elle a de perfide! Prétendre que la Civilisation recule devant le caprice d'an rade Sauvage 1 Tenter ie renversement de sages institutions , fruits de coûteux sacrifices de tant d'années , rien que pour le bon plaisir d'un Satyre lascif et éhonté , d'un féroce et sanguinaire ('yclope 1
•Venge» , ô peuples, l'opprobre dont nous déshonore le tyran sordide qui aspire à noua enchaîner 1 Repoussez , avec une noble fierté , l'avilissement où il s'efforce de vous ravaler i Purges ce beau pays de ce monstre infâme qui , partout où il porte la plante immonde de ses pieds , traîne à sa suite et imprime la douleur , le deuil et la consternation ! «
( *9») et son amabilité : à tel point qu'on lut fait un d'avoir plu à tout le monde.
Président des Cortès d'Espagne, quand Ferdinand rentra du mauvais collège de Valencey. où , comme tant d'autres , il n 'a rien appris et rien oublié , il plut à son souverain , et fut nommé Évéque de Puebla , la ville qu'il représentait , et on il n'était que chanoine. Rentré dans sa patrie, et à son poste , il s'y tint assez bien avec toutes les factions qui s'y succédèrent. Impérialiste avec Iturbide , Centraliste avec les Alaman , les Bravo , etc. . et il est maintenant Fédéraliste avec Victoria et Guerrero. Cette heureuse conduite pourrait le faire paraître Épicurien , comme les prêtres de tant d'autres pays, dont le motto est Dùm vivimus* vivamus et in abondant iâ et lœtitiâ; mais , suivant moi , c'est le vrai homme de l'Évangile , qui se répète à chaque nouveau météore. Obedite prœpositis vestris, etiamsi discolis, et marche son chemin arec ses 80,000 piastres par an, avec son goût pour les beauxarts, avec son beau palais, dont la Sobrina n'est pas le meuble le moins précieux.
Le temps arrive de nous séparer du prince Pignatelli , que nous ne verrons peut-être plus. Je lui fis accepter tout ce que ma situation, plus heureuse que la sienne, me permettait de lui offrir; plus heureuse, car jusqu'à présent ma fière indépendance ne s'est encore jamais baissée, ni devant la moi$ue des parvenus, ni devant la hauteur des grands, ni
( 299 ) devant le besoin. — Nous nous sommes embrassés , non sans nous baigner de larmes. —Il partit pour Oxaja.... Que le ciel le bénisse 1... Je me dirigeai vers cette ville ( Tlascala ).
Parmi les peuples qui, du Septentrion , émigrérent au Sud , et vinrent s'arrêter dans la vallée de l'Anahuac, ou de Mexico, étaient aussi les Theochichimecas.
Accueillis hospitaleifient par Xolotl , premier Roi de Tescuco, ils se fixèrent d'abord sur le bord Oriental du lac de ce même nom , entre les Tescucos , les Xochimilcos , les Colhuas , les Tepanecas et les Ghalcos , peuples qui les avaient précédés , et qui s étaient déjà établis en dations différentes , quoique leur empire ne fut pas plus grand que la ville ou village respectif, sous le nom duquel ils s'étaient rebaptisés.
Leurs besoins grossissaient avec leur population, et le pays, aride sur les bords du lac , stérile et rocheux sur la montagne , ne donnait qu'un peu de pèche et un peu de chasse. La nécessité de s'élargir inspira de la jalousie à leurs voisins. Les Tescucos, au contraire, déjà puissans et sans crainte, les laissaient faire ; et peut-être le* poussaient à quelque entrepris* pour affaiblir les nations voisines, et redoubler ainsi leurs forces et leur puissance, en empirant celles des autres*, d'après l'école du Cabinet de Saint-James, Les Xochimilcos , Colhuas , Tepanecas et Chalcos donnent dans le piége , s'arment pour détruire les
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Thtochichimec**; mais le désespoir et le besoin combattaient dans les rangs de ces derniers, encouragés d'ailleurs par des assurances secrètes des Tescucos. Ils attaquent avant d'être attaqués ( car on est toujours plus résolu quand on n'a rien à perdre), battent l'ennemi en détail* et triomphent.
Mais ensuite la force des Thcockichimecas faisait la faiblesse des Tescucos. On envoya dire aux vainqueurs le fin moi; ils le comprirent. Se voyant alors entre deux ennemis , et de vainqueurs pouvant devenir vaincus, ils capitulèrent, obtinrent un passage, et, rôdant autour du Volcan, allèrent aboutir sur sa droite , dans ces belles plaines que je vous ai déjà montrées du sommet du clocher du nouveau Sanctuaire de CholuJa.
Là ils se partagèrent en deux colonnes : une s'achemina vers le Sud et peupla ces -régions qui s'étendent jusqu'au Poyanhtecatl, ou le Volcan d'Orizaba; l'autre s'achemina vers le Nord, longeant le bord du revers Oriental des Cordillières Matlacueyes , battit et chassa \esU)lmecas et les Xikalancas, anciens habilans de ces pays , et se fortifièrent sur une de ces montagnes pour résister aux conséquences de la jalousie et des craintes que leur arrivée avait réveillées chez les peuples voisins, et principalement chez les Huexocincos et les Cholulthecus.
Une lutte sérieuse entre' ces deux peuplef et les Theoclûchimecas semblait, inévitable. Ces .derniers demandèrent le secours du Roi de Tescuco, qui
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crut de sou intérêt de le 'leur accorder : les Tepanecas le promirent aux premiers, mais, en même temps, ils envoyèrent assurer les Theochichimecas qui/* nfen feraient rien. Enhardis par cette perfidie, et forts de la coopération des Tesoùcos, les Theochichimecas attaquèrent sans retard avec courage et résolution. Les Gholulos et les Hfiéxocincos furent battus et complètement déroutés. Cette nouvelle victoire les laissait en repos ;mr le& terres 'conquises? Us descendirent la montagne et vinrent* se fixer d'abord à un endroit qui s'appelait Tepetkpac^ qui fut le premier siège de lent* Empire sôus lé Chef Gôhuagfuritecuïtii, devenu Jeter Hoi.'ï Sou frère, comme les anciens Césars, partagea ensuite la souveraineté de l'État, et alla établir sa edur sur une autre hauteur, qui s'appelait Gcutelolco ( la petite montagne da Pin) .J ; , , - .-.
Les historiens Espagnols appellent ce Roi associé sous le nom de Theoyohàalmmquh mais un arbre gé^ ncalogique, peint sur papyrus très-ancien déMagney, que ]'ai trouvé ici à Tlascala, et que je possède, l'indique sous le nom de Ttmarmautli. Ilest vrai que, quoique les figures soient certainement, ainsi que le papyrus, de manufacturé Indienne, ce nom, écrit en caractères latins, ne peut avoir été tracé que par un des premiers Conquistadores, 4*1 pa* quel* que néophyte Indien, déjà initié à notre alphabet. Quoiqu'il en «oit, il était phi» facile au temps de la Conquête de retracer les noms de* anciens ïtbis
Tlascalthèques , les historiens Espagnols n'ayant écrit que plus lard, et tous étant d'ailleurs tombé dans mille absurdités et contradictions; J'attache donc plus d'authenticité aux noms inscrits dans mon arbre généalogique. — Poursuivons.
Quelques seigneurs de Tepcticpac, peu contens de leur Roi, s'en séparèrent et allèrent former un autro Royaume (à la mode d'alors ),sur une autre colline voisine, appelée Tizailan. Us érigerait en Roi un certain Tepolohuatecuhtli (Dieu leur pardonne leur* noms, ils mécorchent la bouche. ). Enfin arriva une autre colonne de leurs compagnons d'émigration et d aventures, qui, en s éloignant d'eui après la bataille contre les Tepanecas, les Chaicos, etc., avaient pris un aube chemin; et s'étaient fait aussi un Royaume et un Roi : le Royaume, sous la domination de Quiakuaiztlan, le Roi dans la personne d'utt certain MizqtdtL Et voila quatre Royaumes, qui n'étaient pas à deux milles de distance l'un de l'autre, avec quatre Rois; comme ceux qu'Abraham vainquit avec ses trois cent dix-huit domestiques. Qn les mettrait aujourd'hui dans un jeu de cartes.
• lls.no tardèrent, pas j, je crois, à sentir le ridicule de cette Tétrarchie; car ils se confédérèrent bientôt en République Oligarchique, dont les quatre chefs, érigés en succession héréditaire* formant comme une espèce de Diète, délibéraient de la paix etde la guerre, statuaient sur les besoins de l'État, et jugeaient de
la vie et de la mort , et du contentieux de leurs sujets.
Les voisins vinrent souvent les accuser d'usurpation ; et c'est peut-être ce qui leur inspira la sagesse d'éviter toute discorde intestine et de se resserrer d'union et d'amitié. Us répondirent d'abord que ? c'était de leur Dieu qu'ils avaient l'ordre de s'arrêter ' à cet endroit. C'est la jurisprudence ordinaire qu'on emprunte au Ciel, quand on ne trouve aucun moyen de se justifier sur la terre : les Égyptiens faisaient parler des grenouilles; Moïse, des buissons ardens; les Grecs et les Romains, des coqs et des corbeaux ; Constantin, le Labarum; les Papes, saint Pierre et saint Paul ; Mahomet , un morceau de lune; les Capets, l'oriflamme, et tant d'autres argumens également irrésistibles. Voilà comme on s'empare par autorité divine de ce que refusent les lois humaines et la morale. Et en Angleterre on pend un pauvre homme qui prend cinq guinées ! On ne saurait répéter assez :
Me crucem scelerls pretium tulit, hic9 diadema.
Ils répondirent ensuite par le droit du plus fort.
Leur République s'étendit et prospéra, devint,
après Mexico, l'État le. plus puissant de l'Anahuac.
C'est alors (me cette République prit le nom de
ï Tlascallarij qui veut dire terre de pain, d'abon-
\ dançej comme un autre Bethléem; et ces peuples,
f de T keochichimectit qu'ils étaient, s'appelèrent
i Tlascalthecas.
Cette République florissait en même lemps que l'Empire de Mexico : ce fut peut-être le motif ie cette jalousie qui les anima toujours d'une inimitié irréconciliable Tune contre l'autre , qui les entraîna dans une commune ruine.
Après cette sage réunion, par ces quatre Chefs, de leurs moyens, de leur pouvoir, et de leurs conseils. la ville deTtascallan prit un accroissement considérable. Les quatre promontoires, qui n'avaient été d'abord que quatre Cours Royales, devinrent comme quatre boulevards situés aux quatre points cardinaux, et la ville fut placée au centre, siège d'un grand marché, où affluaient tous les peuples voisins pour échanger leur superflu contre Je nécessaire qu'ils n'avaient pas , et que le territoire de Tlaacallan donnait en grande abondance; comme grains, légumes, coton, toiles de Magneu, cochenille. La culture de cet insecte y était déjà florissante et la meilleure de l'Ânahuac.
Des étrangers vinrent s'y établir; même de ces peuples qui n'avaient pas cessé d'être leurs ennemis. Quelques-uns y apportaient des conspirations ourdies pour bouleverser la République; mais ils tombèrent victimes de leur témérité. '
Les approches de la ville confédéré étaient gardées, â< l'Ouest, par des tranchées et des fossés , dont apparaissent encore des vestiges; à l'Est, par une muraille d'environ six milles de long , qui offre des traces de ses ruines. Les montagnes
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Matlaicucyet la défendent au Sud» et d'autres tagneg escarpées la surmontent an Nord, comme d'inexpugnables remparts. À l'époque où les flèches en 089 en bois, en pierre, étaient les seules armes offensives, sa situation devait résister à tonte inva** sion étrangère. L'ambition des Rois Mexicains , la jalousie des peuples voisins avaient rends les lias* calthecas les peuples les plus befliqueui , les plus vailians de l'Anabuac
Leur territoire n'était pas moins peuplé que la Capitale, Toutes les villes avaient été érigées comme en une espèce de baronniet* Les barons aui Jes régen* taient relevaient des quatre Chefs, et tous ensejnble formaient le grand conseil, qui choisissait celui de ces Chefs préposé au commandement des armées , toujours le plus brave et le plus habile; ils opinaient sur les questions importantes de la République ; et, comme les barons de l'Europe du medieve, contribuaient de leur contingent respectif en hammêê d'armes, en provisions, etc.
C'étaient eux qui administraient la justice jufr* qu'à une certaine compétence, chacun dans son district; mais cm se pourvoyait devant la Diète, c'est-à-dire, devant les quatre Chefs réunis, qui étaient à la fois pouvoir judiciaire , suprême, et pouvoir exécutif pour les affaires de haute impôts tance, et principalement pour les déclinatoiits de forum. Vous trouvères dans ces institutions de la République de Tlascallan , bien des rapproche*
mens av«c des peuples de tous les temps; mais, ce qui surtout étonne, c'est que les quatre Chefs se rendaient chacun daps ses districts, à une certaine époque de Tannée, pour administrer la justice. eomoie le Préteur Pellegrinus et les Proconsuls des Romains, comme les Ckef*-justice de l'Angleterre et des États*Umsdu Nord de l'Amérique, comme les Juges des Cours Hoyales de la France. Chose singulière ! Les Sections Anglaises, les Assises Françaises, institution sublime: dont les Anglais réclament la création, étaient pratiquées déjà par des peuples qu?on a peints et traités comme des brutes, quand l'Angleterre et la France gémissaient sous la même tyrannie (ou sous une tyrannie de la même espèce) qui vint opprimer plus tard les Indiens. Les sella* èuruiesj où ils siégeaient pro tribunali, à la campagtie ; les endroits sélectif existent encore en grande partie. J'en ai vu moi-même deux, sur le chemin qui, de Puebla, conduit à Tlascala : une près de la taverne delGatto, à dix milles de Tlascala, ot l'autre à Topoyàcco, à six milles. C'est un banc en pierre dans une espèce de petite Busilica , comme celle où les Prêteurs Pellegrini administraient la justice* .
C'est dans cette situation pojijique, civile et militaire que Cortès trouva Tlascala lors de là Conquête. Maxixcatzin était celui des quatre Chefc qui présidait alors la Diète et commandait les armées* 11 fut d'avis qu'on reçût les Espagnols en amis
et comme des auxiliaires formidables contre leurs ennemis invétérés, les Mexicains. Tout porte è présumer que les Espagnols ne pouvaient être considérés que sous cet aspect : je suis donc tenté de croire qu'elle est bien fabuleuse, ou bien exagérée, cette histoire toute Espagnole des grandes bataille$ que les Tlascalthecas leur livrèrent. Et cette armée de cent cinquante mille combattant, que leur auraient opposée les Theochichimecas, qui n'étaient qu'une petite horde sans terre et sans toit , deux cents ans avant la Conquête 1 Ce nombre ne fût-il pas exagéré , qui croira que quatre ou cinq cents aventuriers 9 même armés de toutes les foudres de Jupiter et couverts de tous les boucliers enchantés, de toutes les égides des temps anciens et modernes, aient pu résister et combattre une armée si considérable d'hommes élevés au courage et à la valeur, vieillis au milieu des combats et des dangers? Ce sont des fanfaronnades et du merveilleux, jetés aux yeux de croyans béans. Je le répète , les Espagnols , aidés par les prestiges des oracles Indiens, par le spectacle nouveau et imposant de leur arrivée sur des palais volant sur les eaux, aidés par la terreur que le tonnerre de leurs canons, les coups de leurs fusils, le tranchant de leurs épées, l'éclat de leurs cuirasses, l'aspect monstrueux de leurs chevaux, inspiraient à ces peuples surpris ; aidés par les secours desCempoalthecas, des Xocoallhecas,dva Tlascalthecas et de tant d'autres Indiens , tous ennemis d*
Mœtesuma, n'avaient pas besoin d'être Cattillano* pour opérer la Conquête de Mexico et du Mexique; et il ne faut que raisonner un peu sur l'endroit, sur les traces des traditions et des monumens anciens, pour conclure que leur histoire est enflée de mille exagérations, comme affaiblie par les contradictions de leurs écrivains. — Mais laissons les discussions historiques. Je n'écris pas une histoire ; je me promène, et tous dis ce que je vois dans le présent, et ee que me retracent sur le passé les lieux mêmes. Continuons donc de voir Tlascala dans ses archives, dans ses traditions et dans son matériel.
Ce Cabildo ( la municipalité ) conserve encore dans ses archives une mappe, ouvrage Indien , sur toile de coton , qui représente l'entrée de Cortès dans Tlascala. Tout y parait pacifique et exultation d'hommes, de femmes et d'enfans. Cependant, entende* les historiens : telle était la mn^ternation dans Tlascala , à l'approche des Espagnols, que les seuls guerriers étaient restés dans la ville , et que le reste de la population avait couru se cacher dans les cavernes de la montagne Matlalcueye*. Une autre mappe représente toute la République de Tlascala de cette époque* Le nombre des villes dépendantes n'est que de treize ; les historiens Espagnols Font grossièrement exagéré. On voit quelques restes des quatre sièges royaux , sur les quatre promontoires dont je vous ai parlé, et qu'on appelle encore le? quatre Palaciôg, qu'on désigne sous l'ancien nom
de Tepecticpac* Ocotelolco% Qulakuizttan , et Tiza-> tlan; mais on n'y voit rien#qui laisse même conjecturer une formidable puissance. Les restes de la muraille qui défendait la ville , à l'Eôt, le côté par où Cortès arriva, soût des bagatelles. Quelque vestige du grand temple indique qu'il n'approchait pas proportionnellement de la grandeur des Théo* callis de Mexico et de Cholula. Ce qui paraît certain , c'est que les Tlascalthecas étaient vaillans , et que , retranchés dans leurs montagnes , dont les gorges offrent des passages bien dangereux à l'ennemi, ils n'est pas étonnant qu'ils aient pu résister si long-temps aux Mexicains. Ajoutez qu'ils avaient pour eux la jalousie et l'inimitié que les Rois Mexicains excitaient par leur ambition et leur despotisme, et chez les peuples voisins, et chez les peuple», asservis à leur puissance. 11 paraît certain encore que les Tlascalthecas contribuèrent beaucoup à la Conquête de Mexico , et que ceux qu'Us aidèrent à opprimer les Mexicains., devinrent également leurs oppresseurs s ils l'ont bien mérité.
Ici une réflexion découle spontanément ; c'est que les peuples les derniers arrivés dans l'Anahuacf et les plus misérables ( les Mexicains et les Tlascalthecas) , parvinrent au plus haut degré de puissance, comme les Romains dans le Làtium, et que, comme les Romains , ils furent , à la fin , asservis par des Barbares dont on ne connaissait l'existence que dans les oracles. Et les oraoles, «n général,
t 3io ) chose remarquable ! n'ont jamais prédit que malheur et ruine. * #
Je vous ai dit franchement , et à planeurs reprises , ce que je pense de la Conquête * tirant uses conjectures et mon opinion du contact avec le pays, avec les monumens et les traditions; mais au milieu de mon pyrrhonisme , je dois confesser que la sagacité , la prudence et la valeur de Cortës , surent tirer ton grand parti des circonstances favorables , qui aidèrent si puissamment son aventure et son entreprise.
Les Tlascalthecaa , après la Conquête , étaient les principaux objets de la surveillance des Espagnols; on le conçoit sans peine : c'est ce qui arrive en tout temps, aux plus forts des peuples conquis ; surtout s'ils ont des titres à la reconnaissance du Conquérant. Le (Livide et impera de Machiavel fut donc de suite employé, et les Tlascafthecas dispersés en différentes petites divisions , et envoyés persuader et civiliser les Chichimecas, comme nousavons déjà vu à Saint-Louis-PotosL
Cependant la décence voulait qu'on accordât quelques privilèges à Tlascala : on la laissa République* avec le droit de se faire régir par ses propres Caduques , mais sous la suzeraineté de l'Espagne , sous la surveillance d'un surintendant Espagnol t et à condition d'un tribut annuel.
Cette concession me parait un acte de politique plutôt que de générosité : on contentait ainsi IV
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guetl de ces peuples 9 et on les détachait en méfftlé temps de toute connivence, déboute conspiratiori avec les peuples -voisins ,\ sans rien abdiquer de l'a souveraineté suprême sur. tout le 'Mexique. An reste , les Cachiques n'étaient rien où. se trouvaient des Moines et un Évêqueç et çé Fut là que les Es^ pagnols fixèrent leur premier couvent et le premier siège épiscopal du Mexique.
Cette République demeura dans cet état .précaire, plus ou moins esclave, jusqu'à la Révolution ; elle devint alors plus pauvre. dans ses. ressources i sans rien gagner dans l'opinion publique. Pendant l'Empire , elle offrit son culte à Y Idole avec le langage servile de son ancienne Aristocratie, et depuii que le Fédéralisme règne , elle s'est fort débattue pour devenir un État; nAisle Congrès général n'en a fait qu'un territoire , que l'État de Puebfe; *vour drait, avec raison , se ménager. Je dis, . avec raison * car le territoire de TlascaJa est presque enelavé dans celui de Puebla. Sans moyens, sans force, sans Gouvernement , elle sera de plus en plus un repaire de brigands qui infestent ses voisins; seule, elle ne sera jamais rien % et elle participerait à tous les avantages des sages institutions de Puebla, si elle était réunie à son État.
Tlascala, aujourd'hui, est un misérable village, qui n'a d'autres souvenirs de son ancienne splendeur que les pauvres ruines que nous avons vues ; d'autres restes des bieufailsdc la Conquête, qu'une
ange où furent baptisés ses premiers néophytes, la maison épisoopale sans évéché, et un couvent de moines , sis sur les ruines du temple de lotira anciennes Divinités, où, certes, rien n'inspire le respect dû ami nouvelles ; on village, qui, pour sortir de sa nullité politique, n'a d'autre moyen que de renoncer à sa Souveraineté, pour se livrera la direction et à la tutelle d'un État voisin.
Vous avez asaes * je croîs , de Tlascalal Comme pèlerin , je devrais vous conduire à son Sanctuaire de Okaiùm , mais votre sainte religion et votre pure morale demeureraient choquées à l'aspect du commerce sacrilège qu'on y fait de la Divinité et de la Foi* Le récit de son origine fabuleuse et de ses progrès mendiés ne déroulerait à vos yeux qu'un tissu scandaleux d'impostures, tTescroqueries et de pco* fanations qui révoltait le sens commun , et excitent l'indignation. — Ma plume est rétive : faussons-la reposer, avec votrto patience.
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