‹ Le Mexique (volume 3)Chapitre 31 sur 39 · DOCUMENT N- V · texte numérisé non relu

DOCUMENT N- V

REPEESEHTÀTIOH AD1ESSEE AU SUPEÊME CONGES* GElEElI-

De Soto la Marins, 17 jôutt »%>i

C'estavec lapins grande émotion que je viens d'apprenè* que ce corps souverain m'a proscrit, déclaré hors la loi. a publié un décret à cet effet. Une si terrible résolution,* ditf *' par l'autorité la plus respectable de la Nation , dont le ex* * tère doit se distinguer par des égards les plus scrupuleux ' justice et de prudence , m'a porté a examiner attentive!**' ma conduite pour connaître quels sont les crimes atroces è •' j'ai pu me rendre coupable, et qui justifient une mesure -

-cruelle de la part des Représentai» d'une Nation qui a tant de Jroits à être fière de sa clémence.

Je me demandais si mon crime était d'avoir conçu et exécuté le plan d'Iguala, et d'avoir formé une armée dont les victoires ont élevé la Nation de l'état d'esclavage à celui de souveraineté ; s'il consistait en ce que j'avais établi le système constitutionnel dans le Mexique; que j'avais convoqué un Congrès pour donner des lois, telles que la volonté et le bonheur du pays le demandaient ; s'il consistait dans le refus formel , deux fois répété, qu'on me proclamât monarque, en 1831, ou peut-être dans l'acceptation de la Couronne, quand il m'était désormais impossible de la refuser, ayant fait ce grand sacrifice pour délivrer mon pays, que cet événement seul a certainement soustrait à l'anarchie destructive qui le menaçait; s'il consistait en ce que je me suis constamment obstiné à ne pas accorder d'emplois à mes parens les plus proches, et les ai en conséquence empêchés d'accumuler des richesses ; s'il consistait en ce que j'ai conservé la représentation nationale , au moyen d'une assemblée constituante , dissolvant un Congrès, qui, pendant neuf mois, n'avait rien fait pour la Constitution, pour l'armée, pour les finances, et dont tous les actes tendaient, ou directement ou indirectement, à nous précipiter dans un état d'anarchie, pour nous remettre sous le joug de la tyrannie Espagnole ; s'il consistait en ce que je contrecarrai les mesures et trompai les vues de cette législature , qui, dès le moment même de son organisation, avait juré de maintenir séparés les trois pouvoirs constituant la. Nation, et les annula depuis en totalité, dépassant ainsi les bornes de l'autorité dont elle était investie , violant les sermens les plus solennels , et se rendant indigne de la confiance publique; ce qui, plus tard, devint manifeste à toute la Nation, dépouillée, après mon départ, de tous les pouvoirs dont elle avait été originairement revêtue ; ou en ce que je convoquai encore un Con-

.grès pour extirper l'anarchie , si menaçante pour nofatjro

laissant ainsi, à mon départ , on point central d'union, \.i-

que dans la certitude que cette Assemblée me nuirait de fc.-

ses moyens, y reconnaissant (il me pèse de le dire) un ep

de parti, d'immoralité et de bassesse ; s'il consistait en oc s

je déposai un sceptre que j'avais été forcé d'accepter, et p*

vais conserver, quand ce désir de la Nation me fut intime r

deux ou trois Députés de Province et quelques soldats; om

ce que je me jetai avec confiance entre les mains de ceux q

m'avaient déjà trahi, quand j'étais suprême Magistrat de

Nation, exposant ma vie sous le couteau de gens qui, naguèr

j avaient lâchement attenté, préférant ainsi toutes sortes*

sacrifices , de dangers , d'humiliations , à l'idée qu'une swJ

goutte de sang national pût être versée pour ma défense: «

s'il consistait en ce que je renonçai a toutes dignités , ricL -

ses, famille, amis, etc., pour éviter une guerre iatestintj

eût offert de grands avantages a la faction fiourbo nique, te

dante alors, comme aujourd'hui, à nous diviser, afin de mt

charger de nouvelles chaînes; s'il consistait en ce que je*

abandonner mon père, vénérable sous tous les rapports, du

l'indigence, et partir, dénué moi-même de tout, arec o

femme et huit enfans , me livrant à mon sort malneureui

qui me transportait à plus de deux mille lieues loin de m<

Pénates ; ou, pendant que j'avais tout le trésor national à m

disposition, je ne m'appropriai pas même cette somme qn

la Nation elle-même m'avait assignée, aimant mieux aggrare

mes propres besoins, pour la voir employée à alléger le fanku

de mon pays, à payer les appointemens de ceux même? {3

ne cessaient de me calomnier. Que n'ai-je pas fait pour nu

Patrie? J'ai déjoué toutes les trames de la Sainte?» Allias:*

pour me mettre en état de voler au secours des Mexicains; P

me suis empressé d'informer de tout le souverain Cob^-

pourlui démontrer la pureté de mes intentions, et la fnafti»

le mes procédés ; pour éTÎter d'influencer qui que ce. soit en ma faYeur, je me suis abstenu d'écrire , même à mes parons es plus proches , a mes amis les plus intimes. J'ai franchement aTOué au Congrès mes pensées, ma dévotion, mon déùr de coopérer d'une manière quelconque à la défense de mon pays, oubliant le passé, et me consacrant tout entier à lui dans l'avenir ; me dévouant d'avance à cette forme de Gouvernement que la Nation croirait lui être plus convenable ; je suis venu lui offrir armes et argent , tout ce qui serait nécessaire pour sa défense]; où sont-ils donc] ces crimes qui auraient pu me mériter une si cruelle punition ? Après un eza men scrupuleux, je ne saurais y trouver d'autres causes que la méchanceté de mes ennemis , que le désir de satisfaire les vœux coupables des ennemis de mon pays. Si vous en avei à m'imputer, veuilles me les communiquer, pour que je puisse ou dissiper l'erreur ou combattre la calomnie. Consultant ma conscience, certes je ne saurais m'en reprocher; je n'y trouve que le plus ardent désir d'être utile à ma Patrie, d'autre ambition que celle de sa gloire et de son indépendance.

Les Nations civilisées, tout le monde en général, et les générations futures demeureront étonnées de ce décret ; et je prie le Souverain Congrès que, pour votre propre honneur, et plus pour celui de la grande Nation que vous représentes, tous veuilles relire attentivement, et soumettre à la plus scrupuleuse appréciation la représentation que je vous ai envoyée de Londres, en date du i3 février, et celle du 8 du courant, afin que vos délibérations reposent sur cette prudence et circonspection que demandent les circonstances ; je réclame de tous et de chacun des Députés, qu'ils veuillent consulter leur cœur dans leurs déterminations, et juger impartialement; que chacun se pénètre qu'étant dans cette circonstance seul juge et seul gouverneur, il doit, en délibérant sur ma conduite, tenir compte des temps bien difficiles où je me suis toujours

un

trouvé, plutôt que de te laisser influencer par des sortions de cours ou pervers oji pusillanimes, qui, ou inclinée: i penser tout le mal des autres, ou s'épouvantent au seul ipect de leur ombre. Je désire que le Congrès prenne en conv. dération la part que je peux avoir au bonheur du pays coma point de réunion et d'alliance de tous les cœurs , comme moyen apte d'assoupir toutes les dissensions, sans quoi il e>: presque impossible de nous sauver des dangers inuninens qu nous menacent.

H est hors de doute, que la France a envoyé cent cinquante mille hommes en Espagne, et lui a fourni des somme* immenses, dans lé seul but d'y écraser le système constitutionnel. Que ne fera-t-elle pas la même Nation, maintenait qu'elle est parfaitement d'accord arec la Sainte- Alliance contre tout ce qui est libéral? que ne fera-t-elle contre les nou- Telles républiques d'Amérique, afin de nous réduire de nwyeau en colonies, sous le joug de nos anciens maîtres, vo:; alléguant le vain prétexte de conserver ces droits de lègiàmité , fondement prétendu de leurs dynasties comme de kar despotisme? Votre souverain Congres n'oubliera pas, s*as doute, que les Cortès d'Espagne , précisément parce qu'elles ont négligé de prendre les mesures nécessaires cliei eux, se fiant imprudemment à des assurances trompeuses de puissances étrangères , ont laissé précipiter tout V édifice de \a Liberté, de l'Indépendance de la Nation. On sait tout ce qui en est résulté. La même destinée attend le Mexique, si ceux qui sont appelés à le défendre suivent le même système. Enfin, je prie le souverain Congrès de vouloir me considérer, doq comme un ennemi, mais comme un fils le plus affectionné & ma Patrie , de croire que je retourne pour donner une prettre de ma fidélité, de mon attachement Patriotique, dans le dessein d'effectuer la plus importante de toutes les combinait l'unité de sentiment parmi le peuple, dont l'affection ***

persoDue est, fen suis sûr, en raison de 97 à 3. CVest sous Pinfluence de toutes ces considérations, que je suis venu* promptement et ouvertement, sans aucune préparation hostile, fermement déterminé de me gouverner par les plus strict tes principes de rectitude. Et si, vraiment > mon sang est nécessaire pour arroser l'arbre de la Liberté et de la Paix démon pays, avec quel plaisir, avec quelle gloire le répandrai-je, sur le champ de bataille comme ailleurs , le mêlant , mais sans le confondre, avec celui des ennemis de la Nation ! La mine de mon jpays, et mon déshonneur, sont les deux choses auxquelles j'ai juré de ne point survivre.

A ce point de ma représentation, s'est présenté chez moi l'adjudant Castillo ; et, quand je m'y attendais le moins, il m'a annoncé de la part du Général de la Garza, ma sentence de mort , me déclarant qu'elle doit avoir son exécution à trois heures de l'après-midi. J'en étais séparé par un quart-d'heure.. . Dieu puissant!... Comment pourrais-je exprimer les senti-

mens qui pèsent sur mon cœur? Je vois mon pays prêt à

devenir la victime des divisions intestines* la proie de ses ennemis irréconciliables, les Espagnols! Des mains Américaines ont rédigé ma sentence de mort, et des mains Américaines sont prêtes à l'exécuter. On me condamne,* sans que j'aie eu connaissance du décret lancé contre moi ; car ce décret est du a8 avril , et mon départ de l'Angleterre eut lieu le 1 1 mai suivant; et je n'ai touché à aucun port avant d'arriver au Soto de la Marina ; on va exécuter la sentence et je n'ai pas été entendu dans mes défenses; et, ce qui est pis encore, on ne m'accorde pas même assez de temps pour mourir en bon chrétien; ayant six enfans a l'Étranger, et deux, un de sept ans et l'autre de quatre, encore à bord du brick, avec leur mère infortunée, qui en porte un neuvième dans son sein. Je vois... mais à quoi bon perdre du temps par de tristes observations ? Je continuerai à vous occuper de ta partie principale de cette

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représentation : la perte d'une rie qui s'est si souvent expséc pour son pays, pour le salut et le bonheur ëe mes cetcitoyens. Je n'ai jamais demandé , et ne demande pas et l'épargner; je réclame seulement quelques jours, pendant lesquels je puisse me mettre en paix arec mon Dieu, ma coasoience, malheureusement, n'étant pas aussi nette dans ma vie privée , que pour tout ce qui concerne ma Tie pubtiqne , pour que je puisse laisser toutes les instructions nécessaires poer ma femme et mes enfans. Je prie qu'on feuille épargner U cruelle destinée qu'on me prépare , à mon digue ami , Charles Beneski, plus innocent, s'il est possible, que tHÂ-mèine ; qui ne m'a suivi que sous l'influence de l'amitié qui nous \ie , et dans la certitude de mes intentions; résolu, comme moi • d'offrir encore ses semées à la Nation qui nous condamne. L* Général de la Gana, ne doutant pas de la justice de mes rtpréseotatione» et voyant que je me suis présenté mai-*ncf* •dorant lui 9 de la meilleure fol du monde, sans bornâtes, saa» fusil9 ni d'autres démonstrations hostiles, et dans «ne prarince oA j'ai le moins d'amis; voyant ma résolution sincère d'obéir an suprême Congrès général, s'il accepte mes serrices. ou de partir sur-le-champ pour l'Étranger, s'B les refuse , a pris sur luj de snspendrerexéention de cette terrible ar menai, et part arec moi ce soir pour Padflla afin de me consigner an

Congrès de loi TamAnUpa$.

Accssmt ns iTvaai

DOCUMENT If Vî.

8*to+t la Marina, 17 SaOsat 1 M.

Mon cher ami,

Veuillez lire la lettre que j'envoie ci -jointe pour ma femme. ayant de la lui remettre; préparei-la à ce qu'elle contient.

pour que le coup mortel que je lui anoooce n'ait pas à la suf-1 prendre horriblement , et à 'exposer l'existence de l'innocente créature qu'elle porte dans son sein.

Il est inutile que je retienne sur des circonstances dont le résultat est déjà connu. Je me borne à tous envoyer un brouillon de ce que je représente sous la même date , au Congrès général , dans l'état où ma représentation ae Arouffait au moment qu'où vint m'intimer ma «entence de mort. Ce document pourrait vêtre à l'avenir de quelque importance àmat^ mille ; faites-en tel usage que bon vous semblera.

Je ne me sens pas la force d'en écrire plus long; prêt aorte rendre là où l'ordonnera le général. Vous êtes mon ami ; vous partagez mes sentimens envers ma famille. Je ne puis m'adresser à mon père , et cela d'ailleurs .n'est pas nécessaire*.. Si je peux finir kui représentation, je vous l'enverrai* Vol« ami.

x IlUABIDE*

P. S. 3e prie mon frère Trevino de considérer cette lettre commune à lui-même. Rappelez-moi au souvenir de Morandirii, et je vous le recommande, ainsi que Pimprimeur; et une fois encore, ma pauvre Joséphine.. g Le général la Garza nf assure que sa famille aura soin de vous tous.

On vient de m'avertir que nous sommes au moment de partir pour PadîHa; pourtant je n'ai pas le temps d'écrire à Joseph, que je prie également de considérer cette lettre comme écrite à lui-même , et d'agréer l'affection 6?un oncle qui a toujours souhaité de le voir heureux, mais qui, peut-être, lui a fait du mal en trop faimant. Je vous ai déjà parlé souvent et de lui, et de son père et de sa sœur.

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