CHAPITRE VI
tune changea pour eux. L’un fut atteint d’un coup de corne, qui, quoique léger, le mit hors de combat pour ce jour-là; un autre, d’abord renversé, fut lancé par le taureau à plus de huit pieds de haut, cl retomba à plat ventre dans la poussière. C’était lail de lui , si ses camarades n’étaient parvenus à distraire de sa vengeance le vainqueur acharné. Ce bel animal était haletant; l’eau et le sang ruisselaient de* ses flancs déchirés et fumants : vingt banderoles s’agitaient sur son corps martyrisé.
Dans ce moment, un troisième signal appela dans la lice les picadors ou toréadors à cheval. Ces nouveaux combattants sont vêtus comme le sont les vachers du pays : culottes et justaucorps de peau, bottes de cuir. Ils sont armés d’une pique terminée par une pointe de fer de peu de longueur; et lorsque le taureau les attaque, ils dirigent leur arme sur le sommet de sa tête ou sur son cou , et le poussant avec force , I obligent à prendre une autre direction. Ce combat est moins dangereux pour les hommes que pour les chevaux : ces malheureuses bêtes sont horriblement maltraitées; il est rare qu’il n’y en ait pas une ou deux d’éventrées, et souvent bien davantage. On est quelquefois obligé de leur boucher les yeux; car, instruites par l’expérience à redouter la colère du taureau, elles fuient à son approche, tandis qu’ignorant le danger, elles s’avancent hardiment où leurs guides les conduisent. Mais le plus souvent le cheval court au combat sans cette précaution, voit son adversaire sans crainte, et vole à sa rencontre avec ardeur.
Le premier picador qui s’avança ne lut pas heureux : soit que son dard fût mal piqué, ou que luiméme ne fût pas bien préparé, il ne put éviter le choc du taureau, et alla rouler avec son cheval dans la poussière. Ils n’étaient blessés ni l’un ni l’autre; mais le taureau revint à la charge lorsqu’ils étaienl encore tout étourdis de la chute, et avant que les autres eussent pu l’éloigner à coups de piques, il avait déjà éventré le cheval, qu’on emmena hors du cirque, traînant ses entrailles après lui.
Deux autres accidents semblables concoururent à la beauté du spectacle; et sans doute de nouvelles funérailles eussent encore précédé celles du taureau, si ce combat à cheval eut duré plus longtemps; mais la trompette sonna la mort de la victime, et le premier matador à pied vint, l’épée nue à la main, saluer la loge du président.
Il n’y eut plus alors dans l’arène que deux champions : le taureau et le matador ; mais c’était un combat à outrance, et l’attention des spectateurs était captivée par cette scène, qui, quoique la plus barbare, est celle qui excite le plus vif intérêt.
Le matador, couvrant son épée de son drapeau , marche sur le taureau , et cherche une position favorable à l’attaque; deux fois le taureau fond sur lui, deux fois l’épée brille entre ses mains; mais le danger est imminent pour l’agresseur, et il renonce à frapper pour mieux prendre son temps.
Toutefois le combat ne languit pas : à peine le matador est-il hors de l’atteinte du taureau, que déjà