CHAPITRE VI
île lui, avec son drapeau à la main, semble venir s’offrir en sacrifice; le taureau fond sur ce faible adversaire; mais celui-ci sait le moyen de l’arrêter à temps, malgré le peu de distance qui b en sépare; il lui abandonne son drapeau, et, pendant que le taureau décharge sa colère sur ce voile, et le foule aux pieds, le toréador s’échappe et un autre lui succède.
Le taureau lâche sa vaine proie, court sur le nouvel assaillant, qui lui échappe encore au moment où , baissant la tête, il va lui donner le coup mortel; et ses cornes ne frappent que l’air en se relevant. Il s irrite de plus erf plus; ses yeux roulent dans leur orbite et lancent des feux; il regarde, il semble calculer les moyens d’assouvir sa fureur sur autre chose qu’un fantôme, et il part de nouveau. Les toréadors lui barrent le passage, se retirent, se rapprochent et se jouent quelque temps de ses efforts; mais enfin un événement singulier devint funeste à l’un d’eux, et excita un transport d’allégresse dans l’amphithéâtre. Cet homme fuyant le taureau, se réfugia derrière la palissade; mais l’animal le poursuivait avec tant de furie , que la palissade même ne put l’arrêter : il sauta pardessus et tomba de l’autre côté sur le malheureux jouteur, qu’on emporta hors du cirque avec la tête ensanglantée et le corps meurtri.
Ce saut inattendu causa un reflux tumultueux parmi les spectateurs du couloir, lequel se vida en un clin d’œil devant le taureau, qui continua sa course dans cet étroit passage jusqu’à ce qu’il parvint à une des portes de l’arène, qu’on lui ouvrit.
Un second signal de trompette mit fin à cette première partie du spectacle. Alors les toréadors s’armèrent de javelots de deux pieds de long, ornés de banderoles de papier de couleur, auxquels on attache une fusée.
Le premier des banderoliers s’avance en sautillant au-devant du taureau; il l’appelle sur lui en sifflant : l’animal baisse la tête et s’élance sur l’agresseur, qui, au moment d’être atteint, fait une passe habile, et lui plante ses deux dards derrière l oreille droite. Le fer crochu traverse la peau, et quoique l’animal secoue violemment la tête pour s’en débarrasser, il y reste solidement fixé. C’est alors que la fusée éclate, et que les gerbes de feu qui le brûlent doublent ses tourments et sa rage. Il s’agite, il bondit, et fait entendre de sourds gémissements; au comble de la fureur, il se précipite, il attaque sans relâche, et les combattants ne songent un instant qu’à l’éviter.
Cependant un jeune banderolier, qui s’était déjà fait remarquer par sa hardiesse et son agilité, affronte son courroux, et dans le moment où l’on tremble pour sa vie, il lui plante la rose au milieu du front, et fait une demi-volte qui le sauve. L amphithéâtre retentit de cris, de vivat, d’applaudissements de tous genres. Le taureau frémit de cette nouvelle insulte.
Ce qu’on appelle rose est une plaque ronde recouverte de papier découpé en imitation de cette fleur. On la fixe au moyen d’une pointe de fer à crochet.
Un grand nombre de banderoliers s’étaient présentés successivement avec un égal bonheur, quand la for-