‹ Le MexiqueChapitre 108 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rendent I atteinte moins dangereuse. D’ailleurs ce taureau est choisi parmi les plus pacifiques. Rendu ainsi presque inoffensif, on le livre à la populace, qui, débordant de tous côtés par-dessus la palissade, inonde l’arène en un instant, et commence une parodie des scènes que je viens de décrire. Les uns s’attachent a la queue de l’animal, d’autres lui montent sur le dos, d’autres enfin se font culbuter dans la poussière; mais ce badinage n’en a pas moins une issue funeste pour la malheureuse bête : elle doit être égorgée comme les autres, après avoir ete tourmentée de mille maniérés. Ce dernier acte est ignoble : je n’en ai jamais vu que le préludé.

Un feu d artifice termina ce spectacle, qui avait fait voir quatre hommes blesses et huit chevaux éventrés ; puis chacun se retira satisfait du nombre des victimes et charme de la beauté de la course.

Tous les dimanches et les jours de fetes se renouvellent ces courses de taureaux; on en compte ainsi près de cent chaque année; et, par conséquent, le nombre des chevaux tués et blessés n est guère inférieur à cent, celui des taureaux qu’on y égorge a quatre ou cinq cents!... Le directeur de ces jeux se trouve donc un des principaux pourvoyeurs des boucheries de la capitale.

Il est à remarquer que les toréadors redoutent beaucoup plus d’attaquer une vache féroce qu’un taureau, quelque terrible qu’il soit; et j’ai pu m assurer par moi-même, aux fêtes du ferrage des bestiaux, dans I ouest du Mexique, qu’il est en eff et fort dif ficile d evi-

ter l’atteinte d’une vache. Les yeux toujours ouverts, elle poursuit son adversaire sans relâche, et le blesse sûrement si elle s’en approche d’assez près; tandis que le taureau, fermant les yeux au moment où il baisse la tète, frappe de ses cornes à l’endroit où il a vu son ennemi, mais d’où celui-ci a déjà eu le temps de s’écarter.

Une autre place de taureaux a été construite en 1851 à l’entrée du cours de Bucareli ; elle est moins vaste, mais plus commode que celle de San-Pablo ; elle est aussi mieux située.

Il est à regretter que dans un pays ou il est si important de travailler à moraliser le peuple, on n’ait pas encore supprimé ces divertissements barbares qui nourrissent en lui comme un besoin de voir répandre le sang.

Un spectacle infiniment plus digne d’une nation civilisée promet quelquefois à l’habitant de Mexico des soirées agréables; c’est l’opéra italien. Dès l’époque de mon arrivée, l’opéra était assez bien monté. La première chanteuse, madame Paris, fille de Pellegrini, avait un talent remarquable, surtout par la sûreté de la méthode et par un goût exquis qu elle tenait de son père. De rares qualités acquises par un travail persévérant faisaient aisément oublier que sa voix manquait parfois de douceur et de souplesse.

Le vieux Galli , dont la réputation est encore debout dans toutes les capitales d’Europe, faisait aussi partie de cette troupe italienne. Quand je le revis à Mexico, sa voix était encore écoutée; mais bientôt elle devint

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