CHAPITRE VII
Les mois de l’été sont là, comme chez, nous, les plus beaux de l’année, quoique ce temps soit celui des pluies. I .a chaleur est alors tempérée par l’humidité de la terre; la verdure reprend ses belles couleurs dans les jardins et sur les collines; les fleurs se multiplient et les arbres se parent de leurs fruits. D’ailleurs, les pluies ne sont ni continuelles ni incommodes : elles tombent chaque jour à peu près à la même heure, laissant des matinées magnifiques à la disposition des promeneurs. L’orage se forme quand les rayons du soleil commencent à pomper les vapeurs de la terre avec plus de force, et le tonnerre gronde à deux ou trois heures de l’après-midi. L’eau tombe alors par torrents jusqu’au coucher du soleil; mais glissant sur la pente des coteaux où sont bâtis les villages, elle n’en humecte que la croûte, que le vent sèche en un instant.
Tacubaya, Miscoac, San-Angcl, San-Agustin, sont les villages où l’on va de préférence. Le premier, situé sur une petite colline à une lieue de Mexico, possède de charmantes habitations, parmi lesquelles on distingue celles de MM. Manuel Escandon, Jamison 1 et Bardet.
A un demi-mille de ce village s’élève du milieu d’un massif de verdure la butte pittoresque de Chapultepec, couronnée de son beau château. Ce fut la seconde demeure des Aztèques à leur arrivée aux bords des lacs. Plus tard les rois de Mexico y bâtirent une maison de plaisance que les Espagnols détruisirent, et
1 Nom du premier propriétaire.
dont il n’existait que quelques vestiges, quand le vice-roi Galvez y Ht construire le château actuel que Santa-Anna a converti en école militaire.
De la terrasse de cet édifice, on découvre un des panoramas les plus rares et les plus curieux. A mesure que l’on tourne sur soi-même, les tableaux changent et se déroulent à la vue, comme au Colosseum de Regent’s Parle ; mais avec cette différence qu’au lieu de l’atmosphère nébuleuse de Londres, c’est une vive lumière qui éclaire le bassin d’Anahuac.
A deux milles de là, dans la direction des aqueducs, on aperçoit Mexico avec ses églises, ses dômes moresques et son encadrement de saules. Plus loin, ce sont les lacs de Texcoco, de Chalco, de Jochimilco et dans le fond, les deux volcans couverts de leur manteau blanc. Çà et là on découvre, dans la plaine et sur les hauteurs, des fermes et des villages : ici, entre ces touffes d’arbres, se montrent les pauvres cabanes de Tacuba, ancienne capitale du royaume du même nom; là-haut, sur une colline, c’est la chapelle de la Vierge des Remèdes, image miraculeuse qu’on va chercher en procession pour obtenir de la pluie, quand les moissons souffrent de la sécheresse; d’un autre côté se dresse la butte du Penon, d’où jaillit une source d’eau thermale; non loin de là, le sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe , où vient aboutir la grande chaussée du Nord; enfin, au pied de la terrasse, autour des roches buissonneuses d’où s’échappe un ruisseau limpide, croissent des gazons
1 Le lac de Jochimilco n’est qu’une partie du lac de Chalco.