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CHAPITRE VIII

Joseph se coucha le long du seuil , sou sabre nu à son côté; et moi je m’étendis un peu plus loin sur mes armes d'eau, ayant à ma portée mes pistolets.

.l’étais un peu fatigué, le sommeil me gagna bientôt; mais quel sommeil! c’était un cauchemar. Des myriades de puces sautaient sur ma figure, s’insinuaient sous mes vêtements, me piquaient toutes à la fois. Une grande partie de la nuit s’était écoulée dans ce repos fatiguant, et le jour allait bientôt paraître, quand tout à coup il se fait un grand bruit dans notre appartement : les roseaux sont brisés, mon domestique pousse un cri suivi d’un bruit sourd, et en même temps je sens quelque chose de lourd qui tombe sur moi. D’un saut je suis sur pied, un pistolet dans chaque main, cherchant à la faveur d’un faible clair de lune les adversaires que j’ai à combattre : je ne vois que Joseph à deux pas de la porte, qui, le sabre levé, se montrait dans l’attitude d’un homme qui écoute : le plus grand silence régnait autour de nous. La chose commençait à nous paraître fort extraordinaire, quanti un grognement non équivoque, parti d’un coin de la chambre, nous tira d’incertitude : un maudit porc qui errait en liberté dans la cour nous avait causé cette alarme.

Dans tout autre moment j’eusse ri de l’aventure; mais alors je n’étais pas d’humeur à cela, et mon domestique encore moins. L’animal lui avait mis une patte sur l’œil en sautant dans la chambre, et la douleur qu’il en avait ressentie lui avait arraché le cri qui m’avait éveillé.

A peine les premières lueurs du crépuscule parurent-elles, que je fis seller les chevaux. J’avais hâte de sortir de cette demeure incommode et suspecte. Ce fut encore la vieille qui nous ouvrit la porte : les hommes n’étaient pas rentrés. Si leur excursion nocturne ne se fût pas tant prolongée, peut-être n’en eussions-nous pas été quittes pour une peur panique.

C’est à quelques pas de la Venta que commence cette fameuse digue de quatre milles de long, construite par les Aztèques, et refaite par les Espagnols pour empêcher le débordement des eaux du lac de San-Cristobal dans celui de Texcoco. Mais cette digue n’a pas toujours été suffisante : la capitale fut inondée à différentes époques; et dans la grande inondation de 1629, qui dura cinq ans, l’eau monta dans certaines rues jusqu’à deux et trois mètres.

Ce fut pour remédier à ce mal que le gouvernement fit faire le grand canal d’écoulement de Huebuetoca pour donner issue, hors du bassin de Mexico, à la rivière de Cuantitlan, dont les crues occasionnaient ces inondations. Cet ouvrage, commencé en 1607 et achevé en 1789, est un des plus gigantesques qu’aient exécutés les hommes des temps modernes. Il consiste en une fosse de 20,585 mètres de long, dont une quatrième partie est creusée dans une chaîne de collines à une profondeur de 100 à 200 pieds, sur une largeur de 306 à 396 pieds, suivant la nature du terrain. Ces travaux cyclopéens ont coûté plus de six millions de piastres à l’Espagne.

Malgré tant de travaux et de dépenses, la ville con-

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