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CHAPITRE VIII

que le crin qui suspendait l’épée sur la tête de Damoclès, je nie sentis tout à coup plein de force et de résolution pour achever mon ascension par les échelles, et malgré les encouragements du capitaine, qui m’assurait que je ne courais aucun danger, j insistai pour qu’on me ramenât à terre.

Je recommençai donc à grimper péniblement; j’avançais lentement ; mais enfin j’aperçus le jour : je me sentis renaître, et bientôt je pus respirer l’air vif et pur de la montagne, et jouir du brillant éclat du soleil.

En quittant le Real del Monte, je pris la direction de Pachuca, petite ville également entourée de mines, située dans une plaine immense. Je ne fis que la traverser: espérant gagner Mexico ce jour-là même, je n’avais pas un moment à perdre. 11 en fut autrement cependant : le cheval de mon domestique, dont les sahols 1 s’étaient usés dans les chemins pierreux , ne put aller qu’à la Venta de Carpio 2, à 1 entrée de la digue de San-Cristohal.

11 était nuit close lorsque je frappai à la porte de 1 auberge. Une vieille femme, aux cheveux gris et en désordre, vint nous ouvrir. Elle tenait une lumière dont la faihle 1110111', se répandant sur les objets environnants, aidait à peine à en distinguer les formes. Partout était empreint le cachet de la misère et de la destruction : les chambres non parées n’avaient plus de portes ou n’en conservaient que des débris; quel-

1 Les chevaux sont rarement ferrés au Mexique; et, quand ils le sont, ce n’est que des pieds de devant.

J Je parle ici de l’ancienne Venta de Carpio.

ques-unes étaient en ruines, et l’habitation même des propriétaires n’était pas en meilleur état. On y voyait dans un coin , assise sur une natte , une jeune femme qui allaitait un enfant presque nu. Ses vêtements ainsi que ceux de la vieille étaient en harmonie avec le délabrement du lieu qu elles habitaient, et les traits durs de sa figure, qui contrastaient avec son âge, semblaient avoir pris un caractère plus sévère en nous apercevant. Ces deux femmes étaient seules dans la maison : leurs maris, disaient-elles, absents depuis le matin, devaient bientôt rentrer.

Après m’être occupé du souper de mes chevaux , je m’enquis du mien; mais je dus renoncer à y toucher, tant il était peu appétissant. C’étaient des tortilles froides et des haricots que la vieille prit de sa main sale et ridée dans un pot enfumé pour me les servir.

Ces ruines, ce dénûment de toutes choses m’avaient frappé, et en me retirant dans mon taudis, j’en demandai la cause à Joseph, mon domestique, qui connaissait le pays. Il me répondit que depuis longtemps il ne s’arrêtait plus de voyageurs à la Venta, qu’on passait par une autre route, ou qu’on allait jusqu’à San-Cristobal, à l’autre bout de la chaussée; que d’ailleurs cette habitation isolée était en mauvais renom : on en disait les propriétaires affiliés aux bandes de voleurs de la contrée.

Cette nouvelle n’avait rien de rassurant; elle me fit prendre quelques précautions. Je fixai transversalement des roseaux de maïs entre les deux montants de la porte pour qu’on ne pût entrer sans faire du bruit;

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