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CHAPITRE X

ce vêtement, parfaitement propre à rehausser les attraits d’une jeune femme, conserve à merveille toutes les formes du corps, et est à la fois riche et gracieux.

La première fois que je vis les jeunes fdles de Tehuantepec dans leur costume national, elles me parurent adorables. D’ailleurs, elles ont dans le regard et dans leurs manières un air de mollesse qui s’allie parfaitement à la grâce de leurs atours. Vivant sous un ciel brûlant, elles sont passionnées pour le plaisir. Le voyageur qui arrive à Tehuantepec un jour de fête, et qui voit ces jeunes villageoises si élégamment parées, reste surpris et charmé de ce spectacle, comme on le serait de trouver une belle végétation et une fraîche verdure au milieu des sables arides de la Libye : il vient de parcourir un pays dont les rares habitants oflrent une rusticité et une laideur qui répugnent; le contraste lui fait sentir tout le charme d’un changement inattendu.

.le me souviens d’avoir éprouvé une semblable surprise , en voyageant en Allemagne, au sortir de mes études. Nous étions au mois d’août, et je venais de quitter la bourgogne, oîi les campagnes ne présentent à cette époque de l’année que des pailles sèches et des gazons flétris. A peine j’eus passé le Rhin à Kehl, qu’un paysage charmant s’offrit à mes yeux : sites pittoresques, verdure, fraîcheur, tout contrastait avec la sécheresse de nos provinces, et remplissait déjà mon âme d’une douce volupté. Mais voici que des jeunes paysannes badoises viennent embellir encore ce riant

tableau : ce n’est plus ce teint halé des filles de nos campagnes, cette rudesse des formes, ces vêtements grossiers et portés sans art; ce sont de véritables bergères de Gessner et de Florian, les Philis et les Cbloé de nos théâtres. A la vue de ces séduisantes dryades, je fus tenté de me changer en Corydon pour aller partager leurs travaux champêtres et me mêler à leurs jeux; et maintenant même que l’âge a mûri mes pensées, quand le souvenir me ramène aux délicieux ombrages des bords de la Murg ou de la Forêt-Noire, je m’écrie avec le chantre divin de la vie agreste :

« Oh ! quand reverrai-je ces riantes campagnes qu’arrose le Sperchius, ce Taygète égayé par les danses des jeunes Lacédémoniennes? Oh! qui me transportera dans les frais vallons de l’Hémus, et me couvrira de l’ombre immense de ses bois 1 ? »

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