CHAPITRE X
tigre elle puma, dont l'attaque est digne de son courage et de son adresse.
En suivant la même Cordillère dans la direction de lest, on arrive après quelques jours de marche à Tehuantepec, capitale du territoire* du même nom, dont la population est de 14,000 âmes en comprenant la banlieue. Ce fut toujours la seconde ville du pays zapotèque. Cortès, dans scs lettres à Charles-Quint , et les géographes anciens la désignent comme port de mer. Par le retrait graduel des eaux du grand Océan, clic se trouve actuellement à plus de quatre lieues du rivage. Ce point de la république est appelé à jouer un grand rôle dans l’histoire du Mexique.
L’industrie des habitants de ce territoire consiste dans la culture de l’indigotier et la préparation de la teinture qu’on en tire. L’indigo de Tehuantepec est d’une belle qualité; sa culture s’est beaucoup mieux soutenue dans ce point de 1 isthme que celle de la cochenille : les récoltes en donnaient, année commune, environ trente-cinq mille livres au commencement de ce siècle; elles dépassent aujourd’hui cette quantité.
Le murex, qui donne la couleur pourpre, si renommée dans 1 antiquité, et dont les bancs ont été épuisés sur les bords de la mer de Chypre, se retrouve sur toute la côte occidentale depuis Guayaquil jusqu’à Mazatlan; on le recueille principalement sur les rochers des lagunes de Tehuantepec. Les femmes y viennent avec des morceaux d’étoffes ou des paquets de coton filé, divisés en petits écheveaux; à mesure
1 Ce territoire a été séparé de l’État d’Oaxaca en 1853.
qu elles détachent le coquillage du rocher, elles pressent avec les doigts le mollusque sur ce qu elles veulent teindre, et en font sortir une liqueur blanchâtre qui devient pourpre en séchant.
Celte couleur est indélébile et acquiert même du brillant après avoir été souvent lavée. Elle ne prend pas également bien sur toutes les étoffes; elle réussit mieux sur le coton et la laine que sur la soie. Les femmes de cette côte en font grand cas; elles en portent des garnitures à leurs jupons, et payent fort cher cette parure si elles ne vont pas elles-mêmes teindre leurs étoffes.
Les femmes de Tehuantepec ont un costume particulier, sans contredit le plus élégant des parures de l’Amérique ; je n’en excepte pas même celles des dames de Lima, plutôt extravagant qu’original, plutôt ridicule que gracieux, malgré tout l’art qu elles mettent à l’embellir. Ce costume consiste en une jupe de mousseline ou de gaze garnie de grands falbalas, ou même d’une frange d’or, et retenue sur les hanches par une écharpe de soie aussi à frange d’or. Puis vient le huepil à manches courtes, qui laisse une partie des reins à découvert , et se moule en flottant sur la poitrine. Ce huepil est de mousseline brodée ou d’une étoffe de couleur unie; mais elles en portent un second, toujours de mousseline blanche, sur la tête, posé de telle manière que la garniture du cou fait un encadrement à la figure, et que les deux manches retombent, l’une par devant jusqu’à la ceinture, et l’autre par derrière jusqu’au milieu du dos. L’ensemble de