CHAPITRE XI
belles étoffes dont l’Europe a le secret. — Il échoue dans son entreprise. — Causes de l’insuccès. — llacienda d’Ayumba sur les bords du lac de la Magdalena. — Tempête affreuse. — Nuit d’angoisses. — Le feu du ciel. — Contrebandiers submerges. — Colija. — Vallée de Mazarnitla. — Le bonhomme Joseph Contreras. — Ses aventures contées après souper. — Son desintéressement. — Les trois plaies de l’ouest du Mexique. — L'éléphantiasis ou lèpre des Grecs. — Lépreux de Sapotiltic. — Les crétins. — Cause de cette dégénérescence de l’espèce humaine. — D’où vient la jiricua.
— Les pintos. — Ravins abrupts. — Celui de Reltran. — Rivière de Coahuyana. — Hacienda de San-Marcos, — Les administrateurs d haciendas. — Les deux volcans de Colima. — Tremblements de terre. — Ecroulement de la coupole de l’église de Zapollan-el-Grande. — Destruction de Colima en 1818. — Secousse de 1847. — Aspect de Colima. — Progrès des habitants en civilisation. — Aménité des dames de Colima. — Climat de Colima. — Ma santé s’améliore. — La Pomone et la Cérès de Colima. — Excellent cafc.
— Les cocotiers. — La tuba. — Le caoutchouc. — La mariguana ou haschisch. — Les salines de Cuyutlan. — Fêtes aux salines. — Répartition des bénéfices entre les maîtres et les serviteurs. — Amour du travail. — Lagune de Cuyutlan. — Village improvisé. — Une ruche d’abeilles. — Les bains de mer. — Le port du Manzanillo. — Son climat. — La pêche des perles.
— La douane. — Pillage par les douaniers d’un chargement de marchandises consigné à M. Ramon de la Vcga. — Le fils d’uu empereur chef de douaniers. — Réflexions philosophiques sur la cause des differents degrés de considération accordée à l’homme, selon la position qu’il occupe dans 1 état social.
Dix ans s’étaient écoulés depuis que, plein de confiance dans l’avenir, j’avais salué la terre du Goatzacoaleo du nom de patrie. Cependant, je n’avais pas oublié celle où j’étais né : je ressentais un ardent désir de revoir ma famille et mon clocher. Mes souvenirs me représentaient tout en beau de l’autre côté de l’Atlantique, tandis que je trouvais peu de chose à regretter au Mexique. Quand je revis la France, que je jugeai des choses par comparaison, mon désenchantement fut grand quelquefois, je l’avoue.
De retour à Mexico, au commencement de 1843, j’espérais que quelques années de plus auraient assez modifié ma constitution pour me rendre désormais supportable le climat de cette ville : je m’abusais. J’y souffris des maux incroyables : je perdais une à une
toutes mes facultés; je ne pouvais plus ni digérer, ni marcher, ni lire, ni écrire, ni penser, ni regarder fixement. ïl me fallut donc encore quitter cette ville, et me' mettre en quête d’un pays moins élevé, d’un air plus salubre pour moi.
Deux ans s’écoulèrent en voyages presque continuels. Tant que je passais mes journées à cheval, faisant cent lieues par semaine, je me portais bien, mes forces revenaient, mon estomac s’accommodait à merveille de la nourriture grossière du paysan indien, et mon corps à la dureté du lit de campagne; mais dès que je m’appliquais au moindre travail intellectuel, mon affection nerveuse revenait aussi douloureuse qu’auparavant.
Ces voyages me firent connaître de nouvelles provinces : leur description va me fournir la matière des deux chapitres qui suivent.
La route de l’ouest de la vallée de Mexico offre, comme le côté opposé, un tableau magnifique dès qu’on arrive à la hauteur de l’hacienda de Huajimalpam, voisine du site pittoresque du désert. Elle traverse, comme à Pdo-Frio, une belle forêt de pins, puis les lagunes de Lerma, une plaine bien cultivée, et aboutit à la jolie petite ville de Toluca, capitale de l’État de Mexico, et située au pied d’un volcan depuis longtemps éteint1, La neige, qui souvent couvre le sommet de cette montagne, concourt avec l’élévation du pays à y entretenir une température assez basse.
1 Sa hauteur au-dessus du niveau de la mer est de 4,424 mètres.