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CHAPITRE XI

i homme par rapport aux lois, tandis que la société le juge par rapport à elle-même.

Le législateur et le philosophe considèrent le pauvre à l’égal du riche , pour ce qui regarde les droits publics dont l’un et l’autre doivent jouir; et la société préfère le second au premier, à cause des avantages qu’elle peut retirer de son opulence pour elle-même; car il est clair que le citoyen riche et généreux est beaucoup plus utile à ses semblables que l’homme vertueux, mais pauvre; abstraction faite de la valeur personnelle de l’un et de l’autre.

La société professe un plus grand respect pour un magistrat que pour un employé des finances, parce que le premier consacre sa vie entière à l’étude, et qu il exerce une autorité sacrée , celle de combattre l injustice, la fraude, le crime; celle de restituer à l’opprimé' ses biens ou sa liberté, et de mettre un frein à la perversité des méchants; tandis qu’on ne saurait reconnaître au second d’autre mérite que celui d’un bon commis, d’un fidèle caissier; son état n’impliquant en général ni la nécessité d’un grand savoir, ni celle d’un travail profond , et qu’en outre les services qu’il rend ne semblent pas d’une utilité aussi immédiate que ceux du magistrat toujours prêt à couvrir le faible de son égide.

Dans tous les temps la société a plus honoré le militaire que le marchand, parce que celui-là consacre sa vie à sa défense, et se trouve toujours prêt à répandre son sang pour elle; tandis que le marchand, qui est un intermédiaire entre le producteur et le consomma-

tour, augmentant inutilement le prix des choses, ne peut être considéré que comme une sangsue de la société; et l’instinct du peuple qui le comprend ne saurait faire un mérite au marchand de s’enrichir à ses dépens; il le tolère, il le subit, il le faut bien; mais il 11e peut lui accorder aucune espèce de considération aristocratique.

La société honore et ennoblit toutes les professions dont le citoyen peut retirer un profit direct pour luimême. Au contraire elle voit avec répugnance celles qui ne peuvent lui causer que des dommages, des maux individuels. Ainsi, elle a de la vénération pour un prêtre évangélique qui apporte à l’esprit de l’affligé les consolations de la parole divine, et à son âme la paix et la grâce; elle estime fort un avocat qui ne prête l’appui de son talent qu’aux bonnes causes; un médecin dont la science met un terme aux souffrances du malade et l’arrache au tombeau; enfin, elle apprécie à sa juste valeur l’agriculteur intelligent dont le travail répand l’abondance sur les marchés, et l’artisan industrieux qui prévient les besoins de l’homme et multiplie les commodités de la vie. Mais elle méprise un douanier, un percepteur de contributions indirectes, comme agents d’une mauvaise législation, qui font du mal à la société entière et molestent chacun en particulier; elle éprouve de l’aversion pour le plus terrible des sbires, pour le meilleur des recors, le plus fin des mouchards et le plus vigilant des geôliers, parce qu’elle n’attend d’eux que des maux; enfin, la seule vue du bourreau la remplit d’horreur,

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