‹ Le MexiqueChapitre 195 sur 247 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

qui se vengèrent de lui en l’accusant d’être contrebandier, ce qui le fit destituer.

Ce gouverneur était un homme timide : effrayé de la perversité des hommes, découragé par l’aveuglement des gouvernements , il ne chercha point à se défendre. Cependant d était important de faire luire la vérité aux yeux du président, de lui démontrer comment sa religion avait été. surprise; et il ne l’était pas moins de laver le nom de la Yega de l’opprobre dont les papiers publics l’avaient souillé.

Or, de la Yega était mon ami; j embrassai sa défense, au mépris de la haine d’hommes puissants que j’allais infailliblement attirer sur moi, et j eus la satisfaction de voir mon mémoire justificatif rester sans réponse, quoiqu’il attaquât l’honneurde vingt personnes pour sauver celui de mon client. Le directeur de la douane fut rappelé à Mexico; mais de la Yega, quoique complètement réhabilité dans l’opinion du ministère, ne fut point réintégré dans ses fonctions. Une de ces considérations que I on rougit de s’avouer à soimême empêcha sans doute Arista et son ministère de faire cet acte de justice.

Le directeur de la douane du Manzanillo était alors Salvador Iturbide, l’un des fils de l’éphémère monarque du Mexique. I)e prince impérial il était devenu gabeleur (87) !

En acceptant l’emploi de douanier, Salvador Iturbide n’a-t-il pas dérogé? Un grand seigneur, un prince, un souverain déchu et pauvre , revêt l’uniforme de soldat comme La Tour d’Auvergne, se consacre à l in-

struction publique comme Denys de Syracuse el le duc d’Orléans, conduit la charrue comme Dion, ou le tour comme le fds de Persée; mais il ne consent jamais à devenir ni huissier, ni douanier, ni rien au monde qui ne renferme en soi un principe noble.

Depuis que les idées libérales ont rendu à chacun les droits imprescriptibles de la nature, et que les castes patricienne et plébéienne se sont confondues dans le citoyen, la société ne reconnaît que des hommes libres, la loi les considère tous égaux, et le philosophe n’admet d’autre aristocratie que celle de l’intelligence , de l’instruction et de la vertu.

Cependant l’opinion publique accorde ou refuse la considération que mérite le citoyen , selon la carrière qu’il embrasse et les caprices du sort. Elle honore plus le riche que le pauvre , le magistrat que l’administrateur, le soldat que le marchand; elle reconnaît des professions nobles et des états vils , et selon que le citoyen exerce les unes ou les autres, elle l’ennoblit de son estime ou le flétrit de son mépris.

Serait ce un préjugé injuste de la société, un héritage de ces idées absurdes qui durant tant de siècles d’esclavage se sont enracinées dans les esprits? Parviendrons-nous dans une époque prochaine à éteindre ces préférences qui contrarient l’esprit de la loi , et détruisent les bases fondamentales de nos constitutions démocratiques? Non , je ne le crois pas. Si l’opinion publique rejette ce qu’admet la philosophie, ce n’est point par caprice ni par aucun motif qu’on rougisse d’avouer, mais bien parce que le sage considère

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