‹ Le MexiqueChapitre 231 sur 247 · T ES · texte numérisé non relu

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jointe à la végétation prodigieuse qui a envahi toute la ville, prouve qu’elle a disparu à une époque fort reculée, soit dans une peste, soit dans une guerre d’extermination.

D’où venait donc ce peuple dont les principes architectoniques, les instruments, les symboles, ont des rapports frappants avec ce qu’on voit dans la vallée du Nil? Quelles furent les causes de sa migration, l’époque de son établissement dans celte contrée, et celle de sa destruction? Telles sont les questions qui ont déjà exercé la science des archéologues, et qui n’ont point encore eu de solution satisfaisante.

Les ruines de Culhuacan, de Palenque et surtout celles de Mitla ne peuvent être soupçonnées d’être antédiluviennes que par les personnes qui n’ont vu ni ces ruines, ni même les dessins qui en ont été donnés. 11 n’y a pas la moindre ressemblance entre les édifices que je viens de décrire et ces monuments simples et grossiers que les archéologues ont crus appartenir à des époques antédiluviennes. Ces derniers n’offrent de rapport qu’avec les monuments de l’antiquité la plus reculée, connus sous le nom de pèlasgicns , qu’on retrouve en Grèce et dans les îles de la Méditerranée, et avec lesquels on les confond quelquefois, comme il arrive pour celui de T île de Gozzo. Ceux-ci sont remarquables par le volume des pierres qui ont servi à leur construction , ce qui dénote déjà des connaissances assez étendues en statique ; mais l’art s’y trouve à peine ennobli par le premier effort de la pensée, tandis que les édifices de Mitla sont au contraire remarquables par l’élégance de leur architecture, par le bon goût des ornements et par la belle coupe des pierres; et ceux de Palenque par leur construction plus légère et plus élégante, par les temples, les tombeaux, les fortifications, dont les ruines couvrent un espace immense, enfin, par les sculptures et les basreliefs qui les décorent.

D’ailleurs, les édifices de Mitla, quant à leur origine, n’ont rien de commun avec ces vestiges des premiers arts de peuples ignorés. Ici tout est connu : le peuple qui les a bâtis, l’époque où ils florissaient , leur destination, le commencement et les causes de leur destruction. 11 n’est pas plus raisonnable de faire des hypothèses sur leur origine, qu’il ne le serait d’en faire sur celle de la tour de Montlhéry. Ainsi , il m’est permis de croire que M. le licencié Lacunza, dont je respecte d’ailleurs les lumières et l’érudition, a commis une faute en rapportant , dans ses discours sur l’histoire du Mexique au collège de Latran, les suppositions gratuites de quelques archéologues d’outre-mer, au lieu de les détruire d’un seul

coup, comme il lui eût été facile de le faire en étudiant ces monuments et les chroniques de leur histoire.

Quant aux ruines de Palenque , si elles n’appartiennent pas à un peuple antédiluvien, elles n’en sont pas moins fort anciennes, et je ne pense pas, comme M. William Prescott l’infère dans son premier chapitre de l’Histoire du Mexique, qu’elles puissent être l’œuvre des colonies toltèques, qui au onzième siècle abandonnèrent le plateau d’Anahuac, et se dirigèrent au sud de cette contrée ; car, d’un côté, les émigrants n’étaient pas en assez grand nombre pour former tout d’abord une ville qui, à cause de son immense étendue, a été surnommée la Thèbes américaine; et puis, ce peuple n’aurait pas pu disparaître comme par enchantement à une époque si rapprochée du temps de la conquête , sans laisser aucun souvenir de son existence. D’un autre côté la végétation qui s’est emparée de tout, les arbres énormes qui se sont ouvert un passage au travers des monuments les plus solides, dénotent une antiquité telle qu’on ne peut hésiter à reconnaître que ces ruines étaient déjà fort anciennes avant même que les Toltèques songeassent à quitter Tula.

Les populations indiennes des départements de Chiapa , de Tabasco et d’Yucatan sont plus sauvages et plus pauvres que celles du pays zapotèque. Reculées à une des extrémités de la république , loin des ports principaux et des grandes villes, ne voyant d’autres voyageurs que quelques marchands qui viennent acheter du cacao ou du tabac, et d’autres gens civilisés que de,s créoles dont les coutumes, les croyances et jusqu’au langage sont encore du seizième siècle, elles vivent presque sans communication et sans commerce, se contentant de ce que la terre donne au peu de soin qu’elles mettent] à la cultiver. !1 faudrait, comme le disait M. Rocafuerte 1 dans son langage figuré, une inondation des peuples d’Europe dans cette terre vierge pour y faire naître la richesse et y ennoblir les facultés de l’homme.

(82) Vicente Guerrero était un homme ignorant, mais doué d’un certain tact qui dénotait un esprit au-dessus du vulgaire. Ses enne-

’ Don Vicente Rocafuerte, qui fut président de la république de l'Equateur, était un petit homme plein de vivacité et d'intelligence , parlant plusieurs langues avec une grande facilité. Il consacra sa fortune et ses talents aux progrès des idées libérales dans l’Amérique espagnole. Je le vis souvent à Mexico, où il se trouvait quand j'y arrivai ; j'avais un plaisir infini à l'entendre causer. Il montrait une profonde estime pour la nation française ; en revanche, il était accueilli parité nous comme un frère.

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