CHAPITRE DIXIÈME
(79) La forteresse qui couronne la colline de Mitla consiste en une muraille principale de 18 pieds de haut sur 6 d’épaisseur, formant une enceinte d’une demi-lieue de tour. L’entrée située du côté du village est défendue par une autre enceinte avec un terreplein où l’on remarque encore des pierres amoncelées propres à être lancées avec la fronde ou avec la main. Ce second mur de circonvallation, plus élevé que le premier, a aussi une porte, un terreplein et un parapet , sur le bord supérieur duquel sont posés des morceaux de rochers presque sphériques , de deux et trois pieds de diamètre, qui devaient être poussés sur les assaillants.
Les édifices qui servaient d’habitation à la garnison étaient à l’autre extrémité de la forteresse, où se trouve une autre issue destinée probablement à favoriser l’entrée des secours et la retraite des assiégés.
(80) J’entendis au prêche du bon curé de Mitla des choses fort singulières sur le mystère de la sainte Trinité, et je me souviens que je n’en ai pas entendu dire de plus raisonnables, sur le même sujet, aux missionnaires qui vinrent à Dijon en 1824, quoiqu’il y eût parmi eux des hommes de mérite, comme l’abbé de Rozan, par exemple. Les prédicateurs ont toujours commis une faute grave en cherchant à rendre compréhensible ce qu’ils croyaient un mystère.
NOTES
Ils avaient nécessairement recours à des ligures, à des images fausses, et ne parvenaient, après beaucoup d’efforts, qu’à l’absurde et au ridicule.
Pour moi, qui ne partage point l’opinion de saint Augustin : Credo <[uod absurdum est, j’ai cherché la solution de ce grand problème dans le cercle des choses possibles, et je n’ai pas tardé à la trouver. Ce prétendu mystère n’en est donc plus un, comme on va le voir ; et je suis surpris qu’une vérité aussi simple n’ait pas été comprise et démontrée depuis longtemps.
La décomposition d’un tout infini en trois parties égales entre elles et au tout dont elles sont tirées est une propriété inhérente à l’infini. En effet, il ne faut pas être grand mathématicien pour savoir que ~ est le signe de l’infini; puisque, à mesure que le dénominateur d’une fraction diminue, l'expression fractionnaire augmente de valeur, et que quand le dénominateur devient plus petit qu’aucune quantité imaginable, c’est-à-dire zéro, l’expression fractionnaire correspondante devient plus grande qu’aucune quantité imaginable, c’est-à-dire égale à 1 infini.
Et si une intelligence un peu obtuse ne comprenait pas bien ce qui vient d’être dit, on pourrait encore lui rendre palpable la valeur infinie de en faisant observer que, puisqu’une fraction indique la division de son numérateur par son dénominateur, si nous effectuons cette division, nous verrons que le diviseur 0 (zéro) se trouve contenu dans le dividende 1 (un) plus de fois qu’aucun nombre que nous puissions imaginer, c’est-à-dire un nombre infini de fois.
11 est donc constant que ~ est le symbole qui nous représente l’infini, et que, comme nous ne pouvons rien imaginer d’infini qui ne soit Dieu ou l’un des attributs de Dieu, il en résulte que £ est pour nous la représentation visible et mathématique de Dieu ou de ses attributs.
Voyons maintenant ce qui arrivera si nous supposons Dieu partagé en trois personnes, c’est-à-dirc si nous divisons l’expression fractionnaire ~ par le nombre entier 3.
On sait que pour diviser une fraction par un nombre entier, on multiplie le dénominateur de la fraction pai ce nombre entier, en conservant son numérateur ; nous aurons donc : ~ : 3 = ~ =
Ce qui nous prouve que £ divisé par 3 donne pour quotient quantité identique au dividende; et que pareille chose arriverait, si nous divisions l’infini par tout autre nombre que 3.
Ainsi, cette proposition, absurde quand on considère des nom-
NOTES
bres finis : la partie est égale au tout, devient une vérité éclatante quand il s’agit de l’infini.
Ce n’est donc point sur un mystère, c’est-à-dire sur une proposition qui choque le sens commun, que repose le dogme de la Trinité, dont les trois personnes symboliques sont égales entre elles et au tout dont elles font partie : loin delà, c’est une propriété irréfragable de l’infini, une nécessité logique et visible de la nature de Dieu.
Si nous voulons considérer l’Etre suprême dans son essence et dans toute l’étendue de ses attributs, nous nous perdrons bientôt dans un abîme de ténèbres; mais cependant l’absurde ne saurait être pour notre intelligence limitée une des conditions d’existence des vérités éternelles, comme le croyait saint Augustin, et ce que nous venons de déduire d’une des propriétés de l’infini le prouve clairement. Dieu nous paraît-il moins grand parce que nous avons compris la philosophie du dogme de la Trinité? Ne l’adorons-nous pas, au contraire, avec d’autant plus de ferveur et d’humilité, que nous sommes plus convaincus de la réalité de son être , et que nous savons mieux juger de l’étendue de sa puissance?
(81) Les ruines de Palenque couvrent un espace de six ou sept lieues de tour. On y voit des temples, des pyramides, des tombeaux, des fortifications, des aqueducs, des ponts, et des basreliefs ornés de figures et d’hiéroglyphes. On y trouve aussi des statues colossales, des idoles, des vases, des instruments de musique, etc. : tout prouve que cette cité était habitée par un peuple avancé dans les arts et la civilisation.
Le palais principal est encore debout et assez bien conservé. C’est un édifice carré de 300 pieds de long environ, sur 30 d’élévation, entouré d’un péristyle. L’intérieur est divisé en plusieurs corps de logis séparés par des cours; et au centre s’élève une tour dont il reste quatre étages. Les murailles sont ornées de bas-reliefs sculptés sur pierre , représentant des personnages de huit à dix pieds de hauteur. Ceux-ci ont un caractère de figure tout particulier : ils ont le nez et le front sur une même ligne courbe, formant un arc d’environ 60° ; et cette singularité semble avoir été un type distinctif des anciens habitants de Culhuacan , car on le retrouve partout dans leurs sculptures.
Cependant il n’existe chez les peuplades indiennes aucun indice de ce type original, ni aucune tradition qui puisse éclairer sur l’époque de la disparition de cette race ancienne. Cette circonstance.